Guerre et paix

par Linksys

- Tu t'occupes des autres, déclara Perona en souriant.

- Riche idée ... Pour que tu viennes encore me faire un coup de Trafalgar comme ça ?

- Non, parce que cette fois on va le faire ensemble !

Elle ne dissimulait plus son sourire lorsqu'en virevoltant, elle vint se placer près du bretteur.

- Heureux de voir que tu arrives à t'amuser en plein combat, observa froidement celui-ci.

Perona ne dit rien, et se contenta de porter le regard vers le reste du combat.

- On ne devrait pas rester plantés là, immobiles, en attendant se se faire tuer, fit-elle observer face à l'absence de réaction de Zoro.

- C'est pas tout à fait faux, concéda ce dernier.


Or donc, le reste de l'action ne semblait pas se soucier de leur absence pour avoir lieu. Ceci dit, seul Farrel, l'imitateur d'Illjoe, semblait vraiment se battre. Ses compères étaient quelques pas derrière, visiblement prêt en cas de déséquilibre de l'affrontement. Et ils étaient tout tendus, prêts à bondir, lorsque jaillirent devant eux les deux jeunes gens, tout prêts à se battre.

- Nous serons vos adversaires ! Clama Zoro.

Sur ses mots, il fit jouer ses sabres sous l'éclat lunaire. Une flamme d'acier en parcourut le fil. Perona, elle, se glissa comme une ombre le long du bretteur.

Les Humandrilles grognèrent. Le colosse restant fonça à l'assaut, brandissant à deux mains un imposant naginata et l'abattit sur Zoro. S'il n'avait pas paré de ses propres lames, il aurait sans doute été tranché en deux, proprement et nettement. Perona profita de cette ouverture dans la défense de l'adversaire pour s'envoler jusque dans son dos, où elle prépara avec lenteur une salve de negative hollows. Mais les autres Humandrilles ne comptaient pas rester plus longtemps dans la passivité. Ils se jetèrent au secours de leur camarade. Deux d'entre eux saisirent Perona, chacun par une cheville. Surprise, elle poussa un petit cri de dégoût, avant de riposter. Elle envoya à la volée un negative hollow, tout en lévitant vers le haut pour assurer sa stabilité, et lorsque la cible s'effondra, elle se contorsionna et assena un coup de botte magistral dans la mâchoire du singe, qui roula au sol. Elle se laissa retomber avec légèreté et aisance. Si Zoro n'avait pas repris les hostilités, il aurait applaudit fort volontiers. Il se battait contre le colosse, qui le harcelait avec assiduité, tout en restant hors de portée des coups du bretteur grâce à l'immense allonge de son arme.

Soudainement, l'Humandrille hypertrophié ramena son arme derrière lui, se laissant sans défense face à une attaque. Il n'en laissant seulement pas le temps à Zoro d'en faire ainsi. Dans un formidable geste, son arme s'abattit en décrivant un arc de cercle au-dessus de l'assaillant. Le bretteur para de justesse en absorbant le choc entre ses lames croisées. Mais la puissance du coup le fit tout de même trembler, et il sentit la terre meuble glisser faiblement sous ses pieds. Il réalisa alors quelque chose.

"Ce n'est pas juste un vulgaire naginata ... C'est un bisentô !" (N.B. : un bisentô est un naginata, mais en beaucoup plus lourd. Il s'agit d'un genre de lance très longue dont le fer est une lame recourbée à tranchant simple. L'arme de Barbe Blanche en est un bon exemple.)

De plus, l'Humandrille qui la maniait semblait le faire avec énormément de talent et de dextérité.

- Je ne peux pas atteindre un tel adversaire, lança Zoro à Perona, tel un cri de détresse, alors qu'il se préparait malgré tout à un assaut. Il a trop d'allonge et de puissance, c'est comme de confronter une trique courte et souple à une branche épaisse !

