Je .. T'aime [+7]

par Linksys

- Je n'ai pas envie envie de commencer un truc sérieux avec une fille que je ne reverrai sans doute jamais, une fois parti d'ici, dit-il d'un ton implacable.

Dépitée, Perona se recula d'un pas. Zoro avait raison. Une fois que le bretteur aurait repris la mer avec ses camarades, ils ne se reverraient sans doute jamais. Sauf si Luffy faisait d'elle la dixième membre de son équipage, idée qu'elle n'abandonnait pas.

- Je suppose que tu as raison ... Reconnut la jeune femme, en baissant la tête.

Elle ne voulait pas avouer ses rêves, ses désirs ou même ses idées folles. Pas pour le moment.

L'expression triste de Perona s'enfonça dans le cœur de Zoro comme une flèche à la pointe enduite de poison. Il voulut trouver quelque phrase réconfortante, mais rien ne lui vint à l'esprit. La jeune femme amorça un demi-tour, mais se retourna vivement quelques secondes après. Une question était restée en suspens.

- Dis-moi au moins pourquoi tu es sur cette île.

Zoro inspira. Il connaissait déjà la suite, et sa joue droite en fourmilla au souvenir. Mais il fallait être franc.

- Demande à Kuma, c'est lui qui m'a expédié ici. Mais moi, ce que je veux, c'est m'entraîner, progresser. Je vois pas pourquoi j'aurais été envoyé chez le plus grand escrimeur du monde, sinon pour apprendre de lui. Ça serait quand même une drôle de coïncidence, dans le cas contraire.

Il observa une pause, et attendit que Perona ne prononce son avis. Mais elle resta silencieuse. Si jamais elle croisait un jour Bartholomew Kuma, son bienfaiteur, il faudrait qu'elle le remercie chaleureusement. Sans l'intervention du Grand Corsaire, jamais elle n'aurait pu apprendre à connaître Zoro, et en tomber amoureuse. C'est alors qu'une idée lui vint. Un chemin de traverse. Presque gênée, elle baissa les yeux et se tortilla les doigts.

- Avant que les deux ans ne soient écoulés et que tu ... Que tu retournes à la vie de pirate ... On pourrait faire comme si ... On était ... Enfin, un couple, quoi ...

La dernière phrase lui coûta un grand effort, et le feu lui dévorait les joues. Son cœur battait la chamade, comme s'il égrenait les secondes avant la sanction. Il y eut un court silence. Et soudainement, Perona se sentit décoller. Zoro l'avait saisie par les hanches et soulevée contre lui d'une cinquantaine de centimètres du sol. Timidement, elle posa ses mains sur les épaules du bretteur, et lui fit un sourire gêné.

- C'est une chouette idée, reconnut Zoro. Dommage qu'il ne reste plus qu'un an et demi.

Il pivota, de manière à se retrouver dos au lit, puis se laissa basculer sur le matelas. Les boucles de Perona ondoyèrent et commencèrent à s'étaler sur le lit. Elle sourit à nouveau. Impossible de croire ce qui était en train de se produire, et c'était pourtant la réalité. Non, non, c'était forcément un rêve. Un frisson incontrôlable la parcourut lorsque les mains de Zoro passèrent sous son haut pour lui caresser le bas du dos.

- Je ... T'aime ... Lâcha le bretteur dans un souffle, de manière presque imperceptible.

Cette phrase sonna comme de la musique aux oreilles de Perona, mais elle n'eut pas le loisir de manifester sa surprise : Zoro la fit basculer doucement sur le dos, et prit place sur elle en veillant à ne pas lui faire mal. Il y eut un échange de paroles confuses qu'aucun ne comprit, puis un court silence pendant lequel ils se regardèrent comme s'ils se découvraient au coin d'une rue.

- On a trop attendu pour ça, soupira Zoro.

Mais Perona ne répondit pas. Elle ne voulait qu'une chose, c'était qu'ils s'embrassent ici et maintenant, et que leur union soit scellée. Ils s'étaient tourné autour pendant trop de temps. La vie était courte, il fallait la vivre à fond. Ils s'embrassèrent brièvement, se sourirent mutuellement, puis réitérèrent l'acte, de manière plus longue et plus appuyée, cependant. Petit à petit, les détails du monde extérieur s'estompaient. Ne restaient plus que les lèvres de l'autre, et la matière douce et ferme qui les soutenait tout les deux. C'était comme s'il n'y avait rien eu avant ce moment, comme si le monde avait commencé par ce contact.

