The last letter in statice

par Mecanic heart





Alors c'est ainsi. C'est ainsi que tout finit. Quelle achèvement inattendu. Tant de morts. Tant d'amis, de compagnons, de destins et de souvenirs, perdus à tout jamais. C'est comme une mélodie au piano. Comme Lacie ou Statice. Ou comme n'importe quel autre morceau que nous avons joué ensemble. Tout s'envole dans l'air, en notes dissonantes, tordues, d'une beauté infinie et d'une tristesse toute égale. Puis disparaît. Tout rentre dans l'ordre comme s'il ne s'était rien passé. Et pourtant. Nous n'oublierons jamais. Pour toujours, je t'en fais la promesse, je continuerai à jouer cette mélancolique partition qu'est la vie, et parfois je glisserai entre les touches, quelques lumières dorées, qu'on se remémore qu'on a le droit d'être heureux à présent. Il faut croire que c'est une fin heureuse dans un sens, bien que j'ignore en quoi. Il n'y a plus de combats. Les ennemis d'antan se sont tous unis et ont vaincu ensemble le même mal qui rongeait ce monde. La lumière est revenue au sein de l'Abysse. C'est si beau. Le décor désossé et sanglant dans lequel s'est joué l'ironique spectacle de nos vies, est désormais étincelant de boules lumineuses d'une couleur de soleil. Comme cet après-midi doré, lors du thé au manoir, celui où nous avons enfin pris conscience de ce qu'on appelle bonheur. Pour un fragment d'instant. J'espère que là où tu te trouves maintenant, la même paix t'est accordée.
Il semblerait que nous ayons tous réalisé une chose, nous qui avons été épargnés par la mort. Nous vivions jusque là uniquement pour le passé. Mais à présent que tout est achevé, que le passé qui nous était si cher, a fini son œuvre, nous regardons enfin vers l'avenir. Je ne dis pas qu'il est plus radieux, sans toi, sans Oz, sans tous les autres, c'est difficile de sécher les larmes amères et de sourire sincèrement. Pourtant c'est ce que nous nous efforçons tous de faire. Si cette histoire là est finie, c'est pour qu'une autre commence. Moins triste, moins belle aussi. Un peu comme un morceau décalé de son époque d'autrefois.
J'ai honoré mes devoirs et pris la tête du clan Baskerville. Il n'y a plus qu'eux désormais de toute façon. Je n'ai toujours pas compris la raison de ce choix, seulement l'immense fardeau que cela représentait. Tout est différent d'il y a cent ans, certes, mais ce rôle est si sombre. Son aura, son titre, l'essence même de cet héritage, est plus lugubre que le cœur ténébreux de l'Abysse. Mais je ne suis pas seul heureusement. Je t'ai perdu toi, mon meilleur ami. Tu me manques tellement, à un point que je ne saurais dire. Tu m'as inspiré et sauvé la vie dans des moments tortueux où je me perdais dans mes propres douleurs. Je ne te remercierais jamais assez pour ça. Le destin a été assez bienveillant pour donner un but à ma vie terne qui en était dépourvue depuis ton départ. Je dois les guider à présent. Ils croient en moi. Bien que cette place soit dure à porter, les bribes d'un cruel passé l'entravant encore, elle est mienne désormais. Je demeure au juste endroit. Tout est réparé malgré les cicatrices douloureuses qui resteront à jamais gravées sur nos cœurs. Alors peut-être que cette fin était la bonne. Aussi tragique que l'histoire l'a été. Quand je pense au jury qui doit nous contempler de là-haut. Il doit bien s’amuser de cette chute qu'il trouve grotesque. Pourtant je n'adhère pas à son avis. C'était une fin grandiose, je trouve. Oui, une tragédie parfaite. Du début à la fin, nous avons ri, pleuré, désespérément essayé, nous sommes devenus complétement fous. Mais au final ce monde n'est pas si mauvais que ça. Je dirais qu'il est semblable au piano sur lequel nous jouions. Il chante sans cesse des accords différents, tantôt d'un bonheur immense puis sitôt après d'une douleur sans pareil. L'ensemble forme une mélodie sans fin que certains fous appellent vie.
Cette musique est magnifique. Car après tout, je ne peux pas renier cette vie, car avant de mourir, tu es déjà venu, et tu nous as sauvés. Si je devais baptiser cet air, ce serait Wonderland sans doute. Car vois-tu Elliot, cette histoire fut sans doute la plus folle que je n'ai jamais entendu. La seule que je veuille à jamais graver dans mon cœur.
Pour l'éternité.