Préambule

par tatiko

Un violent pic de douleur le traversa, l’extirpant sans ménagement aucun de son sommeil plus qu’agité. Le souffle court, le jeune homme se redressa d’un bond, serrant les mâchoires avec acharnement afin de taire le hurlement qu’il aurait aimé pouvoir pousser afin d’extérioriser la souffrance le traversant. D’un geste automatique et dérisoire, il plaqua sa main gauche de chair sur le métal de son bras artificiel, le serrant avec force. Le mal, fourbe et insidieux, se diffusait dans tout son torse, comme l’électrisant. L’épicentre prenant place au niveau des attaches métallique de sa prothèse lui donnait irrémédiablement la folle envie de les arracher, de se débarrasser de cet amas de mécaniques le torturant à chaque seconde, comme pour le punir des actes inavouables auxquels il avait pris part depuis son arrivée à Zaïbaker… 

Chaque jour, chaque nuit, chaque minute de sa maudite existence n’était que souffrances et doutes, regrets et peines… Seule sa conviction en un avenir meilleur façonné par l’empereur lui permettait de supporter ce fardeau écrasant le broyant sans répit, un peu plus à chaque nouvelle seconde s’écoulant en ce monde en perdition. Hélas, son endurance ainsi mise à rude épreuve ne cessait de s’amenuiser, l’attirant lentement et inexorablement vers des ténèbres toujours plus insondables…     

Reprenant son souffle, Folken se laissa tomber en arrière sur son matelas, plaquant sa main sur son front bouillant contre lequel quelques mèches de cheveux trempés étaient venues se coller. Il scruta l’obscurité de sa chambre pendant une poignée de minutes, tentant d’oublier les élancements douloureux qui n’arrêtaient pas de le harceler en se concentrant sur la multitude de bruits brodant le fond sonore bourdonnant et incessant de la forteresse déambulant dans les cieux d’encre. En ces lieux, le silence n’existait pas, lui donnant parfois l’oppressante impression d’évoluer dans le ventre d’un démon technologique. En 10 ans, jamais plus il n’avait pu connaitre le calme et la paix. Il était mort et vivait à présent une damnation infernale n’ayant plus aucun rapport avec son existence passée.

A cette pensée, un douloureux soupire lui échappa. Une lassitude insondable l’étreignit tout entier, happant ses forces en un battement de cils, l’accablant d’un épuisement effrayant. Il ferma ses yeux couleur grenat cernés, s’enfonçant un peu plus dans les ténèbres, cédant à la fatigue.

Immédiatement, des images d’autrefois lui revinrent en mémoire,  le blessant tout autant qu’il les chérissait… Un toit de tuiles bleues au pied du quel s’étendait un royaume paisible et béni des dieux, un ciel nocturne d’une beauté époustouflante, tapissé d’une multitude d’étoiles encerclant le petite dame blanche accompagnant l’immense lune des illusions, si envoutante et mystérieuse… Et son frère… son frère cadet qui ne cessait de l’appeler, lui offrir ses sourires innocents et admiratifs, symbole vivant de tout ce qu’il désirait protéger plus que tout au monde…

Mais à présent… que restait il de tout cela ? Fanelia n’était plus que ruines… Gaea était au seuil d’une guerre sans précédant… Et Van le haïssait plus que tout autre…

Tous ses désirs et ses souhaits glissaient entre ses doigts comme du sable, le laissant seul et désemparé… Il s’était pourtant dis que son propre bonheur ne comptait plus, que seul importait la réussite du projet de l’empereur Dornkirk… afin d’apporter la paix à tous…

Pourtant… Pourtant il aurait tant aimé pouvoir gouté à la joie d’être heureux…A nouveau…