Tout ça n'est que tromperie

par Linksys

Chapitre 2 : Tout ça n'est que tromperie

Bien entendu, quand Perona se réveilla, le lendemain, Zoro était déjà loin. Ah, comme elle soupirait après un matin où ils se réveilleraient enfin en même temps ! Mais, pensait-elle, ce genre de conjecture, à l'image des croisements fortuits du ballet céleste, n'avait que très peu de chances de se produire.

Perona se glissa avec plaisir dans l'eau chaude qui remplissait à moitié la baignoire. Pour cette fois, elle était sûre de ne pas se faire surprendre, car il était à peine dix heures trente. Zoro ne rentrerait pour la croûte qu'à midi, et Mihawk était parti en vadrouille à la première heure, le matin.

Le bain moussant qu'on trouvait dans la salle de bains de Mihawk était importé directement de Sabaody, et c'était un des meilleurs au monde. En quelques minutes, Perona disparu presque intégralement sous la mousse, et il n'y avait plus que son visage pour dépasser. Elle ferma les yeux et soupira de bien-être.

En se savonnant, elle effleura, emplie de fierté, ses courbes.

Bien entendu, quand Perona se réveilla, le lendemain, Zoro était déjà loin. Ah, comme elle soupirait après un matin où ils se réveilleraient enfin en même temps ! Mais, pensait-elle, ce genre de conjecture, à l'image des croisements fortuits du ballet céleste, n'avait que très peu de chances de se produire. À moins qu'elle ne le provoquât par quelque artifice ...

Perona se glissa avec plaisir dans l'eau chaude qui remplissait à moitié la baignoire. Pour cette fois, elle était sûre de ne pas se faire surprendre, car il était à peine dix heures trente. Zoro ne rentrerait pour la croûte qu'à midi, et Mihawk était parti en vadrouille à la première heure, le matin.

Le bain moussant qu'on trouvait dans la salle de bains de Mihawk était importé directement de Sabaody, et c'était un des meilleurs au monde. En quelques minutes, Perona disparut presque intégralement sous la mousse, et il n'y avait plus que son visage pour dépasser. Elle ferma les yeux et soupira de bien-être.

En se savonnant, elle effleura, emplie de fierté, ses courbes graciles. Voilà au moins quelque chose de ce corps qu'elle était sûre d'aimer. Jambes, hanches, ventre, poitrine ... Elle se demanda alors s'il arrivait à Zoro de la suivre du regard, ou même de la mater. Toute rouge et honteuse d'avoir été si loin, même en pensée, elle s'enfonça jusqu'au nez dans la mousse et cligna des yeux comme si on l'avait éclaboussée.

"Je suis vraiment bizarre." Songea-t-elle.

Après s'être savonnée, Perona profita de l'eau encore tiède en s'étalant de tout son long dans la baignoire. Elle joua distraitement avec ses longues mèches qui flottaient autour d'elle, telles un millier de méduses roses sous l'écume des vagues.

Malgré ce corps donc elle était fière et qui ne peinait pas à aimanter les regards, elle ne se considérait pas du reste comme ce qu'on aurait appelé une beauté, ou plutôt que les diverses rivales amoureuses qu'elle avait pût avoir dans son adolescence la rétogradaient en fade pot de fleurs, et avaient placé haut la barre de la "beauté".

Et, en l'occurrence, autour de Zoro, la concurrence était (à son idée) très rude, entre Nami et Robin. Elle ne les connaissait que de vue, à part quelques bribes d'histoires sur Robin, mais ce qu'elle savait, c'est qu'elle ne valait pas grand-chose sur le plan physique face à la navigatrice et à l'archéologue.

Soudain, Perona se rendit compte qu'elle parlait, enfin, pensait exactement comme au temps où elle était amoureuse transie. Or, aux dernières nouvelles, personne n'occupait de place privilégiée dans son coeur, et à en croire ses pensées, Zoro monopolisait toute son attention, et ce bien au-delà de la limite acceptable. Elle sentit un agréable sentiment d'ivresse en pensant que Zoro aurait très bien pu se trouver à côté d'elle, une main sur sa jambe, à moitié endormi après avoir fait l'amour longuement et sensuellement. Gênée, elle secoua la tête et, comme un tonneau percé, se vida lentement de toute espèce de pensée. Une fois revenue au calme, elle quitta le bain.

En sortant de l'eau, elle se hâta de se s'enrouler dans la serviette qu'elle avait posé sur le radiateur à eau. Elle leva ses mains devant ses yeux, fit jouer ses doigts, s'émerveilla de la fantastique mécanique de cette partie du corps, se demanda combien de dizaine de millions d'années avaient-il fallu à l'évolution pour produire un tel résultat de finesse.