Quand la réalité environnante reprit le dessus, toute notion du temps les avait déjà quittés. Dix secondes, vingt secondes, une minute, trois minutes ... Impossible de dire combien de temps cela avait duré. Mais, malheureusement, il fallait attendre avant de recommencer : c'était l'heure du dîner, et Perona s'était (enfin) engagée à collaborer à la préparation dudit repas.

Ils sortirent de la chambre en se tenant la main, et progressèrent prudemment. Aucune envie d'être surpris par Mihawk !

Le corsaire se tenait dans le salon, comme à son habitude, et lisait un livre en piochant de temps à autres dans un bocal d'olives. Il leva un œil distrait quand Perona et Zoro entrèrent discrètement dans la pièce, puis retomba aussitôt dans sa lecture, avec un imperceptible sourire en coin et un petit rire de nez. Pour les deux jeunes gens, tout était bien.

Le soir venu, ils traînèrent quelques dizaines de minutes dans le salon, pour brouiller les pistes. Cela faisait partie de leur mise en scène. Une fois tout soupçon (à leur avis, en tout cas), écarté, ils rejoignirent la chambre, à quelques minutes d'intervalle l'un de l'autre, Perona la première. Quand Zoro fit irruption, elle était déjà en nuisette, prête à dormir. Il se dévêtit, gardant toutefois son caleçon, et prit place sous les couettes avec Perona.

Cependant, ils ne dormirent pas beaucoup. Une majeure partie de la soirée fut consacrée aux câlins et aux caresses. Timidement, ils se découvraient l'un l'autre du bout des doigts. Alors que Perona passait et repassait sur la longue balafre qui barrait le torse et le ventre de Zoro, celui-ci s'attardait particulièrement entre le bas du dos et le haut des fesses, avec quelques incursions sur les hanches et le ventre. Les doigts du bretteur avaient beau ne pas avoir la délicatesse d'une plume, chaque contact sur la peau de la jeune femme faisait trembler celle-ci.

Cela dura jusqu'à ce que Perona ne se montre trop gênée pour laisser faire Zoro, qui descendait dangereusement bas, d'autant plus que cette fois, elle avait aussi retiré la culotte. Et puis, elle n'était pas en confiance avec la dureté du jeune homme, qui se pressait contre sa cuisse. Finalement, ils achevèrent la soirée dans de longues embrassades plus sages et qui se passaient de mots, même si parfois une preuve d'amour s'échappait des lèvres de l'un ou l'autre. Tout était bien.


Ce fut le surlendemain que fut de retour la mésentente. Non pas entre Perona et Zoro, mais entre Zoro et Mihawk.

C'était le matin, il devait être environ dix heures. Dans une clairière de la forêt, d'où l'on voyait encore les tours du château, Mihawk faisait subir à Zoro une pluie d'attaques incessantes et imprévisibles à l'aide d'un long bâton de noisetier souple, que le bretteur devait esquiver sans dommages, les mains attachées dans le dos et des poids aux chevilles. Au début vif et nerveux, il s'était rapidement amolli et se contentait d'encaisser mollement un coup sur cinq. En l'état, il se languissait d'aller déjeuner, car le réveil en fanfare du matin ne lui avait guère laissé de temps pour petit-déjeuner. Tout cela au grand déplaisir de son maître.

- Si c'est Perona qui te perturbe comme ça, je n'hésiterai pas une seule seconde à la tenir en respect. Je ne t'interdis pas d'aimer, loin de là - c'est même une interdiction de ce genre qui a fait de moi un hors-la-loi. J'ai eu vingt ans alors que tu n'étais pas né, et je sais assez bien que ce genre d'hésitations entre l'amour et l'ambition est du genre néfaste. Si tu ne sais pas ce que tu veux, tu n'arriveras à rien.

Zoro grogna, car Mihawk avait raison sur toute la ligne.

Non content, le corsaire se pencha en avant et ficha ses yeux perçants dans ceux de son disciple.

- Aimez-vous tant que vous voulez, faites l'amour chaque nuit, faites des enfants, faites ce que vous voulez tant que tu gardes constance à l'entraînement, jusqu'à ce que tu puisses prétendre à m'affronter. Compris ?

- Ouais.

