Un pour tous

par Cyrlight

- Léo, qu'est-ce qu'on fait pour les autres ?

Raphaël jeta son sai au visage d'un androïde, ce qui le court-circuita. Il récupéra ensuite son arme, pendant que son frère pourfendait deux autres robots. Plus ils en détruisaient, plus il semblait en sortir de partout.

- Eux, ils sont cinq. Laisse-moi d'abord évaluer ce que nous allons faire de nous.

- Cinq ? Ils ont Mikey et l'autre, là. De quoi s'inquiéter sérieusement pour leurs chances de survie.

- Commence par t'inquiéter des nôtres, d'accord ? Je ne peux pas réfléchir quand les Kraangs nous tirent dessus sans arrêt.

La tortue au bandeau rouge étudia les environs du regard. Il repéra rapidement ce qui semblait être un moniteur de contrôle, sur lequel les extraterrestres avaient l'habitude de pianoter avec leurs tentacules. Il l'observa quelques secondes, avant que sa bouche ne se torde en un rictus.

- Qu'est-ce que tu as en tête ? demanda immédiatement Léo, méfiant face à cette expression qu'il ne connaissait que trop bien.

- Une idée complètement dingue qui peut nous sortir de là. Ou nous tuer. Eh, les Kraangs !

Raphaël prit son élan et s'appuya sur les épaules de l'un des exosquelettes pour se propulser dans son dos. Dès qu'il fut de l'autre côté, il attira l'attention du groupe. Tous fondirent sur lui, pendant qu'il montait se percher sur le superordinateur. D'un coup de pied, il fit voler le pistolet laser d'un Kraang, que Léo attrapa au vol.

- Raph, tu...

- On l'a déjà fait face à Snake l'Herbe.

- On était à l'extérieur, pas dans un espace confiné, et...

- Maintenant !

Le trapu jeta une bombe fumigène sur le sol, qui répandit un épais brouillard autour de lui et des créatures de la dimension X. Il en profita pour s'éloigner, pendant que ses ennemis étaient aveuglés par la poudre contenue dans la coquille d'oeuf. Léo attendit qu'il soit suffisamment en sécurité pour se mettre à tirer.

Quatre coups suffirent à endommager grièvement la machine, qui commença à crépiter. Les deux frères ne perdirent pas une seconde pour se mettre à courir en direction de l'issue la plus proche. Alors que la porte électronique coulissait pour les laisser passer, l'explosion retentit dans leur dos et la déflagration les repoussa violemment de l'autre côté du chambranle.

- Et une horde de cervelles grillées, une ! plaisanta Raph après s'être redressé, car le souffle puissant les avait plaqués au sol.

- Efficace, je dois en convenir.

- Alors ? Pour les autres ?

Léonardo s'accorda quelques secondes de réflexion. Il pouvait se le permettre, à présent qu'ils n'étaient plus en danger immédiat. Il connaissait bien Donatello, qui était la voie de la prudence. Malgré son besoin de mutagène pour s'adonner à ses précieuses expériences, il avait certainement décidé de battre en retraite, ce qui était la plus sûre des options.

- A mon avis, ils sont sortis, ou ils cherchent un moyen de le faire. Toujours est-il que leur objectif est, je pense, de quitter le T.C.R.I.

Raphaël acquiesça. Si seulement leurs T-Phones fonctionnaient ! Il avait perdu le sien dans la bataille et celui de Léonardo avait subi un impact de laser, ce qui rendait toute communication entre les deux groupes impossibles.

- Remettons-nous en route. Cet étage semble tourner en rond et nous ne sommes certainement plus très loin de la cage d'ascenseur, pour monter jusqu'au toit.

- Attends une minute...

Le leader, qui s'apprêtait à s'aventurer dans le couloir, s'immobilisa aussitôt pour jeter un regard interrogateur à son frère. En dépit de l'apparence dure qu'il se donnait, Raph n'était pas aussi dénué de coeur qu'il voulait le laisser croire. Exactement comme sa gentillesse latente l'avait poussé à aider Marion au moment de descendre en rappel, il grommela :

- Puisque nous avons visiblement semé les Kraangs, pourquoi ne pas en profiter pour chercher quelques tubes de mutagène ?

