Capriccio

par Linksys

Perona, en se réveillant le matin, se rendit compte à la luminosité ambiante (et au ciel bleu) que quelque chose était changé. Mais elle ne savait pas quoi. Zoro, lui, dormait profondément à ses côtés. Lentement, comme si on les avait ajoutés au fur et à mesure, d'innombrables souvenirs nocturnes émergèrent. Une sensation étrange la parcourait quand elle se souvint que, depuis cette nuit, elle n'était plus vierge. Elle et Zoro avaient fait l'amour.

Courageusement, Perona se leva, ce qui lui permit de se rendre compte qu'elle avait dormi nue. Toujours en tenue de naissance, elle s'approcha de la fenêtre, d'un pas presque aérien.

Il avait neigé.


Comme de fait, Zoro se réveilla quelques instants plus tard. Tout son être semblait encore engourdi par une drogue enivrante, qui ankyloserait tout ses muscles. À mesure des bribes de lucidité lui revenaient, il s'aperçut que la source de la fameuse drogue avaient disparu, alors qu'il y a quelques heures encore ils s'étaient enlacés pour jamais. Mais il la retrouva bien vite. Vêtue de ses seules boucles cascadantes, elle était debout à la fenêtre, et le spectacle qu'elle observait semblait être la cause de son expression, semblable à celle d'un enfant au matin de Noël. Zoro, pour sa part, avait un spectacle tout autre à observer, qui érigea en un rien de temps sa virilité. Même maintenant qu'il en savait les plus intimes secrets, le corps de Perona restait pour Zoro comme une œuvre d'art, qui n'aurait de cesse de révéler ses mystères. Il n'en voyait que le contour, du fait du faux-jour qui assombrissait la silhouette de la jeune femme, mais cela suffisait à le stimuler suffisamment.

- Bonjour, lâcha Zoro après un long bâillement.

Presque surprise, Perona se retourna d'un seul tenant. Sa poitrine ondoya souplement, et les yeux du bretteur dérivèrent automatiquement sur l'ombre que formaient les poils pubiens. Souplement, la jeune femme revint se blottir contre Zoro, sous la chaleur intense des couettes, et déposa un baiser sur la joue droite, râpeuse.

- Il a neigé, cette nuit, affirma-t-elle.

Ce disant, elle sentit un contact, qui s'avéra être la main de Zoro, s'aventurer trop loin entre ses jambes. Non pas que le contact lui déplût, loin de là, mais elle estimait avoir laissé assez Zoro profiter de son entrejambe, pendant la nuit. Pour l'heure, elle voulait juste rester dans ses bras, et l'émoustiller un peu ... Sa main le cueillit au moment propice, et lui fit profiter d'un agréable traitement matinal, qui se termina quelques minutes après avoir commencé, sur la main de Perona. Ensuite seulement, elle laissa les mains de Zoro fouir librement entre ses jambes. Lequel se hâta de rendre la politesse à la jeune femme qui apprécia également. Voilà ce qu'ils comptaient faire pour la journée : rester au lit, manger, et profiter.

C'était sans compter sur Mihawk, qui vint bien trop tôt frapper à leur porte.

- Vous avez toute la nuit pour faire des cochonneries. Venez plutôt m'aider à déneiger le toit du château, il est fragile. Et ne m'obligez pas à vous séparer l'un de l'autre !

Ils ne se le firent pas dire deux fois. En trombe, ils quittèrent le lit pour s'habiller, non sans se glisser réciproquement quelques caresses dérobées, entre temps.


Le feu faisait un bruit de tempête dans l'âtre, et la chaleur intense qui en émanait se répandait jusqu'à la chambre. Ils rejoignirent Mihawk au salon, qui lisait tant bien que mal le peu du Seamen's Daily News qui avait survécu aux intempéries. Sur un bout de la table, la mouette messagère, débarrassée de tout ses attirails, picorait voracement dans ce qui semblait être une épaisse soupe de poisson. Elle avait une aile prise dans un bandage.

- Elle était mal en point, alors je l'ai recueillie, se justifia le Corsaire.

Il était habillé comme d'habitude, mais quelque chose dans son regard semblait avoir changé.

