À la découverte des secrets de la Feuille

par Livehak-san

 

À la découverte des secrets de la Feuille

 

À l’instant où il s’infiltra corps et âme dans l’aven, le passage caverneux dans son dos se referma de la même façon qu’il s’était ouvert, dans un bruit rauque et indéterminé. La respiration bloquée et son t-shirt posé sur ses voies respiratoires en raison de la poussière qu’avait soulevé le mouvement de la pierre. Naruto examina l’excavation dans laquelle il venait de pénétrer en emboîtant le pas du Sandaime, ayant d’ores et déjà entamé sa tumultueuse descente dans ce lieu coupé du monde extérieur.

Tout en s’enfonçant plus profondément à chaque nouveau pas qui le séparait de l’air libre, il effleura du bout de ses doigts la pierre recouvrant l’intérieur de la cavité pour se glacer de surprise. Elle n’était pas simplement lisse, comme l’étaient la plupart des tunnels creusés par les hommes. Elle était irréprochable de droiture et de défaut. Une roche polie et parfaitement découpée. Il ne savait pas par quel procéder elle avait été façonnée, mais il était certain d’une chose, cet endroit était tout sauf naturel. Une affirmation qui vint embellir d’indénombrables questions cherchant réponses à ce mystère qu’était ce lieu caché aux yeux du monde et dont il ne savait rien.

- Où sommes-nous ? demanda le Namikaze d’une voix curieuse et enrouée en fixant le dos empressé de l’Hokage. Ce ne fut qu’après avoir dépassé une dizaine de luminaires éclairant les lieux et de cessant de défiler de façon interminable et répétitive, qu’il comprit que sa réponse ne viendrait jamais. Et ce manque d’attention du Sandaime à l’égard de sa question existentielle était tout à fait volontaire.

Ne sachant pas quoi faire pour occuper son esprit importun, Naruto continua sa tâche consistant à épier le vieil homme, silencieux et habillé d’une banale tenue noire, d’un air dubitatif. Il maintenait un silence semblable depuis le début de leur entrevue, à l’aurore, l’ayant brisé uniquement lorsqu’il lui avait demandé de le suivre le sortant de par ce fait définitivement de son sommeil agité.

Les réflexions obnubilées à essayer de connaitre la raison de cette aphasie que préservait avec ardeur Hiruzen, Naruto fut surpris de le voir arrêter sa marche pour faire face à une immense porte en pierre, ressemblante à peu de chose près à celle qu’il avait empruntée plutôt et qui servait d’entrée à cet antre. Cependant, contrairement à la première, celle-ci possédait quelque chose de différent et d’inhabituel. Elle était parsemée par des sceaux complexes et fusionnés.

Tandis que Naruto paraissait excessivement occuper à admirer la création, trop étonnante pour détacher son regard ne serait-ce qu’une seule seconde, Hiruzen se mordit le pouce afin d’y faire apparaitre une infime entaille, suffisamment incisée pour que la gravité fasse son travail et qu’une perlée de sang s’y échappe. Examinant avec concentration la roche et continuant ce pour quoi il avait fait ce geste hébété, il plaça immédiatement son doigt ensanglanté sur le plus imposant des sceaux, au centre de la roche glacée, et dessina un kanji devant les yeux exorbités de Naruto, ne comprenant absolument rien de ce qui était en train de se passer. Il n’avait jamais vu ou même entendu parler du fonctionnement d’un Fūinjutsu, un art connu seulement par l’élite, chose étrange et stupide venant de sa part, étant donné qu’il en portait un au quotidien. Et tandis qu’il scrutait ce phénomène en action, cela lui fit curieusement peur de réaliser qu’une technique similaire en tout point se trouvait inscrite sur son corps et qu’il ne connaissait aucun moyen de s’en débarrasser sans entraîner sa mort dans le sillage.