Sa phrase finie, il courut à la charge. Comme attendu, le géant fit voler son arme massive et tenta de faucher le bretteur à hauteur de la taille. Celui-ci, prévenant, s'était laissé rouler au sol. Ainsi, non seulement il évitait un coup dangereux, mais également il s'approchait de son adversaire.

Toutefois, sa prévoyance était bien courte. Il était certes assez proche désormais, mais cela signifiait que l'adversaire aussi était proche de lui. Et le violent coup de pied dirigé vers son sternum, alors qu'il se redressait, ne prévoyait aucun échec.

Voyant cela, Perona s'envola et fondit littéralement sur Zoro, pour le percuter avec violence et l'envoyer paître plus loin. Ils roulèrent l'un sur l'autre quelques fois avant de se stabiliser. La position, bien que ne leur étant pas inconnue - elle était analogue à celle qui avait suivi leur chute mutuelle au snack-bar d'Holiday Island, les laissa soufflant un moment. Perona était allongée sur Zoro, et leurs jambes se croisaient. Ils se fixaient intensément. N'eurent-ils été amoureux, ils se seraient détournés en un éclair. Mais Zoro éprouva quelque peine à quitter ces grands yeux noirs pour retourner finir sa sombre besogne de combat. Il se promit de retourner s'y plonger dès que les circonstances le permettraient. Puis il repoussa souplement Perona, et se redressa. Elle fit de même quelques secondes après. Ils furent tout deux surpris par la lame massive du bisentô, qui fendait l'air dans leur direction, à hauteur du cou. Avant tout autre chose, Zoro se campa solidement sur ses jambes et avança ses sabres à la rencontre de la lame adverse, les inclinant de manière à bloquer le coup. La parade fut certes efficace, mais la violence du choc le déstabilisa et tout son corps en trembla. Perona y vit une occasion unique : le colosse brandissait son arme à deux mains, et mettait toute sa force à essayer de briser la parade du bretteur. Ce dernier tenait bon, même si ses muscles tétanisés tremblaient et que ses pieds s'enfonçaient dans le sol. Il jeta à Perona un regard impérieux, comme pour lui dire "fais vite". Elle ne se le fit pas dire deux fois. Elle décolla sans un bruit, et tout en frôlant le sol, elle contourna Zoro, zigzagua entre les jambes arquées, massives comme des colonnes de temple, de l'Humandrille, et remonta dans son dos. Tout cela avant même qu'il ne s'en soit rendu compte. Avec un petit rire triomphal, elle appuya ses mains dans le dos large de sa cible, à peu près entre les omoplates. Et, une fraction de seconde plus tard, un flot de negative hollows se déversa, traversant l'Humandrille de part en part. Ils ressurgissaient au niveau du torse, et s'égayaient en l'air dès leur sortie, le tout à quelques mètres à peine de Zoro. Il se recula, sentant s'affaisser la masse de son adversaire.

- Pas mal joué, dit-il à Perona avec un regard confiant.

Il regarda, hébété, la nuée de fantômes - au moins une demi-douzaine - qui volaient droit sur lui. Trop tard pour éviter. Il crut tout d'abord à une fausse manœuvre, mais l'expression intéressée de Perona trahissait un acte volontaire. Alors qu'il se sentait lui aussi chuter, une paire de mains douces vinrent le saisir fermement sous les épaules.

- T'es lourd ... Souffla Perona, après l'avoir remis sur pieds.

- Tu peux avoir la gentillesse de m'expliquer ce qu'il vient de se passer à l'instant ?

- Je voulais juste être sûre de quelque chose, à propos de mes capacités.

- Heureux de t'avoir servi de cobaye ...

- Ça n'a pas vraiment d'importance, mais j'y pense depuis plusieurs mois et ça me perturbe. Ces negative hollows, ils n'ont eu aucun effet, n'est-ce pas ?

Zoro n'y avait pas pensé après avoir été soutenu par sa bien-aimée, mais celle-ci avait judicieusement soulevé une question intéressante.

- Ouais ... C'est vrai, ça ne m'a rien fait ...