- C'est trop risqué, on...

- Tu veux aider Karai, oui ou non ?

Léo resta silencieux. Bien sûr que oui, il voulait l'aider. Il serait prêt à risquer sa vie pour elle, mais à maintes reprises, et uniquement pour les beaux yeux de la kunoichi, il avait mis ses frères en danger.

- Tu fais ça uniquement pour casser du méchant ou parce que tu te sens un minimum concerné par son sort ? s'enquit-il.

- Pour casser du méchant, évidemment. Allez, bouge-toi la carapace ! On a du mutagène à trouver.

***

April, Donnie, Casey, Marion et Mikey observaient avec des yeux ronds le spectacle qui s'offrait à eux. En face d'eux, sur un mur démesuré, se trouvaient des milliers d'alvéoles, à l'intérieur desquelles des êtres difformes, mi-Kraang, mi-humain, étaient plongés dans une sorte de léthargie.

- Ce sont les habitants de New-York... soufflèrent-ils en coeur.

Ils n'arrivaient pas à le croire. Ils étaient là, juste sous leurs yeux. Au plutôt, ils ne l'étaient pas vraiment. Ce qu'ils voyaient était en réalité des centaines d'écrans qui permettaient aux extraterrestres d'étudier leurs spécimens, captifs en dimension X. Ce n'était qu'une image : tous ces gens étaient dans le monde des cerveaux à tentacules.

- Alerte ! Ce que l'on nomme les tortues viennent de pénétrer dans l'endroit que l'on nomme ici, où elle n'ont pas le droit d'être et où elles ne seront bientôt plus.

- Et c'est reparti ! gémit Michelangelo.

Il fit tournoyer ses nunchakus pendant qu'une vague d'androïdes fondaient sur eux. Marion et Casey fondirent à leur tour sur leurs ennemis et Donnie s'apprêtait à en faire autant, lorsqu'il se figea. Il venait de repérer un processeur kraang, dans l'angle de la pièce.

- Si j'arrive à me connecter à leur système, je peux peut-être découvrir des informations qui pourront nous être utiles, indiqua-t-il.

- Fonce, ordonna April. Je protège tes arrières.

- Tu es sûre que...

- Mon père est quelque part dans cette espèce de ruche géante, alors oui, je suis sûre.

Elle jeta son tessen sur une nacelle kraang, dont elle dévia la trajectoire, pendant que Donatello se précipitait sur le bijou technologique. Il se hâta d'y connecter son T-Phone à l'aide d'un câble spécial, mais il se heurta à un mot de passe. Il essaya divers logiciels de sa création, destinés à casser des codes de ce genre, mais le système de sécurité était bien trop perfectionné pour qu'il y parvienne.

- Je ne peux pas entrer ! s'exclama-t-il. C'est verrouillé.

April se baissa pour esquiver une salve de lasers et se laissa glisser sur le sol lisse jusqu'à lui. Elle posa sa main sur le superordinateur, les paupières closes. Malgré la cacophonie environnante, provoquée par les tires des Kraangs et les cris de combat de ses amis, elle réussit à se concentrer. Plusieurs flash traversèrent son esprit, jusqu'à s'arrêter sur une série de chiffres.

Elle se pencha par-dessus l'épaule de Donatello et ses cheveux effleurèrent sa joue au passage. La tortue sentit son coeur s'emballait dans sa poitrine, d'autant que le doux parfum de l'adolescente l'enivrait, mais elle s'efforça de conserver une expression naturelle.

Ce fut d'autant plus difficile lorsqu'April posa sa main sur la sienne pour l'inviter à soulever légèrement le T-Phone, de façon à ce qu'elle puisse pianoter le code que ses dons extraterrestres venaient de lui communiquer. Quelques secondes plus tard, des pages entières de données commencèrent à se télécharger sur l'appareil de Donnie.

- Parfois, je me demande ce que je ferais sans toi.

Ses yeux havane plongèrent dans ceux, bleu ciel, de la jeune fille. L'espace de quelques secondes, elle soutint son regard sans ciller, mais lorsqu'il amorça un geste dans sa direction, elle déclara précipitamment :

- Les autres semblent être en difficulté, je vais retourner les aider. Préviens-nous dès que tu auras terminé, que nous sortions d'ici.