Le sang, dégoulinant sur le sceau, devint très vite noir et pâteux et prit inlassablement la même couleur que l’encre, formant une toile géante, pour finalement se déplacer sur chaque pôle du passage en pierre et disparaître presque aussitôt dans une épaisse fumée blanche éphémère. Sans lui laissant le temps de comprendre ce phénomène, les stigmates d’encres amorcèrent une rotation dans le sens des aiguilles d’une montre et commencèrent à se résorber sur eux-mêmes jusqu’à totalement s’amalgamer dans un point sombre au centre de la roche. La porte en pierre jusqu’à lors silencieuse et figée, émit un bruit de cassure, de fragilité, tandis qu’une fissure fit son apparition au milieu de celle-ci. De cette minuscule fente, une rotation assourdissante débuta, recouvrant sans mal le hoqueter de surprise de Naruto.

Le sceau, qui semblait-il être le principal et sur lequel Hiruzen avant déposé son sang, se déchira pour laisser apparaitre une ouverture vers ce qu’il protégeait. Ce qui se passa ensuite, malgré tout ce qu’il avait déjà vu, parut surréaliste à ses yeux. En moins de quelques secondes, la pierre fût comme aspirée par un vortex imperceptible et tonitrua ses adieux dans une spirale invisible, laissant une vue ouverte et accessible vers ce qu’elle cachait du monde extérieur.

Une sale vide et totalement plongée dans les pénombres.

Sceptique, Naruto jeta un coup d’œil à l’Hokage qui, de son côté, ne montra pas le moindre signe d’ébahissement ou de mécontentement, bien au contraire. Le sourire qui venait tout juste de s’esquisser sur son visage prouvait que tout s’était passé comme il l’avait prévu.

Quelques secondes passèrent, durant lesquelles un nombre incalculable de nouvelles interrogations germèrent dans l’esprit du blond, mais elles furent instantanément mises de côté au moment même où le vieil homme s’avança vers l’entrée de la cavité intérieure pour disparaître à son tour dans un vacillement de l’espace sans laisser aucune trace de son passage derrière lui. Le bras tendu vers l’accès après cette séparation, Naruto resta comme pétrifier, plongé dans ses pensées et sa confusion.

Après plusieurs inspirations saccadées, et comprenant qu’il ne reviendrait pas, le Namikaze s’avança à son tour vers le passage inaudible avec une pointe d’appréhension, mais arqua néanmoins son bras vers l’avant pour voir sa main s’évaporer à son tour sous son air désabusé. Il resta là, sans faire le moindre geste, alors que son cœur battait la chamade dans son être pour alimenter à son cerveau cherchant une réponse logique à tout cela...

Il ignorait tant de choses.

À la suite d’une lutte intérieure qui se conclut par une affolante envie de découverte, il traversa dans un bond le champ de force invisible pour retomber sur ses pieds de l’autre côté et se faire éblouir de surprise. La cavité sombre et isolée n’existait plus, évaporée. Ce qu’il y avait devant lui était son antonyme, une salle éclairée, propre et gracieuse.

Sa vigilance se perdit dans la contemplation du lieu. Identique à l’enfoncement qu’ils venaient de descendre, les parois de l’immense salle étaient homogènes et polies, seul le sol, desséché à certains endroits, paraissait avoir passé de mauvais moments. Il pouvait dire, sans même prendre de mesure, que la superficie de la salle dépassait n’importe quel terrain d’entraînement de la feuille, et simplement cela, était juste surréaliste.

Quel était cet endroit et comment avait-il pu rester caché aux yeux du monde aussi longtemps ?

Alors qu’il s’apprêtait à ramener sa vigilance sur l’Hokage, debout, au centre de la salle, il fut comme envoûté par les vagues successives de lumière rougeâtre, affermies contre les parois de la salle, qui se manifestèrent quelques secondes après son entrée et qui se répandirent dans les moindres parcelles de la pièce. Ce fut entre un étrange sentiment de fatigue et le vacillement de ses jambes qu’il l’entendit et qu’il éleva irrémédiablement sa vision charmée dessus.