Après un bref petit-déjeuner, Perona les laissa là et courut à l'assaut de la salle de bains.

- Désolé de vous priver d'une journée, s'excusa le Corsaire. Mais j'ai besoin de vous, tu comprends ...

- Ouais, pas de souci, marmonna Zoro après avoir fini de siphonner son bol de lait.

Après les événements de la nuit, il préférait garder ses distances avec Perona. Non pas que sa présence l'insupporta : il craignait juste un nouveau débordement. Et puis, un peu d'activité physique lui ferait le plus grand bien.

- Comment on va faire, pour accéder au toit ? Interrogea Zoro, qui venait de s'apercevoir de la difficulté d'accès.

- Il existe un chemin. La plus haute tour du château possède un immense escalier qui donne directement sur les toits. On va passer par là. Ah, et bien sûr, il faudra s'encorder et se fixer aux pointes, sinon, Perona nous ramassera à la petite cuillère au pied du château.

Zoro en aurait presque frissonné, s'il avait pris le corsaire au sérieux.

- Bon, va te préparer, et dis à Perona de nous rejoindre. On y va d'ici dix minutes. Et ne soyez pas en retard !

- Ouais, ouais, marmonna Zoro en s'éloignant, confus. En quête de sa douce, il vint aux aguets non loin de la salle de bains. Un bruit d'eau régulier lui indiquait que l’occupante était toujours là. Il toqua avec vigueur, et se signala.

- C'est moi, Zoro ! Dépêche-toi, Mihawk nous veut prêts dans dix minutes, pour aller déneiger le toit.

- Oui, j'arrive ... Répondit la voix à demi contrariée de Perona.

Puis, après quelques minutes de silence, troublé uniquement par le bruit de quelqu'un qui sortait de l'eau :

- Tu peux entrer, Zoro ...

- Non, je t'attends à la porte, répondit vivement le bretteur, dont les joues prirent une teinte rouge.

- Entre, je t'ai dit, insista Perona.

Et elle ne tolérerait aucun refus. Alors le jeune homme, résigné, actionna la clenche de laiton en soufflant, poussa le grand panneau de bois travaillé, et entra. Perona était face au miroir, déjà toute habillée (cela causa un étrange soulagement au bretteur). Elle semblait chercher quelque chose, et sa coiffure était cocasse : elle n'arborait ses longues couettes bouclées que d'un seul côté de la tête, l'autre s'étendant en frisant sauvagement sur ses épaules et son dos.

- Tu n'aurais pas vu mon deuxième chouchou, à tout hasard ?

Tout soudainement, cela rappela quelque chose à Zoro. Le matin, en s'habillant, il avait remarqué que Perona (sortie en première, elle s'était contentée d'enfiler son pyjama) avait laissé quelque chose derrière elle, sur la commode. C'était l'un de ses sempiternels chouchous à festons, noir et blanc. Il l'avait mis dans sa poche, en pensant lui rendre aussitôt, mais quelque distraction le lui avait fait oublier.

- Si, c'est moi qui l'ai, ce chouchou.

Il plongea une main dans sa poche, et en tira triomphalement le fameux élastique. Perona tenta de le lui arracher des mains, croyant à une blague de mauvais goût.

- Hé, du calme ! Tu l'avais laissé derrière toi, et je l'ai récupéré pour te le rendre.

Perona se calma quelque peu, mais n'abandonna pas l'idée de récupérer son bien.

- Je vais te le mettre moi-même, dit Zoro d'une voix ferme.

- Tu sais mettre un chouchou, toi ? Interrogea Perona, à mi-chemin entre le rire et la suspicion.

- Hé, il y a deux filles dans mon équipage ! Pas dur d'apprendre ce genre de trucs par mimétisme.

Moyennement convaincue, Perona fit une moue boudeuse, et se retourna vers le miroir. Son regard chercha dans la glace celui du bretteur, lequel avait presque été terrassé par l'expression que venait d'avoir la jeune femme.

- Tu sais, tu es encore plus mignon quand tu rougis, ajouta Perona, avec le petit sourire moqueur qu'elle réservait à Zoro.

- Hrumpf ... Grogna ce dernier.

