Questions ...

par Linksys

Avec ses fantômes, Perona eût tôt fait de localiser Zoro. Aussitôt, elle se précipitant en volant, et en criant le nom du jeune homme.


Zoro était assis sur le sol d'un couloir quelconque, autrement plus large que celui de l'aile des domestiques, dos au mur. Il était épuisé. Voilà trois heures qu'il marchait dans le château, errant en quête de la sortie. Il se maudissait mille et mille fois de n'avoir repérer son chemin, ne serait-ce qu'en laissant des traces à la craie sur le mur. Il avait faim, il avait soif, et il avait froid. La torche s'était éteinte depuis longtemps, bien qu'il en tint encore le manche fermement. La faible lumière du jour ayant décliné, il se retrouvait dans la pénombre.

- Hollow ? Dit le fantôme.

Hagard, Zoro fixa l'ectoplasme translucide qui venait de traverser le mur devant lui. Négatif ou pas, jamais il n'avait été aussi content d'en voir un. Il aurait presque voulu le serrer dans ses bras. Revigoré, il se leva d'un bond.

- Hollow ! S'exclama le fantôme, levant triomphalement ses longs bras flasques.

Il disparut aussitôt, laissant Zoro désappointé. Mais c'était bon signe. On le cherchait.

Et le fantôme revint avec la cavalerie.

- Zoro ! Zoro !

La voix de Perona se faisait de plus en plus forte à mesure qu'elle s'approcha. Une demi-douzaine de fantômes précédèrent la jeune femme à l'angle du couloir. Le cœur du jeune homme bondit dans sa poitrine. Toute pensée négative s'envola. Il n'avait quasiment pas vu Perona de la journée, elle lui avait manqué, et voilà qu'elle volait vers lui à toute vitesse, les plis de sa jupe claquant au vent.

- Zoro, abruti ! S'exclama-t-elle, à quelques mètres du bretteur.

À cet instant, elle arrêta d'utiliser son pouvoir, et percuta Zoro avec assez de puissance pour qu'ils roulent à terre tous les deux, un peu plus loin. Les fantômes se rassemblèrent en cercle autour d'eux, levant et baissant les bras en rythme, comme s'ils célébraient un rituel archaïque. Les deux jeunes gens étaient l'un sur l'autre, jambes croisées, Perona au-dessus.

- Mihawk m'a demandé de te frapper, dit-elle, son visage à quelques centimètres de celui de Zoro. Mais j'ai envie de faire ça, moi.

Elle chercha les lèvres du bretteur, qu'il lui tendit bien volontiers.

- Drôle de façon que tu as de frapper les gens, Perona, commenta Mihawk, qui approchait.

Il était visiblement essoufflé, et la sueur perlait sur son front.

Pris sur le fait, les deux amoureux rougirent, et détournèrent le regard. Ils étaient découverts.

- Pas la peine de faire cette tête-là, déclara Mihawk, qui n'avait pas bougé. J'ai été jeune avant vous, vous savez. J'avais deviné depuis longtemps. Bref. Zoro, on va devoir parler un peu, toi et moi.

Penaud, le bretteur, qui se savait en faute, se releva, après que Perona l'eut libéré. Les fantômes, désormais en file le long des murs, accélèrent le mouvement de leurs bras.

- Pourquoi crois-tu donc que je t'ai interdit l'accès aux parties abandonnées ? S'exclama Mihawk, en s'approchant de son disciple.

Le silence se fit, troublé uniquement par la respiration des trois humains et les "Hollow ! Hollow !" que poussaient incessamment les ectoplasmes.

- Avec un sens de l'orientation comme le tiens, tu te perdrais dans une plaine sans t'en rendre compte, reprit le corsaire, face au silence gêné du jeune homme.

Piqué au vif, Zoro voulut réagir. Mais Mihawk prit encore la parole le premier.

- Bon, retournons au chaud, dit-il. J'ai faim, et je ne pense pas être le seul.

Perona accepta avec joie, car son estomac aussi commençait à réclamer. Elle partit devant, en volant.

- Je l'ai trouvée, annonça Zoro. La salle où vous entreposez vos épées.

- Je m'en doutais. Et qu'y as-tu vu ?

- Fuyutsuki, répondit le jeune homme aussitôt. Une très belle lame.

- Oh, oui. Je voulais te cacher le fait que je la détenais, ainsi que d'autres grandes lames, mais ce qui est fait est fait. Ne m'en veux pas.

- J'ai aussi vu un traité sur l'histoire du royaume, posé sur la table. Avec de l'alcool fort.

- Je m'isole souvent dans cette pièce. Tu as lu le livre ?

- Non, mais j'ai l'intention de le faire.

