Chaleureuse bourgarde

par Dammit

- Heureusement que seul une vingtaine de ninjas a décidé de vivre ici. Nous manquons tellement de places qu’il va falloir construire de nouveaux bâtiments le plus rapidement possible.

- En attendant nous n’aurons qu’à nous en tenir au plan de départ qui est de les faire vivre en collocation. De toute façon nous n’avons pas le choix.

- Hokage-sama, vous oubliez les civils qui sont également venus. En tout, nous arrivons à environ une centaine de personnes de plus -voire davantage. Déjà que nous étions le village caché le plus peuplé, je n’ose imaginer comment nous arriverons à nous en sortir dans les générations à venir.

- Nous construirons.

- Mais où trouver les fonds ?

- Nous ferons plus de missions. Si le village est extrêmement peuplé, c’est dû au fait que l’espérance de vie des ninjas ait augmenté et ce, grâce à leurs capacités. Nous réussissons plus de soixante dix pour cent des requêtes ; jamais Konoha n’a atteint un tel taux de réussite.

- Tu as raison Minato, seulement nous ne verrons les bénéfices que d’ici cinq au minimum.

- Sensei. Les ninjas d’Uzu no kuni ont déjà beaucoup souffert. La perte de leur village est suffisamment douloureuse sans que nous insistions davantage avec les détails triviaux. Ils vivront peut être à l’étroit pendant quelques temps. Cinq années ne doivent pas signifier grand chose comparé à ce qu’ils viennent de subir. D’ailleurs je me suis même porté volontaire pour héberger des shinobis. 

- Hokage-sama. N’avez-vous pas peur des polémiques que cela pourrait engendrer ? Nous avons déjà entendu dire qu’une kunoichi vivait chez vous alors que vous êtes revenu la semaine dernière.

- Ca ne regarde personne.

- Minato ?! Une femme vit chez toi et tu ne me l’as même pas dit ?

- Sensei ….

 

 

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L'écho d'un bruyant éternuement retentit dans l’immense appartement désert. Se pinçant l’arrête du nez pour stopper son rhume intempestif, la jeune femme se dirigea gracieusement vers le balcon baigné de la lumière du zénith. A première vue, les habitants qu'elle percevait en contrebas et qui faisaient leurs courses au marché situé au pied de la bâtisse des Hokages s’accommodaient parfaitement de cette insoutenable chaleur. Bien que les températures n’aient pas bougé en une semaine, la rouquine espérait qu’un jour ou l’autre elle pourrait voir de la pluie et avec un peu de chance, ce jour là elle ne serait pas en mission.

Tout était prévu. A ce moment là, elle se dirigerait vers la place principale de Konoha. Elle resterait droite comme un piquet, le visage levé vers les cieux grisâtres, les yeux clos tandis qu'elle jouirait du plaisir que lui procurerait le bruit du martèlement des gouttes et le contact de l’eau sur sa peau. Mais de toute évidence, ce jour n’arriverait pas de si tôt… pas avec ces températures.

Kushina retourna donc dans l’appartement décoré sobrement, pour se diriger vers sa chambre. La maison comportait encore une pièce inoccupée puisque Dosan avait refusé de séjourner chez lui "pour ne pas déranger l’Hokage". C’était une réaction étrange de sa part car inexpliquée. Jamais le jeune homme ne s’était soucié de l’opinion des autres. Peut-être que le respect qu’il vouait désormais à son ancien ami allait être source jalousie à la longue ? C’était ridicule puisque de toute façon Minato n’était jamais chez lui. En une semaine, Kushina ne l’avait vu qu’une fois et c’était en aménageant sa chambre car ce dernier se trouvait toujours en réunion ou dans son bureau en train de lire des rapports de missions qui ne faisaient que se multiplier. 



- Je m’ennuie ! dit-elle dans un long soupir.

- Alors c’est donc toi la jeune femme en question ?


 

La voix venant de derrière était rauque, et un soupçon d’humour et de sarcasme qui n’était pas tout à fait inconnu à la rouquine était perceptible. Elle se retourna rapidement, surprise.


 

- Je pensais être seule, dit-elle sereine.