Il croisa les bras sur le torse, et attendit patiemment que la jeune femme ne finisse de rassembler ses boucles. Pendant ce temps, il ne quittait pas des yeux leur reflet dans le miroir. Perona, sans ses bottes, avait quasiment dix centimètres de moins que Zoro avec ses bottes. Pour la tâche qui les attendait, elle avait revêtu un grand et épais pull blanc crème, aux manches bouffantes. Sur la poitrine (joliment mise en valeur par l'habit, constata Zoro) était brodé un gros pentacle bleu dont l'une des branches était barrée par un trait de la même couleur que l'habit. Le vêtement en question n'était pas conçu pour l'extérieur, mais il avait le mérite d'être doux et chaud, d'autant que Perona portait deux tee-shirts dessous. Du reste, elle portait les bas de laine les plus épais qu'elle possédait, et une lourde jupe bleu nuit, qui semblait doublée de fourrure, à en juger par l'épaisseur. Tout cela était beaucoup plus ordinaire que ce qu'elle portait habituellement, mais Zoro ne pouvait que le reconnaître ... Cela lui allait très bien.

- Tu ne devais pas le mettre toi-même, ce chouchou ? S'impatienta Perona.

En effet, le bretteur restait bêtement à la contempler, alors que depuis de longs instants, Perona attendait de se faire attacher les cheveux.

- Désolé ... Marmonna le bretteur.

Doucement, il saisit l'épaisse couette à la base, là où la tenait déjà la main droite de la jeune femme. Ladite main se retira avec une lenteur calculée, et Zoro opéra rapidement. La longueur des couettes compliqua grandement l'opération, mais ce ne fut pas impossible. Une fois coiffée correctement, Perona se retourna et se hissa sur la pointe des pieds pour offrir un bisou de remerciement.

- C'est plus pratique quand tu n'as pas tes bottes ou que j'ai les miennes, affirma Perona avec une moue satisfaite. On fait presque la même taille.

- J'ai quand même cinq centimètres de plus, se vanta le bretteur.

- Menteur ! T'en as à peine trois de plus ! Protesta subitement Perona.

- Peuh ! Souffla le bretteur, à mi-chemin entre le dédain et l'amusement.

- Allez, on va se faire frotter les oreilles, édicta la jeune femme, en le poussant vers la sortie.

Ils passèrent par la chambre pour récupérer leurs manteaux (et Perona pour chausser ses bottes), de lourds habits d'hiver fournis par Mihawk.

Le Corsaire les attendait dans le salon, toujours assis.

- Ah, vous voilà, commenta-t-il en se levant. Eh bien, j'imagine qu'on peut y aller.

Il s'éloigna après avoir enfilé son propre manteau, très semblable à ceux de ses locataires.

- Nous allons passer par la partie abandonnée, expliqua-t-il en les menant jusqu'à la porte de celle-ci.

Se donnant la main, Zoro et Perona hochèrent conjointement la tête, comme pour signifier leur acceptation de l'épreuve.

À peine entré dans le long couloir poussiéreux, Mihawk ouvrit une petite porte tout à fait à droite de la porte d'entrée. Il s'agissait sans doute là d'une remise, car il en tira trois grosses pelles à neige et deux fois plus d'épais rouleaux de corde. Il tendit une pelle à chacun des deux jeunes gens, ainsi qu'un rouleau de corde. Décontenancée, Perona considéra le cordage avec un regard surpris.

- Je n'en ai pas besoin, protesta-t-elle.

- Si, et pas qu'un peu. Les parties les plus basses de la toiture sont à cent vingt-cinq mètres du sol. Vu comment le vent souffle, tu serais balayée en clin d’œil, si d'aventure tu volais. Et nous préférerions tous éviter ça, n'est-ce pas ?


L’ascension de la Tour-au-Vent ne fut pas de tout repos, car l'escalier central qui permettait d'en attendre le faîte avait pas moins de mille marches. Et cependant, sa toiture ne dominait ses concurrentes les plus proches que d'à peine dix mètres. Le beffroi s'agita lorsqu'ils sortirent de la trappe sur laquelle aboutissait l'escalier : l'endroit était depuis longtemps devenu le repaire d'une famille de chouettes effraie. Cela semblait avoir été un clocher, autrefois, mais si cloche il y avait eu, elle avait depuis longtemps disparu. Les arches, dont les vantaux étaient brisés, laissaient passer un vent glacial, qui fouettait impitoyablement le visage des trois intrus, comme pour leur dire de retourner là d'où ils venaient. Zoro se pencha prudemment, et eu un sifflement étonné.