- Tu sais la langue ancienne ?

- Je me débrouille, on va dire.

Le reste du chemin s'effectua en silence. Mais, quelques mètres avant d'arriver à la porte qui séparait les parties vivables du reste, Zoro reprit la parole :

- J'aimerais que vous m'expliquiez vous-même l'histoire du royaume. Et puis, je suis curieux d'en savoir un peu plus sur vous.

- Je te l'expliquerai, un jour. Quand Clansey sera là. À lui aussi, j'ai des choses à dire. En fait, je comptais m'y mettre lors du prochain séjour.

- Prochain séjour ?

- L'été prochain, comme cet été, je t'emmènerai avec Perona, en vacances. Pas sur la même île.

Devant l'expression de Zoro, lequel semblait partagé entre la joie de voir Noël en avance et la perplexité, Mihawk ne put réprimer un petit sourire en coin. Inhabituel, chez lui, selon le bretteur.

- Je ne compte pas vous faire mariner à l'ombre et dans l'humidité pendant deux ans entiers. Je suis la preuve vivante que c'est plutôt mauvais pour la santé mentale. Donc, c'est à cette occasion que je répondrai à tes questions. Mais pas avant.

Perona les attendait déjà dans le salon, et feignait de s'impatienter. Depuis quelques temps, elle se plaisait particulièrement à asticoter espièglement Zoro. Celui-ci ne se plaignait pas de cette attention, au contraire, cela lui faisait des prétextes pour à son tour prendre sa revanche.


Le soir, au dîner, Mihawk resservit à Zoro une longue tirade, pour lui inculquer de ne plus jamais s'aventurer seul dans la partie abandonnée, ou dans quelque lieu inconnu où il pouvait se perdre (c'est-à-dire quasiment partout). Le bretteur grommelait à chaque affirmation du corsaire, et Perona devait se retenir pour ne pas rire doucement.

Mais, une fois allongée sur le lit, elle rigola moins. Profitant de ce que Zoro était sous la douche, elle passa sa nuisette et s'installa sous les couvertures. Elle regarda fixement la porte pendant quelques secondes, après avoir fait sa place, et une fois qu'elle fût à peu près sûre d'être seule, elle se pencha, et tira de sous le lit un livre. C'était ce livre, le fameux ouvrage dédié au couple. Finalement, elle l'avait acheté. Non pas en tant que cadeau, mais pour sa propre culture.

Perona était totalement absorbée par la lecture d'une page traitant des zones érogènes, quand, brusquement et sans prévenir, s'ouvrit la porte sur un Zoro encore humide de la douche. Proche de l'arrêt cardiaque, la jeune femme referma violemment le livre dans un grand claquement bien bruyant, et le remit à sa place.

- Tu lisais quoi ? S'enquit le bretteur en jetant son tee-shirt au pied du lit, intrigué par l'ardeur que manifestait Perona à dissimuler l'ouvrage.

- Rien, rien, mentit-elle maladroitement. Juste un livre de cuisine.

- Ah, bon.

En caleçon, il se glissa vivement sous la chaleur des couvertures. Aussitôt, Perona se tourna vers lui. Lentement, leurs doigts s’entrelacèrent, puis ils se rapprochèrent tout aussi doucement, jusqu'à s'enlacer. Perona bascula sur Zoro, lequel ne se priva pas de caresser les hanches de la jeune femme. Pendant ce temps, ils s'embrassaient. Ces baisers étaient d'une rare passion, et il n'y avait guère que dans ces moments privilégiés qu'ils en échangeaient de tels. C'étaient l'instants où ils se sentaient le plus proche l'un de l'autre. Mais, paradoxalement, une pudeur réciproque les empêchait d'aller plus loin, malgré des signes évidents de désir. La dureté dans le caleçon de Zoro n'était pas dûe à la présence d'un bâton, et la chaleur qui tenaillait le bas-ventre de Perona n'était pas un genre de fièvre bienheureuse. Et pourtant, lorsque les deux jeunes gens se séparèrent, Perona ne s'interrompit pas. Leurs lèvres ne s'étaient pas disjointes, simplement que la jeune femme s'était allongée à côté et non sur le bretteur. Et, à la manière d'un alpiniste grimpant une cime glaciale et dangereuse, la main de Perona descendait depuis le torse de Zoro jusqu'au bas-ventre de celui-ci, de plus en plus lentement. Le jeune homme, en retour, posa ses mains larges sur la poitrine de sa compagne. Quand il sentit les doigts fin de la jeune femme passer sous son caleçon, il vit défiler toute sa vie depuis qu'il la connaissait. Les doigts en question descendirent lentement, et rencontrèrent la dureté du désir.