Il resta sans voix, pendant ce qui semblait être une éternité, devant l’immense cascade se trouvant sur le mur droit de la salle, qui engendrait un bruit ambiant agréable et une fraicheur inégalable, et tenta de saisir par quel procédé une chute d’eau de cette abondance et de cette puissance pouvait ne pas avoir encore inondé les lieux. S’éjectant d’un trou rectangulaire sur la cloison, elle s’écrasait dans un bassin agencé au mur se trouvant juste en dessous et s’évacuait par une autre immense fente, située contre le mur à quelques mètres de la source d’eau.

Naruto détacha brièvement son attention perturbée du liquide turquoise et bruyant lorsqu’une énième ondulation écarlate longea les murs de la salle pour la rapporter sur son flanc gauche, où étaient déposés d’indénombrables mannequins de bois de toute sorte et de toutes tailles. Derrière ceux-ci, accrochés à même le mur, se trouvaient des armes plus extravagantes les unes que les autres.

Entre la considération d’une épée en fer forgé courbée sur sa longueur et un simple bâton de bois mauve, rangé dans un ordre inconnu, mais néanmoins symétrique, il accusa sa présence dans un ultime souffle d’ébahissement.

Même de là où il se situait, à plus d’une centaine de mètres, il pouvait l’apercevoir tellement sa présence était imposante et novatrice. L’étagère la plus grande qu’il n’avait jamais vue. Montant à plus trente mètres de hauteur pour une quarantaine de largeur, elle était littéralement remplie à craquer de manuscrit en tout genre et semblait pouvoir céder à n’importe quel moment tant le poids des parchemins et des rouleaux devait paraitre surréaliste.

- Nous nous trouvons dans le lieu de culte de mon prédécesseur au poste de Hokage, expliqua le Sandaime d’une voix fatiguée tout en prouvant qu’il avait parfaitement entendu la question qu’il lui avait préalablement posée.

Naruto éleva de nouveau sa vision pour comprendre et mettre enfin un nom en réponse à tous ses questionnements. Si l’endroit semblait si irréprochable, si parfait, ce n’était pour aucune autre raison qu’il avait été façonné par le Suiton du deuxième, Tobirama Senju, le Nidaime Hokage.

Ce mouvement de tête, sans qu’il ne sache pourquoi, lui envoya d’autres signes de vertige, l’obligeant à reprendre un souffle et une concentration étrangement perdus.

- Pour… Pourquoi sommes-nous ici au juste ? demanda-t-il, essoufflé, ne comprenant toujours pas la raison de sa présence dans un lieu pareil. Bien entendu, il n’était pas dupe, il avait compris que cet endroit servirait de terrain d’entraînement, il était suffisamment grand pour accueillir une bonne centaine de shinobi… Mais, n’auraient-ils pas pu faire cela dehors, comme toutes personnes sensées ?

- Cet emplacement est spécial. Il s’agit de la salle la mieux cachée et la mieux protégée de toute la péninsule ninja, rien ni personne ne peut voir ou entendre ce qui se passe dans cette pièce et aucune source d’énergie quelconque ne peut s’en extirper. Un sceau en assure le fonctionnement, prononça Hiruzen d’une intonation ne laissant aucune place à l’incertitude. « Mais avant tout, si j’ai choisi ce lieu parmi tant d’autres, ce n’est pour aucune autre raison que cette salle est coupée du monde. Pour être plus précis, elle n’est pas soumise aux mêmes règles fondamentales. »

L’expression sur le visage du blond indiqua au Sarutobi qu’il devait en dire plus s’il ne voulait pas se faire incendier de questions.

- Le temps s’écoule moins vite.

Naruto éleva à nouveau son air sur cette surprenante pièce, alors qu’un mot, sans qu’il ne puisse le retenir, s’échappa de son être médusé. « Impossible. »

Il n’était pas totalement abruti, il savait pertinemment ce qu’était capable d’accomplir un ninja digne de ce nom… Mais, arrêter le temps, ou même ne serait-ce que le ralentir… Était-ce réellement envisageable, même en rêve ? Pourtant, l’impassibilité que révélait Hiruzen à ce moment précis ne laissait aucun doute sur la véracité de ses propos.