- C'est super grand ! S'exclama-t-il. On va devoir déneiger tout ça ?

- Non, sinon cela nous prendrait la semaine. Non, nous allons juste déneiger les parties les plus fragiles du toit, dont certaines sont en plein au-dessus de pièces que nous fréquentons chaque jour.

- S'il reneige après qu'on aie fait tout ça ... Maugréa Zoro.

- Il ne reneigera que dans vingt-huit jours, affirma Mihawk.

- Comment le savez-vous ? S'étonna Perona.

- Le microclimat de l'île est périodique, il se répète perpétuellement selon le même schéma.

- Sur Grand Line ?

- Le microclimat de l'île est unique à l'île, et le macroclimat environnant n'influe que très peu, voire pas du tout. Ici, il neige toujours vers la mi-novembre, et ainsi de suite à chaque pleine lune (soit vingt-huit jours) jusqu'au printemps.

- On va faire ça tout les mois ? S'étouffa le bretteur.

- Oui, répondit Mihawk du tac-au-tac. Et estime-toi heureux que je te fasse travailler avec une pelle.

Sans attendre, il saisit l'une des extrémités de son rouleau de corde, et le fixa à l'imposante tige de métal qui dépassait du sol. Large comme une main, elle arrivait à la taille du Corsaire. Il fit autour un fameux nœud marin, censé ne devoir céder sous aucun prétexte. Puis il se l'attacha à la taille, tout aussi solidement.

- Faites comme moi, leur intima-t-il.

Il s'approcha du bord, vérifia la solidité du nœud par une puissante traction, avant de laisser tomber le vide, mains fermement serrées sur la corde. Aussitôt, Zoro s'avança, observa le nœud du Corsaire, et l'imita. Alors qu'il s'apprêtait à le rejoindre en contrebas, Perona émit comme un petit bruit de gorge entre la honte et l'indignation, comme pour rappeler à Zoro qu'elle existait.

- Je ne sais pas faire ce genre de nœuds, avoua-t-elle tout bas, en se tortillant les doigts.

- Et ça se dit pirate, dit sarcastiquement le bretteur en la rejoignant.

Il effectua le nœud d'une main sûre, et le vérifia trois fois. Puis il vérifia trois fois la solidité du nœud à la taille de Perona. Celle-ci suspectait Zoro de profiter quelque peu de ses courbes, mais cela la flattait plus que ne la gênait. Pour finir, il la gratifia d'un vague baiser, qui la laissa le cœur en liesse, et s'aventura au bord du beffroi. Prudemment, il se porta par-delà le bord, et se laissa lentement descendre avec la corde. Avec hésitation, Perona lui emboîta le pas. Elle crut sentir son cœur cesser de battre alors qu'elle se laissait tomber.

Mais la chute fut brève : elle rencontra le toit sous ses pieds après quelques mètres de chute, tout au plus. Autour, Mihawk inspectait sous trente centimètres de neige l'état de la toiture. Zoro, lui, guettait à l'entour, comme quelque sentinelle guettant l'ennemi. Aussitôt, elle courut vers lui, à petit pas pour ne pas glisser.

- Tiens, lui dit-il sans même la regarder. Ta pelle.

Le bretteur lui tendit l'outil, qu'il avait transporte pour elle, en plus de sa propre pelle.

- Merci, minauda-t-elle, grelottante.


Morinohito s'étendait seul dans l'onsen, le seul de l'île, situé dans une petite clairière, et oublié des humains. L'eau chaude laissait échapper d'imposantes volutes de vapeur blanche, et l'Humandrille se plaisait à les contempler longuement. Il porta machinalement la main vers la bouteille en céramique posée sur la berge non loin de là, dans le but de boire un peu du saké qu'elle contenait. Mais elle était déjà vide depuis pas mal de temps. Dépité, il se rencogna. C'est alors qu'un grondement sourd retentit à proximité. Boral surgit alors du couvert des arbres environnants, haletant, le faciès couvert de sueur. Le chef des Humandrilles proféra quelques mots de leur parler obscur et rauque. Estomaqué, le docteur se releva et jaillit hors de l'eau. Il ramassa son fundoshi, le noua et, se jetant à terre, prit la suite du chef, qui s'en retournait déjà.