La référence au sexe puis à une descendance avait fini d'achever Zoro, qui ne demandait plus qu'à se terrer quelques jours dans l'obscurité la plus totale et à méditer sur ses péchés.


Ce fut une intervention au résultat mitigé. D'une part, Zoro retrouva sa ferveur à soulever des haltères et à enchaîner sans cesse les assauts contre son maître, mais d'autre part, Perona voyait le jeune homme de moins en moins, tant il était absorbé. Tout le temps qu'ils ne passaient pas ensemble, Zoro le récupérait en pensant à Perona et Perona le récupérait en s'ennuyant. L'équilibre, à l'origine penchant largement en faveur du couple, s'était brutalement inversé. Ils ne se voyaient plus que le matin au saut du lit, aux repas et le soir au coucher. De plus, la fatigue assommait Zoro, qui s'affalait de sommeil dès qu'il s'asseyait sur le lit. Ce dernier point était particulièrement contrariant pour la jeune femme dans la mesure où elle comptait bien continuer, chaque soir, à passer un moment privilégié avec "son" homme , se caresser, s'embrasser, et plus encore. Faute de quoi, elle devait se contenter du bras puissant que Zoro posait sur elle avait de dormir, juste sous la poitrine.

Le lendemain de la mise en garde, Mihawk dût s'aventurer sur une île voisine pour renouveler le stock de provisions, qui avait atteint le seuil critique. Perona insista pour venir, ce que le corsaire lui accorda. Il proposa aussi à Zoro de prendre part à "l'excursion" (selon ses termes) mais le bretteur refusa. Il préférait rester ici. Se distraire maintenant ne l'intéressait guère.

Et pourtant, il ne manœuvra pas le moindre poids de toute la journée, ni ne courut sus au moindre ennemi imaginaire, bâton en main. Il errait dans le château, rôdant autour de la chambre comme un renard autour d'un poulailler. Ne restant jamais plus d'un quart d'heure au même endroit, il changeait constamment de pièce. C'est vers midi, en mangeant un simulacre de tartine beurrée (à cet instant précis, il désirait Perona plus pour ses aptitudes culinaires que pour les sentiments qu'ils partageaient) qu'un fait le frappa. Le château était immense, et la partie habitable représentait quoi, un huitième de la superficie de l'édifice, selon ses propres estimations. Il était seul, et ce jusqu'à peu avant le dîner. Voilà comment il allait occuper sa journée.


À mille lieues de son aspect extérieur, qui n'était certes pas taillé pour la vitesse, le frêle esquif en forme de cercueil qu'utilisait Mihawk pouvait se montrer très rapide. La traversée vers Mirre, la plus proche île habitée (distante d'un demi-jour de navigation par conditions idéales), se fit en à peine plus de trois heures. Partis à huit heures, Mihawk et Perona furent sur place peu après onze heures. Le corsaire confia à sa locataire un petit pécule de quinze mille berries (ça fait environ cent cinquante euros, mais l'auteur ne vous le dira pas), de quoi "s'amuser un peu".

Mais Perona n'entendait pas "s'amuser" sans Zoro, bien que les derniers jours aient été particulièrement pauvres en manifestations d'affection. À défaut, elle commença par faire une escale dans un restaurant. Une immense enseigne, accrochée sur la façade, disait "Mann. Co - Fine food", et à côté le visage d'un robuste homme à la musculature aussi fournie que sa moustache affichait un air confiant, un Stetson fixé sur la tête. C'était un des nombreux établissements que comptait la chaîne Mann. Co, une des plus grandes entreprises de restauration rapide du monde. Pour avoir fréquenté régulièrement la succursale installée à Requiem, elle savait la nourriture servie peu chère mais riche en goût. Cela tombait bien, car ses projets d'achats ne souffriraient pas la moindre dépense superflue.

Elle entra d'un pas décidé, et la longueur de la queue qui se formait derrière le comptoir où l'on prenait les commandes faillit la décourager. Mais son estomac trop souvent ignoré réclamait justice, et elle se résolut à attendre. Elle serra contre elle l'ours-sac, le cadeau de Zoro.

Vingt minutes plus tard, elle put enfin s'assoir avec son plateau-repas. Elle avait commandé un Sandvich (le plat de base du menu), ainsi qu'une boisson Bonk! (un genre de soda dont elle avait bu des litres et des litres dans son adolescence) et un sundae au caramel grande taille. Mais la grande taille n'existait pas alors elle en avait prit deux normaux, au détriment de son "régime". Avec appétit, elle croqua l'olive piquée sur un cure-dent, lui-même fiché sur le sandwich.

