Holy days [2]

par Linksys

Le bruit s'intensifiait. C'était un bruit étrange, inconnu aux deux jeunes gens. Mais Mihawk semblait y être habitué, car il ne broncha même pas. Soudain, deux formes sombres se détachèrent contre la voûte céleste, à une centaine de mètres de distance, pour autant que le seul œil valide du bretteur put en juger. Il se refusait catégoriquement à croire à ce qu'il voyait, car il reconnut la forme lorsqu'elle fut assez proche pour se détacher clairement dans le halo lunaire.

Le bruit finit par attendre son paroxysme quelques instants pus tard. Sous le vrombissement, ils entendirent le bruit sourd d'un léger impact, à une dizaine de mètres d'eux. Le bruit se coupa sèchement.

- Notre taxi est arrivé, commenta Mihawk.

La lumière lunaire était tout juste assez claire pour permettre de distinguer le contour de ce qui venait d'arriver sur l'île.

- Des avions … Marmonna Zoro, qui finissait par accepter la réalité qui avait cours devant ses yeux.

- Des avions, confirma Mihawk.

L'aviation était encore une pratique extrêmement rare, et dont la technologie balbutiante ne permettait pas de longues traversées transocéaniques. Seule la Marine menait des recherches sur ce mode de transport. Cependant, comme l'espace aérien n'était pas contrôlé par la Marine, l'avion était rapidement devenu un outil prisé des révolutionnaires et autres pirates pressés d'aller d'île en île.

- Mon père m'en parlait, quand j'étais petite, souffla Perona. Il rêvait d'avoir le sien, pour survoler l'archipel …

- J'en ai pas mal entendu parler, aussi, répondit Zoro.

- Ce sont des amis à moi qui pilotent ces appareils, déclara Mihawk. Ils ont accepté de nous emmener à Kazanonsen, car eux aussi s'y rendent, pour leurs … affaires.

Soudainement, une lumière s'alluma devant deux. C'était la lumière d'une puissante lanterne, qui venait du cockpit du plus petit des deux appareils. La vitre bombée dudit habitacle se souleva, et en sauta souplement une silhouette longiligne. C'était un homme, assez grand mais plutôt fin. Il portait un épais pantalon kaki assorti à ses rangers. Le col de sa grosse veste de pilote, en cuir, lui dissimulait la moitié du visage. Le reste était conjointement dissimulé par d'épaisses lunettes d'aviateur et une grosse casquette anglaise, elle aussi en cuir. Le pilote leva haut sa lanterne autour de lui, comme pour détecter quelque souche dissimulée, puis s'avança vers les habitants du château. De même, une lanterne s'alluma dans le cockpit du second appareil, mais en sortit par une petite porte sur le côté de la carlingue. La pénombre laissa deviner une silhouette plus courte que la précédente. C'était cette fois une femme, car l'uniforme de pilote tout à fait similaire à celui de son collègue, laissait discrètement voir ses courbes. Elle n'avait toutefois pas de lunettes d'aviateur, ce qui permettait de mieux voir son visage.

- C'était pas évident, de se poser ici, commenta le premier des deux pilotes à être sorti.

- Commence pas à te plaindre, répondit le second pilote en le fixant sévèrement.

Sans tenir compte de l'avertissement, le premier pilote s'avança vers Mihawk. Il lui tendit la main, pour une poignée virile.

- Comment va Clansey ? Demanda le pilote.

- Plutôt bien, ma foi, répondit le Corsaire.

- La dernière fois que je l'ai vu, il se faisait encore martyriser par Søren parce qu'il négligeait son travail, expliqua le pilote en rigolant.

- Ça ne m'étonne pas, sourit Mihawk.

Le second pilote s'avança à son tour.

- Ça faisait longtemps.

- Quelques années, au moins.

Le Corsaire se tourna vers ses locataires.

- Zoro, Perona, je vous présente Hareton et Ludmilla. Ce sont des révolutionnaires, qui doivent aller à Kazanonsen, pour une mission.

- Un Grand Corsaire, acoquiné avec des révolutionnaires ? Demanda Zoro, haussant le sourcil qui surplombait son œil valide.

- Officiellement, je ne connais pas ces personnes. Et il n'y a qu'officiellement, que je suis un Corsaire. Je serais mort sans ces gens-là, et beaucoup d'entre eux seraient morts, sans moi. Disons que nous avons un objectif … convergeant, eux et moi.

- Bidonjour ! S'exclama jovialement Ludmilla.

- Bidonjour, ajouta Hareton, avec un flegme presque trop marqué.