- Ce mot ne faisait pas partie du vocabulaire de ton père.

Sans en dire plus, en laissant le temps à Naruto de comprendre que son père n’était pas seulement un shinobi digne de ce nom, Hiruzen lui tourna le dos et se dirigea vers le fond de la salle en direction de la bibliothèque murale où les milliers de livre et de parchemin étaient entreposés.

- Mon père ? Que vient-il faire dans cette histoire ? Vous avez dit que cette pièce appartenait au Nidaime, lui rappela l’Uzumaki en arrivant à ses côtés, convaincu que le vieil homme devenait sénile.

- Durant des années, Minato a cherché à terminer l’Hiraishin, mais n’y ai jamais parvenu. Son sceau était trop couteux en chakra, qu’importe la distance qu’il parcourait, commença Hiruzen en soufflant sur l’épais amas de poussière qui s’était déposé aux fils des années sur les étagères et les manuscrits. « Je lui ai alors parlé de cet endroit. Celui où Tobirama avait abandonné toutes ses créations et toutes ses recherches avant sa mort. » continua-t-il en se retournant vers Naruto, buvant ses mots.

- Sans le génie de ton père, je ne pense pas qu’un jour j’aurais réussi à franchir le sceau primaire, il m’aurait certainement tué à la première tentative d’ouverture, avoua le vieil homme en pointant de son doigt l’accès qu’ils avaient emprunté plutôt.  « Pour Minato… » un rictus mélangé entre la jalousie et l’admiration se dessina sur le visage du Sandaime. « Déceler comment fonctionner les sceaux du Nidaime et comment l’ouvrir et le modifier à sa guise ne fut pas la même histoire, à vrai dire, ce fut un vrai jeu d’enfant. Ce que je n’avais jamais réussi à faire au cours de ma longue existence, ton père l’avait réalisé en l’espace d’une journée. En seulement cinq petites heures, il était parvenu à pénétrer dans la pièce et avait trouvé ce pour quoi il était venu. Il ne m’avait jamais expliqué comment et pourquoi les écrits du deuxième l’avaient aidé. Mais il faut que je me montre réaliste à ce sujet, Minato était à un autre niveau et dans un autre monde quand il discutait de Fūinjutsu. S’il ne m’en avait jamais parlé, cela venait surtout du fait que tous les sons qui s’extirpaient de son être passionné par cet art m’étaient quasiment incompréhensibles. Tout ce que je sais, c’est que lors de sa sortie de cette pièce, plusieurs jours après son entrée, il avait achevé l’Hiraishin. »

Un apaisement tenace démontra l’importance des révélations du Sandaime en cet instant de révélation alors que Naruto examina d’une mine abasourdie le vieil homme.

- Vous voulez dire que la technique qui a fait de mon père une légende n’aurait jamais vu le jour sans le Nidaime ?

- D’une certaine manière, c’est exactement ce qu’avait affirmé Minato le jour de sa sortie de cette pièce, qualifiant le Senju de véritable génie.

- Je ne saisis pas tout, insista Naruto en braquant ses bras vers l’avant, demandant de cette manière à l’Hokage en titre de ne pas en dire davantage s’il ne voulait pas l’embrouille plus qu’il ne l’était déjà. « J’ai lu de nombreux livres à la bibliothèque du village. Tous, sans exception, décrivent le Shodaime comme le génie de son ère… Tout ceci n’était donc que des foutaises ? »

- Hashirama était le plus grand et valeureux ninja qu’il m’ait été donné de rencontrer jusqu’à ce jour, commença le Sandaime en s’asseyant sur la seule chaise disponible, accoudée sur l’unique bureau aux alentours, où d’innombrables rouleaux étaient posés depuis des lustres.

- Mais vois-tu, la plupart des histoires sont dénuées de sens, car leurs auteurs ne connaissent qu’une infime partie de celles-ci… Si la force d’un ninja se mesurait par son intelligence et non pas par sa puissance, alors Tobirama serait le plus grand Kage de tous les temps. » termina Hiruzen, amusé devant l’énième air béat présent sur le visage du blond.