Mais la longue attente ne fut pas le seul désagrément. Il lui fallut faire trois fois le tour de la salle pour trouver une table libre, et encore, ce fut à côté de celle de la bande la plus bruyante qu'elle eut jamais rencontré. Neuf individus divers, allant d'un énergumène fort-en-gueule à la peau ébène (et qui portait un bandeau à l’œil gauche) à un hurluberlu portant une paire de large lunettes chips aux verres orangés, en passant par un colosse au crâne rasé. Lui, son compère à lunettes et un autre, un grand brun distingué (lui aussi porteur de lunettes, mais plus discrètes) avec une cravate sur une chemise blanche, parlaient tout trois avec un accent différent, si prononcé que certaines de leurs paroles échappaient totalement à la compréhension de Perona. Le vacarme ambiant de bla-bla et de fourchette contre couteau était déjà fort, mais le brouhaha irrépressible des neuf voisins de table de Perona était de loin supérieur.

Un fulgurant mal de crâne la tenaillait quand elle quitta l'établissement, mais il se dissipa rapidement quand elle se rappela ce qu'elle avait à faire. Mirre ne comptait pas beaucoup de boutiques, mais le peu qu'il y en avait vendaient des articles de qualité.

Historiquement, Mirre était une île libre, autrefois dominion du royaume d'Obscuria de par sa proximité. De fait, la vieille ville de Hanse, la principale installation humaine de l'île, présentait de nombreuses similitudes architecturales avec le château, notamment au niveau de la toiture et des matériaux.

Depuis la chute du royaume, sept ans plus tôt, l'île était devenue indépendante, et était dirigée par un gouverneur et un conseil. Le modèle était plutôt original et très rare, car les monarchies, absolues ou parlementaires, étaient encore très courantes sur Grand Line.


Perona avait prévu de s'acheter de nouveaux vêtements et sous-vêtements (ce dernier point correspondait plus à un désir de plaire au bretteur qu'à un besoin pratique), et surtout, un cadeau pour Zoro. L'anniversaire de celui-ci aurait lieux dans un peu moins de trois mois, elle le savait, mais c'était peut-être la dernière excursion avant la date fatidique. Cela dit, elle n'avait pas la moindre idée de quoi lui offrir. En fait elle avait déjà prévu quelque chose, mais c'était aussi un cadeau pour elle, donc ça ne comptait pas. Non, il lui fallait un vrai cadeau, quelque chose qui plaise au bretteur. Mais d'ailleurs, qu'est-ce qui lui plaisait ?

"Moi", songea-t-elle immédiatement.

Puis, confuse, elle reprit un peu de sérieux. Elle l'aimait mais n'en savait pas plus sur ses goûts que si c'eût été un voisin de palier. Voilà donc un domaine sur lequel il faudrait qu'elle se renseigne.


Il y avait presque vingt minutes que Perona déambulait dans les rues de la ville, en quête d'inspiration. Offrir ceci ou offrir cela, telle était la question. Peut-être ... ? Non, elle y avait déjà pensé. Pour le moment, il n'était pas question d'aller si loin. Un long câlin suffirait, ainsi que quelques baisers.

C'est au terme de cette pensée qu'elle repéra justement une librairie, comme si quelque pouvoir divin avait disposé là la boutique au moment où elle abandonnait ses considérations. Un livre. Oui, cela pouvait être une bonne idée. Pas un livre sur l'escrime ou les épées, cependant. Mis à part le fait que la bibliothèque privée de Mihawk en était remplie pour un tiers, offrir un ouvrage sur le sujet à un bretteur fleurerait bon le manque incurable d'inspiration.

Au détour des rayonnages, une couverture d'un brun terne, imprimée de lettres d'or, attira son attention. L'ouvrage lui semblait étrangement familier, et un effort de mémoire lui rappela où et quand elle l'avait déjà vu. C'était le "livre pervers" que lisait Zoro, juste avant qu'ils ne s'embrassent, dans la librairie à Holiday Island. Loin d'elle toute idée d'en faire le cadeau tant recherché, mais une curiosité insatiable la poussait. Elle prit le livre et le feuilleta, le cœur battant comme si elle faisait une bêtise. Peut-être qu'en lisant ce livre, elle aurait un peu moins peur de la première fois.