scène 2

par Tentenette

 

Chapitre 2

 

Yashiro parcourait les couloirs de l’hôtel Prince Park Tower Tokyo, un café à la main. Depuis l’annonce de la nomination de Ren par l’académie Japonaise, son emploi du temps était submergé d’interviews de diverses chaines, magazines et radios souhaitant connaitre ses impressions. Tous deux n’avaient pas beaucoup dormi cette semaine, mais contrairement au jeune acteur qui affichait la résistance d’un robot en acier trempé, Yashiro se trainait presque comme une larve, il en était à son quatrième café et la journée commençait à peine.

Yashiro poussa la porte de la suite au moment où la journaliste remerciait Ren du temps qu’il lui avait accordé.

   C’est naturel, merci pour votre travail.

Ren fit un de ses célèbres sourires et la journaliste rougit violemment en baissant la tête. Yashiro sourit, blasé, il lui avait pourtant dit de faire attention, tout le monde n’avait pas la capacité de résistance au charme de l’acteur qu’un certain membre de la section LOVE ME, Yashiro trouvait ça déconcertant que Ren ne se rendent même pas compte de l’effet qu’il produisait su les femmes en général.

Ils quittèrent l’équipe de télévision qui remballait le matériel et prirent l’ascenseur, direction le parking. En dehors des banalités concernant le travail, les deux hommes ne parlaient pas beaucoup durant le trajet qui les ramenait à la LME. Yashiro jeta un regard en coin à Ren, concentré sur la route. Cette situation durait depuis trois jours, depuis le soir du fameux diner, Ren semblait préoccupé et Yashiro pensait savoir pourquoi.

Au restaurant, tout le monde avait bien vu que Kyoko n’était pas dans son assiette. Elle ne parla pas, ne manga presque rien, mit son coude dans son plat de Takoyaki lorsque Ren s’adressa à elle et se leva pour débarrasser la table à la fin du diner. En somme, la pauvre fille était complètement déboussolée, c’était sans doute pour cette raison que Ren avait prétendu avoir des douleurs à l’estomac, pour pouvoir rentrer plus tôt et raccompagner Kyoko chez elle.

   Tu es sûr que ça va ? Demanda Yashiro, perplexe.

   Pourquoi ça n’irait pas ? Répondit Ren d’un ton neutre sans quitter la route des yeux.

   Tu as parlé à Kyoko ?

   Pas encore, déclara-t-il après un long silence.

Yashiro acquiesça, Ren avait sans doute pensé que Kyoko était assez stressée pour ne pas en rajouter avec un interrogatoire, et comme son emploi du temps ne lui avait pas encore permis de la voir, l’affaire trainait depuis trois jours.

Alors que l’ascenseur les conduisait au bureau, les mots de Yashiro flottaient dans la tête de Ren, il fallait qu’il parle à Kyoko et vite, il pensait connaitre la source de ses problèmes mais il espérait fortement se tromper.

     Ah, Kyoko-chan, comment tu…

Yashiro s’interrompit, choqué. L’ascenseur s’était arrêté à leur étage et Kyoko était apparue derrière ses portes. Les yeux dans le vague et la bouche entrouverte, elle semblait en proie à une intense réflexion, elle ne les remarqua même pas lorsque Yashiro l’avait salué, elle monta directement dans l’ascenseur et appuya sur le bouton.

     Mogami-san ?

     Hun ?

Ren avait bloqué les portes de l’ascenseur au moment où il s’apprêtait à descendre, il observait Kyoko avait une expression de franche inquiétude.

     Bonjour Tsuruga-san, Yashiro-san, vous voulez descendre…mais ne devriez-vous pas être en réunion dans le bureau du directeur ?

Ren et Yashiro échangèrent un regard d’incompréhension, le rendez-vous avec le directeur Takarada dont parlait Kyoko avait eut lieu deux jours plutôt.

     Mogami-san, tu es sure que tout va bien ?

Elle se contenta de sourire, ce sourire qu’elle affichait pour rassurer son entourage lorsque tout n’allait pas aussi bien qu’elle le laissait entendre, mais elle ne parvint pas à prononcer les mots qui allaient avec, Ren vit là l’occasion de glaner quelques explications.