Un sourire passa sur le visage de Perona, que Zoro put à peine intercepter.

- Tu comptes m'expliquer tout ça ? Insista Zoro.

- Après, il reste des singes !

En effet, les trois comparses restant étaient toujours non loin de là. Mais leur expression perplexe semblait trahir quelques doutes. Après le cuisant échec des deux colosses, ils se demandaient s'il était raisonnable de faire face aux deux jeunes gens.


- Dépêchons, invectiva Maar, face au flegme d'Eissen.

- Ouais, ouais ... Répondit négligemment le forgeron.

Tous deux se trouvaient dans la partie abandonnée du château, depuis déjà près de deux heures.

- On devrait descendre dans les souterrains, je pense, lâcha-t-il alors. On a déjâ fait toutes les salles d'armes du château et même tout les lieux susceptibles d'abriter des épées, sans succès.

- Je suis du même avis, affirma le navigateur.

- J'espère quand même que ce que nous cherchons est encore là où il est censé se trouver, c'est-à-dire dans le château. L'homme-ballon a volé un des sabres, il me semble.

- C'est Yama qu'Illjoe a dérobé. L'objet de notre quête est, pour autant que je sache, toujours dans l'enceinte du château.

- Encore heureux ..., railla Eissen.

Et ils déambulèrent encore longtemps avant de parvenir à leur but. Au fin fond des geôles, ils trouvèrent une porte, dont la propreté plus que douteuse les laissait perplexes. Ils y entrèrent sans cérémonie. Aussitôt, une bouffée d'air chaud leur mordit le visage, contrastant par rapport à la froideur humide qui collait leur pelage depuis de longs moments. Maar entra sans souci, mais Eissen se montra des plus réticents. Son poil se hérissa.

- Cette pièce ... Il ne l'a pas comblée ?

- Pourquoi le ferait-il ?

- Cette pièce ... Se répéta le forgeron.

- Son air ne contient aucun poison d'aucune sorte, je peux te l'assurrer. Pourquoi refuses-tu d'entrer ?

- Cet endroit est maudit, Maar ! C'est ici même qu'était scellé l'esprit de l'Épée Noire ... !

- Sauf que ce fameux esprit, qui était nommé Mukandei'eith par les premiers habitants de l'île, se trouve, comme tu l'as fait remarquer, dans l'Épée Noire, et non dans cette pièce où nous allons. Je ne vois aucun risque.

Eissen grommela dans sa barbe quelque juron coloré qui parut amuser le navigateur. Puis, presque à contrecoeur, il lui emboîta le pas dans la pièce.

D'innombrables lames étaient suspendues au mur, dont beaucoup qu'Eissen n'avait jamais vues. Une table avec deux chaises, une bouteille de whisky et un verre. Un tapis qui aurait pu être aussi vieux que le château lui-même. Et sur le mur, face à l'entrée, l'objet de leur quête.

- Je n'aurais jamais pensé revoir cette lame un jour, après ce qui s'était passé cette nuit-là ... Grogna Eissen presque nostalgique.

- Moi non plus, pour dire vrai.

Maar s'approcha du sabre blanc, et comme s'il s'était agi de l'incarnation physique de quelque dieu, il le souleva avec le plus grand soin. Après avoir contemplé le poli du fourreau à la lumière qui se dégageait des murs, il se retourna vers le forgeron et le lui tendit. Celui-ci, avec beaucoup moins de révérence, tira la lame de son fourreau et l'examina minutieusement.

- C'est fabuleux. J'ai appris des meilleurs et pourtant je ne saurais parvenir à un tel degré de finesse du trempage ...

- Nous ne sommes pas descendus jusqu'ici pour nous extasier sur une arme mais pour stopper un conflit, je te rappelle, déclara Maar.

- Oui, bon, j'arrive ...

Ils remontèrent en toute hâte.


