Un autre rêve

par Chae-yun

En un autre lieu, quelque part, ailleurs, quelqu’un d’autre rêvait.

 

Où est-tu ? s’interrogeait l’être, croyant presque entendre une voix lui rétorquer ses interrogations. Que fais-tu ici ? Tu ne le sais pas.

      Tu ne sais même pas qui tu es.

La voix disait vrai, qu’elle soit le fruit de son imagination ou quoi que ce soit d’autre. Jamais il n’avait ressenti un tel vide, une telle absence. Quoi qu’il tente de se souvenir, il ne trouvait derrière lui que du vide, un vide si grand qu’il avait peur qu’il ne l’absorbe, l’anéantissant à jamais. D’ailleurs, il éprouva un vertige, tant il lui sembla jusqu’à douter d’exister, lui qui ne savait même pas qui il était et ce qu’il faisait là, comme si il renaissait à chaque instant. Il ne comprenait même pas comment il pouvait connaître les notions de lieu et de temps, lui qui ne savait rien. Qu’étaient l’espace et la conscience ?

Il se sentait vulnérable, nu comme quelqu’un à qui on aurait enfin ôté son armure et qui ce serait rendu compte n’être qu’un enfant dessous.

Pour emplir son être, au moins de ce qu’il découvrirait autour de lui, pour donner un peu de matière au petit noyau de conscience qu’il était, pour rassembler ces bribes autour du noyau de lumière pur et sans tâche, il ouvrait les yeux, si ouvrir était le verbe exact. Disons plutôt qu’il observa son environnement.

Il se trouvait dans une sorte de grand couloir aux murs bleu foncé. Ce bleu lui rappela d’ailleurs

(une robe)

un souvenir, qui lui était désagréable. Pour la première fois, quelque chose vint obscurcir sa conscience, l’entachant mais donnant un peu de consistance à son être. Inquiet, il laissa doucement s’éloigner cette réminiscence qu’il désirait tant quelques instants plus tôt.

A chaque nouvelle pensée qu’il lui venait à l’esprit, il avait l’impression de se reconstituer, de devenir quelque chose une entité propre. Mais laquelle ? En se con centra, il discerna des images incompréhensible, une étendue vaguement dorée, un autre lieu plus sombre et fermé, et

(un visage)

une tache indistincte, sans signification mais qui ne semblait pas faire faire partie intégrante de ces lieux.

Troublé, il décida d’avancer. Il se concentrerait là-dessus plus tard.

Son regard, si on pouvait l’appeler ainsi, s’attarda sur les étranges symboles qui ornaient les parois autour de lui.

Ils avaient une signification, c’était certain. Il eut l’impression de contempler les vestiges d’un lointain passé, impressions de créatures sans nom, fantastiques et attirantes à la fois, de milles clameurs psalmodiées depuis l’aube des temps et d’une foule innombrable ! Impression qui ne venaient pas de son passé à lui quel qu’il fût, mais de quelque chose de plus grand, qui était présent ici. Cela lui donna une fois de plus le tournis. Fasciné, il se pencha sur les reliefs pour en découvrir davantage.

      Ne te laisse pas absorber par le passé  de ce lieu. Tu t’y perdrais à jamais. Il est hors d’atteinte et ne te concerne pas aujourd’hui.

Encore cette voix. Il éprouva un sentiment instinctif d’agacement à l’idée qu’on puisse

(le dominer)

savoir  où il se trouvait et le maintenir dans le mystère.

Mais les voix était si peu impérieuse qu’ils sentit bientôt sa colère s’éteindre. Il suivit ses conseils et regarda droit devant lui tout en faisant le vœu d’avancer, au moins de progresser dans une direction. Aussitôt, aussi simplement que si il avait cessé de se débattre pour se laisser entraîner par le courant, il fut dans une grande salle illuminée, d’une lumière qui venait d’en haut. Avant qu’il n’ait pu découvrir sa source, il le vit.

Là…

 

… le visage.