Alarme (par Soul)

par Saiku-chan




Poussé par Kid et les autres, j’entrai à contre cœur dans l’infirmerie avant qu’ils ne referment la porte. Je restai sous le chambranle, à observer les lattes abîmées du parquet, en réfléchissant à ce que je pouvais bien dire. Je n’osai pas lever les yeux et regarder Maka en face. C’était débile, je le savais, et pourtant, je n’y parvenais pas. Je me sentais encore trop coupable. Et elle, que faisait-elle ? Me fixait-elle ? Elle devait me trouver con à rester planté là ainsi. Vraiment con. Et puis, les dires de Kid ne faisaient que revenir dans mes pensées…
Après un long silence, gardant la tête baissée, je lançai enfin :

- Je suis désolé. Pardonne moi.

Elle émit un petit rire. Étonné de sa réaction, mon visage se leva enfin vers elle.

- Ne t’inquiète pas. L’important, c’est que je sois vivante, non ? Me dit-elle en souriant.

Ses yeux d’émeraude regardaient les miens comme ils les avaient toujours regardé. Son teint était normal, elle paraissait en pleine forme. Excepté que sa tête restait enfoncée dans l’oreiller et que son corps était condamné à rester allongé dans ce lit. Elle ne pouvait pas s’asseoir dans son lit, et par conséquent, ne pouvait pas marcher non plus. Et ce, par ma faute.

- Dis toi qu’on est quitte désormais, ajouta-t-elle.
- Pardon ?
- Ta cicatrice, tu l’as parce que tu m’as protégée de Chrona. Maintenant, j’ai une cicatrice car j’ai voulu te sauver. On est quitte, non ?

Je lui adressai un sourire d’amusement. Certes, d’un côté, elle avait raison… mais ce n’était pas pour autant que je ne me sentais plus coupable. Elle non plus, son sentiment de culpabilité ne s’était certainement pas envolé d’un coup une fois que mon bras avait tranché son ventre. Je me remémorai d’anciens événements, du début du plan de Médusa… la manipulation de Maka, la gifle de cette dernière, son étrange comportement… Kid m’avait tout raconté, dans les moindres détails. Maka avait en fait été contrôlée une quinzaine de jours avant notre mission avec Bad. Avant le jour où elle et moi étions entrés en résonance, et que je fusse contaminé par le sang noir… pour être ensuite possédé par cette sorcière et disparaître de la circulation. Autant, tout cela, j’avais oublié. La culpabilité qui s’était installée dans mon cœur était devenue lourde. Très lourde.
Un nouveau silence s’était imposé dans la discussion. Moi, j’étais toujours planté là, sous le chambranle de la porte. Maka, elle, continuait de me fixer, se demandant quand est-ce que j’allais enfin m’approcher. Elle ne m’en voulait pas du tout. Comment faisait-elle ? Certes je n’étais pas moi-même, mais quand même… ceci dit, quand les rôles étaient inversés, je ne lui en ai pas voulu une seconde. Pour moi, il était normal de protéger le meister. Mais le meister ne devait pas protéger l’arme.
Mes jambes décidèrent de bouger et d’avancer vers le lit où ma partenaire était couchée. Celle-ci se mit à sourire, avant de m’avouer :

- Je me demandai si tu allais rester devant la porte toute la journée.
- Excuse moi.
- Arrête de te sentir coupable ! Si je suis dans cet état, c’est entièrement de ma faute.

A mon tour, mes lèvres s’étirèrent pour former de nouveau un sourire. Un sourire forcé reste un sourire. Ces paroles ne m’étaient pas inconnues. J’avais sorti exactement les mêmes lorsque c’était mon corps qui était coincé dans ce lit d’hôpital.

- Je suis contente… contente de te voir normal.
- Normalement, Médusa ne peut plus rien faire de moi. L’infirmière m’a donné un médicament censé faire disparaître le sang noir.
- Alors tu restes, n’est-ce pas ? Avec moi ?

Ses yeux d’émeraude plongés dans les miens ne pouvaient me faire dire le contraire. Avait-elle deviné l’intention que j’avais, quelques temps auparavant ?

- Oui, je reste. Ne t’inquiète pas, dis-je en m’asseyant sur le fauteuil à côté d’elle.
- Tu sais… j’ai vraiment cru, un moment, que tu ne reviendrais jamais.

Elle avait tourné le regard vers la fenêtre, tandis que moi, je gardai le silence, ne sachant que répondre.

- Soul, tu peux me faire une promesse ?
- Laquelle ?
- Promet moi de ne jamais t’en aller loin. Ne me laisse pas tomber.

