L'annonciateur

par Dammit

Dérouté, épuisé, il ne savait plus où donner de la tête. Il se battait presque pour pouvoir accéder à la bâtisse; luttant contre la faim, luttant contre la fatigue. Se frayant un chemin dans la foule à l’aide de son seul bras valide, il se demandait s'il arriverait un jour à parler à l’Hokage à temps. Sa nation avait besoin d’aide au plus vite et seul un village caché possédant une force militaire telle que Konoha gakure no satô serait en mesure de pouvoir remédier au problème d’Uzu no kuni.

 

 

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Après toutes les formalités qui avaient suivi la cérémonie et les encouragements des villageois, le jeune Hokage s’était accordé un moment de réflexion sur le toit –là où il avait prononcé son discours. Fixant impassible les visages de pierre de ses prédécesseurs, le héros de guerre se dressait au centre de la toiture circulaire. Les traits fins et harmonieux du jeune dirigeant empreints d'une étrange gravité semblaient imiter ceux des visages statufiés dont la couleur sable prenait des teintes orangés en raison des cieux crépusculaires. Les yeux azurés et songeurs du blondin fixaient l'immense montagne sur laquelle on prévoyait d'y tailler son visage d'une plus grande beauté que ceux de ses aïeuls, inspirant bien plus de bonté et d'intelligence que la pierre ne saurait retranscrire. 


Se pinçant l'arête du nez et esquissant un demi sourire, le blondin concevait difficilement sa présente situation. Après avoir passé sa jeunesse dans la guerre, le sang et la sueur, voilà qu'il passait aux commandes des manoeuvres militaires. Il réalisa allègrement qu'il serait à même de changer les choses, de pouvoir -même difficilement- faire évoluer les mentalités inébranlables du monde des ninjas qui avait d'ores-et-déjà sacrifié beaucoup trop de vies pour que des diplomaties en vaillent la peine. Mais une question resta en suspend dans le jeune esprit avisé du meneur: Comment faire changer les choses ? Passant une main dans sa chevelure désordonnée, le puissant shinobi avait -comme la jeunesse l'exigeait- des rêves plein la tête et les yeux embrumés par l'insouciance. Comment avait-il pu négliger ses souhaits les plus profonds en ne songeant pas un seul instant à la manière de les accomplir ? Poussant un profond soupir résigné, l'éclair jaune de Konoha prit alors conscience que, peut être, le monde des shinobis n'était pas fait pour le changement. Quoi qu'il en soit, le blondin gardait foi en l'humanité bien que sa logique et son bon sens lui sommaient de ne pas se fier au genre humain. 


S'emparant de sa coiffe, le jeune homme de vingt cinq ans regardait attentivement le couvre-chef qui avait jadis été porté par les fondateurs du village de la feuille. 

Finalement, que signifiait ce titre ? Cette coiffure était censée être portée par le ninja le plus puissant et le plus vertueux du pays du feu. Mais concrètement, qu'était-ce le rôle de l'Hokage ? Rester dans son bureau à lire des rapports, donner des ordres et se terrer dans le village ? En fin de compte, n'aurait-il pas plus de chances de parvenir à ses objectifs en tant que Jônin ? En y regardant d'un peu plus près, les entretiens diplomatiques, les discours démagogiques et les stratégies viendraient plus aisément à bout d'un système corrompu. Mais d'un autre côté, les combats lui manqueraient sûrement. La première partie de sa vie avait consisté à développer l'art du combat, de l'espionnage et de l'assassinat nécessaires au ninja, tandis que la seconde constituera la mise en pratique de ses dons de persuasion et de réflexion.



Soudain, le récent Hokage sentit une présence qui l'extirpa de ses pensées. Le shinobi jeta une oeillade subreptice par-dessus son épaule avant de faire face à son subordonné; il s'agissait d'un ninja chargé de la réception des messages. Ce dernier posa un genou à terre et s'inclina précipitamment avant de regarder la nouvelle ombre du feu avec une curiosité mêlée à une once de peur -certainement due au contenu de ses futurs propos.       



- Que se passe-t-il ? s'enquit posément le blondin après avoir perçu la frayeur dans les yeux du Jônin.