 

******

 

     Mogami-san, l’interpella la voix de Ren alors qu’elle avait les yeux fixés sur les remous du café qu’elle touillait dans sa tasse depuis dix minutes.

Lorsqu’il l’avait vu dans cet état, Ren lui avait proposé de faire une pose et de prendre un café avec eux. Kyoko avait accepté, un sourire lumineux sur le visage. En réalité, elle voulait s’entretenir avec lui depuis le jour maudit de la visite de Shoutaro. Elle voulait surtout s’excuser du comportement qu’elle avait eu durant le diner, rien que d’y penser le feu lui montait au joues. Seulement à chaque fois qu’il était question de Shoutaro, elle craignait la réaction de son Sempai.

     Tu n’as pas l’air très en forme depuis quelques temps, aurais-tu des problèmes ?

Elle ne répondit pas. Son regard se voilà de tristesse et elle baissa la tête, contemplant son pal reflet dans le liquide brun. Il s’inquiétait pour elle, évidemment, comment réagira-t-il lorsqu’il apprendra que Shoutaro lui avait rendu visite le soir du diner et qu’elle lui avait parlé ?

     Est-ce que ça a un rapport avec la visite de Sho Fuwa, il y a trois jours ?

Kyoko arrêta soudain de respirer.

     Fuwa Sho était sur le plateau de tournage ! S’exclama Yashiro qui était tout aussi surpris que Kyoko.

 

Comment avait-il deviné, Kanae lui avait assuré qu’elle n’avait rien dit, peut-être qu’il était médium ? Kyoko eut soudain la vision angoissante d’un Ren Tsuruga habillé en voyante et faisant des moulinets au-dessus d’une boule de Crystal en murmurant d’une voix lugubre : « tu ne peux rien me cacher Mogami-san, je connais tous tes sombres secrets, avoues sur le champ et je t’épargnerais peut-être ! »

     J’étais stationné devant le bâtiment, tu étais sorti nous acheter des boissons, expliqua Ren en s’adressant à Yashiro. C’est là que je l’ai vu.

Ren et Yashiro se tournèrent simultanément vers Kyoko. Il n’y avait pas d’échappatoire, elle était prise au piège tel un asticot empêtrait dans une toile d’araignée. Elle leur raconta toute l’histoire.

 

     C’est une catastrophe…les vieux arrivent à Tokyo dans une semaine.

Sho semblait complètement ébranlé et Kyoko savait bien pourquoi. La dernière fois qu’ils s’étaient parlé, c’était la veille de leur départ pour Tokyo. La mère de Sho avait beaucoup pleuré, quant à son père, il avait juré de le déshériter en lui interdisant expressément de remettre les pieds à l’auberge, les retrouvailles s’annonçaient donc houleuses. Cette visite devait être une initiative de Mme Fuwa, dieu seul savait combien elle avait du supplier son mari avant qu’il ne dise oui, Shoutaro avait de qui tenir, il était aussi borné que son père. Bien sur, il avait fini par accepter, il pouvait se montrer bourru et sec, mais Kyoko ne pouvait ignorait à quel point il tenait à sa femme. Kyoko avait toujours admiré l’amour et l’affection qui liaient les parents de Sho. Elle avait rêvé de faire un mariage aussi heureux que le leur, d’avoir une ribambelle d’enfants et de vivre heureuse avec son prince comme tenancière de l’auberge familiale…mais tout ça, c’était avant.

     Qu’est-ce qu’on va faire, soupira-t-il après un long silence, la tête entre les mains. Kyoko sortit de sa torpeur.

     « On », tu veux dire qu’est-ce que « tu » vas faire.

Sho se redressa soudain et fut frapper par la froideur et l’indifférence qu’il lut dans les yeux de Kyoko.

     Comment ça ? Tu ne vas…tout de même pas me laisser seul avec eux !

     Bien sûr que si, c’est exactement ce que je vais faire, te laisser te débattre tout seul et tu sais pourquoi, dit-elle en se rapprochant de lui, un sourire diabolique étirait ses lèvres, le même qu’elle lui avait adressé le jour du tournage de Prisoner. Parce qu’il n’y a plus de « on » depuis le jour où tu m’as jeté.

Elle attrapa son sac et jeta un dernier coup d’œil à son miroir. Arrivée à la porte elle s’immobilisa. Sho n’avait toujours pas bougé.