Ses doigts fins aux ongles courts semblaient fragiles, comme ceux d'une poupée de porcelaine. En vérité, il n'y avait pas que cette partie de son corps qui fût à l'image d'une poupée. Elle remarqua que la peau de ses paumes et de l'intérieur des doigts était toute fripée. Alors, à ce moment, une locution lui revint en tête, mémorisée aussi clairement qu'une marque au fer rouge, mais oubliée depuis longtemps.

"Memento mori. Souviens-toi que tu vas mourir."

Durant la courte seconde qui suivit, un immense flot de pensées s'abattit sur elle, et le monologue reprit. Perona sentimentale versus Perona rebelle, ç'allait être un beau combat !


Au moment où Zoro referma la braguette de son pantalon après avoir uriné contre un arbre, il ne se doutait absolument pas qu'il était le nerf de la guerre interne que Perona sentimentale menait contre Perona rebelle, et qui avait repris avec l'après-midi.

Une heure plus tôt, quand Zoro était remonté au château pour manger, il n'avait ni vu, ni entendu Perona, mais ne s'en était pas inquiété. Une fois que le bretteur fut reparti dans la forêt, la jeune femme était sortie de sa chambre, dans laquelle elle s'était une nouvelle fois réfugiée.


Le soir, peu avant le dîner, Perona fut victime d'une envie pressante de se rendre aux toilettes. Mihawk était affairé dans la cuisine, ayant ramené de belles pièces de viande et de quoi bien manger sans passer plusieurs heures à cuisiner de sa promenade du jour. Perona ne savait pas où se trouvait Zoro. En poussant la porte de la salle de bains, elle trouva la réponse : il y était déjà, se rasant devant le miroir, avec pour tout habit une serviette enroulée autour des hanches. Elle se sentit horriblement gênée, et le rouge lui monta aux joues en un clin d'oeil.

Zoro se rasait. Il commençait à descendre sur la gorge, et le fit avec prudence car il utilisait une lame de barbier. C'est à ce moment que la porte s'ouvrit avec force. Il sursauta et faillit s'égorger, traçant une longue mais superficielle estafilade juste au-dessus de sa pomme d'Adam. Perona le regardait dans le miroir, avec de grands yeux ronds et un air tout à fait étonné, les joues violacées. Elle referma aussi subitement qu'elle avait ouvert. Toujours sonné, Zoro reprit lentement ses esprits et termina son oeuvre, sans se poser plus de questions que "qu'est-ce qu'elle voulait ?".

Le coeur battant la chamade et les joues en feu, Perona se plaqua contre le mur, une main encore posée sur la clenche. Elle soufflait comme si elle avait sprinté un cent mètres pour échapper à une horde d'autruches en folie. Elle lâcha la poignée, et se pencha en avant en posant les mains sur ses genoux. Elle avait du mal à assimiler ce qu'elle venait de voir. Zoro, se raser ? Elle avait toujours pensé cette activité réservée aux vénérables hommes qui avaient passé leur vie sur le champ de bataille, et savoir qu'il se rasait aussi lui conférait à ses yeux un espèce de charme viril nouveau. Même si, au début, le voir avec une moitié de visage couvert de mousse à raser avait failli la faire rire. D'ailleurs, en y repensant, ses lèvres s'étirèrent en sourire, et elle commença à pouffer de rire. Mais elle rigola moins quand la porte s'ouvrit à côté d'elle. Toute pâle, elle tourna la tête et vit Zoro se pencher vers elle, l'air interrogatif. Heureusement pour son pauvre petit coeur, il avait prit la peine de s'habiller intégralement, sinon, elle aurait sûrement eu une attaque.

- T'as besoin de la salle de bain ? Demanda-t-il.

Elle glissa le long du mur et recula sur les fesses, puis tenta de répondre "non". Mais elle n'arriva qu'à bredouiller lamentablement.

- Vas-y, j'ai fini de toutes façons.

Il s'éloigna d'un pas nonchalant, les mains dans les poches.

Le coeur de Perona redescendit lentement sous la barre des deux cent pulsations par minute, et elle parvint enfin à contrôler les tremblements de son corps. Elle n'avait jamais été aussi proche de Zoro physiquement, et cela lui laissa une drôle d'impression.

"On dirait vraiment qu'il m'effraie." Pensa-t-elle en entrant, une fois calmée.