- C’est terrible maître Hokage ! Un messager de nos alliés d’Uzu no kuni vous attend dans votre bureau. Son message est de la plus haute importance, ce qui explique sa visite en personne.

 

 

L’Hokage ne se fit pas prier pour agir. Avant que le Jônin n’ait relevé la tête, le jeune dirigeant était d’ores-et-déjà parti à l’aide de sa technique de déplacement instantané –celle qui lui valut son surnom et sa réputation.

 

 

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Minato apparut dans un nuage de fumée, l’air grave. Uzu no kuni était un pays frontalier à Konoha et se trouvait entre les pays possédant les villages cachés Taki et Oto gakure no satô. Autrement dit, leur situation géographique pouvait autant être un lieu stratégique qu’une tare. De plus, le pays des tourbillons était un allié du pays du feu depuis des décennies. Ils se sont entraidés durant les trois grandes guerres et de ce fait, possédaient une relation plus que privilégiée.

 

Dans le bureau se trouvaient le messager accompagné des deux représentants du conseil de Konoha ainsi que de Jiraya. Après une rapide inspection, le jeune dirigeant reporta son attention sur le shinobi de Senpuu gakure no satô. Il s'agissait d'un homme de son âge, grand -environ cinq centimètres de plus que lui- à la musculature très développée, manifestant une excellente maîtrise du Taijutsu. Le messager était brun et possédait des yeux d'un vert bouteille singulier, propre aux membres de certains clans originaires du pays des tourbillons. Ses traits étaient inharmonieux. Le nez empâté et certainement tordu lors d'un combat ne seyait pas à son visage fin, presque androgyne, et ses lèvres fines et discrètes logeaient au-dessus d'un menton recourbé. Néanmoins, son regard verdelet exprimait une profonde gentillesse bien que l'horreur et la peur semblaient demeurer dans ses pupilles. 

Seulement, l'Hokage avait l'étrange sensation d'avoir déjà vu se visage si particulier sans pour autant arriver à savoir où. 

 

 

- Minato ?! S’exclama le messager agréablement surpris.    

- Dosan ? répliqua sur le même ton le blondin après avoir hésité quelques secondes. 

 

 

Les deux hommes esquissèrent un même sourire sincère, mais pas aussi joyeux qu'ils l'avaient espéré. En effet, le shinobi d'Uzu no kuni dissimulait avec peine ses appréhensions de même qu'une douloureuse blessure au bras.   


- J’avais eu vent d’une rumeur comme quoi Minato Namikaze serait devenu Hokage…. Je ne pensais pas qu’elle était fondée ! C’était donc ça cette foule tout à l’heure ?! Le jour de la cérémonie ?!

- C’est exact.

 

 

Plus d'une décennie était passée depuis leur dernière discussion lors de l'examen Chûnin. Depuis, tous deux étaient devenus adultes et des shinobis accomplis. Se retrouver aurait été une joie si cela n'avait pas été dans des circonstances que le blondin pressentait comme mauvaises. 

 


- Dosan, explique moi ce qui se passe. Je ne pensais pas que tu étais un commissionnaire...

- Tout juste. Malheureusement, mes compagnons sont morts pour la plupart, y compris les ninjas messagers ...

 

 

Le shinobi n’osait pas regarder son interlocuteur dans les yeux. Les effusions de sang lui revinrent en mémoire. Serrant les poings, il essayait de retrouver la force de parler quand il sentit une main se poser sur son dos. Minato s’était déplacé et tentait à présent de rassurer au mieux son ancien camarade. 



- Sumio et Kushina… Où sont-ils ? s’enquit le Yondaime Hokage. 

- Sumio a succombé à ses blessures en chemin. A la base, il était censé m’accompagner pour te délivrer le message. Quant à Kushina …

 

 

Dosan était toujours d’une nature calme ; il ne s’énervait jamais. Quand celui-ci parlait, jamais une once d’émotion ne le trahissait. Ce qui surprit d’autant plus le jeune Namikaze lorsque son ami semblait pleurer son compagnon. 

 

 

- Sumio est mort ? Et Kushina ? demanda Minato.

- Cette idiote …. Elle croit pouvoir faire quelque chose ! Elle est restée au village pour aider les ninjas encore sur le front ! Mais ils sont si nombreux…

- Cette petite ! Elle n’a jamais pu agir consciencieusement, intervint Jiraya.  