- Euh … Bonjour … marmonna Perona, déconcertée.

- Bonjour … Grogna Zoro.

- Tu es Zoro ? Le vrai Roronoa Zoro, le chasseur de pirates? Demanda Hareton, en s'approchant de lui.

- Lui-même et en personne, rétorqua le bretteur avec une méfiance presque palpable.

- Robin a parlé de toi.

- Tu connais Robin ?

- Bien sûr, que je la connais ! Tout les révolutionnaires la connaissent, maintenant ! Répondit Hareton presque en rigolant, comme s'il s'agissait d'une blague.

- Bref, coupa Ludmilla d'un ton autoritaire. Faudrait peut-être qu'on décolle avant l'aube, t'en penses quoi ?

- J'arrive, j'arrive, dit Hareton en retournant en direction de son appareil.

Ludmilla, après avoir salué les voyageurs, les amena en direction des avions.

- Laisse-moi leur présenter, supplia Hareton, en s'agenouilla mains jointes, devant sa coéquipière.

- Vas-y, déclara-t-elle en soupirant. Mais t'as intérêt à faire vite.

À peine avait-elle terminé sa phrase, qu'Hareton était déjà debout. Il brandit sa lanterne en direction de son appareil. C'était un engin monoplace, long de neuf mètres et d'une envergure de dix. Le bout des ailes était arrondi.

- Voilà mon appareil, déclara Hareton avec fierté. Il s'agit d'un A6M1, il n'y en a que quatre dans le monde. Mais c'est un nom à la noix, oubliez-le. Peu importe la couleur de la veste, tout le monde qui sait ce qu'est cet engin l'appelle un chasseur Zero. Le meilleur bombardier léger jamais construit, je vous dis !

Puis, il se dirigea vers l'appareil de sa coéquipière.

- Et voici un B17, aussi appelé Flying Fortress. C'est un bombardier lourd, mais celui-ci a été aménagé pour le transport.

Sa voix était subitement beaucoup moins enthousiaste.

- Tu pourrais faire preuve d'un peu plus d'entrain ! S'exclama Ludmilla. Je vais finir par croire que tu tiens plus à cet avion qu'à moi !

- Je regrette parfois que ce ne soit pas le cas, répondit Hareton, en regagnant le cockpit de son appareil.

- Quel rustre … Soupira sa coéquipière. Bon, ça va être l'heure de décoller. Si vous voulez bien embarquer.

Elle ouvrit la porte dans la carlingue par laquelle elle était sortie, et invita ses voyageurs à prendre place.

- Pourquoi deux avions ? Demanda Perona, en passant la porte.

- Mesure de sécurité, répondit Ludmilla. Au-dessus de Grand Line, on n'est pas les seuls à voler. Et pas les plus gros.

- Plutôt rassurant, maugréa Zoro.

La pilote leur indiqua où poser leurs bagages, puis leur montra leur place. Un court instant plus tard, un bruit de moteur déchira l'air.

- Décollage imminent, dit Ludmilla sans se retourner.

L'appareil pivota de manière à profiter du maximum de distance sur la bande de terrain dégagé qui encerclait le château. Venant de la droite, le bruit des moteurs de l'appareil d'Hareton s'éloignait.

- Il a décollé, dit Mihawk.

- Et nous aussi ! S'exclama Ludmilla.

À peine avait-elle achevé sa phrase, que l'appareil s'élança vers l'avant, avec une vivacité que Zoro n'aurait jamais crue possible pour un tel engin.

- J'ai toujours rêvé de pouvoir voler dans les airs … Soupira Perona d'un ton rêveur, en regardant par le hublot.

- C'est ce que tu fais pourtant tout les jours, marmonna Zoro avec un regard noir.

- J'essayais d'être poétique ! Répliqua Perona, agacée.

Les premières minutes du vol se déroulèrent sans encombre. Cependant, à peine avaient-ils quitté la vue de l'île, qu'ils virent le bombardier d'Hareton piquer en chandelle vers le ciel.

- On prend de l'altitude, dit Ludmilla à ses passages.

Elle tira sur le manche à balai de son appareil, et Zoro crut que la gravité allait s'inverser. Ils restèrent à la verticale pendant de longues minutes. Perona faisait de son mieux pour rassembler ses boucles folles, Zoro essayait de paraître le plus impassible possible alors qu'il était affecté par la poussée de l'accélération et Mihawk dormait. Aucune émotion ne transparaissait sur son visage, si ce n'était sa sérénité habituelle.

- On n'a pas tous les mêmes valeurs, visiblement, maugréa le bretteur.