 


Elle fit un demi sourire au ninja des crapauds qu’elle reconnut aussitôt. Seulement, elle remarqua au regard de son interlocuteur que ce sentiment n’était pas réciproque. En effet, le sourire plein de charme de même que  l’expression charismatique de l’homme aux cheveux blancs changèrent bien vite. Son sourire s’élargit au-delà de l’imaginable tandis que son regard perdit le peu d’éclat d’intelligence qu’il possédait et ses joues prenaient une teinture rougeâtre. Cette singulière allure raviva quelques souvenirs…


 

- Eh bien, mon élève n’a vraiment pas mauvais goût ! Il sait choisir ceux qu’il héberge …


 

Bavant pathétiquement, il reluqua la pauvre kunoichi qui ne savait évidement plus où se mettre ni quelle attitude adopter.


 

- Non mais … !


 

Armant son poing, Kushina frappa violemment la mâchoire de Jiraiya. Celui-ci s’écrasa au sol avant de disparaître dans un nuage de poussière avant de réapparaître dans la cuisine surpris, mais de nouveau normal.


 

- J’aime les petites demoiselles avec du tempérament. Visiblement j’ai déteint sur mon élève.

- Vous vous trompez au sujet de Minato et moi.

- Tu l’appelles par son prénom ? Wouhou ! Pour moi il n’y a pas trente-six solutions. Il est l’Hokage. En général, les gens l’appellent par son titre honorifique et ajoutent également le suffixe « sama ».

- Vous vous trompez au sujet de Minato et moi..., répéta la rouquine lassée. 

- Tu ne sais dire que ça ? Ok tu es magnifique mais pas très « fut-fut » si tu veux mon avis.


 

Kushina essayait tant bien que mal de contenir sa colère en serrant les poings tout en souriant. Seulement, le résultat n’était pas à la hauteur de ses attentes. Des veines saillantes apparurent sur ses tempes et son expression faisait alors plus référence à la démence qu’au calme.



- J’espère au moins que tu rattrapes tes lacunes intellectuelles par une meilleure … comment dire ? Par une meilleur performance physique ... ,le shinobi sourit bizarrement avant de finir sa phrase par, "si tu vois ce que je veux dire ? ».


 

C’était de trop pour la rouquine qui fit valser le guerrier légendaire dans un dernier cri de rage. Mais alors que les Parques étaient sur le point de mettre un terme à la vie de Jiraiya, Minato entra dans l’appartement visiblement épuisé. Kushina interrompit alors ses enchaînements et s’éloigna du ninja des crapauds qui soupira de bonheur. L’Hokage semblait perdu dans ses pensées l’espace d’un instant, enfin jusqu’à ce qu’il vit son maître à terre et sa colocataire les mains dans le dos faisant mine de rien. Néanmoins, même s’il avait une petite idée sur la tournure qu’avaient pris les évènements, le blondin sourit.



- C’est pour la voir que vous êtes sorti de la salle de réunion aussi vite ?

- Bah normal ! J’étais curieux de voir le joli minois de ta nouvelle conquête.

- Vous vous trompez. Ce n’est pas ma compagne, dit-il gêné.

- Eh bien tant mieux ! C’est une vraie harpie cette fille !

- C’est le pervers qui me traite de harpie ?! Non mais vous ne vous êtes pas regardé ! Pff… en dix ans vous êtes resté le même. Vous allez de mal en pis ! Avant vous espionniez les femmes dans les bains publiques et maintenant ? C’est quoi votre hobby depuis le temps ?


 

Le concerné s’approcha de son élève à petits pas, et faisant mine d’être discret, il chuchota à l’oreille du jeune homme :


 

- Comment est-ce qu’elle peut me connaître ? Et surtout savoir pour ma collecte d’informations ?

- Eh bien vous la connaissez sensei, répondit Minato à haute voix.

- Je savais bien qu’il ne m’avait pas reconnue…

- Mais attends Minato ! Une fille comme ça je l’aurais reconnue quand même…

- Bon ! On va arrêter de tourner autour du pot. C’est moi: Kushina.