Au pied de la croix, cela faisait maintenant près de quinze minutes que le combat faisait rage. Mihawk soufflait comme une forge, et Zoro commençait à montrer quelques signes d'essoufflement. Perona elle-même commençait à transpirer à grosses gouttes, malgré la froidure nocturne.

- Tuons-les ! Supplia Zoro, après avoir dévié un énième assaut ennemi.

- Non ! Rétorqua aussitôt Mihawk. Je ne leur ferai pas le plaisir d'avoir des martyrs. Et au nom de ce qu'on fait mes ancêtres ...

Il s'interrompit, le temps de parer une attaque sur le flanc droit et de riposter par un fauchement aux jambes.

- Je ... Non, nous ne pouvons pas nous permettre d'en tuer plus !

Mihawk tenait un discours semblable, dès que l'un ou l'autre de ses locataires faisait remarquer que le combat s'engageait dans une impasse fatale.

- C'est bientôt fini. Dès que Maar et Eissen nous auront rejoints ... Tout sera fini.

- Eux traîtres, grogna Farrel, s'apprêtant à charger. Eux fuir ou mourir.


Et donc, il se passa encore de longues minutes avant que la situation n'évolue. Alors que le ballet des assauts et des contres battait son plein, quelque chose parvint à Zoro. D'instinct, il tourna la tête vers la forêt environnante. Shûsui s'agita, trembla presque dans la main de son maître. Mihawk semblait être victime d'un phénomène semblable, car son Épée Noire rayonnait plus que jamais. Et, quelques secondes après, surgirent Maar et Eissen, portant triomphalement le sabre.

- Sauvés ...! Lâcha Mihawk, visiblement soulagé.

Il laissa choir au sol son Épée Noire, et s'y écroula peu après, sur le dos et bras en croix, indifférent à l'inconfort du sol. Les Humandrilles, pris soudain d'une peur panique (qui s'intensifia plus encore lorsqu'Eissen, en sa qualité de porteur, tira de quelques pouces la lame hors de son fourreau), détalèrent, laissant derrière eux toute haine. Même les combattants battirent en retraite.

- J'ai l'impression que nous arrivons pour le dessert ! S'exclama le forgeron, en rangeant la lame.

- Si l'on peut dire ... Haleta Mihawk.

Il se redressa, désormais assis.

- Sans votre intervention, à quelques minutes près, nous aurions péri.

- Péri ? S'étonna Zoro. Vous vous seriez laissez tuer par des singes ?

- Résiter à un millier de ces singes en fureur n'a rien d'aisé, même pour le meilleur épéiste, informa Maar.

- Toujours à parler d'eux comme si tu n'étais pas de leur espèce, railla Mihawk avec un demi-sourire.

- Il n'y a pas de mots pour dire à quel point je regrette ma jeunesse, lorsque nous étions tous sages et avisés ... Aujourd'hui, nous ne sommes plus que gibier pour les humains ...

Évoquer ce lointain passé semblait raviver une nostalgie certaine en Maar, qui reprit la parole.

- C'était du temps de ... Oui, c'était du temps de Maiar Jahaerys IV ...

Ce nom sembla choquer Perona.

- Le Jaeherys IV ? Le Roi Navigateur ? S'enquit-elle.

Un tel intérêt historique choqua encore plus Zoro, qui de toute évidence n'avait toujours pas saisi le fait que Perona ait étè longuement instruite sur l'histoire du monde.

- Lui-même, le dernier de sa lignée.

- La famille Dracule, alors la famille des Intendants, prit le trône comme il était d'usage à la fin d'une lignée royale, informa Mihawk.

Mais cela ne sembla pas même parvenir aux oreilles de Perona.

- Ce n'est pas possible d'être aussi vieux ! Protesta-t-elle.

- Et c'est pourtant vrai. Morinohito n'a pas loin de trois cent ans, toi Eissen, tu vas avoir ...

- Quatre cent douze ans.

- Voilà, quatre cent douze ans.

- Et vous ? Finit par demander Perona, qui s'était représenté un ordre de grandeur à partir de rapides estimations.