L’angoisse que contenait sa voix à ces dires me fit un pincement au cœur. Comme Kid me l’avait dit… « Elle tient à toi, et bien plus que tu ne le penses ». Ma main vint se poser sur la sienne, et ses iris verts se retournèrent à nouveau vers moi.

- Promis…
- Au fait, Soul… J’étais manipulée…
- On m’a tout expliquer. Tu étais manipulée, pour la baffe, on m’a raconté. Ne t’inquiète pas, je ne t’en veux pas.
- Oui mais… j’ai menti. Quand je t’ai giflé, je commençais seulement à ne plus être moi-même. Avant, je l’étais encore.

Je la regardai, intrigué. Que me chantait-elle là ? Maka, l’élève réputée comme la plus studieuse et honnête de l’école, était en train de me dire qu’elle avait en quelque sorte triché ?

- Comment ça ? M’empressai-je de demander.
- Tu te rappelles… Kid voulait me parler, ce soir là.

Bien sûr que je m’en rappelais. Je m’étais même demandé si Kid n’était pas la cause de son changement brutal de comportement. Dans ma tête, toutes sortes d’hypothèses avaient été émises, mais aucune n’avait été retenue. Après, j’avais décidé de ne plus chercher à comprendre le pourquoi du comment, et avait ignoré les excuses de Maka. Là encore, elle n’était qu’à demi-consciente ? Je commençai à mieux comprendre. Comment n’y avais-je pas pensé plus tôt ? L’âme de Maka était forte. Elle ne pouvait se faire contrôler aussi facilement ! En fait, elle avait lutté, mais n’avait pas réussi à garder le dessus longtemps. Et moi, comme un con, je n’avais pas pensé à ça. Mais quel imbécile ! J’avais pourtant remarqué qu’elle était bizarre.

- Ce soir là, poursuivit-elle, Kid m’a dit…

Elle fut soudainement interrompue par une sonnerie que nous ne connaissions pas encore. Nous entendîmes la chaise de l’infirmière frotter le sol et celle-ci se lever brutalement. Elle ouvrit immédiatement la porte sans même nous adresser un regard et sortit du dispensaire à pas de loup, le rythme rapide de ses talons devenant de moins en moins audibles en furent témoins. Maka et moi nous regardâmes, à la fois étonnés et curieux. Que signifiait cette alarme incessante ?

- Soul ! Maka !

Kid était de retour, devant la porte de l’infirmerie, essoufflé et en sueur, le teint bien plus pâle que d’habitude.

- Kid ! Que se passe-t-il ?!
- On attaque Shibusen ! Cria-t-il, afin que l’on puisse l’entendre au dessus de la sonnerie.

Ceci dit, je pensai plus que c’était par panique que par nécéssité qu’il avait haussé autant la voix.

- Qui est-ce ?!
- Le dévoreur… de l’île Goshin.

Ceci déclencha la même réaction chez Maka que pour moi. Mes yeux s’étaient écarquillés. Médusa était alors enfin passée à l’action. C’était ça, son plan ! Faire chuter Shibusen. C’était pourtant simple à deviner.

- Ce n’est pas tout… continua Kid, le dévoreur… mon père a l’impression qu’il est beaucoup plus puissant que lorsqu’il l’avait scellé sur l’île !
- Médusa l’aurait donc aidé ?

Avec le sang noir. Je ne voyais que cette possibilité. Les voix de Liz et Patty réussirent à se faire entendre plus loin dans le couloir, malgré l’alarme qui semblait avoir un niveau sonore de plus en plus haut. Kid tourna la tête vers elles avant de la retourner vers nous :

- J’y vais. Les étudiants vont tout tenter pour le tuer. Soul, reste ici avec Maka ! Cria-t-il avant de s’en aller en courant.

Rester ici ? Mon regard se dirigea vers ma partenaire qui n’avait pas sur son visage l’expression que je voulais voir. Elle paraissait hésitante, suspicieuse. Je l’aurais plutôt pensée déterminée à m’envoyer sur le champ de bataille. Après mûre réflexion, je comprit. Elle ne pouvait rien faire, cloîtrée dans ce lit d’hôpital… et revoilà ce sentiment de culpabilité qui revenait. Ne pouvait-il pas rester loin de moi, celui-là ?

- Maka ?
- Soul… tu vas y aller, c’est ça ?
- …

Que devais-je faire ? J’étais littéralement pris entre deux feux. Tenir la promesse que je lui avais faîte quelques minutes plus tôt, écouter Kid et rester là, ou devais-je tenir mon rôle en tant qu’élève de Shibusen et protéger l’institut ? Par la même occasion, je pourrais me venger. Médusa ne devait pas être loin…