Tout ce(ux) qui monte(nt) redescend(ent)

par Linksys

Le matin (et non le lendemain, il s'était endormi après minuit), Zoro se réveilla avec un étrange sentiment de vide et d'ennui, sans savoir d'où ça venait. À mesure que la brume de sommeil se dissipait, les souvenirs lui revenaient.

"Putain, je suis vraiment trop con ..." Se blâma-t-il.

À bien y réfléchir, il aurait préférer accepter la proposition de Perona, quitte à y perdre du temps de sommeil pour diverses raisons. Après plusieurs minutes de réflexion sur la question existentielle"Je me lève ou je me lève pas ?", il s'extirpa de la chaleur douillette de son lit, et s'habilla. Un rapide regard à l'horloge murale lui indiqua neuf heures trente-sept.

Dans la salle commune, il retrouva Perona qui s'était assise au fond de la pièce, dans un coin du mur. Elle avait un air particulièrement maussade. Mihawk ne semblait pas se trouver dans les environs.

- Bien le bonjour, dit Zoro en tirant la chaise.

Dans la plus grande indifférence, Perona lui répondit, sans même lever les yeux :

- Mgnjour ...

Après les décevants événements de la nuit, la mastication du bout de croissant qu'elle venait d'enfourner passait avant un salut décent envers l'homme qui attisait sa curiosité.

Mais cette indifférence ne faisait qu'intriguer Zoro encore plus (et l'auteur aussi) quant au fonctionnement interne de la gent féminine, et il était fort curieux de connaître la raison de cette réaction. Toutefois, il allait avoir le temps d'y réfléchir, car il comptait bien profiter de cette journée pour entretenir sa forme, au lieu d'entretenir sa relation avec Perona.

- Tu fais quoi, aujourd'hui ? Demanda justement la jeune femme, comme si elle avait pressenti son délaissement.

- Je vais m'entraîner. Natation, course à pied, muscu'. Je vais en avoir pour la journée.

- Et tu me laisses toute seule, c'est ça ? "Vas-y, démerde-toi, moi je fais mes trucs tranquille" ?

On sentait de l'amertume dans sa voix.

- Ben ...

Zoro n'osa nier face à la justesse et à la légitimité de la réaction qu'il affrontait.

- Si tu veux venir avec moi, ça me gêne pas ... Proposa-t-il pour se rattraper.

- Crois-le ! On est en vacances, je te rappelle, je suis ici pour me détendre, pas pour me torturer avec des activités sportives !

Sur ces mots, elle se leva brusquement et quitta en coup de vent la table, laissant en plan une moitié de croissant et une tasse de café-au-lait.

"C'est bien parti, dirait-on." Songea Guar, qui, depuis le bar, avait tout observé.

En passant la porte de sa chambre, il vint à Perona une idée, qui ne lui paraissait pas si mauvaise. Elle se précipita au bureau, et prit la feuille et le stylo destinés initialement à remercier le personnel pour un séjour, et se trouva fort heureuse de voir un guide touristique complet, posé juste à côté. En se mettant au travail, elle se demanda comment il était possible qu'on puisse trouver sur l'île de vacances par excellences des gens assez fous pour suer à faire du sport.

"Le pire de tout, c'est que j'en connais un."

Zoro, quant à lui, ne se pressa pas pour finir son petit-déjeuner. Une fois venu à bout de cette épreuve, il remonta les marches jusqu'au cinquième étage au pas de charge.


Il était presque dix-neuf heures quand le bretteur rentra à l'hôtel. Il avait enchaîné les activités physiques, et ne demandait qu'à se doucher et à sauter dans son lit. Au moment de pousser la porte de la salle commune, il repensa au "je t'aime" mutuel que Perona et lui avaient échangés dans la nuit, pendant la soirée improvisée.

La jeune femme se trouvait déjà dans la pièce, et était attablée, un petit verre devant elle, à priori rempli d'alcool (elle n'y toucha pas). Elle semblait déterminée à ne pas regarder l'homme assis en face d'elle, et qui lui parlait avec intérêt, imageant ses propos de gestes des mains. Un explosif sentiment de colère résonna partout dans Zoro, ainsi que le cri mental "Trahison !". L'intrus en vint toutefois à se lever, alors que le bretteur approchait d'un pas ferme, bien décidé à en savoir plus long sur la situation. Leurs regards se croisèrent en même temps qu'eux, et Zoro n'aimait pas du tout l'aura qui se dégageait de l'indésirable. Il se retourna et le suivit des yeux jusqu'à ce qu'il ne quitte l'établissement (sans avoir payé, mais Guar ne sembla pas s'en soucier).

- C'était qui ? Demanda agressivement Zoro en prenant la place qui venait d'être libérée.

Il fixa Perona. Laquelle répondit :

- C'est pas ton problème. Je vois pas en quoi ça te concerne, et j'aimerais voir où il est écrit que j'ai des comptes à te rendre.

