Adieu, polochon !

par Linksys

Le lendemain, Zoro se vit confier par Perona la mission de rassembler toutes ses affaires dans la chambre d'hôtel, et de la rejoindre à l'hôpital. Elle devait sortir dans la journée. Le bretteur eut grand mal à ranger, plier et ordonner tous les vêtements qu'il trouva, notamment les quelques sous-vêtements qu'il eut le courage de regarder sans craindre l'apparition subite d'une Perona furieuse et hors d'elle.

Une fois les deux valises tout à fait remplies, il commença le long périple de descente des cinq étages, chargé comme un dromadaire. Cela ne fut pas une partie de plaisir, et il s'y reprit à plusieurs fois pour passer la porte du rez-de-chaussée.

La traversée de l'île jusqu'à l'hôpital ne fut pas des plus reposantes, et c'est tout en sueur que Zoro atteignit les grilles de l'établissement.

- C'est des fringues en plomb, c'est pas possible ... Soupira-t-il, en déposant avec satisfaction sa charge au sol.

Il s'écoula une vingtaine de minutes avant que Perona ne passe enfin les portes du bâtiment. Elle avant vers Zoro, radieuse. Elle avait sorti et déployé son ombrelle, et portait une robe d'été bleue claire.

- Enfin sortie ! S'exclama la jeune femme, en dépassant lentement le portail.

- Je vois ça. Bon, Mihawk m'a dit qu'on devrait le rejoindre au port, et attendre dix-huit heures, pour l'arrivée du ferry. Par contre, je te préviens, ne compte pas sur moi pour traîner tes deux valises remplies de fringues. T'en porteras au moins une.

Perona, vexée de se voir utilisée de la sorte, voulut protester. Mais, soucieuse de se faire apprécier, elle ne dit rien et prit en silence la plus petite des deux valises.

- Merci de ta bienveillante coopération, lâcha amèrement Zoro.

Perona lui répondit par un petit sourire moqueur.

En chemin, quelque lumineuse idée vint à la jeune femme, à en juger par l'air triomphal qu'elle prit.

- Dis, Zoro ? Si j'ai bien compris, une fois qu'on a rejoint Mihawk et déposé nos bagages ...

- Tes bagages, corrigea le bretteur. Ma valise est déjà sur place.

- Oui, mes bagages, si ça te fait plaisir. Donc, je disais, quand on aura déposé ce chargement, on a quartier libre jusqu'à dix-huit heures ?

- Hmm, j'y avais jamais pensé, concéda Zoro, pensif. Ouais, c'est vrai, ça nous fait toute une après-midi. Mais t'as pas encore dit ce que tu voulais faire ! S'exclama-t-il, flairant le chausse-trappe.

- Justement, je voudrais aller faire le tour des librairies, ce que je n'ai pas fait la première fois. Je connais tout mes livres par cœur, et ceux au château, j'ai bientôt fini de tout lire. J'aimerai avoir du changement.

- Ouais, si tu veux. Mais c'est toi qui paye, moi, je suis à sec.

Ils retrouvèrent Mihawk attablé à la terrasse d'un café, seul. Personne n'osait s'approcher. Zoro et Perona déposèrent les valises sous la table, et obtinrent carte blanche sans même demander.

- Vous avez l'après-midi libre, revenez juste ici vers dix-sept heures trente, pour l'embarquement, déclara Mihawk.

Ce fut une après-midi assez calme, et Zoro prit beaucoup de plaisir à passer tout ce temps en compagnie de Perona. Elle n'avait passé que trois jours à l'hôpital, mais c'était toujours trois jours de trop.


Alors que le bretteur déambulait dans les rayons de la plus grande librairie de la rue marchande, il tomba sur un livre qui l'intrigua grandement. Sur la couverture noire, il était écrit "L'art du couple". Curieux, Zoro le prit. L'ouvrage était épais, et il l'ouvrit, pensant y trouver une méthode de séduction efficace. Mais, en lieu et place d'une "méthode de séduction efficace", il y avait une majeure partie de conseils d'ordre sexuel, qui indiquaient par exemple comment passer le cap de la première fois. Zoro claqua le livre et le reposa violemment sur le présentoir. Il s'éloigna, mais tout juste après avoir dépassé le rayon, il s'arrêta. L'irrésistible envie de faire demi-tour et de lire ce livre du savoir interdit.

"Et si Perona me grille avec ça dans les mains, je vais être dans la merde." Pensa-t-il.

