Let's danec

par Linksys

En milieu de matinée, un énième bateau pirate entra au mouillage dans le port secondaire d'Holiday Island, par là où transitaient tout les hors-la-loi et de quoi alimenter le marché parallèle. Sauf que ça n'était pas n'importe quel navire. L'équipage qui l'occupait descendit à quai. Le capitaine caressa le fourreau de son sabre. Il regarda en l'air, y sentant quelque distorsion spatiale.


Et pendant ce temps, à quelques kilomètres de là, Zoro ne se sentait plus si athée que ça. Il avait une grande envie de vouer un culte à Perona. En effet, s'il devait y avoir une déesse de la beauté siégeant au firmament, cette place était toute indiquée à la jeune femme. Enfin, ça, c'est ce que Zoro pensa à dire, mais il n'en trouva jamais le courage. Tous deux balbutièrent quelques mots, comme "jolie", "merci", "eau", "froid". Ils n'arrivaient pas à reprendre le contrôle d'eux-mêmes et étaient plus nerveux qu'un bachotier devant sa feuille d'examen. Ils ne savaient que dire, ni où se mettre, et encore moins que faire. Zoro bougea ses mains pour plusieurs tâches à la fois : indiquer le bassin le plus proche, faire un signe de main à Mihawk qui se trouvait à portée, et prendre la main de Perona. Le résultat de tout ça fut qu'il s'embrouilla d'une manière tout à fait comique, et la jeune femme ne put réprimer une petite moquerie. Finalement, à force de bégaiements et de gestes emmêlés, Zoro parvint à articuler quelques syllabes.

- Je vais à l'eau, tu viens ?

- Je - ne - peux - pas - nager ! S'exclama Perona, franchement agacée.

Le bretteur avait oublié cela. Mais Mihawk, qui les rejoignait, lui sauva la mise.

- J'ai souvenance de t'avoir dit que cette piscine n'était pas comme les autres, annonça-t-il sans s'annoncer lui-même.

Il croisa les bras.

- Ici, l'eau vient de la mer, mais a été filtrée trois cent quarante-trois fois avant d'être envoyée dans les bassins. Aucune trace de sel, de granit marin ou de quoi que ce soit. Ensuite, il y a un peu de granit marin en poudre, pur, qui est dilué dans l'eau. Si mes souvenirs sont bons, il y a zéro virgule quatre grammes pour mille litres d'eau. Juste assez pour neutraliser les pouvoirs d'un fruit du démon, mais pas assez pour affaiblir le possesseur. Voilà pourquoi cet endroit est spécial. Maintenant, allez vous baigner, on ne va pas rester ici jusqu'à ce que l'eau monte assez pour vous lécher les pieds.

Mihawk prit congé de ses locataires, et retourna d'où il venait, c'est-à-dire au plus proche bar.

- Alors ... Hésita Zoro. On y va ?

Perona rougit. Malgré qu'elle ne courait aucun risque à se baigner, quelque chose l'en empêchait quand même.

- J'ai peur de l'eau ... Avoua-t-elle, au prix d'un grand effort de volonté.

Aussitôt, elle baissa les yeux, fuyant le regard surpris de Zoro.

- Bah ...

Il essaya de chercher une alternative, car son plan de baignade avec Perona était grandement compromis. Une idée lui vint, et il se risqua :

- Même avec une bouée ?

Le regard que Perona lui jeta était si noir qu'il en fit un pas en arrière. Toutefois, la jeune femme accourut au bureau des maîtres-nageurs, où l'on donnait des bouées. On lui en donna une, et elle revint vers Zoro. L'expression de son visage était étrange, elle était à la fois heureuse et contrariée. Elle tendit son pneumatique non gonflé au bretteur, qui la regarda avec de grands yeux.

- Tu peux me gonfler cette bouée ? Demanda-t-elle avec un battements de cils.

Déstabilisé, Zoro ne put qu'accepter, pour ne pas trahir son trouble. Il s'empara de la bouée, et la gonfla au maximum en quatre expirations. C'était une grosse bouée, qui servait sûrement à s'assoir dessus plutôt qu'à se glisser dedans.

- Tiens.


Il y avait cinq bassins dans le complexe aquatique. Un grand bassin de cinquante mètres, à usage des nageurs, deux autres de trente mètres (l'un d'eux avait un courant artificiel, l'autre était à l'extérieur), une pataugeoire et un bassin à vagues de quarante mètres. Sans compter trois toboggans canon-slide et une rivière sauvage. Il y avait même, autour des bassins, des saunas, des hammams, des jacuzzis, etc ... Zoro se promit d'inviter Perona à profiter de ces installations.