Le bretteur brûlait de lui expliquer le sentiment de trahison qui calcinait son esprit, mais ne trouva aucune manière crédible d'aborder l'aspect. Toutefois, Perona était loin d'être une fille naïve, et se doutait bien que Zoro avait été froissé. Or, elle-même avait été frustrée par le jeune homme. La fuite du bretteur face à sa proposition, qu'elle avait automatiquement assimilée à un refus pur et simple de partager encore une fois le même lit, l'avait marquée à vif.

- Me dis pas que tu serais jaloux, quand même, lança-t-elle.

Zoro la regarda avec un air assassin. Il avait une forte envie de rétorquer : "Moi, jaloux ? Elle est bien bonne !", mais encore une fois, la véracité des propos de Perona écrasait toute tentative de résistance. En effet, il crevait de jalousie. Il aurait donné cher pour partir en courant et poursuivre le parasite, afin de l'éliminer. On n'usurpait pas sa place privilégiée ainsi.

- Allez, je te taquine juste un peu, t'énerve pas, dit Perona par mesure de sécurité, pour tempérer Zoro. C'est un type qui s'est incrusté sans même demander, et qui m'a offert un verre sans non plus me demander ce que je voulais boire. Il a essayé de me draguer, mais on n'attrape pas les mouches avec du vinaigre.

"D'autant qu'on ne drague pas une femme amoureuse." Pensa l'alter ego positif de Perona.

Son alter ego négatif ne trouva rien à répondre.

Ils mangèrent en face-à-face, et Zoro retrouva assez vite le sourire. En fin de repas, il parvint même à surprendre la main de Perona qui reposait sa fourchette, mais les doigts lui échappèrent encore une fois. Cependant, tout n'était pas perdu pour le bretteur, car peu après cette infructueuse tentative, Perona lui en offrit gracieusement une autre en laissant échapper la proposition suivante :

- Ça te dirait qu'on aille se promener, ce soir ?

Le rouge qui lui monta aux joues trahit son trouble, tout comme ses gestes, qui devinrent nerveux. C'était la première partie du plan qu'elle avait passé l'après-midi à élaborer.

- Ouais, pourquoi pas ?

L'indifférence apparente que témoigna Zoro face à cette avance irrita quelque peu la jeune femme, mais elle se contint en se disant que ça n'était qu'une façade.

Et elle ne se trompait pas, car au fond, le bretteur était tout aussi troublé. Qu'allait augurer cette nouvelle invitation ?

Le dîner fini, ils remontèrent dans leurs chambres, presque main dans la main. Zoro alla chercher ses sabres dans sa chambre, et prit aussi un gilet. On était peut-être en été, mais les nuits restaient fraîches. Il ressortit et se planta devant la porte de la chambre de Perona, qui s'y était isolée. En l’occurrence, la jeune femme était confrontée à un dilemme cornélien : quels sous-vêtements mettre ? Elle accordait une grande importance à ce détail, qui pourrait faire toute la différence le moment venu. Mais, face au tic-tac incessant et à l'heure tournant, elle dût précipiter son choix.

Une fois cette première et longue étape passée, elle enfila en vitesse la robe d'été dont elle avait convenu, prit son ombrelle au cas où une improbable averse gâterait leur excursion, et sortit presque en courant. Elle adressa un petit sourire gêné à Zoro, qui ne semblait pas trop lassé. Celui-ci fit remarquer :

- Tu sors pieds nus ?

Perona baissa les yeux, intriguée. Elle avait oublié ses sandales dans sa chambre, près du lit. Morte de honte, elle retourna les chercher, et se répandit en excuses auprès de son compagnon de marche.

- On va pas en faire un foin, dit celui-ci, indulgent. Allez, on y va ?

- Oui !

Alors qu'ils descendaient les escaliers, Zoro se fit un plaisir de détailler la tenue de Perona. Elle avait une légère robe couverte d'une explosion de motifs floraux multicolores. La jupe arrivait au-dessus de ses genoux. Un détail attira l'attention de Zoro. La jeune femme avait emporté son ombrelle, qu'il n'avait pas vue depuis longtemps. Il l'oublia bien vite quand il vit les couettes qu'elle arborait.

Dehors, le temps était tout à fait dégagé, et s'il y avait des nuages quelque part, ils n'étaient pas dans cette partie du monde. De nombreux couples, pour la plupart de jeunes tourtereaux, profitaient de l'air doux du soir. La nuit tombait peu à peu. Un peu gênés de ne pas partager la condition de couple de la majorité des passants, les deux jeunes gens convinrent de se tenir la main jusqu'à avoir quitté la rue.

- On va où ? Demanda Zoro.

Perona le regarda avec de grands yeux étonnés, car elle avait aussi oublié de penser à un itinéraire. Toute accaparée par la pensée de partager encore un peu de temps rien qu'avec Zoro, elle n'y avait pas prêté attention. Toutefois, une idée de dernier recours lui parvint.

- Il paraît que le port est drôlement joli, le soir, à visiter.

Zoro se montra étonné à son tour. Tout ça lui paraissait un peu trop ressembler à une sortie en amoureux, et ça le gênait un peu, pour ne pas dire beaucoup.


- Je l'ai vu, capitaine. Il vient de sortir de l'hôtel. Mais ...