- Mais Dosan, que se passe-t-il ? questionna l’Hokage.

- Nous sommes attaqués par Iwa gakure no satô, le village caché de la pierre au pays de la roche. Ils étaient si nombreux … Et pourtant, la quantité n’était la chose la plus surprenante ! Le plus incroyable est que des adeptes du Doton aient attaqué par la mer !

 

Jiraya s’approcha des deux jeunes gens, dubitatif.

 

- En effet, je comprends ta surprise Dosan. D’autant plus que les ninjas d’Uzu no kuni -pour la grande majorité- manient le Suiton et le Fuuton. Cependant, ils ne peuvent accéder à votre village que par cette voie. Regardez un peu la carte. S’ils voulaient s’y rendre à pied, ils auraient dû traverser bons nombres de pays : celui de la cascade, de la pluie, de l'herbe ou même celui du feu. Et les diverses autorisations de franchir le territoire seraient parvenues jusqu’à nous avant même qu’ils ne soient arrivés à destination. Surgir depuis la mer leur permettait de passer sans se soucier du nombre limite de combattants pour pouvoir être discret. Mais ce qui m’étonne le plus, c’est qu’ils aient autant confiance en eux…

- Je suis d'accord, ajouta le jeune meneur.  

- Un aussi grand nombre sur une embarcation ne passe pas inaperçu. Une attaque de Suiton et ils chavirent. Autrement dit, ils ont pris un énorme risque en venant par la voie des eaux.

- Vous soupçonnez un espion ou un traître ?

- Tout juste ... 

 

Dosan se releva.

 

- Un traître parmi nous ? Je n’ose pas y croire. Tous les ninjas chargés de la surveillance maritime sont fiables !

- Les spécialistes de l’infiltration sont très souvent des experts dans les meurtres discrets pour pouvoir ainsi tuer les indésirables et prendre leurs places, intervint Jiraiya, autoritaire. 

 

 

Le ninja de Senpuu détourna le regard. Evidemment qu'il avait raison, cependant Dosan ne voulait toujours pas y croire. Son village subissait encore les effets désastreux de la guerre pendant son absence. Etre à l’abri du danger l’insupportait. Finalement, la décision de son amie Kushina ne lui parut plus si inconsidérée -ce stupide garçon manqué avec qui il faisait équipe depuis plus de dix ans. Il ne pouvait pas l’abandonner à son sort. Sumio était déjà mort, si la jeune kunoichi venait à mourir …

  


- Nous n’avons plus de temps à perdre ! Je demande – au nom de Senpuu gakure no satô et de notre alliance- l’aide de Konoha !

 

 

Minato se réinstalla derrière son bureau. Il posa un coude sur la table et soutint sa tête avec son poing. La première décision qu’il effectuerait en tant qu’Hokage serait décisive. Ne pas les aider reviendrait à détruire une alliance et surtout à laisser à leur sort des centaines de shinobis susceptibles d'aider son village. Toutefois, soutenir Uzu no kuni contre une armée de shinobis serait difficile, et laisser Konoha sans force militaire, ne serait-ce que trois jours, était inconcevable. Il fallait donc une poignée de shinobis – les meilleurs- pour pouvoir ainsi écourter la mission, sauver le maximum de personnes et laisser à Konoha gakure no satô suffisamment de ninjas pour pouvoir se défendre en cas de contre-attaque


 

- Ceci est donc classé comme mission de rang S. Il est évident que nous ne pouvons laisser une si belle alliance périr et encore moins des vies humaines. Dix Jônins –les meilleurs- et membres de l’escouade des ANBU partiront pour Uzu no kuni.

- Seulement dix ?! s’indigna Dosan. Nous sommes si insignifiants ?!

- Bien sûr que non. Mais ramener une armée ne servirait à rien. Ils battraient en retraite et reviendraient dès que notre vigilance serait levée. Et puis nous serons onze… Je pars avec eux.

 

 

Le représentant du conseil Homura s’indigna.


 

- C’est de l’inconscience pure ! Tu n’es Hokage que depuis aujourd’hui et tu commets une faute quasi-impardonnable. Qui se chargera des papiers administratifs, de la sécurité du village ? Et pire : si les autres nations savent que l’Hokage n’est plus au pays, elles pourraient attaquer sans problème !