Mais la curiosité était trop forte et, tout tremblant, il retourna auprès du Livre. Il le prit en main et l'ouvrit. Le sommaire était empli de mots qui lui étaient inconnus. La première chose qu'il fit fut de chercher à "anatomie". Mais, comme ça n'était pas un traité scientifique, il ne trouva rien qui pût le renseigner quelque peu sur le sujet.

Après quelques minutes, Zoro entendit un bruit de pas se rapprochant de lui. Mais, tout concentré qu'il était sur l'article qu'il lisait, il n'eut pas le réflexe de réagir à temps.

- Alors, t'as trouvé quelque ch ... Demanda Perona, qui se tenait près du bretteur.

Stupéfaite, elle jeta un œil au contenu de l'ouvrage que lisait Zoro.

- Qu'est-ce que ... Tu ... Balbutia la jeune femme, faisant quelques pas en arrière.

Son idéal du Zoro pur vola en éclat à cet instant même.

Celui-ci, totalement surpris, fit un petit bond. Il jeta quasiment le livre sur le rayon (s'attirant le regard courroucé du libraire) et se jeta à la poursuite de Perona, qui s'éloignait de lui à grands pas décidés, serrant les poings. Il la rattrapa quasiment aux portes de la boutique, et, le plus délicatement possible, la prit par l'épaule. Elle se dégagea aisément, alors que Zoro tentait de se justifier, oubliant que ce qu'il allait dire était la ruse la plus éculée au monde.

- Attends, ce ... C'est pas que ce que tu crois ! Je peux tout t'expliquer !

Perona lui jeta un regard larmoyant. Terrifié, Zoro se recula en se protégeant de ses bras.

"Les cours de théâtre auront été utiles, au final !" S'exclama l'alter ego négatif de Perona.

"Je suis sûre que c'est de l'improvisation totale." Rétorqua l'aspect positif.

"Oh, arrête, tu sais aussi bien que moi qu'on n'est pas aussi effarouchée qu'on en a l'air."

- Obsédé ! S'exclama la jeune femme.

Blessé, Zoro voulut se défendre. Il ne trouva rien à répondre, mais une idée lui vint en tête. À son sens, c'était le meilleur moyen (et surtout le seul moyen) qui lui permettrait d'obtenir le pardon. Et puis, il mourait de hâte de "le" refaire, y étant devenu quasiment accroc. Il serra Perona contre lui et l'embrassa, mais n'osa pas aller plus loin que de poser ses lèvres sur les siennes.

"Je deviens un chaud lapin, moi !" Songea-t-il, surpris de cette audace inattendue.

Après quelques secondes de contact, Perona se recula en repoussant Zoro de ses mains.

- Crois pas que je vais te pardonner comme ça ! S'exclama-t-elle, pour se donner une contenance.

Elle était pourtant rouge de gêne, et tortillait nerveusement les longues mèches de cheveux qui battaient son dos. Dans sa tête, c'était pourtant une grande nouvelle : Zoro était, finalement, vraiment "fidèle".

À part cette événement surprenant, qui avait encore un peu plus entériné leurs sentiments, ce fut une après-midi des plus calmes, mis à part le moment où Zoro dût enchaîner les ruses pour se séparer de Perona, le temps d'entrer dans un magasin de couture et d'en ressortir, un petit paquet de papier kraft sous le bras. Perona insista fortement pour savoir de quoi il s'agissait, mais Zoro résista avec fermeté.


Le soir venu, ils dînèrent tranquillement dans leur cabine du ferry, le Pride of Water Seven, à bord duquel ils avaient embarqué quelques heures plus tôt. Et Perona et Zoro allaient devoir partager de nouveau le même lit. Toutefois, cela était loin de leur déplaire, surtout s'il n'y avait pas de polochon ségrégateur entre eux.


Zoro était assis en tailleur sur le lit, et s'exerçait à la calligraphie. Il était en caleçon, prêt à dormir, et attendait après Perona pour pouvoir se rendre à la salle de bains.

En effet, ladite jeune femme occupait l'endroit depuis près d'une heure, et se trouvait en ce moment même en proie à un nouveau dilemme. Elle était enroulée dans sa serviette de bain, et devant elle, sur son sac d'habits, il y avait d'un côté son traditionnel pyjama rose fluorescent, et de l'autre, une nuisette, d'un rose moins piquant, qu'elle s'était procurée au magasin de lingerie. Et son problème était le suivant : oserait-elle mettre cette fameuse nuisette pour dormir ? Elle pesait soigneusement le pour et le contre. La première catégorie jouissait d'un argument de poids en la personne de Zoro, qui dormirait en caleçon dans le même lit qu'elle (si tout allait bien). Mais la pudeur de Perona jouait pour la deuxième catégorie, et le combat était acharné. Cependant, elle était sûre que le port de la nuisette produirait sur Zoro un ou plusieurs effets bénéfiques, même si l'habit en question était opaque, très peu décolleté et descendait aux genoux (ce que la vendeuse avait déploré, car à son sens, il y avait beaucoup plus sexy que ça. Perona n'avait rien voulu entendre).