Le bretteur entra dans l'eau par les marches du bassin (celui avec un courant), et Perona le suivit avec prudence. Elle analysa à loisir la température de l'eau, du bout des pieds, avant de se tremper. Une fois immergée jusqu'à mi-cuisses, elle jeta sa bouée devant elle et s'allongea dessus, sur le dos. Ses cheveux s'étalèrent autour d'elle, et cligna des yeux. L'immense verrière pyramidale qui surplombait l'ensemble aquatique laissait filtrer un soleil de plomb.

- Tu vas lézarder sur ta bouée toute la journée ? S'enquit Zoro qui, pour sa part, ne comptait pas rester en stand-by, même avez Perona.

- Bah, je vais rester avec toi, c'est tout.

- Je vais aller nager, après, alors si tu viens avec moi, ça sera sans bouée.

Perona se tordit le cou pour ficher ses yeux dans ceux de Zoro.

- De quoi ? Tu veux dire que même ici, tu vas continuer ce fichu entraînement ?

- Ben ouais, j'aime pas glander.

Voilà que ça recommençait comme au début. Perona, qui avait sincèrement espéré pouvoir se rapprocher de Zoro pendant cet inattendu congé, se voyait contrariée. De plus, le bretteur ne semblait pas se soucier excessivement de se trouver ou pas à proximité d'elle. Ils se regardèrent bêtement quelques secondes.

Au final, ils restèrent ensemble, et Zoro fut utilisé sans vergogne par Perona pour qu'il la tracte sur l'eau. Toutefois, ils ne se plaignaient pas de cette proximité.

Environ trois quart d'heures après être allés à l'eau, les deux jeunes gens furent confrontés à une fâcheuse situation. Quelques jeunes, peut-être quinze ou seize ans, zonaient autour des bassins. Ils sifflaient les minettes, et raillaient ceux qu'ils leur apparaissait ridicules. C'est ainsi que l'un d'entre eux vint à s'en prendre oralement à Perona, et, malheureusement pour ce jeune homme, à portée d'oreille de Zoro.

- Alors, la feignasse, on se fait tirer par son bourricot ? Lança le jeune.

Le bretteur repéra aussitôt l'adolescent. Il lui jeta un regard assassin, l'air de dire "redis ça si t'as des couilles, voir, qu'on rigole un peu".

- Ho, c'est qu'il est mauvais le bétail ! Dis, t'es son esclave, ou t'aimes juste être soumis ? Et toi, la nana, la barbe à papa sur la tête, ça la fout mal !

Ce dernier commentaire finit d'énerver Zoro et fit monter la moutarde au nez de Perona (il s'en fallut d'ailleurs de peu qu'elle n'invoque une volée de negatives hollows. Le bretteur la laissa sur sa bouée, et nagea en crawl jusqu'à la bordure du bassin. Il se hissa d'un seul geste sur le sol.

- Laisse courir, Zoro, c'est pas la peine ! Tenta de le raisonner la jeune femme (qui n'en pensait pas moins que le bretteur, mais ne voulait pas se faire remarquer).

Mais il ne voulait rien entendre. En trois foulées, il fut devant le groupes d'adolescents, qui riait à gorge déployée. Le meneur, celui qui avait proféré ces propos diffamatoires, se rendit compte de la présence de Zoro au moment où celui-ci se planta devant lui. Il recula d'un pas en avisant toutes les cicatrices qui couturaient son corps, et surtout celle qui barrait son œil.

- C'est quoi ton problème, ducon ? Lança agressivement Zoro.

Perona battait tant bien que mal des pieds pour atteindre les marches, et ainsi rejoindre Zoro pour le calmer.

- Mais va te faire foutre ! Rétorqua acerbement le jeune. Liberté d'expression !

- Et la liberté de mon poing dans ta gueule de boutonneux, tu la veux ?

- Viens-y !

Zoro le saisit par l'épaule et le secoua. Il le menaça du poing droit. Il lui lança le pire regard de tueur en série psychopathe, sociopathe, schizophrène dont il était capable.

- Je te préviens, résidu de sous-merde sèche, viens encore une fois faire chier ma copine (ce mot lui vint spontanément), et je te fais bouffer ta merde, garanti sur facture.

L'adolescent eut franchement peur, d'autant que Zoro avait vraiment la tête d'un tueur.

- Okay m'sieur, je r'commencerai p'u ...

Satisfait mais toujours un peu énervé, Zoro fit volte-face et retourna à l'eau. Il rejoignit Perona en nageant tranquillement, et constata du coin de l’œil que la bande de jeunes quittait les lieux.

- Ta copine aurait préféré que tu restes calmement avec elle, lança une Perona à moitié amusée, à moitié fâchée.

Elle joignit le geste à la parole en tapant Zoro sur le sommet du crâne.

- J'ai tout entendu, figure-toi, continua-t-elle.

