Milieu et fin de soirée [loneliness' doom / feel so close]

par Linksys

La musique s'enclencha. C'était un air assez entraînant, bien que lent et poussif. Perona semblait l'apprécier. D'un pas dansant, elle s'approcha de Zoro et prit ses mains. Ses épaisses boucles voletaient autour d'elle comme les fleurs d'un jeune cerisier au vent. Elle souriait. Zoro était sûr de ne l'avoir jamais vue aussi heureuse et rayonnante que maintenant. Si ça n'était pas l'amour qui la faisait briller de l'intérieur, il se demandait bien ce que ça pouvait être. Il aurait donné un bras pour la revoir ne serait-ce qu'une fois aussi radieuse.

Un mélancolique son de cuivre, grave et profond, s'éleva du Tone Dial. Aussitôt, un cortège d'instruments se mit à jouer, dans une telle harmonie qu'il était impossible de les répertorier entièrement. Perona prit son courage à deux mains, détacha son regard de celui de Zoro, et le tira à elle. Elle l'étreignit, ce qui lui coupa le souffle (non pas parce qu'elle serrait fort, mais parce qu'il avait un cruel manque d'expérience à partir de ce moment-là).

- Je sais pas danser, marmonna Zoro, qui était déjà entraîné dans les mouvements de Perona.

Elle de répondre :

- Pas grave, reste juste dans mes pas, et près de moi.

Ce disant, elle posa sa tête contre la poitrine de Zoro, et regarda au loin, par la fenêtre. Le soleil avait fini de disparaître, et avec lui la lumière du soir. Une obscurité claire répandait ses tentacules sur le monde, pour une nouvelle nuit. Le ciel était dégagé, mais quelques nuages importuns gâchaient le spectacle des étoiles. Quelque chose revint en mémoire à Zoro, et il s'éloigna de Perona. Elle manifesta de l'étonnement, et tendit une main vers le bretteur.

- Je vais enlever mes chausses, j'ai peur de te marcher sur les pieds, dit-il en se baissant et en défaisant le lacet de la chaussure droite.

Partagée entre l'amusement et l'impatience, Perona le regarda faire, et trépigna quand il se releva.

- T'as vraiment de grands pieds ! S'exclama-t-elle, surprise.

- Tu trouves ?

D'un accord tacite, ils posèrent leurs pieds côte à côte. Celui de Zoro était épais et massif, et les ongles étaient taillés grossièrement. À côté, le pied de Perona était chétif et délicat, et ses ongles étaient coupés à la perfection. Elle se renseigna :

- Je fais du trente-neuf. Et toi ?

- Quarante-cinq. Ou quarante-six, je sais pas trop.

Après cet enrichissant interlude, ils s'étreignirent à nouveau. La musique se terminait.


Calvin HARRIS - Feel So Close

I feel so close to you right now

It's a force field

I wear my heart upon my sleeve

Like a big deal

Your love bows down

I mean surround

Me like a waterfall

And there's no stopping us right now

I feel so close to you right now


Ils dansèrent. Les étoiles se déplaçaient dans le concert céleste. Leurs corps s'étreignirent longuement. La musique s'élevait, tantôt calme et apaisante, tantôt rapide et endiablée. L'horloge continua inlassablement de tiquer et de taquer.


I feel so close to you right now

It's a force field

I wear my heart upon my sleeve

Like a big deal

Your love bows down

I mean surround

Me like a waterfall

And there's no stopping us right now

I feel so close to you right now


Ils dansèrent. Les nœuds et les veines du bois du parquet usé marquaient la plante de leurs pieds au rouge. Le contact de leurs peaux les faisait frémirent. Quand Zoro passa timidement son bras à la taille de Perona, elle lui répondit d'un sourire.


And there's no stopping us right now


Ils s'aimèrent. Ils étaient si proches qu'au senti, leurs battements de cœur se confondaient dans une mélodieuse harmonie. Le souffle de chacun faisait frémir l'autre, et leurs yeux se cherchaient constamment. Dès que le regard était brisé, ils s'empressaient de le rétablir.


And there's no stopping us right now


Ils s'aimèrent. Leurs mains quittaient leur emplacement pour explorer le corps de l'autre. (Pour sa part, Zoro n'osait pas aller plus haut que la moitié du ventre ni plus bas que le bas des hanches.) Leurs enlacements étaient de plus en plus longs. Leurs visages étaient séparés de quelques centimètres à peine.