Fatiguée de réfléchir, Perona décida de jouer le tout pour le tout. Elle se sépara de sa serviette et enfila la chemise de nuit, le cœur battant. Puis elle se regarda dans le miroir. Cela lui allait étrangement bien, et elle regrettait presque de ne pas avoir essayé plus tôt. Elle resta immobile quelques instants, le temps de rassembler son courage. Puis, elle sortit. Le regard indescriptible de Zoro voulait tout dire. Il laissa échapper un borborygme, puis s'empressa de se lever et de courir à la salle de bains.

Zoro regarda la porte pivoter, et reçut comme un choc. Perona avait enfin abandonné le pyjama dévalorisant ! Et en plus, elle avait bien choisi l'habit, dont la couleur était moins ridicule, et qui rendait mieux justice à son physique.

- Saldebin ! S'exclama-t-il, en un vingt-cinquième de seconde.

En même temps, il se leva et courut jusqu'à la salle de bains, dans laquelle il s'enferma. Juste à temps, car voilà longtemps qu'il n'avait pas eu d'érection aussi puissante. Et la blessure cuisante d'avoir été surpris ainsi dans le sauna le brûlait toujours. Il se pencha sur le lavabo et s'aspergea plusieurs fois le visage d'eau. Peu à peu, la tension retomba.

"Et je vais devoir dormir avec une fille aussi belle que ça ..."

Une vingtaine de minutes plus tard, il ressortit. Perona était allongée sur les draps, et tentait de lire un livre. Mais, dans les faits, son esprit était trop occupé par la construction de l'arbre des événements possibles dans un futur proche pour pouvoir interpréter les signes abscons qui défilaient sous ses yeux. En voyant Zoro, elle se redressa vivement, faisait bondir ses mèches autour d'elle. Le bretteur avança d'un pas mécanique vers son côté du lit. Sans piper mot, il se glissa sous les couvertures. Perona fit de même, après avoir refermé son livre. Elle éteignit la lumière, et un lourd silence régna pendant quelques secondes.

- Euh ... Tu ... Tu mets pas le polochon ? Se risqua Zoro, qui risquait de le regretter.

- Non ... Je t'avais promis q-que la prochaine fois, il y aurait pas de polochon ... Répondit Perona, d'une petite voix timide. Mais je te le redis, pas de trucs louches, sinon je hurle, avertit-elle d'une voix mieux assurée. Bonne nuit, Zoro.

- Bonne nuit, Perona, répondit le bretteur.

Pendant plusieurs minutes, il ne se passa rien. Jusqu'à ce que leurs mains ne se rencontrent. Ils ne dirent rien, mais le contact se resserra. C'était leur seul lien parmi le vide qui les séparait. Vide qu'il convenait de combler au plus vite.

Perona se félicita d'avoir prit des somnifères pendant le repas, car elle trouva le sommeil quasi-immédiatement après avoir trouvé la main de Zoro. Le bretteur, quant à lui, ne ferma pas l’œil de la nuit, trop gêné. Il ne trouva le sommeil qu'au moment où le ciel s'éclaircit à l'est.


Ce fut Zoro qui se réveilla le premier, avec une indéfinissable sensation de confort et de bien être, même s'il n'avait dormi que deux heures. La couette et le lit était exactement à la bonne température, au millième de degré celsius près. Il y avait, contre lui, une présence rassurante, et son nez se pressait dans une masse emmêlée de cheveux roses. C'était Perona, et ils étaient beaucoup plus proches l'un de l'autre que ce qu'ils auraient dû être. Il avait une main passée au-dessus du flanc de la jeune femme, qui tenait cette main serrée contre elle. Si cela avait pu durer une ou deux éternités ...

Perona se réveilla quelques minutes plus tard, avec le sentiment d'avoir bien dormi. Elle sentait le bras de Zoro autour d'elle, dont elle tenait la main, et la chaleur puissante du bretteur, serré contre elle dans son dos. Mais elle sentait aussi quelque chose de dur et insistant se presser contre ses fesses, et cela l'intriguait. Alors qu'elle reprenait l'intégralité de ses capacités mentales, elle comprit que Zoro avait une érection.

- Pervers ! Qu'est-ce que c'est ? S'exclama la jeune femme, oubliant sa menace de "hurler".