Le lendemain, Perona fut la première éveillée. L'aube se levait à peine, et quelques trouées dans l'éternelle couche nuageuse laissaient filtrer une lumière dorée. Elle se sentait neuve, comme si elle était née pendant la nuit.

Puis, comme une nuée de bouchons de liège emportés au fond de l'eau et relâchés, les souvenirs de la nuit lui revinrent un à un, et dans un ordre indéterminé. Pour commencer, elle n'avait pas perdu sa virginité. Mais le premier pas en ce sens avait été franchi. Par sa main droite, elle avait stimulé Zoro, jusqu'au bout, de la même manière dont elle stimulait Itô, autrefois. Le bretteur ne s'était pas avoué vaincu facilement, mais il avait tout de même fini par rendre les armes. Il avait désespérément cherché les lèvres de la jeune femme au moment de l'assaut final, et elle les lui avait tendues avec plaisir. Et Perona avait sentit sur sa main le plaisir du bretteur, en quelques écoulements brefs. Elle l'avait masturbé, il avait jouit puis éjaculé. À sa connaissance, c'était un déroulement tout à fait ordinaire. Tout au fond d'elle, elle avait souhaité quelque chose. Puis ses doigts, lâchant le membre faiblissant, s'étaient intéressés au reste de l'intimité.

Ensuite, Zoro avait à son tour manifesté de l'intérêt. Après avoir passé de longues minutes à caresser le ventre de sa compagne, le jeune homme avait fini par reporter son intérêt plus haut. Il avait interrompu le baiser pour, avec le consentement de l'intéressée, enlever les bretelles de la nuisette et la faire glisser vers le bas. La main de Perona, entre-temps visitée par un mouchoir, avait saisi le bras de Zoro et avait contrôlé la descente de l'habit. Chaque centimètre de tissu en moins sur sa poitrine lui semblait comme une petite victoire, et quand ses seins furent entièrement révélés, elle y avait déposé sans gêne la main de Zoro qu'elle tenait.

Zoro avait la peau rugueuse, mais il était le plus délicat possible. Sans cesse, du bout des doigts, il avait exploré chaque centimètre carré de peau, s'attardant tout spécialement autour des tétons. Cela avait procuré d'immenses sensations à Perona, qu'elle avait oubliées.

Perona s'était laissée palper de longues minutes avant de laisser cours à une folie pure qui venait de la prendre, dans le feu de l'excitation. Après avoir repoussé doucement Zoro, sans le froisser, et avoir écarté puis relevé les jambes, sa nuisette était allée au tas. Elle n'avait gardé que la culotte comme ultime rempart. Puis elle avait invité le bretteur (lequel avait été surpris) à prendre place sur elle. Elle avait voulu faire l'amour avec Zoro, voilà sa folie. Mais lorsqu'elle lui avait manifesté ouvertement ce désir, il avait répondu par un baiser et l'avait incitée à remettre la nuisette. Puis, ils s'étaient endormis. Perona, pour sa part, gardait un peu d'amertume. Elle s'était offerte, corps et âme, elle avait voulu lui offrir son innocence, se laisser consumer par l'amour commun. Et il avait refusé, malgré la preuve rigide qu'elle avait pu sentir à ce moment-là. Zoro se serait-il défilé ? Non, elle ne pouvait pas y croire. Sans doute voulait-il qu'ils fassent l'expérience au moment le plus propice. C'était l'hypothèse qui lui semblait la plus probable, même s'il n'existait aucun moyen, pour le moment, d'en être sûre.


À part les événements de la nuit, ce fut une journée bien banale. Zoro se leva, passa quelques minutes avec Perona, puis se leva et s'habilla lentement. Il quitta la pièce ; et Perona ne le revit pas de la journée : comme d'habitude. Certes, il n'était pas dans son idée d'empêcher le bretteur de faire ce pourquoi il était là, mais elle espérait bien pouvoir profiter de lui une journée entière, ne serait-ce qu'une fois par semaine, voire par mois. Il faudrait qu'elle lui pose la question, une fois.


Bohr était assis au milieu de son atelier, et passait méthodiquement un chiffon doux sur l'immense fusil d'acier posé sur ses genoux, quand le bruit d'une procession parvint à ses oreilles. Attentif, il se redressa, et plaça l'arme sur la table, toute proche. Il habitait tout en haut de la colline, loin de la ville qui se trouvait de l'autre côté de l'île, et il était rare qu'il aie autant de visiteurs. Il se leva, et par prudence, empoigna son kukri, dont la lame brillait du polissage récent.

- Toi, si je m'attendais à te voir ici, lâcha-t-il quand il aperçut les potentiels clients.