Toutefois, dans son cœur, elle se sentait vraiment touchée que Zoro aie prit sa défense ainsi, même s'il avait été aussi visé par les railleries du groupe de jeunes.

Après ça, il restèrent encore une heure dans l'eau, alternant entre le premier bassin, et le bassin extérieur. Il allait être midi. Ils sortirent et gagnèrent le bar le plus proche, où Mihawk se trouvait. Il n'en avait pas bougé de la matinée.

Zoro lui trouva un air comique habillé ainsi, comme un maître nageur, mais essaya de garder son calme, car cela lui donnait envie de rigoler.

Ils déjeunèrent sur le pouce. Zoro manifesta aussitôt son envie de retourner à l'eau, mais Perona, emmitouflée dans une serviette rose, le tempéra. Mihawk les regardait d'un oeil amusé, car cela lui rappelait de lointains souvenirs.

- Si tu veux pas retourner te baigner de suite, viens avec moi au sauna, proposa Zoro.

Interloquée par cette subite invitation, Perona considéra sa réponse plusieurs instants.

- Pourquoi pas ? Répondit-elle, se feignant d'indifférence.

Ils se levèrent et allèrent à la porte du sauna, qui se trouvait à une trentaine de mètres. Il n'y avait personne dedans, mais un écriteau posé à côté de la porte porta Perona à la panique.

"Maillots de bains interdits dans le sauna"

Juste en-dessus, il y avait deux pictogrammes, un en rouge, représentant une femme et un homme en maillot, barré, et un autre en vert, montrant une femme et un homme portant des serviettes de bain enroulées autour d'eux. Cela faisait trop d'érotisme d'un coup pour le pauvre cœur de Perona. Déjà que dormir dans le même lui que Zoro lui provoquait de terribles poussées d'endorphine, qu'en serait-il de se retrouver quasiment nue, juste couverte du centimètre d'épaisseur de la serviette, dans une pièce vaporeuse à soixante degrés celsius, et à quelques dizaines de centimètres d'un Zoro encore plus dénudé qu'elle, les muscles luisants de sueur ? Toutefois, elle avait accepté de venir, et ne comptait pas se dégonfler. Comment arriverait-elle à enfin vivre quelque chose avec Zoro si elle se débinait à la première occasion de marquer quelques points en plus ?

- Bon, bah on va devoir aller se changer, souffla Zoro.

Ils regagnèrent les vestiaires, tout proches. Une fois changés, ils remisèrent au casier (ils en partageaient un) leurs maillots de bain, et retournèrent au sauna. Perona fit bien attention à marcher derrière Zoro, car elle n'aurait pas supporté son regard brûlant sur son derrière. Paradoxe, enroulée jusqu'aux épaules dans une épaisse serviette, elle se sentait encore plus nue qu'en bikini, alors que la surface de peau à découvert était beaucoup plus réduite dans le premier cas.

C'était un sauna traditionnel en bois de pin. La porte était en fait une grande vitre en demi-teint. Il était impossible de voir de l'extérieur vers l'intérieur, mais l'inverse se pouvait. Il y avait un petit verrou pour "privatiser" la pièce, et Perona s'empressa de le basculer une fois entrée. Il y avait deux grands bancs, poussés dans l'angle de la pièce, et une petite lumière au plafond. Au sol, près de la porte, il y avait le brasero qui fournissait la chaleur, et un petit seau d'eau pour l'alimenter. Juste au-dessus de celui-ci, à hauteur d'yeux, il y avait un thermomètre-hygromètre. En l'occurrence, il y avait plus de soixante degrés celsius et quatre-vingt-dix-neuf pour cent d'humidité dans l'air. La chaleur était étouffante et brûlait les poumons, mais s'y faire était facile.

Une fois entrée, Perona se jeta sur le banc de droite. Zoro s'assit tranquillement sur celui de gauche, et étendit les jambes. Ils restèrent ainsi dix minutes, dans un silence morbide, quand enfin Perona arriva à se détendre. Elle pivota, s'allongea sur le banc (la tête vers le mur du fond, proche de Zoro), replia les jambes et ferma les yeux. Elle se laissa aller au sommeil, sans se soucier de ce que les circonstances pourraient pousser Zoro à faire. De toutes façons, elle l'aimait assez pour lui accorder une confiance presque aveugle, et n'imaginait pas une seule seconde qu'il pût tenter de lui "faire des trucs louches", contrairement à certains de ses propos (qu'elle avait dit uniquement pour la forme).

Justement, Zoro dût déployer un immense effort de volonté pour empêcher l'érection naissante de continuer. Il n'aurait pas apprécié que la première chose que remarque Perona en se réveillant soit son érection. D'autant que le frottement du tissu épais contre son gland gonflé n'était pas vraiment agréable.