Ressortie, elle alla à table où on n'attendait plus qu'elle pour manger. Visiblement, Mihawk cuisinait mieux que ce qu'il laissait voir, et la table croulait de mets. Table qui ne rendait guère service à une Perona encore et toujours en quête de minceur, bien qu'elle le fût déjà assez.

Le repas dura jusqu'à vingt-deux heures, et fut autrement plus convivial que ce que les trois participants auraient pu laisser présager. Mais la bière avait coulé (même Perona s'était laissée tenter par le liquide doré qui semblait tant régaler Mihawk et Zoro) et, partant, les esprits s'étaient détendus. On était certes loin d'une réunion du jeudi soir entre vieux amis, pour jouer aux cartes, mais c'était aussi loin de l'ambiance habituelle qui régnait sur les dîners et sur la vie en général au château qu'un enterrement de vie de garçon d'un enterrement tout court.


Quand Zoro entra dans la chambre, dans le but de rejoindre son fidèle hamac, Perona lisait dans son lit. Elle se contenta de lui jeter un bref regard et se replongea dans sa lecture. Puis, quand le bretteur saisit la toile de son hamac pour la tendre, elle se redressa et tira les rideaux du baldaquin. Perona éteignit la lumière de sa lampe.

Zoro ne s'endormit pas aussi facilement, cependant. Il se tourna et se retourna longuement dans son hamac. Il erra entre rêve éveillé et conscience somnolente pendant plusieurs heures jusqu'à ce que, pendant une phase de lucidité, il remarque un étrange phénomène par la fenêtre : les étoiles. Il se rendait compte qu'il ne les avait pas vues une seule fois sur l'île, à cause des nuages. Mais, cette nuit-là, un fort vent marin avait soufflé, lavant entièrement le ciel noir. La lune était à cinq nuits de son plein, mais brillait déjà comme un diamant. Un air ancestral remonta dans son esprit. C'était un Shandia qui l'avait interprété à l'équipage, pendant la grande fête qui avait suivi la destitution d'Ener. L'homme, qui maniait une flûte et un hautbois quasi-simultanément, le contexte, le lieu, le ciel infini encore plus luisant d'étoiles que vu du sol, la douce chaleur de l'alcool, tous ces facteurs avaient fait que ce souvenir était solidement ancré dans la mémoire de Zoro, pour le restant des jours.


Perona se débattit faiblement, mais se laissa volontairement submerger par les assauts de Zoro. Il l'embrassa longuement, et la parcourut de caresses, la faisant frémir sous ses mains. Comme les mains du bretteur descendaient le long de son ventre, elle s'abandonna dans la dimension éthérée et cotonneuse de l'oubli, avec toutefois un mince et dernier lien avec la réalité tangible : son sens du toucher.

Au moment où Perona sentit sa culotte glisser le long de ses jambes, mouvement causé par un Zoro impatient, elle émit un petit gémissement lascif, l'aida d'un mouvement de genoux, puis se réveilla en sursaut, non pas en se redressant comme si quelque farfadet avait versé de l'eau froide sous son dos, mais en ouvrant brusquement les yeux. Encore hébétée, ses souvenirs récents remontèrent à la surface et elle les recolla ensemble.

"Un rêve ... Songea-t-elle, mi-soulagée, mi-déçue. Vraiment réaliste, en tout cas."

Une petite partie d'elle aurait aimé voir le rêve se produire, mais le reste d'elle, quatre-vingt-quinze pour cent au minimum, s'y opposait fermement et farouchement.

Dans l'émoi inconscient qu'avait causé le rêve, elle s'était quasiment déshabillée toute seule. Son chemisier n'était plus fermé que par le bouton du bas, et elle avait passé les mains sous l'élastique de son haut de pyjama. À moitié honteuse d'elle-même, à moitié pensive, elle se leva. Encore une fois, Zoro était déjà au beau milieu de la forêt.


Pendant la méditation, le bretteur fut encore plus hanté que jamais, si j'ose dire, par l'image de Perona. Il revoyait sans cesse le visage pétri d'ennui, sur lequel cependant se perdait parfois un sourire, pour quelque raison abstraite à ses yeux. La première fois qu'il l'avait vue s'éclairer ainsi, il avait été stupéfié par la beauté nouvelle qui s'était installée derrière ses traits. Il avait au moins une certitude la concernant : il la préférait souriante.

Au bout de presque deux heures de méditation, il fut contraint d'arrêter, car il n'arrivait pas à tenir plus de six secondes sans revoir en pensée le visage angélique de Perona. Il s'en agaçait et s'en étonnait à la fois. Pourquoi cette image le taraudait-il tellement ? Parfois, il lui arrivait de se trouver étrange.