- La vie réserve bien des surprises, mon grand.

L'individu était plutôt grand et émacié. Ses vêtements larges étaient d'un style qui lui était inconnu, mais la longue lame attachée dans son dos lui était familières, tant il en avait vu de semblables avant de quitter la Marine. Il connaissait son interlocuteur pour avoir été un temps affecté à sa traque. En effet, Bohr était un ancien tireur d'élite de la Marine, mais il avait à peine trente ans. Voilà deux ans qu'il avait déserté la division à laquelle il appartenait pour mener une vie clandestine, quelque par sur Grand Line. Ici, personne ne le dérangeait jamais. Sauf les rares initiés qui avaient eu vent de son activité partielle de tueur à gages. Il ne roulait pas sur l'or, car en tant que bon petit (ancien) soldat, il n'acceptait que les contrats mettant de l'argent sur la tête d'un hors-la-loi, et ceux-ci étaient de loin les plus rares.

Le pirate était seulement accompagné d'un autre homme au regard pénétrant, habillé de noir. Pourtant, il était sûr d'avoir entendu les pas d'au moins vingt personnes. Il ne lui fallut pas longtemps pour comprendre que le gros de l'équipage avait encerclé l'endroit.

- C'est bien la première fois que je vois des pirates arrêter un autre hors-la-loi, commenta le sniper.

- Encore une surprise, affirma le pirate.

Il laissa un petit silence, et reprit :

- J'ai entendu dire, par quelques amis bien renseignés, que tu te livrais à une malhonnête activité d'assassinat.

- Oui, mais cette affirmation me paraît bien déplacée dans la bouche d'un pirate.

- Tu ne sais pas à quel point je hais les petits cons avec une morale de merde, un peu comme toi.

- Écoute, si tu es venu me provoquer, tu t'es trompé de gars. Tu vois le fusil posé sur la table, là-bas ?

À travers l'embrasure large de la porte, il pointa du doigt l'arme posée sur la table.

- Je la vois, oui, railla le pirate.

- C'est une carabine précise de type lourd, dotée d'une lunette agrandissant jusqu'à huit fois, ce que vous autres appelez improprement "fusil de sniper". Je suis un sniper, mais ceci n'est pas un fusil. Sans m'égarer dans les détails, cet engin tire une munition de type Walkyrie, blindée et d'un calibre supérieur au plus gros suppositoire que ta mère aie pu t'enfoncer. Avec ça, je peux faire exploser une orange en plein vol à deux kilomètres. Je donne pas cher de ta tête à deux mètres.

- Ta tête aurait touché le sol avant que tu poses le doigt sur la détente, rétorqua le pirate, en faisant luir l'acier de de son sabre. Bon, avant que l'envie ne te prenne d'aller saboter un champ d'orangers, tu vas me laisser parler, okay ? Si j'étais venu pour t'éclater, tu n'aurais pas eu le temps de me débiter tout ce blabla technique sur ton jouet. Et je suis un pirate moi-même, ça serait le comble si je venais occire un autre hors-la-loi pour le maintien de l'ordre !

- Donc, tu es un client ?

Le pirate affirma d'un geste de tête.

- Je ne tue ni les civils ni les soldats.

- Il s'agit de quelques pirates. En fait, j'aimerais que tu rejoignes temporairement mon équipage. Ton talent à distance me sera utile pour le soutien. Pour tout te dire, j'ambitionne d'écraser Mihawk, mais il se trouve que son fils et son disciple (et accessoirement la femme de celui-ci), qui ne sont pas à sous-estimer, risquent de me barrer la route au mauvais moment. J'aurais besoin de toi à ce moment pour nettoyer le passage. Et puis … J'ai aussi quelques "alliés" qui m'aideront à ce moment-là. Mais, je ferais plus confiance à un amiral qu'à eux tous réunis. Et même s'ils ne me trahissent pas, moi, je les trahis. Tu descendras chacun d'eux.

- Le fait que tu veuilles m'intégrer à ta bande de pirates suggère-t-il le fait que je doive travailler de manière gratuite ?

- Tu perds pas le nord, toi ! Non, c'est surtout pour t'avoir sous la main en cas de besoin que je te demande de me rejoindre. Quel est ton tarif habituel ?

- Deux cent milles par tête.

- Cinq cent mille par victimes. Qu'en dis-tu ?

- Je doute sincèrement que tu aie assez pour me payer, et si c'est le cas, je me payerai avec la prime offerte pour ta capture, Illjoe Grant. Deux cent quarante-et-un millions, ça me permettrait de finir ma vie au soleil, les doigts de pied en éventail.

- On verra le moment venu. Tu acceptes ?