- Peut-on commencer l’entraînement ? demanda précipitamment celui-ci, animé par une excitation grandissante devant la mine d’or se situant à côté de lui. Tous les ouvrages qu’avait écrit le Nidaime étaient à portée de main, seul un fou resterait en place.

Le vieil homme scruta avec intérêt la détermination éclatante présente dans les iris de Naruto, camouflant complètement l’anxiété qu’il avait pu lire auparavant…

C’était ici et maintenant qu’un rôle bien plus grand que le simple fait de l’entraîner allait débuter. Ce regard flamboyant que nul ne pouvait comprendre ou arrêter, cette résolution à toutes épreuves cherchant la compréhension et la sûreté, il l’avait déjà vu à de nombreuses reprises dans les yeux d’un de ses anciens élèves, aujourd’hui parti. Il ne pouvait pas laisser cela arriver, il ne pouvait pas reproduire deux fois la même erreur, pas cette fois. Il garderait un œil sur le jeune Uzumaki jusqu’à son dernier souffle, quoi qu’il en coûte.

Hiruzen se leva de sa place pour se rendre contre la paroi de la salle rocailleuse qu’il toucha de la paume de sa main gauche. Il lui restait une dernière chose à vérifier avant de commencer l’apprentissage du jeune homme. Lorsque sa main entra en contact avec le mur, une nouvelle vague, bleu clair cette fois-ci, s’extériorisa pour les parcourir à une vitesse vertigineuse.

- Naruto, as-tu ressenti de vertige ou une impression de mal-être en entrant ici ? demanda précipitamment le Sandaime, alors que les ondulations n’étaient qu’à mi-chemin.

- Oui, maintenant que vous le dite, je me suis senti étrangement faible un court instant, déclara celui-ci en croisant de par ce fait le regard sceptique du vieil homme.

- C’est beaucoup plus que je l’avais prévu, rajouta Hiruzen dans un souffle presque inaudible.

Naruto considéra une nouvelle fois l’Hokage, posant de nouveau sa main sur la roche transie.

- Qu’est-ce qui est plus que prévu ? demanda le Namikaze en s’approchant du Sandaime et en déposant à son tour sa main droite sur la pierre froide pour voir apparaitre une vague lumineuse différente de celles qui s’étaient manifestées jusqu’ici, une sorte de juste milieu orangée…

- Minato m’avait expliqué le fonctionnement du sceau temporel qu’il avait mis en place quelque temps après l’ouverture de la salle… Il en aucun cas autonome, il a besoin de chakra pour pouvoir ralentir tout ce qui se trouve à l’intérieur de la pièce, avant de ne plus faire effet pour quelque temps.

- Je ne vois toujours pas où est le problème, avoua Naruto, ne comprenant pas où voulait en venir le Sandaime.

- Le sceau absorbe le chakra des personnes qui le traverse, expliqua Hiruzen en pointant de son doigt l’entrée de la pièce qu’il avait utilisée plus tôt. « Plus le chakra de la personne qui l’a traversé est prépondérant, plus le temps ralenti sera important. Et le problème est là, il demande beaucoup trop de chakra pour avoir une quelconque utilité. Si tu n’as ressenti qu’une légère fatigue en entrant ici, c’est parce que, comme l’avait imaginé ton père, le sceau n’a pas absorbé ton chakra, mais celui d’un autre. »

- Mais il n’y a personne d’au…

Le silence s’installa à nouveau pour ne plus repartir. Il avait compris ce que voulait dire Hiruzen. Le sceau avait absorbé le chakra du démon... Autrement dit, seul l’hôte du renard pouvait faire fonctionner le sceau… Son père avait-il prévu cela pour lui ? Ou bien n’était-il pas le premier Jinchūriki du neuf queues vivant à Konoha ?

D’autres questions venant se rajouter à sa collection de demandes indésirables.