Une autre envie le tiraillait aussi, c'était de se lever, d'ôter cette maudite serviette du corps divin de Perona, et de purement et simplement regarder entre ses jambes, rien de plus, rien de moins. À son sens, de tous les mystères qui entouraient la féminité, celui de l'intimité était le plus grand de tous, et aussi le plus crucial. Il avait quelques vagues notions de ce à quoi cela pouvait ressembler, mais ne préférait pas miser sur ces maigres connaissances quand il serait sur le terrain.

Pour couronner le tout de ses envies lubriques, toujours après avoir mis à bas la serviette de Perona, il rêvait de caresser tendrement sa poitrine, de jouer avec les mamelons, les sentir sous ses doigts, apprécier la douceur de la peau.

Au final, le total de fantasmes qu'il se découvrit ce jour-ci dépassa tout ce à quoi il aurait pu s'attendre.

Perona se réveilla trente minutes plus tard. Elle remua d'abord faiblement des jambes et des bras, puis ouvrit lentement les yeux. Elle bâilla et s'étira. La prise de sa serviette, dont le noeud avait été fait juste au-dessus de sa poitrine, se desserra, mais elle ne s'en soucia point. Enhardie par le rêve qu'elle venait de faire durant son sommeil, elle se déplaça jusqu'à Zoro en glissant sur le banc. Le bretteur ne comprit pas vraiment ce qui lui arrivait, jusqu'à ce qu'il ne sente Perona se serrer contre lui, et poser la tête sur son épaule. Et cette fois-ci, l'érection fut incontrôlable.

Il fallut une vingtaines de secondes à Perona pour repérer l'anomalie chez Zoro.

- Qu'est-ce qui t'arrive ? S'enquit-elle, en désignant la bosse.

- Rien, rien ... Mentit Zoro.

Elle posa une main sur ladite bosse, et Zoro poussa un sourd grognement.

- Oh ! Je t'ai fait mal ? Demanda Perona avec de grands yeux inquiets, en retirant vivement sa main.

- Nan, ça va, lâcha Zoro entre deux souffles.

Elle insista.

- Laisse-moi quand même voir.

Et, avant que Zoro ne pût faire quoi que ce fut, elle s'était penchée sur lui, et avait dénoué la serviette. Le membre gorgé de sang était dressé vers le ciel. Perona ouvrit écarquilla les yeux. Elle n'avait jamais vu de sexe masculin, et ignorait tout de sa fonction. Naïve, elle le prit en main et l'examina. Zoro la trouva étrangement enhardie par rapport à d'habitude. Elle effectua quelques va-et-viens, qui firent grogner le jeune homme.

- C'est là que tu as mal ? Demanda-t-elle.

Zoro ne répondit que par borborygmes, et Perona considéra cette réponse vague comme affirmative. Elle concentra toute sa science thérapeutique, et posa ses lèvres sur le gland, tout en jouant avec les testicules pendants. Alors que cette bouche chaude et accueillante descendait le long de sa hampe, Zoro sentit son lien avec la réalité s'amenuiser.

Zoro se réveilla brusquement. Il était étendu sur le dos, sur le banc du sauna, et sortait visiblement d'un rêve érotique, à en juger par la tente qui se dressait au-dessus de son entre-jambe. Mais, pire encore, Perona était assise sur le banc d'à-côté, et regardait avec des yeux ronds la bosse. Toute l'excitation de Zoro retomba en quelques secondes.

- C'était quoi, ça ? Demanda subitement Perona, avec une expression faussement dégoûtée.

Elle disait plus ça pour pousser Zoro à avouer qu'il avait eu une érection que pour se renseigner sur la nature du mécanisme érectile, car dans la réalité, elle n'était pas aussi ignorante que dans le rêve du bretteur, et en savait plus que lui sur le fonctionnement de "ça".

- Bah ... Rien ...

- Sois honnête, Zoro.

Le regard perçant de Perona annihila toute volonté de résistance de Zoro.

- Bon ... Okay, j'avais la trique, c'est tout. Affaire classée, tu vas pas m'en chier un sablier parce que je suis en bonne santé !

Perona était partagé entre le dégoût et un désir brûlant, qui réchauffait son bas-ventre. Sensation à laquelle elle voulait remédier, mais pour cela qui nécessitait la solitude. Elle voulut s'enquir des détails, mais Zoro la devança.

- J'ai rêvé de toi, c'est tout. Allez, on n'en parle plus, on va pas polémiquer jusqu'à demain.

"J'ai rêvé de toi."

Ces quelques mots résonnèrent aux oreilles de Perona comme une batterie de casseroles en cuivre sur lesquelles un batteur dégingandé s'exercerait.

"J'ai rêvé de toi."

Mais de quelle manière avait-il bien pu rêver ?

"J'ai rêvé de toi."

Que faisait-elle, dans ce rêve ?

"J'ai rêvé de toi."