I feel so close to you right now ...


Zoro salua son propre courage, car en temps normal, il aurait fui ventre à terre face à la température montant entre lui et Perona. Mais un magnétisme indescriptible faisait qu'il ne pouvait quitter la jeune femme, ne serait-ce que du regard. Ses mains tentaient d'appréhender la douceur de la peau de Perona à travers sa robe. Il était obnubilé par ce visage qui lui souriait tendrement. Soudain, Perona ferma les yeux et s'avança.


Perona décomptait de dix à zéro avant de "le" faire.

"Sept ... Six trois quart ... Six et demi ..."

Avec un intervalle de plus d'une seconde entre chaque quart compté.

"Six un quart ... Six ... Cinq trois quart ... Cinq et de ... Oh, et puis merde !"

Sa patience lâcha. Elle amena Zoro à elle, l'étreignit fortement. Elle ferma les yeux et avança son visage.

"Il est temps d'être brave."

Elle posa ses lèvres sur celles de Zoro.

Ce fut un grand baiser. Ils restèrent indissociables une quinzaine de secondes. Zoro fut déçu de ne pas retrouver le goût de sucrerie, mais la douceur des lèvres qui étaient appuyées sur les siennes valait tous les bonbons du monde.

Quand le contact cessa, un immense sentiment de culpabilité accabla Zoro. Il baissa les yeux, rougissant, et murmura un "je suis désolé" discret. Mais Perona l'entendit.

- Pourquoi être désolé ?

- Ben ...

Il n'osait plus prononcer un mot. La jeune femme compris toutefois sa réponse muette.

- Moi aussi, je suis timide, tu sais.

Incapable d'exprimer le soudain élan de gratitude et d'affection qui montait en lui, Zoro releva les yeux, et enlaça Perona. Celle-ci, plutôt surprise, sentit un frisson lui grimper dans le dos.

- Je t'aime.

Ces mots, prononcés simultanément par les deux jeunes gens (dans le cas de Zoro, ces trois mots avaient jaillit seuls, de leur propre gré), eurent l'effet d'une bombe H sur leurs corps. Un feu liquide les brûla de l'intérieur, annihilant tout ce qui avait pu les définir. Ils restèrent coquilles vides un demi-quart de seconde, puis le seul élément qui n'avait pas péri dans les flammes s'éveilla.

L'amour se cristallisa, et emplit tout leur corps. C'était une sensation tout à fait nouvelle pour eux. En plus de cette réaction chimique, une incontrôlable vague de frissons les parcourut. Ils s'étreignirent plus fort pour la partager.

Toute cette montée de sentiments, la proximité immédiate de Perona, la douceur de ses lèvres, son souffle, ses grands yeux rieurs, son sourire dissimulé par la pénombre, ses longs cheveux qui lui tombaient jusqu'à la taille en caressant les bras du bretteur, enroulés sous la poitrine, tout ça se mélangea dans la tête de Zoro, qui manqua de peu d'exploser.

Le même amalgame se forma chez Perona, mais chez elle, ce fut son muscle cardiaque qui faillit en faire les frais.

Un attentif coup d’œil aux aiguilles phosphorescentes de l'horloge leur indiqua qu'il était plus de minuit et demie, autrement dit, grand d'aller au lit. Ils se séparèrent à regret. Zoro dit :

- Merci pour cette soirée, c'était ...

Il chercha ses mots.

- C'était vraiment chouette. J'ai hâte qu'on le refasse.

Il se pencha vers ses chaussures. Perona, qui n'avait pas du tout prévu ça, fut contrainte de provoquer manuellement la situation qu'elle espérait atteindre. Elle voulut ouvrir la bouche, mais le baiser rapide et maladroit (il perdit presque l'équilibre en se penchantà que lui prodigua Zoro à ce moment l'en empêcha. Ayant remis ses chaussures, il détala sans demander son reste, et saluant une nouvelle fois son courage nouveau. Perona, quant à elle, se laissa choir sur son lit, avec une étrange impression de déjà vu. "Espèce d'abruti !" Pensa-t-elle très fort.

Sans savoir pourquoi, à ce moment, elle revit en pensée la manifestation peu discrète de désir qu'elle avait surprise dans le sauna.