Elle se retourna vers Zoro, hâtive de savoir. Le bretteur était livide, il s'était rendu compte du phénomène en même temps que Perona.

- Je ... En fait ... C'est le matin, j'y peux rien ! Se justifia-t-il.

Terrifié à l'idée d'une réaction belliqueuse de la jeune femme, il tenta de se reculer jusqu'à l'autre bout du lit. Mais elle garda fermement sa prise sur le bras de Zoro, l'empêcha de fuir.

- On est bien comme ça, murmura Perona en refermant les yeux, avec un petit sourire content, flattée par cette raideur.

Et puis, au point où en était leur relation, elle n'allait quand même pas s'énerver pour une simple érection matinale. Et puis, ça n'était pas la première manifestation de ce genre qu'elle surprenait.

- Ouais ... C'est vrai ... Lâcha Zoro, trop heureux de ne pas passer à la casserole.

Il fit quand même de son mieux pour redevenir "mou". Moins de malentendus il y aurait, mieux ça irait. Et puis, ça l’embarrassait un peu, de sentir sa "chose" durci se presser contre le postérieur d'une jeune femme avec laquelle il n'avait (encore, du moins) aucun engagement véritable.

Ils restèrent dans cette étrange position une heure supplémentaire, communiquant par le cœur et l'esprit. C'était ce genre de moment simple qui contribuait grandement à cimenter leur lien, et à abolir certaines barrières. En fait, il ne manquait plus que les baisers à intervalles réguliers, et on aurait dit un vrai petit couple fraîchement formé.

Le chariot du service d'étage vint à passer derrière leur porte, et Zoro se leva à contrecœur. Il s'habilla sommairement, et alla ouvrir, braguette ouverte et chemise mal boutonnée et froissée. Le marmiton qui dirigeait le chariot, croyant fort avoir surpris un homme dans l'exercice conjugal, se répandit en excuses et blêmit. Zoro eut bien du mal à dissiper le malentendu, et encore plus à obtenir le petit-déjeuner. Le jeune garçon lui présenta un plateau, qui comportait les deux rations.

- Je suis infiniment désolé, monsieur, mais nous n'avons plus assez de plateaux pour en fournir un par client. Comprenez, hier soir, le vice-amiral avait très faim, et ... Et ... Bégaya le marmiton.

- Ouais, ouais, je connais la suite. Allez, donne-moi ça, maugréa Zoro en se saisissant du plateau.

Il fit volte-face et referma avec le pied, sans avoir dit merci, ou même au revoir. Puis, il regarda Perona toujours au fond du lit, et le bureau. Un nouveau regard vers Perona, et un autre vers le bureau. Il s'avança jusqu'au meuble, y posa son chargement et se tira une chaise. Une fois assis, il sépara distinctement les deux parts et entama la sienne. La jeune femme se redressa, très étonnée.

- Et moi ? Je fais comment ?

- Ch'est très chimple, répondit Zoro en se retournant, mangeant son croissant par morceaux (ici aussi, délicieux). Tu pojes tes pieds par terre, tu te lèves, et enchuite, tu marches juchqu'ichi. Pour marcher, tu pojes un pied devant l'autre, et voilà.

Il termina son croissant.

- Appelle-moi conne tout de suite ! S'exclama Perona, quasiment scandalisée.

Quand elle était encore au lit, elle avait observé du coin de l’œil la scène, et en voyant Zoro venir vers elle avec un plateau, elle avait commencé à rêver d'un petit-déjeuner au lit, porté par son chevalier servant. Mais ce rêve avait été impitoyablement brisé quand Zoro avait posé l'objet du conflit (le plateau) sur le bureau.

- Félicitations, c'est la première fois qu'on me force à me lever depuis plusieurs années, dit Perona en quittant l'abri des couvertures.

Elle chercha ses chaussons un instant, et avança d'un pas las jusqu'à Zoro.

- Tu me dis même pas bonjour, et après, t'en fais un foin quand je te fait chier un peu, non mais, constata celui-ci, dans le but d'asticoter la jeune femme.

Laquelle vint s'assoir juste à côté. Ce faisant, le bas de sa nuisette remonta sur ses cuisses de quelques centimètres, détail qui n'échappa pas à Zoro (il recracha un peu de thé dans sa tasse pour ne pas s'étouffer).

Une fois levée, Perona insista longuement pour aller la première à la salle de bains, et Zoro ne put que capituler, complètement déstabilisé par les fines jambes nues de la jeune femme (pourtant, quand il la voyait en mini-jupe, ce qui revenait quasiment au même, il n'avait aucun problème de ce type).