Peu avant le terme de l'ascension, les appareils s'enfoncèrent dans une épaisse couche nuageuse. Juste après l'avoir traversée, ils reprirent leur vol à l'horizontale.

- Bienvenue à bord du vol Obscuria - Kazan'onsen, annonça Ludmilla, en imitant le ton drd hôtesses qui accueillaient les voyageurs sur les ferries de certaines compagnies privées. Nous vous remercions d'avoir choisi la compagnie Revolutionnary Express, et vous souhaitons un bon voyage !

- On est au-dessus de la mer de nuages ? Demanda Zoro, après un rapide regard par le hublot.

- C'est exact, et on va encore monter un peu. Il y a des choses qui se cachent dans ces nuages, et qui n'apprécient pas vraiment les avions.

C'est alors qu'un détail revint à Zoro. Il s'avança sur son siège.

- J'y pense ! Hareton et toi, vous venez …

- On vient des îles célestes, en effet. On vient de Skypiea, pour être précis. Même si je suis née à Weatheria, pour être encore plus précis …

De fil en aiguille, Zoro en vint à mentionner son passage à Skypiea, avec le reste de l'équipage. À ce moment, Ludmilla et Hareton étaient déjà sous les nuages, apprit-il. Mais ils avaient eu vent de comment le despote Ener avait été chassé par un équipage d'inconnus. Rencontrer l'un de ceux-là semblait un grand événement pour Ludmilla, et si elle n'avait pas été occupée à piloter, elle aurait sans doute demandé un autographe au bretteur.


Vers midi, ils déjeunèrent de sandwiches préparés la veille. Alors qu'ils s'installaient pour digérer, Zoro détecta un mouvement par le hublot. Un mouvement dans les nuages. Alerté, il regarda, ce qui alerta également Mihawk, qui regarda à son tour.

- C'était quoi, ça ? Demanda le bretteur.

- De quoi, ça ?

- Le truc qui vient de bouger dans les nuages !

L'instant d'après, la surface nuageuse gonfla, à une centaine de mètres devant l'appareil. Sous les yeux étonnés des passagers, en sortit un immense oiseau au plumage bigarré. Il s'agissait d'une espèce très peu connue à la surface, mais que les célestiens semblaient connaître. Au même moment, l'escargophone de bord se mit à sonner. Ludmilla prit la communication : il s'agissait d'Hareton.

- Il est pas tout seul ! Il est pourchassé ! S'exclama l'autre pilote, à travers l'animal de communication.

- Poursuivi par quoi ?

- Je sais pas, mais ça a l'air gros !

Au moment où Hareton terminait sa phrase, un rugissement fendit l'air. Le visage de Ludmilla devint livide, et elle se retourna lentement vers ses passagers.

- Accrochez-vous, ça va secouer !

L'avion se renversa, volant sur le dos. Avant de disparaître dans les nuages, Zoro eut le temps de voir deux grandes ailes battre l'air. Puis, la pénombre de la couche de nuages.


- Qu'est-ce que c'était ? Pressa Perona, dont le cœur n'avait pas apprécié la surprise.

- Je crois que tu n'as pas envie de savoir, répondit Ludmilla. Moi non plus, d'ailleurs.


Le reste du voyage se déroula à peu près sans encombre. Le soleil commençait à se coucher, lorsqu'ils amorcèrent la descente vers l'île. En repassant sous la couche nuageuse, ils découvrirent Kazanonsen, en contrebas. À cette altitude, l'île ne leur apparaissait pas plus grosse qu'un petit gravillon, mais à mesure qu'ils descendaient, l'île s'élargissait. Quand ils furent capables de distinguer les bâtiments des zones non construites, quelque chose attira le regard de Mihawk.

- Les vacances risquent de ne pas être aussi calmes que prévu, dit-il.

- Pourquoi donc ?

- Regardez attentivement dans le port. Regardez la couleur des bateaux. Ce sont des vaisseaux de guerre de la Marine, il y en a toute une flotte.

- Ma parole, mais c'est vrai, s'étonna Ludmilla, qui n'avait visiblement pas prêté attention à ce détail.

Elle regarda attentivement l'île qui s'agrandissait.

- Et ça, sur le côté, c'est normal ?

Elle désigna du doigt une grande tour.

- Non. Il n'y avait pas de base de la Marine ici, la dernière fois que je suis venu, commenta Mihawk.

- Pardon ? Demandèrent Perona et Zoro, en choeur. Une base de la Marine ?

- On dirait bien, malheureusement.

Devant l'air atterré de ses locataires, il ajouta :

- Ne croyez pas que ça m'amuse, non plus !