     Maintenant tu vas comprendre les sentiments d’une personne abandonnée.

Et elle partit, sans se retourner.

 

Son récit terminée, Kyoko resta silencieuse, son regard était redevenu triste et éteint.

     Tu n’as pas à te sentir coupable, Mogami-san, tu as fais ce qu’il fallait.

Kyoko releva la tête, surprise.

     Fuwa Sho ne mérites pas ton aide, tu as bien agis en l’empêchant de se servir de toi.

C’était exactement ce qu’elle avait pensé au début, l’expression de Sho au moment ou elle avait refusé de l’aider était tout simplement épique, il n’aurait pas fait une tête différente si elle l’avait giflé. Pourtant, cette première victoire sur cet horrible goujat décoloré avait un goût amer.

     Tu as sans doute raison.

Bien sur qu’il avait raison, après tout c’était elle la victime dans toute cette histoire !

 

*****

—Alors pourquoi tu culpabilises ?

Kyoko referma brusquement la porte de son casier sur l’ensemble Rose de la section Love Me. Assise sur un banc du vestiaire, Kanae brossait ses longues mèches sombres.

—Je ne culpabilise pas ! Répliqua-t-elle avec véhémence.

Evidemment qu’elle culpabilisait ! Cet enfoiré de Shoutaro avait trouvait elle ne savait quel moyen de s’introduire dans sa tête pour lui embrouiller les idées, sinon comment expliquer qu’elle errait dans le labyrinthe tortueux de son esprit, entre l’antichambre du stress et l’interminable corridor du remord depuis qu’elle l’avait vu.

     Tu recommences à te ronger les ongles, fit remarquer Chiori en lui donnant une tape sur la main. La jeune fille avait passé la journée à trier des papiers et à classer des dossiers dans les bureaux, il n’y avait pas de tournage de BOX’R prévu ce jour là.

     Il aurait dû y penser avant de me jeter comme un chien au bord de la route.

Kyoko s’imaginait en adorable chiot impitoyablement balancé par la vitre de la luxueuse limousine d’un Shoutaro ricanant comme un diable.

Kanae sentit soudain un vent froid et une atmosphère lugubre imprégnait le vestiaire, elle se tourna vers Kyoko qui avait une expression meurtrière sur le visage. Cette fille était vraiment bizarre, si ce n’était pas rationnellement impossible, elle jurerait que c’était elle qui provoquait ces étranges phénomènes.

     Ecoute tu fais comme tu veux, mais je trouve que vous ne devriez pas mêler les parents à vos histoires.

La mâchoire de Kyoko se décrocha et ses yeux faillirent sortir de leur orbites, elle n’en croyait pas ses oreilles.

      Mais, Moko-san…

     Je t’ai dit que ce n’était que mon avis, répéta Kanae, irritée.

Elle détestait écouter les autres palabrer sur leurs problèmes, elle détestait se mêler de leurs affaires et surtout, elle détestait donner des conseils !

Elle débâtait intérieurement sur la démence passagère qui s’était emparé d’elle le jour où elle était devenue amie  avec cette fille, et elle se rappela alors que c’était Kyoko qui était devenue son amie et pas l’inverse. Kyoko avait su se montrer digne de la confiance de Kanae, elle l’avait soutenu et aidé durant le casting pour la publicité du Kurara et aujourd’hui, c’était à son tour de l’aider. Elle soupira, atterrée par son propre sentimentalisme.

     Si j’ai bien compris, les relations entre Fuwa Sho et ses parents sont déjà tendues, si tu fais ça tu seras juste l’horrible garce qui l’aura brouillé avec sa famille, tu t’abaisseras au même niveau que lui, maintenant ça dépend de toi, il faut voir si tu es vraiment prête à tout pour te venger.

Kyoko baissa la tête, son expression était intense.

     Fais ce que te dictes ta conscience, intervint Chiori pour la première fois depuis le début de la conversation. Pacque à ce rythme là le costume de Bo ne tiendra pas le coup très longtemps, dit-elle en jetant un œil critique à la tenue de la mascotte que Kyoko martyrisait entre ses doigts nerveux.

 

*******

 

     …hé oh, Ren ?

     Hun ?