Avant même que Donnie n'ait eu le temps de réagir, elle s'était déjà éloignée. Dès lors qu'ils se retrouvaient plongés dans des situations trop intimes, elle recommençait à le fuir, exactement comme avant. Parfois, il en arrivait presque à regretter ce baiser qu'elle lui avait donné. Il avait fait naître en lui de faux-espoirs, qui volaient progressivement en éclats.

Il secoua la tête et se remit à l'ouvrage. Il devait terminer le plus vite possible. Mikey était à la tête des opérations face aux Kraangs, or cela ne lui inspirait pas confiance, encore moins quand il était assisté par cette tête brûlée de Casey Jones. Même si Donatello avait appris à moins le détester au fil du temps et à ne pas laisser leur rivalité l'aveuglait, il ne pouvait nier sa fâcheuse témérité.

- Booyakasha ! hurla la tortue au bandeau orange, en encerclant trois androïdes avec la chaîne de son kusarigama.

Dès qu'ils furent immobilisés, Marion fondit sur eux et, avec de l'élan, réussit à sectionner l'ensemble des têtes dans un seul mouvement, mettant les robots hors-service. Elle frappa la patte bandée que Michelangelo lui tendait, pendant qu'il s'exclamait joyeusement :

- On forme une équipe du tonnerre, toi et moi !

- Exactement.

L'adolescente éclata d'un petit rire avant de l'embrasser sur le sommet lisse de son crâne, ce qui le fit rougir. Casey était sur le point de se moquer d'eux, comme il avait l'habitude de le faire avec tout le monde, mais il fut distrait par l'assaut d'une nacelle kraang au même instant. A l'aide de sa batte de baseball, il la frappa de toutes ses forces.

Son vol l'emmena à s'écraser contre les écrans diffusant les images de la dimension X, qui devinrent aussitôt noirs. Celui dans lequel la petite soucoupe s'était encastrée se mit à grésiller d'une façon menaçante. Des étincelles en jaillir, de même qu'une fumée noirâtre nauséabonde. Aussitôt, tous les extraterrestres qui n'avaient pas encore été vaincus se mirent à s'agiter dans tous les sens.

- Kraang doit quitter dans le temps défini comme le plus vite cet endroit défini comme dangereux par Kraang ! s'écria l'un des robots, que Marion menaçait de la lame de son katana.

- Quoi ?

Elle avait beau s'être retrouvée confrontée à ces créatures de nombreuses fois depuis qu'elles avaient envahi la ville de New-York, elle ne comprenait toujours rien à leur langage si particulier. Mikey la renseigna :

- Traduit en langage humano-tortue, ça signifie... qu'il faut vite se tirer d'ici parce que ça va péter !

En effet, les éclairs se multipliaient au niveau des écrans et un grésillement sourd émanait désormais d'eux, signe qu'ils étaient sur le point d'exploser. Marion blêmit, pendant qu'April se figeait à côté d'elle, manquant de lâcher son tessen.

- Mikey a raison, nous devons partir. Donnie !

La tortue, trop concentrée sur les informations qu'elle amassait dans la mémoire de son T-Phone, ne l'entendit même pas. Tandis que les Kraangs se ruaient vers la sortie, ne pensant désormais plus qu'à sauver leur vie au lieu de tenter de les éliminer, elle slaloma entre eux à contre sens jusqu'à son ami.

- Donnie, arrête ton piratage immédiatement ! s'exclama-t-elle en le saisissant par l'épaule pour le secouer. Tout va sauter et nous avec si nous ne sortons pas immédiatement de cette pièce.

- Je n'en ai plus que pour quelques secondes, je...

- Nous n'avons pas quelques secondes. Désolée, mais c'est pour ton bien.

D'un mouvement sec, elle arracha la prise qui reliait le mobile en forme de carapace au processeur kraang. Donatello afficha une expression dépitée, néanmoins il n'en voulut pas à April. Après tout, elle agissait dans le but de le protéger. C'était au moins une preuve de son affection.