 

Jiraiya s’en décrocha la mâchoire. Il regarda de nouveau la jeune femme de la tête aux pieds. Elle avait tellement changé pensa alors le guerrier légendaire tandis qu'il admirait muet d'admiration la magnifique jeune femme colérique qui lui faisait face. Le dernier souvenir qu’il avait de Kushina était lors de sa défaite à la dernière épreuve de l’examen Chûnin. « Les cheveux coupés courts » et « toujours en train de chercher la bagarre » étaient les deux groupes de mots qu’il utilisait pour définir ce véritable garçon manqué qui avait tout de même eut de la sympathie pour son élève. Si un jour on lui avait dit qu’il la reverrait, il aurait tout de suite songé rencontrer une femme au visage balafré et aux cheveux désordonnés et non une magnifique jeune femme aux cheveux longs et aux traits ravissants.

 


- Eh bien ! Jamais j’aurais pensé que tu deviendrais aussi belle.

- Je suis censée le prendre comment ? demanda-t-elle suspicieuse.       

- Bah comme tu veux …


 

Ne cherchant pas à comprendre son étrange humour, elle reporta son attention sur son colocataire qui s’amusait de la situation.



- Tu es rentré tôt aujourd’hui Minato, tu as fini de travailler ?

- Toutes les réunions sont terminées. C’est vrai. Mais la paperasse elle, non. J’en ai fini pour aujourd’hui seulement.

- Ca te dit de t’entraîner ? proposa la rouquine sur un ton de défi et bien que visiblement épuisé, le blondin hocha la tête.

- Et moi on m’oublie ? s’indigna faussement le maître.

- Accompagnez-nous sensei !


 

Voyant que Kushina était sur le point de protester l’Hokage ajouta un dernier argument, un sourire narquois sur le visage. 


 

- Je suppose qu’elle ne verra aucune objection à ce que le légendaire Jiraiya puisse l’entraîner.


 

Piégée, la kunoichi fit les gros yeux à son ami en signe de protestation. Seulement elle y vit rapidement son intérêt… à condition que le ninja des crapauds garde les mains dans ses poches …



- Qui pourrait refuser l’entraînement du légendaire Jiraiya, élève du Sandaime Hokage et maître de Yondaime Hokage ? Hahahaha !

- Vous ne perdez pas une occasion de vous vanter hein ? affirma tristement la rouquine qui commença à se diriger vers la sortie afin d’écourter le plus rapidement possible la discussion, et ainsi pouvoir enfin s’entraîner.

- C’est pas une marrante ta copine, hein ? J’espère qu’elle est aussi douée dans les techniques de Ninjutsu qu’avec le sarcasme.

 

 

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Des rires résonnèrent dans l’immense pièce lugubre et humide avant de faire de nouveau place à l’effrayant silence qui avait l’habitude d’y régner. De ses longs doigts graciles, il fit glisser un étrange liquide visqueux et verdâtre dans le tube à essai qui explosa littéralement sous la pression qu’exerçait la potion une fois sa densité accrue. Ne s’en souciant guère, il prit une seringue, préleva un échantillon de sa mixture et la posa sur un sceau dessiné dans un parchemin. Dès que celle-ci pénétra l’encre, une fumée rose en sortie. Son sourire s’élargit alors et un nouveau rire retentit.

S’emparant délicatement de sa solution, il prit une autre seringue et réitéra son action précédente afin de conclure la première phase de ses tests. Ceux-ci s’étant révélés concluants, il préleva derechef un peu de son étrange potion et l’inséra dans un corps juvénile qui reposait calmement au milieu d’une dizaine d’autres.

 

L’enfant hurla, gigota, les yeux grands ouverts essayant de se rappeler ce qu’il faisait ici. Il canalisait ses pensées sur les bougies qui éclairaient faiblement la pièce. La flamme près de lui dansait doucement au gré de ses respirations qui commençaient à ralentir. Son énergie s’envolait, sa vue s’étiolait. Tout dans la pièce commençait à disparaître : l’étrange commode, les autres garçons et filles de son âge. Seule subsistait la lumière de la bougie qui se trouvait à proximité ; elle finit par s’éteindre elle aussi.


 

- Encore un cobaye de moins … je vais devoir en trouver d’autres.