Vide (par Maka)

par Saiku-chan



Il était là. À l’horizon, on pouvait distinguer une silhouette, que je reconnus immédiatement. Cette longueur d’âme, j‘aurais pu la reconnaître entre mille. Soul, c’était Soul. Toujours dans les bras de Kid mais les yeux rivés sur cette ombre qui relevait à la fois du miracle et du rêve, je cessai mes pleurs. Le jeune dieu de la mort desserra son étreinte et me laissa me lever. Tout le monde regardai l’albinos s’approcher de nous, silencieux et patient. L’atmosphère pesante qui régnait n’était pas des plus agréables malgré le petit vent qui passait par là. Mais il était là. Soul était là. Il était vivant, mes doutes sur mes cauchemars n’avaient donc plus aucun lieu d’être… Les larmes revinrent, mais cette fois, elles étaient de joie. Que faisait-il là, pourquoi avait-il disparu, toutes ces questions, je m’en fichais en ce moment même. Tant qu’il était là, c’était le principal. Il était de retour.
Sans plus attendre j’accourrus vers lui, en sanglotant, mais le sourire aux lèvres. Cependant, ce sourire disparût très vite lorsque je perçut le regard de mon ami.
Soul s’avançait à pas régulier, la tête levée, les yeux fixant le vide. Sa démarche n’était pas sienne, tout comme son expression qui était semblable à celle d’un cadavre.
Je compris qu’il était sous l’emprise d’un sort. Malgré cela, je continuai de m’approcher de lui, la peine et l’angoisse collées à mon visage.
Soul s’était arrêté maintenant. Ce corps mince, ces habits rouges et jaunes, ces yeux rouge rubis, ces cheveux blancs comme neige… Aucun doute, il s’agissait de Soul. Mais son esprit n’était pas là. Ce corps qui se tenait devant moi n’était qu’une coquille vide. Ces sorcières s’en servaient pour nous déstabiliser. Me déstabiliser. Sans arme, je ne pouvais me défendre, et pourtant, je continuais à avancer doucement vers lui, tout naturellement. Certes, je me mettais en danger extrême mais je ne pouvais pas rester là sans rien faire pendant que Soul était possédé par ces…

La distance qui nous séparait était désormais de l’ordre du mètre, je m’arrêtai et l’observai un instant. Il ne bronchait pas, restait telle une statue, inerte, à me fixer de ses yeux vides. Ses iris rouges n’étaient plus aussi rayonnant qu’ils ne l’étaient auparavant, et son visage n’avait aucune expression. Il ne me reconnaissait pas. Devant moi se tenait une simple marionnette.
- Soul… fis-je.
Mais il ne manifesta aucune réaction.
- Soul, c’est moi… Maka…
Toujours rien. Je m’approchai encore.
- S’il te plaît, Soul, reviens… bats toi ! Prend le dessus, je sais que tu peux le faire !
Mais il s’obstinait à rester immobile. Mes espoirs de le retrouver se faisaient de plus en plus minces, et mes larmes ne tardèrent pas à revenir troubler ma vue.
- Soul ! Soul ne me laisse pas tomber… Reviens !
Rien. Rien. Toujours rien.
Mes larmes se furent de plus en plus nombreuses à couler le long de ma joue et à mourir sur le sol parsemé de cailloux.
- SOUL !

Mes poings vinrent frapper son torse avant qu’ils ne se desserrent pour agripper son gilet et me blottir contre lui. Cet être n’était plus qu’un simple mannequin, privé de sentiments et d’esprit. Ma tristesse avait beau s’évacuer par le biais des larmes, elle était toujours aussi grande. Sa fidèle partenaire Maka lui était dorénavant inconnue, elle avait disparu de son cœur, la laissant ainsi plongée dans une tristesse bien plus profonde que quiconque ne pouvait l’imaginer. Sans lui, qu’étais-je ? Une simple humaine, un rat de bibliothèque, une meister sans arme. Sans lui, je n’étais rien. J’étais seule.
Tsubaki, Black*Star, Liz, Patty et Kid me regardaient avec compassion, eux aussi malheureux d’avoir perdu un ami, qui bien qu’énervant la plupart du temps, leur était très précieux. Ils ne bougeaient pas, restaient là à me fixer, collée à Soul. Ils semblaient avoir perdu espoir… Soul ne reviendra-t-il pas à la raison ?
Il n’y avait que nous sept dans ce vaste paysage monotone. Les autres n’osaient pas approcher, soit par crainte que Soul ne réagisse violement, soit pour me laisser seule avec lui dans mon chagrin qui ne se calmait pas.
- Maka…

Mes gémissements se turent et mes yeux rouges et humides se levèrent pour observer le visage de Soul qui n’avait pas changé d’un poil.
- S… Soul ?
- Je… désolé…
- Quoi ?
Soudain, quelque chose vint me transpercer l‘estomac, ma respiration s’arrêta, mes mains lâchèrent le pull de Soul. Je baissai ma tête pour apercevoir le bras de mon arme se retirer violement de mon ventre, suivi d’une traînée rouge.
- Non, Soul, tu… Soul…

Mon corps tomba à terre. J’observai Soul dans ma chute, qui gardai toujours et encore la même expression collée à son visage. Il m’avait tué. L’inverse de mes cauchemars venait de se produire.