Partie I

par Tatsushi-chan

White se souvenait parfaitement de leur première rencontre. Elle venait à peine de commencer son voyage initiatique, et était arrivée dans la ville d’Arabelle. C’était également là qu’elle avait entendu pour la première fois parler de ces illuminés de la Team Plasma. Elle ne les avait pas pris au sérieux, évidemment. Leur théorie de libérer les pokémons des balls pouvait-être une bonne idée, mais ce type, Ghetis, ne lui inspirait absolument pas confiance. C’était à la fin de son discours d’ailleurs qu’N était venu lui parler la première fois.

Pourquoi elle d’ailleurs ? La jeune femme n’en avait aucune idée. Tcheren était avec elle, ce jour-là. Il y avait des dresseurs dans toute la ville, dans toutes les villes d’Unys même. Pourtant, c’était à elle qu’il s’était adressé. Ce n’avait pas été de belles paroles, il avait été plutôt direct : il disait pouvoir comprendre les pokémons, leur parler… Son ami d’enfance c’était moqué de cet étrange jeune homme qui venait leur parler, mais elle, elle avait été surtout intriguée. Pouvait-il vraiment leur parler ?

Encore aujourd’hui, elle se le demandait, s’il en était capable.

Elle avait fini, sans même s’en rendre compte, à le chercher, où plutôt la team Plasma, espérant le voir entre deux, qu’il vienne la voir, lui parler, se confesser encore et encore comme lorsqu’ils étaient montés en haut de la grande roue de Méanville. Il lui avait annoncé être le Roi de la Team Plasma, comme ça, comme s’il annonçait ce qu’il avait mangé la veille où qu’il voulait prendre un thé avec des biscuits. Elle avait trouvé la situation complètement absurde sur l’instant. Elle se souvenait même d’avoir été légèrement inquiète, à peine quelques secondes. Maintenant, quand elle y repensait, elle regrettait de ne pas l’avoir retenu à ce moment-là. Pourquoi faire ? Elle-même ne savait pas.

Tous ses souvenirs de leurs différentes rencontres se mélangeaient dans sa tête qu’elle secoua vivement. Elle était vraiment trop fatiguée, cela lui faisait penser à des choses qu’elle préférait faire taire au fond de son esprit en temps normal.

Chassant donc tout ça de son esprit, elle pressa le pas dans la rue, espérant trouver une place dans un hôtel malgré la nuit déjà entamée. White s’étira et bailla tout en continuant à marcher, inconsciente du danger qui se rapprochait furtivement d’elle.

Alors qu’elle tournait à l’angle d’une rue et faisait quelques pas, on la tira dans une ruelle plus sombre, lui couvrant la bouche pour étouffer ses cris. Elle essaya d’atteindre ses pokéballs mais en vain, quelqu’un dans son dos tenait ses mains fermement, elle n’arrivait même pas à voir son agresseur, ou « ses » s’il y en avait plusieurs. Elle se débattait vainement, essaya de mordre la main qui la bâillonnait, mais avant même qu’elle ne puisse tenter cela, un coup à l’arrière du crâne la plongea dans l’inconscience.

 

XoXoXoX

Lorsque White ouvrit péniblement les yeux, elle ne savait pas du tout combien de temps pouvait bien s’être écoulé, mais ce qu’elle savait, c’est qu’actuellement elle était en train de roupiller sur le plancher froid d’une cage en fer, ce qui la fit grogner. Tiens, elle avait mué pendant son sommeil ou quoi ? Ah non elle était une fille, quelle idiote.

Elle se redressa lentement, encore dans les vapes, gardant les yeux clos car elle avait la tête qui tournait. Elle sentit alors comme un poids qui irait très légèrement sur tout son crâne. Eh, ses cheveux avaient poussé jusqu’où aussi ?