Les cinq compères se retrouvèrent devant la porte, qu'ils s'empressèrent de franchir. Casey, sur ses rollers, ouvrit la voie jusqu'à l'ascenseur. Il en força les portes avec le manche de sa crosse de hockey et ils s'engouffrèrent les uns à la suite des autres. Ils étaient suspendus à la corde de leur grappin quand l'explosion, assourdissante, retentit. Elle fut si puissante qu'elle fit trembler tout l'étage, ainsi que la cage obscure.

A cause des secousses, le crochet de Marion se décrocha de sa prise et elle bascula dans le vide. Mikey essaya de la rattraper, mais il échoua. Ce fut Casey, à sa droite, qui réussit à retenir sa main. Sa prise était cependant trop mauvaise pour lui permettre de la remonter.

- Surtout, ne panique pas.

- Tu me demandes de ne pas paniquer ? s'offusqua-t-elle. Alors que je suis suspendue dans le vide et que tes doigts glissent ? Comment veux-tu que je garde mon calme ?

Donatello se laissa glisser d'un mètre le long de la paroi, jusqu'à être à la hauteur de la jeune fille. Il passa un bras autour de sa taille et, sitôt qu'il l'eut rapproché de lui, il lui conseilla de s'accrocher à ses épaules, ce qu'elle fit de toutes ses forces. Il reprit ensuite son ascension en la portant sur son dos, tandis qu'elle retenait son souffle, car il ne s'agissait pas de la position la plus pratique qu'elle ait connu jusqu'alors.

Elle ne fut pas mécontente de retrouver le sol sous ses pieds dès qu'ils eurent atteint le dernier étage. Ils s'accordèrent une minute pour reprendre leur souffle, après leur escalade. Marion les observait, envieuse. Malgré ce qu'ils venaient d'accomplir, aucun d'entre eux ne semblait fatigué, sauf peut-être April qui paraissait légèrement moins énergique que les autres.

- Je vais finir par penser que Raphël à raison, marmonna-t-elle alors que Mikey venait s'adosser au mur, à côté d'elle. Je suis un boulet.

- Absolument pas ! Je t'interdis de dire une chose pareille. Tu es une fille géniale et tu manies l'épée comme une pro.

- Et puis, c'est nouveau pour toi, surenchérit Donnie. Tu n'as pas subi comme nous un entraînement ninja intensif, alors il n'y a rien d'étonnant à ce que tu ne sois pas encore au niveau. Ne t'inquiète pas, ça viendra.

- Moi aussi, j'étais une débutante lorsque j'ai rejoint l'équipe, affirma April. Et regarde aujourd'hui de quoi je suis capable.

- Et si vraiment ça ne vient pas, tu pourras toujours être notre mascotte ! conclut Casey, ce qui lui valut un regard noir de la part des trois autres.

Marion les remercia pour leurs paroles encourageantes, tandis qu'ils se remettaient en route. Ils ne leur restaient plus qu'à regagner le conduit d'aération par lequel ils étaient entrés précédemment, ce qu'ils firent sans encombre. Casey s'y hissa le premier, puis Donnie fit la courte échelle aux deux filles, tandis qu'il les tirait par la main pour les aider à se faufiler dans le conduit.

Au moment de s'y engouffrer à son tour, la tortue au bandeau violet ne put s'empêcher de jeter un regard anxieux autour de lui. Et si Raph et Léo n'avaient pas réussi à s'enfuir ? Et s'ils étaient toujours là, quelque part dans leur bâtiment, à avoir besoin de leur aide ? Il avait consulté son T-Phone à deux reprises, en vain. Ils étaient sans nouvelles d'eux.

Michelangelo, devinant quelles pensées le tourmentaient, mit sa patte sur son épaule. Il lui adressa un sourire réconfortant et s'efforça de prendre une voix enjouée, même si le cœur n'y était pas, au moment de s'exprimer :

- Je suis certain que tu t'angoisses pour rien, comme toujours. Ils sont sûrement déjà sur le toit, en train de nous attendre.

- Et s'ils n'y sont pas ?

- Nous redescendrons les chercher. Les tortues d'abord, rappela-t-il en lui pressant la clavicule.

- Tu as raison. Les tortues d'abord.