Idée noire (par Soul)

par Saiku-chan




- Tu veux vraiment y aller ?

Ses yeux d’émeraude me regardaient avec tellement de tristesse qu’il m’était difficile de la quitter. Mais je n’avais pas le choix. En tant qu’élève de Shibusen, je me devais d’y aller…

- Comment feras-tu, sans meister ?

Je ne m’étais même pas encore posé la question. Il était vrai que sans elle, je ne pouvais vraiment rien faire. En fait, je serai certainement plus un fardeau qu’autre chose… et pourtant. Je sentais, au fond de moi, que je devais y aller. Néanmoins, quelque chose me retenait quand même.
Je m’assis sur son lit, à côté d’elle, sa main toujours dans la mienne.

- Après tout, je ne peux pas te forcer de rester avec moi… vas-y. C’est ton devoir, tu as raison…
- Il n’y a plus personne dans l’infirmerie, et je ne veux pas te laisser seule. On ne sait jamais…
- Je suis désolée, Soul. C’est ma faute… si je n’étais pas venue vers toi, tu ne m’aurais pas transpercé le ventre et tu ne serais pas obligé de rester à mon chevet.
- Cesse de dire ces âneries. Tout est entièrement de la faute de Médusa. Tu n’as pas à te sentir coupable de quoi que ce soit.

Ses lèvres s’étirèrent pour former un petit sourire. Ce sourire que j’aimais tant voir sur son joyeux visage. Mais là, son visage était tout sauf joyeux. Comment la convaincre qu’elle n’y était pour rien ? J’avais l’impression d’être retourné dans le passé, juste après notre premier combat contre Chrona. A cette époque, le sourire de Maka avait disparu pendant plusieurs semaines, jusqu’à ce que je sois à nouveau sur pieds. Son sentiment de culpabilité lui avait été tellement pesant… ce dernier était comme de retour dans son cœur, et je n’appréciait pas ça.
L’alarme continuait de sonner, mais je ne l’entendais plus. Pour moi, il n’y avait qu’un silence. Un long silence. On pouvait entendre des cris de panique, de peur, et de douleur dehors… mais je les ignorais. Je voulais le silence. Mes yeux se tournèrent vers ceux de Maka pour plonger dedans. Longtemps nous nous fixâmes ainsi, jusqu’à ce que la retour de l’infirmière vint nous interrompre.

- Maka, Soul, l’heure est assez grave. Ce dévoreur est puissant… Maka, nous allons t’emmener dans la death room. Tu y seras plus en sécurité…
- J’aimerais tellement aider… je suis si inutile, là ! Se plaignit ma manieuse.

Ô comme je détestais la voir comme ça. Mais le pire, c’est que cela ne faisait qu’accroitre mon sentiment de culpabilité qui pourtant n’avait aucun lieu d’être.
La dame en blanc débloqua les roulettes du lit et le tira vers elle pour ensuite le pousser vers la porte. Ne voulant pas passer pour un impoli, je l’aidai alors, le regard toujours rivé sur ma meister allongée. L’heure était grave pour Shibusen, et elle ne pouvait rien faire. Et moi, je ne pouvais rien faire sans elle.

- Dehors… ils s’en sortent ? Osai-je alors demander.

Mais comme je m’y attendais, je ne reçus aucune réponse satisfaisante autre que le mutisme révélateur de l’infirmière. Comme elle l’avait dit précédemment, l’heure était grave. Et Shinigami-sama, où était-il ? Combattait-il aux côtés des étudiants ? Y avait-il déjà des morts ? Non, il ne fallait pas penser ça. Nous étions à Shibusen. Je me sentais tout de même mal à l’aise. J’étais là, en sécurité, alors que mes camarades étaient en grand danger.
Nous arrivâmes alors dans la death room, où Shinigami-sama attendait avec Spirit, fixant tous deux le seul grand miroir qui meublait la pièce. Là, on pouvait y voir la scène extérieure. Effectivement, ils n’avaient pas l’air de s’en sortir comme des chefs, dehors.
Dés qu’il vit sa fille, Spirit oublia complètement cette apocalypse pour s’arrêter gaga devant Maka, qui eût pour reflexe de tourner la tête de l’autre côté.

- Spirit, ce n’est pas le moment. Nous allons devoir y aller, sinon, nous allons perdre des élèves. Stein et Marie ne sont pas à leur avantage, là, fit le dieu de la mort d’une voix plus grave que d’habitude.

Ce ton là ne me plaisait guère. Il ne faisait que me stresser davantage. Soudain, je sentis une main se poser sur la mienne et je tournai les yeux vers ceux de ma meister.

- Soul… j’ai une idée, mais… tu vas refuser et me dire que je suis folle.
- Une idée ?
- …

Elle ne poursuivit pas, comme si elle avait peur de ma réaction. Quelle était donc cette idée ? Si elle pensait que j’allais refuser, c’était qu’elle devait vraiment être risquée… mais j’avais beau chercher, je ne voyais pas de quoi elle pouvait parler.

- Maka, fit alors Spirit de sa voix caverneuse.

L’appelée tourna la tête vers son père qui la fixait tristement. Maka comprit tout de suite pourquoi, et ne put s’empêcher de faire pareil. Certes le détestait-elle, mais il restait son père, et qu’elle le veuille ou non, il avait tout de même une place dans son cœur. Le death scythe allait devoir partir au combat, dans les mains du dieu de la mort. Il s’approcha de sa fille et l’embrassa sur le front.

- …Sois prudent, Papa, laissa-t-elle échapper.

Spirit n’en cru pas ses oreilles, et se mit à vomir de joie, bien que ce n’était pas vraiment le bon moment pour faire cela. Shinigami-sama le pressa, et il prit son apparence d’arme. Ensemble, ils sortirent de la death room, promettant de revenir sains et saufs.
L’infirmière, qui n’avait d’autres choix que de rester, préparait un tranquillisant pour Maka qui paraissait bien anxieuse. Cependant, au moment où le verre lui fut tendu, cette dernière le refusa.

- Quand est-ce que le sang noir disparaîtra complètement des veines de Soul ? Demanda-t-elle soudainement.

Non… elle ne pensait tout de même pas à…