- Pour combien de temps il fonctionnera ? demanda Naruto, espérant connaitre le nombre de jours exact qu’il allait pouvoir passer dans cette formidable pièce.

Hiruzen cogita longuement à la question du jeune blond. La dernière fois qu’il était venu ici… C’était avec Minato lui-même. Et même en connaissant la puissance du Yondaime, le sceau ne s’était chargé qu’une semaine avant de ne plus faire effet pour la même durée. Sous la fatigue et l’agacement de celui-ci, n’arrivant pas à augmenter le temps du ralentissement. Mais finalement, et comme toujours, il avait trouvé un moyen rapide et efficace.

- Je dirais qu’il est chargé pour un an, peut-être plus.

Naruto éleva son visage intègre sur la pièce l’entourant.

Un an…

[…]

« Qu’elle est ce bruit incessant ?! »

- Il faut que j’arrive à le maîtriser, où ne serait-ce que le contenir, s’exclama-t-il en attendant une réponse pour l’aider dans cette tâche ardue. Mais en s’apercevant qu’elle se faisait languir et qu’elle n’était pas prête d’être prononcée, il reprit de plus belle. « Je commence à ressentir sa présence tout autour de moi, la moindre colère, la moindre frayeur, il en profite pour essayer de prendre le dessus. Un jour ou l’autre, il va réussir, et je ne pourrais rien faire pour l’arrêter, il doit y avoir une solution ou simplement une manière de l’en empêcher, il doit forcément en avoir une... » rajouta-t-il en faisant les cent pas et en se tirant littéralement les cheveux.

Hiruzen, appuyé sur le seul bureau dans la salle, les bras croisés, scruta d’une mine affable le jeune homme et soupira pour la dixième fois depuis qu’il avait commencé son monologue.

- Tu as la réponse sous tes yeux depuis le début, Naruto, l’informa-t-il d’une voix flegmatique.

Naruto s’arrêta net dans ses vaines recherches et tenta de comprendre où voulait en venir le Sandaime... mais n’y parvint pas.

- Le sceau qu’a façonné ton père en sacrifiant sa vie, s’appelle Shiki Fūjin, l’emprisonnement des morts, développa-t-il alors que le Namikaze, dans un automatisme certain, déposa la paume de sa main droite sur son abdomen. « Il s’agit là du scellement le plus complexe et du plus puissant que je connaisse. » comme pour unique réponse, un rictus d’énervement s’installa sur le visage du blond.

- S’il est si puissant, comme cela se fait-il qu’il puisse avoir autant d’emprise sur moi ? demanda-t-il, révélant aussitôt la compréhension du vieil homme devant un tel questionnement. Ce raisonnement se voulait totalement légitime. Si le Shiki Fūjin était considéré comme l’un des plus puissants Fūinjutsu, pourquoi n’arrivait-il pas à maintenir entièrement le renard… La réponse était pourtant simple et visible sur le ventre du jeune homme depuis la toute première seconde où il y avait été inscrit.

- Car il n’est pas complètement fermé.

Les dernières paroles d’Hiruzen jetèrent un froid à la conversation, obligeant Naruto à tenter d’intercepter la logique de cette révélation… qui se voulait inexistante.

- Pourquoi ?

Ce fut le seul mot qui parvint à s’extirper de la gorge de l’Uzumaki, étriquée par le manque de renseignement… Mais il n’eut nul besoin d’une réponse de son interlocuteur pour comprendre. La seconde qui avait suivi son interrogation, elle lui était venue d’elle-même. Son père avait fait cela pour le protéger. Il avait volontairement laissé une partie du sceau entrouverte pour lui permettre de puiser dans les réserves du démon en cas de problème...

Et ce fut à ce moment précis qu’une énième question germa dans son esprit. Elle était aussi simple que compliquée.

Que devait-il faire ? Laisser le sceau ouvert et courir le risque de perdre le contrôle n’importe quand, et de par ce fait, lui permettre de répandre la vengeance qu’il lui avait promise ? Ou le fermer totalement et risquer de ne pas pouvoir se sortir d’une situation compromettante…

L’un ne pouvait exister sans l’autre, mais il ne pouvait pas faire les deux à la fois.