Elle ouvrit définitivement les yeux, essayant de s’habituer à la pénombre de la pièce dans laquelle se trouvait la cage, malgré toutes les diodes rougeoyantes allumées dans tous les coins. Elle s’étira comme elle aimait le faire puis regarda le truc doux que depuis tout à l’heure se glissait contre son dos nu et qu’elle prenait pour ses cheveux qui auraient d’elle ne savait quelle façon pris cinquante centimètres.

Grossière erreur.

Sa mâchoire se décrocha en voyant qu’il s’agissait non pas de cheveux, mais d’une longue crinière rouge aux pointes noires, tenue par un anneau d’un bleu turquoise qu’elle trouva magnifique malgré l’urgence de la situation. Et elle qui avait pensé avoir été violée (bah quoi elle avait quand même été kidnappée, bon elle avait mal nulle pat mais on sait jamais après tout !) car elle sentait qu’elle ne portait pas de vêtements…C’est juste qu’elle n’en avait pas besoin, recouverte comme elle l’était de fourrure d’un gris sombre ! Elle lâcha sans s’en rendre compte un cri de peur puis porta ses pattes pourvues de longues griffes rouges, surprise du bruit qu’elle venait d’émettre. Son cœur battait la chamade dans sa poitrine, lui faisant mal. Elle se força alors à se calmer, respirant faiblement, par à-coups.

Quand elle retrouva une respiration à peu près maîtrisée, elle s’observa sur toutes les coutures puis finit par devoir se l’admettre.

Elle s’était transformée en Zoroark elle ne savait comment. Elle pensa immédiatement à ceux qui l’avaient capturée. C’était forcément eux qui lui avaient fait ça. La peur lui nouait les entrailles. Et si jamais elle restait comme ça toute sa vie ?! Et où étaient passés les pokémons qui étaient toujours avec elle, dans leurs pokéballs ?!

Elle était encore en train de s’affoler et perdre le calme qu’elle avait réussi à obtenir. Elle souffla, analysant la situation. Bon, une seule solution s’imposait à elle pour l’instant.

Le premier qui s’approcherait un peu trop près, et qui plus est s’il s’agissait d’un scientifique à l’air psychopathe, il allait goûter de ses poings et ses pouvoirs fraichement acquis.

Bah quoi ça ne devait pas être si compliqué que ça d’attaquer comme un pokémon non ? Ils le faisaient tous dès leur naissance, elle n’était pas plus bête qu’eux quand même ! Autant essayer tout de suite d’ailleurs ! Elle leva une patte, lâcha un grognement (oui elle tentait d’intimider les barreaux de sa cage, tout à fait !) et donna un coup.

White eut un petit rire victorieux en voyant que son attaque avait marché, en voyant ses griffes s’illuminer légèrement, même si la cage semblait malheureusement très résistante. Mais au moins elle pouvait se défendre et cela la rassura.

Le bruit qu’elle faisait depuis tout à l’heure attira finalement les gens qui s’occupaient de ce lieu. Bingo, elle le savait, des scientifiques ! Ouiiiiii elle allait s’amuser ! (Bon déjà fallait peut-être qu’elle pense à se calmer, être devenue une espèce de renard transformiste avait réveillé ses penchants sadiques refoulés). Elle leur grogna dessus dès qu’ils passèrent la porte, ayant dû mal à distinguer leurs visages car la pièce était toujours plongée dans le noir.

Lorsque la lumière fut enfin actionnée, elle put enfin les voir correctement et effectivement, ils avaient tous l’air un peu fou. Elle augmenta son grognement et tenta de leur parler, où plutôt leur hurler de la ramener à la normale, mais seul un grondement de pokémon s’échappa d’entre ses crocs. Elle émit un bruit de pure frustration et les fusilla d’un regard bleu glace.

 - Oooooh, on dirait que notre amie n’apprécie pas vraiment son nouvel état…se moqua l’un d’eux avec un sourire sur son visage qui partait de biais.

« - Nan tu crois ?! » pensa furieusement White, augmentant les grognements.

 - Il faut faire les premiers tests, fit remarquer un autre scientifique. Voir s’il n’y a pas de problèmes aux niveaux de la modification des gènes, s’il elle peut utiliser des attaques…

Oooooh pour ce dernier point pas de problème, elle pouvait leur montrer volontiers en les défigurant !!