Un homme, sans doute un pirate, était debout derrière un arbuste de ville, à quelques dizaines de mètres du jeune couple, et les épiait discrètement.

- Mais quoi ? S'exclama une autre voix.

Elle montait de l'escargophone portable posé au creux de la main du pirate.

- Il est pas tout seul. On dirait qu'il est avec sa femme, ou alors sa petite amie. À moins que ...

- On s'en fout, que ce soit sa sœur, sa mère, sa tante, sa femme, sa petite amie, ça n'a pas la moindre espèce d'importance. Okay ? Suis-les sans te faire griller, et essaye de me dire par où ils vont. Et si tu vois Grand Coq ou Petit Coq, tu te replies direct au bateau. Okay ? C'est pas pour rien que je t'ai choisi pour faire ce job, je compte sur toi pour pas merder. Sinon, je te garantis que tu éplucheras des patates jusqu'à ce ta barbe soit blanche. Okay ?

- Vu, capitaine.

On coupa la communication. Le pirate rangea son appareil de communication, et reprit son observation. Le couple se tenait la main et avançait lentement vers le centre-ville. Il quitta sa cachette, et prit l'air détaché de quelque joyeux bonhomme qui vaquerait à de plaisantes affaires.


- Tu pourrais faire preuve d'un peu de bonne volonté, et être content que je propose de sortir avec moi ! S'exclama Perona, indignée.

- Hé, qu'est-ce que j'y peux si je suis crevé ? Rétorqua Zoro.

- Mais qui est-ce qui a passé sa journée à faire du sport et à se fatiguer sur des appareils de musculation ?

Ils se trouvaient sur un banc du centre-ville, tout près d'une large fontaine à l'eau cristalline (ça coule de source ! (désolé, c'était trop tentant)). Fatiguée de marcher, Perona avait sollicité de se poser un peu. Qu'à cela ne tienne, Zoro s'était assis de même, avait fermé les yeux un instant, et s'était endormi, au moment ou Perona se lançait dans un convaincant monologue argumentatif sur la beauté inconnue qu'Holiday Island pouvait receler, la nuit. Et elle n'avait pas du tout apprécié de se rendre compte, plusieurs minutes après le début de son soliloque, que son auditeur prêtait tant d'attention à ses paroles qu'il en dormait à point fermés.

- Dis-moi, qu'est-ce que ça peut te faire, que je m'entraîne ? S'enquit Zoro, toujours un peu hargneux.

- Ça me fait que tu es ici la seule personne que je connaisse, à part Mihawk, et avec laquelle j'ai envie de passer du temps ensemble. Surtout qu'on est censés êtres en vacances. Et les vacances, ça sert avant tout à se reposer.

- T'es de si bon conseil que je préférerais entendre Sanji parler de cuisine, lâcha Zoro, qui avait son compte de discussions pour la journée (venant de lui, c'était une grave insulte).

Il se leva et s'éloigna, se demanda si cette réaction n'était pas un peu trop démesurée. Enfin, après tout, Perona devenait un peu trop collante à son goût. Il n'avait rien contre le fait de rester avec elle et de profiter, mais il voyait plus important pour le moment, d'autant qu'il tenait à se conformer au conseil de Mihawk. Et autant que Perona tenait à son régime cocufié avec des bonbons, Zoro tenait à son entraînement régulier et intensif.

- Je vais me balader un peu seul, dit-il en s'éloignant.

Ce à quoi Perona répondit, d'un détaché.

- C'est ça, à dans une semaine. Avec ton fabuleux sens de l'orientation, je ne serais pas étonnée que tu finisses sur une île déserte sans t'en rendre compte. Ah, il y a des tigres dans la jungle, fais attention.

Percé par cette pique, Zoro se retourna vers Perona, avec une expression contrite. Il se rassit, et s'excusa en baissant les yeux.

- Désolé. Je me suis encore énervé.

Un lourd silence gêné s'installa entre eux. Ils décidèrent d'arrêter le massacre et de rentrer à l'hôtel. Pour une soirée qui était bien partie, la fin était décevante.

- Bon, demain, je reste avec toi toute la journée, déclara Zoro. Promis.

Ce sacrifice ne lui plaisait guère, mais si c'était le seul moyen pour avoir la paix, il en passerait par là. Et peut-être que cela pourrait initier quelque rapprochement décisif entre lui et Perona. Laquelle répondit, stupéfaite :

- T'es sérieux ?

- Ouais ...

Sur le coup, Zoro le regretta grandement.


- Allô, capitaine ?

- Ouais, ouais, me voilà. Alors, tu sais où il est ?

- Oui, il est dans le centre-ville, sur une des places près de la grande. Il vient de repartir avec sa femme. Ils doivent rentrer à l'hôtel, sûrement. Au fait, j'ai vu Petit Coq, en les suivant.

- Eh bien, voilà qui nous est du grande aide. J'étais pourtant sûr de t'avoir dit de te replier immédiatement si tu le voyais ! Je pense que je vais acheter des patates exprès pour toi.

Le visage du pirate se décomposa.

- Non, capitaine, par pitié !