- Allons ! C’est justement parce que je suis un nouveau Kage que je peux me permettre de partir. Tous les pays pensent qu'en tant que nouveau dirigeant je resterai au pays du feu pour un bon moment. Personne ne s’attend à ce que l'Hokage parte déjà ; aucun risque d’attaque.

- Les frais de mission seront à la charge du pays du feu … ne met pas ton village dans l’embarras. 

- Pour de l'argent et une réputation vous allez abandonner le pays des tourbillons ?!

- Il ne doit plus en rester grand-chose …

 

 

Minato se leva d’un bond, sans rien laisser paraître, puis se dirigea d’un pas assuré vers la sortie tout en faisant signe à Dosan de le suivre.

 

 

- Que fais-tu ? Où vas-tu ?

- Je vais convoquer les dix ninjas et organiser une réunion stratégique. Nous partirons dès demain à l’aube.

- C’est de la folie !

- Ce qui est fou, c’est d’abandonner un pays auquel on a toujours quémandé de l’aide.

 

 

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Tous s’assirent à l’immense table; l’Hokage était au bout de celle-ci. Son expression n’était pas joviale comme à son habitude. Son regard anormalement lumineux était perceptible malgré l’obscurité qui régnait dans la pièce. Les dix ninjas pourvus de masques s’assirent en même temps ; seul Dosan manquait à l’appel.

 

 

- Je vous ai réunis aujourd’hui pour une affaire de la plus haute importance. L’avenir de plusieurs ninjas et civils est à présent entre nos mains. Iwa gakure no satô a déclaré la guerre à Senpuu gakure no satô –le village caché du cyclone au pays des tourbillons. Ils seraient entre deux cents et trois cents d’après un témoin. Seulement, voilà deux jours que la bataille dure. D’après la force et la quantité des ninjas d’Uzu no kuni, on peut facilement en déduire que leurs effectifs ont diminué de trente à cinquante pourcent. C'est-à-dire que nous pourrons avoir -au mieux- cent cinquante ninjas expérimentés à combattre et que nous pourrons compter sur les ninjas déjà présents. Ils seraient plus que cinquante à l’heure actuelle.

- Cinquante ninjas d’Uzu no kuni Hokage-sama ? s'enquit une voix masculine. 

- Oui. Nous nous déplaçons exclusivement pour ces cinquante personnes. Qu’ils soient deux ou mille n’a aucune importance; ce sont des alliés. Et puis je n’ai parlé que des ninjas, pas des civils.

- Cependant, pensez-vous que le village caché du cyclone puisse subvenir à ses besoins une fois la bataille finie ? questionna une kunoichi.

- Sincèrement ? Non, je ne pense pas. C’est pour cela que je comptais faire venir les survivants à Konoha.

- Ils deviendraient des shinobis de Konoha si je comprends bien ? en déduit un autre ninja à la voix rauque. 

- C’est exact. Dans tous les cas, cette bataille doit être la plus brève possible. Il y a ici deux médecins. Ils seront donc chargés de soigner les shinobis et les civils de Senpuu, puis de les mettre dans un lieu sûr et les protéger. Quant à nous –les ninjas offensifs-, nous allons sur le front; enfin... une partie. Cinq iront directement les attaquer pendant que le reste –dont je ferai partie- ira attaquer par surprise les plus hauts gradés pour perturber la hiérarchie et la propagation des ordres. Des questions ?

- Oui. Quelles sont les répartitions des équipes ? interrogea une autre voix féminine. 

- Tout est sur la feuille de mission que l’on vous donnera en sortant. D’autres questions ?

- Allons-nous y aller avec le ninja messager ? s'enquit un homme. 

- Il nous accompagnera. Connaissant mieux la topographie, il pourra aisément nous faire accéder au pays le plus discrètement possible. Il est actuellement à l’hôpital mais d’après les médecins, il sera opérationnel dès demain, mais il ne se battra pas. Plus d’autres questions ? Non ? Bon. Dans ce cas, je n’aurais qu’une chose à ajouter. Ceci est évidemment une mission de rang S. L’honneur de Konoha et de nombreuses vies sont en jeu ; à nous de ne pas les décevoir. Que la volonté du feu soit avec nous !