Le jeune homme leva les yeux de son assiette, surpris. Il s’était arrêté dans un restaurant en ville pour diner avant de rentrer, le manager voulait s’assurer que Ren se nourrissait correctement.

     Encore dans les nuages, sourit son manager, compréhensif. Je te demandais si tu avais cru à l’histoire de Fuwa, au sujet de ses parents, ce n’est peut-être qu’un autre stratagème dans le but de piéger Kyoko.

C’était en gros ce à par quoi l’esprit de Ren était obnubilé.

     Je ne sais pas vraiment.

Il n’avait aucune confiance en Fuwa, c’était évidant, un type qui n’avait pas hésité à abandonner à son sort son amie d’enfance, une jeune fille de seize aussi naïve et vulnérable que Kyoko, qui plus est dans une ville où elle ne connaissait personne ne devait pas reculer devant grand-chose pour arriver à ses fins.

     A ta place je ne me ferais pas trop de mourant, Kyoko-chan ne s’est pas laissé faire, Fuwa a dû comprendre qu’il ne pouvait plus faire d’elle ce qu’il voulait, je pense qu’il n’y a rien à craindre, du moins pour l’instant.

     Hum.

Ren revint à son assiette qu’il n’avait toujours pas entamée. Certes, Kyoko avait dit qu’elle n’avait pas l’intention d’aider Fuwa, mais son expression l’avait laissé perplexe. D’habitude quand il s’agissait de Sho Fuwa, Kyoko était incapable de contenir sa fureur, la colère et la haine qu’elle ressentait pour le chanteur l’emportait sur tout le reste, c’était la première fois qu’il la voyait aussi peinée en parlant de lui…peut-être que ses souvenirs d’enfance ont refait surface, ou peut-être que…

Non. Comme l’a dit Yashiro, Kyoko a compris qu’il fallait qu’elle s’éloigne de ce type, il était inutile de s’inquiéter.

*******

Au même moment dans sa chambre au premier étage du Daru-maya, Kyoko composait fébrilement sur son portable un numéro qu’elle n’aurait jamais cru composé un jour.

Satané Shoutaro, jusqu’où irait-il lui pourrir la vie, alors qu’elle tenait juste une occasion en or de se venger, elle la gâchait par ce que ces stupides angelots de jeune fille naïve et influençable avait refait surface pour lui faire la morale. Pourquoi devrait-elle se montrer droite alors que lui s’était conduit comme le parfait fumier qu’il était ?

     Allo ?

    

Mais Kanae avait raison, ce n’était pas de cette façon qu’elle voulait écraser Shoutaro.

     Allo ? Il y a quelqu’un ?

Lorsqu’elle avait juré de se venger, Shoutaro lui avait lancé un défi, celui de le rejoindre dans le monde du spectacle et de le battre à son propre jeu, autrement il était intouchable pour elle. Avec un ricanement sournois, elle se dit que le crétin n’avait certainement pas pris en compte dans son petit scénario ce cas de figure, il était tellement suffisant et imbu de lui-même qu’il pensait n’avoir besoin de personne.

     Shoko-san, c’est moi Mogami Kyoko.

Qu’à cela ne tienne, elle allait littéralement l’écraser à son propre jeu et elle était plutôt bien partie. Elle avait réussi le pari incroyable d’être engagé à la LME, en plus de tourner dans le stupide vidéoclip de ce stupide Shoutaro qui lui a permit de décrocher son premier rôle dans DarkMoon et ce n’était que le début. Bientôt, ce chien devra se prosterner à ces pieds et lui faire des excuses publiques en la suppliant à plat ventre de le reprendre et là…

     Allo, Kyoko-chan, tu es toujours là ?

L’air maussade, elle laissa ses rêveries de coté, ce soir n’était pas encore le temps pour elle de triompher.

     Oui je suis là.

     Tout va bien.

     Oui, ça va très bien répondit-elle d’une voix déterminée.

     Tant mieux, que puis-je faire pour toi ?

     …dites-lui simplement que j’accepte, il comprendra.

Après avoir salué le manageur, elle raccrocha. La tête basse, elle réalisait lentement ce qu’elle venait de faire. Elle avait donné à son pire ennemi une nouvelle occasion de profiter d’elle et surtout, elle avait menti à Tsuruga Ren.