 - Toi, ramène le collier ! ordonna le même scientifique qui parlait des tests juste avant à un autre, un peu bedonnant qui courut faire son devoir.

White les suivait des yeux, se demandant ce qui allait advenir d’elle. On l’avait capturée pour servir de Rattata de laboratoire, rien de plus ! Et elle avait beau tenter de se montrer courageuse, elle commençait vraiment à avoir peur. De plus, personne ne pouvait savoir où elle se trouvait, et personne ne s’inquièterait de ne pas l’avoir vue avant un bon bout de temps. La dernière fois qu’ils s’étaient vus avec Belle et Tcheren remontait à un mois, et N… mais pourquoi pensait-elle à lui dans un moment pareil alors qu’elle était prisonnière bordel ?!

Elle se demanda soudain s’ils étaient de la Team Plasma mais en les observant attentivement, elle ne vit pas le blason qu’elle connaissait maintenant par cœur, sur leurs blouses où les machines aux alentours. Est-ce qu’il s’agissait de scientifiques agissant de façon indépendante ?

Le scientifique bedonnant qui était parti juste avant venait de revenir, tenant entre ses mains une mallette de métal. Il l’ouvrit devant celui qui lui avait demandé de la chercher et là, la fourrure nouvellement acquise de White se hérissa.

C’était effectivement un collier, muni de pointes et de boules dont on devinait clairement l’utilisation. Dans l’océan de peur qui venait de la submerger, quelques mots seulement arrivaient péniblement jusqu’à son cerveau : décharges électriques. Souffrance. Torture. Peur. Tests. Etudes. Cobaye. Mort … ?

Ses grognements devinrent de plus en plus faibles alors qu’ils avançaient vers sa cage qui fut alors ouverte. Elle essaya d’en profiter pour s’enfuir mais on la plaqua violemment au sol avant qu’elle ne fasse le moindre pas, et on lui passa le collier de force. Elle était pétrifiée de peur. Comment pouvait-on faire ça ? C’était déjà assez horrible sur un pokémon, mais alors une ancienne humaine ?! Elle lâcha un glapissement misérable et celui qui se trouvait maintenant devant le panneau de commande ricana :

 - Elle n’a vraiment plus rien d’humain maintenant, regardez comment son instinct lui dicte la peur !!

White se mit à le haïr. D’autant plus qu’il avait parfaitement raison, son instinct lui disait qu’elle devait avoir peur, et elle lui obéissait à la perfection. Elle se recroquevilla au fond de la cage mais l’un des scientifiques l’attrapa avec une force qui la surprit et la jeta sur le sol, où plutôt une plateforme légèrement surélevée pour les tests.

Elle voulut s’enfuir mais des barreaux d’électricité l’empêchaient de sortir de la zone ainsi délimitée. Tremblante, elle attendit, fixant du regard le scientifique devant ses manettes, terrifiée.

Quand il appuya finalement, elle la reçut enfin, cette secousse électrique qu’elle n’attendait même plus tant cela avait été long. Sûrement pour mieux la prendre par surprise. Elle hurla. A s’en déchirer les cordes vocales. White n’avait jamais ressenti pareille douleur, c’était horrible, il n’y avait pas d’autre mot pour décrire ça. Et il envoya d’autres décharges, plus fortes encore. Faisaient-ils vraiment des tests ? Où s’agissait-il seulement de pur sadisme de la part de ce scientifique ? C’est ce qu’elle pensait en voyant son sourire s’élargir à chaque hurlement qu’elle laissait échapper, les larmes aux yeux, tremblante, anéantie.

Au bout d’une bonne heure, elle n’en pouvait plus. Et ce fou qui ne s’arrêtait pas ! Elle allait mourir, à ce rythme !!