Eissen, comme à son habitude, fourbissait les lames de sa production, perché dans son arbre-maison.

- L'heure est grave ! Tonna Morinohito, se redressant au pied du tronc massif.

Il eut pour toute réponse un vague grondement interrogatif.

- Ils veulent attaquer le château et tuer les humains !

- Folie que tout cela, concéda le forgeron, qui ne considérait visiblement pas les choses de la même manière. Mais nous ne faisons là qu'appliquer la loi du talion, après tout.

Cela mit le médecin dans une fureur noire.

- C'est de la folie pure et simple ! Mihawk est le meilleur épéiste au monde, et il a la meilleure épée, forgée jadis ici-même ! Il est assez talentueux pour nous décimer un par un de la main gauche pendant qu'il occuperait la droite à pisser !

Eissen grommela vaguement, pour toute réponse.

- Et je ne parle pas des jeunes ... Lodr-ancal'am n'est pas une combattante, mais à l'inverse, arel-mähr pourrait très bien en venir à faire un carnage, s'il s'avérait qu'on menace sa femelle.

- Nous courons à notre perte, avoua Eissen, convaincu. Mais qui est le responsable de toute cette pantalonnade ?

- Sûrement pas Mihawk, et encore moins les deux jeunes.

- Ce sont des humains. Tout comme ceux qui nous ont réduit à cet état.

- Ce n'était pas non plus la famille Dracule qui a causé notre ruine. Toi et moi, nous le savons mieux que tout autre.

- Peu importe ! Tonna sourdement le forgeron.

Un court silence, puis :

- Bon, je vais aller me recueillir sur sa tombe. Althe était sage, lui.

- Ne prononce pas le nom de ce traître devant moi, ordonna Eissen.

- Et qu'a-t-il fait qui justifie ce nom ?

- Ne fais pas semblant de ne pas savoir, tu le sais autant que moi. Il était des nôtres. Et il nous a abandonnés. Notre plus grand espoir pour nous élever.

- Cesse donc de remâcher le passé. Le vent se lève, il faut tenter de vivre. C'est du futur dont nous devrions rêver. Pas cauchemarder du passé.

- Le futur de cette île ? Ha, elle est bien bonne ! Lâcha sarcastiquement le forgeron. Dès que la fille-fantôme sera grosse et auras mis bas, l'histoire va se répéter !

- Cesse d'être plus con que tu n'en as l'air ! S'exclama Morinohito, qui sentait la moutarde lui monter au nez. Ils ne sont que deux ! Le royaume comptait au moins treize mille habitants, avant la guerre ! La descendance d'un seul couple, dussent-ils avoir dix enfants, ne suffirait jamais !

- Je suis tenté de te croire, mais va expliquer ça aux hordes hargneuses des nôtres.

Et Morinohito s’éloigna, n'attendant pas la réponse de son semblable.


Invincible et fière, l'immense croix de bois se dressait toujours là, invaincue. Morinohito s'en approcha, de sa démarche chaloupée. Un vague sentiment de nostalgie s'empara du médecin, qui s'assit alors en tailleur. De son inséparable sacoche, il tira sa flasque de secours, qu'il conservait toujours sur lui avec du saké. Il dévissa le bouchon et la porta à sa bouche. Puis il regarda presque avec tristesse la plaque funéraire. Elle était en bronze, patinée et lustrée par le temps et l'âge. La mousse et les gravats l'avaient quasiment recouverte, mais il restait possible de lire le nom.

- Alors, vieille branche ... Ça va comme tu veux ?


Loin d'ici, tout au sommet du château, entre la neige et le ciel, ni Zoro ni Perona ne se doutaient de ce qui allait se produire incessamment sous peu. Mais Mihawk, lui, s'en doutait, et de longue date. Au couvert des arbres, une paire d'yeux orangés clignota, et disparut, faisant à peine bruisser les feuilles.