L’un des scientifiques arrêta son collègue, remarquant qu’il s’amusait plus qu’autre chose et que ce n’était pas le but recherché. Ayant enfin un moment de pause, l’ex jeune fille put enfin souffler, décontractant tout doucement ses muscles qui la faisaient atrocement souffrir. Elle gémit à nouveau, les regardant à travers un voile de douleur. Dire qu’hier encore, elle marchait tranquillement en ville, à penser à rien…et là, elle était réduite à être un cobaye, ayant perdu son apparence humaine…pathétique !

Remarquant qu’ils avaient détourné leur attention d’elle, elle tenta de se redresser avec difficulté. Elle s’étira misérablement, sentant son pouvoir qui, malgré son épuisement, enflait avec sa colère et semblait vouloir se déverser en même temps que sa rage.

L’un des scientifiques remarqua enfin qu’elle agissait bizarrement. Il s’avança vers elle sans peur, se disant que le collier l’avait totalement vidée de ses forces, et tendit la main dans sa direction, la touchant. C’était plus qu’elle ne pouvait supporter. Elle n’acceptait pas qu’on la touche, du moins, plus maintenant. Ses crocs se plantèrent dans la chair du scientifique qui poussa un hurlement, attirant l’attention des autres, puis White laissa son pouvoir acquis lors de sa transformation déferler sur eux. Une onde oscillant entre le noir et le rouge bordeaux les engloutit dans des cris de douleur dont elle apprécia la mélodie, le regard bleu perturbé, avec un éclat légèrement fou au fond des prunelles.

Elle ouvrit enfin la gueule, lâchant la main de l’homme qui était de toute façon mort, tué par la vague qu’elle avait déclenchée juste avant. Pourtant, elle n’en avait rien à faire pour l’instant. Tout ce qui comptait pour elle était de s’enfuir de cet endroit et après, elle aviserait.

White bondit au sol et fonça vers la porte qu’elle détruisit d’une attaque avant de se précipiter dans les couloirs, esquivant avec habileté tous ceux qui cherchaient à la capturer. Elle s’approchait de la sortie, elle le savait, elle sentait l’odeur de la forêt dans laquelle semblait se trouver le centre de recherches dans les couloirs, de plus en plus forte à mesure qu’elle arrivait à la porte principale.

Une fois devant, les gardes qui s’y trouvaient essayèrent de l’arrêter mais elle les assomma d’un unique coup, poursuivant sa route au dehors, continuant de courir sans s’arrêter.

 

XoXoXoX

Elle était déjà bien loin, elle le savait, peut-être une cinquantaine de kilomètres, et était totalement à bout de forces mais pourtant, elle n’arrivait pas à s’arrêter, ses muscles continuaient de marcher tout seul, sans que son cerveau ne le leur ordonne. Sa colère et sa peur elles par contre étaient toujours aussi fortes.

Elle savait qu’elle était tout près d’une ville, elle voyait les lumières, pourtant l’idée de s’en approcher et même d’y entrer ne lui traversa même pas l’esprit. Elle avait enfin ralenti sa course.

White s’écroula finalement, haletante, dans un coin de la forêt, sur le point de s’évanouir. Et c’est là qu’elle pensa que son cerveau bien endommagé par les décharges faites par les scientifiques avait disjoncté quand elle reconnut la personne qui venait de sortir des buissons comme N.

Il semblait venir d’un campement établi juste un peu plus loin car elle pouvait voir la lueur d’un feu. Le jeune homme la fixa un instant, figé de stupeur. Elle aurait voulu lui dire qui elle était, mais à la place, un léger cri de souffrance d’un Zoroark remplaça ses mots, la faisant pester mentalement. Leurs regards se croisèrent, et toutes leurs rencontres revinrent à nouveau hanter son esprit embrumé.

« Il aime les pokémons plus que les humains. Il déteste ceux qui leur font du mal…il va m’aider… »

Ce fut à peu près la dernière pensée cohérente qu’eut White avant de ne définitivement plus bouger, attendant que celui qui semblait avoir été désigné comme son ennemi attitré par son entourage face un geste à son encontre.