- J’aurais une demande à vous faire, Hiruzen-sama, quémanda Naruto en braquant ses mains jointes vers l’avant et en abaissant brusquement son visage, comme pour signaler l’importance de ce qu’il allait suivre.

- Je t’écoute Naruto, encouragea l’Hokage en fronçant des sourcils, perturbé par le comportement du Namikaze.

- Cela va bientôt faire un an que vous m’entraînez sans relâche et je ne vous ai jamais rien demandé, j’ai écouté et suivi tout ce que vous m’avez dit de faire sans jamais rien dire ou ne serait-ce que me plaindre, commença le blond sous l’acquiescement du Sandaime, confirmant ses dires, mais de ne comprenant toujours pas où ce monologue allait les mener. « … Peut-on mettre en attente ce que vous aviez prévu de m’apprendre pour les mois à venir pour pleinement se consacrer sur l’apprentissage du Fūinjutsu ? » demanda alors Naruto, n’ayant toujours pas relevé la tête, attendant une réponse de la part du Sandaime. Suite à ses mots, un léger rire, émanant du vieil homme, aménagea les lieux avant de finalement s’estomper lorsqu’il prit la parole.

- Eh bien, je ne vois aucun problème là-dedans, Naruto, déclara-t-il, arrivant de par ce fait à lui arracher un énième air satisfait…

 « Encore ce bruit… »

- Naruto, approche,  j’ai besoin que tu fasses quelque chose pour moi, appela Hiruzen en illustrant sa requête par un signe de la main, alors que celui-ci se releva aussitôt en s’étirant brièvement pour se rendre auprès de l’Hokage d’une mine interrogatrice.

- La pause est déjà finie ? demanda-t-il en arrivant à destination avec une pointe d’égarement dans sa voix, dévoilant son fréquent assoupissement.

- Non, je voudrais seulement que tu insuffles de ton chakra là-dedans.

Naruto observa l’étrange feuille rectangulaire entrelacée dans les doigts du Sandaime, pointés dans sa direction, sans parvenir à comprendre où cela allait les mener. Mais ne voulant pas chercher de problème là où il n’y avait aucunement besoin d’en avoir, il attrapa le papier en outrepassant ses questions sans équivoque et fit, comme venait de lui demander Hiruzen, passer un peu de son chakra à l’intérieur, la réaction fut aussi immédiate qu’étonnante. À peine son chakra avait imprégné les premières fibres de la feuille, qu’elle s’était déchirée dans le sens de la longueur sous son air choqué.

- Désolé, je ne sais pas comment c’est arrivé, s’excusa-t-il immédiatement en essayant de recoller les deux nouveaux morceaux sous le sourire du vieil homme devant cet acte vain.

- Tu as tout à fait réussi, s’exclama Hiruzen l’air dubitatif.

- J’ai réussi ? demanda le Namikaze tentant de calmer sa respiration partie au gallot tout en voulant connaitre les raisons de cette réussite controversée. Le Sandaime, désirant accompagner le geste à la parole, attrapa deux nouvelles feuilles identiques à la première, qu’il avait conservées dans la poche de son pantalon, et les plaça réciproquement sur chacune de ses mains.

- Comme tu viens de le voir, ces feuilles ne sont en rien ordinaires. Elles ont été inventées, pareillement à tout ce qui se trouve ici, par le Nidaime, pour un but bien précis, commença-t-il d’une voix concentrée, essayant de captiver l’attention somnolente de l’Uzumaki. « Quand une personne injecte de son chakra à l’intérieur, un sceau canalisant les natures élémentaires, présent sur celles-ci, mais invisible à l’œil nu, agit en conséquence. » expliqua progressivement l’Hokage en approchant un peu plus les deux morceaux de papier du visage de Naruto. « Si l’élément parcourant le chakra de la personne se trouve être le Katon, alors le sceau amplifierait inéluctablement celui-ci pour embraser la feuille. Si c’est le Raiton, elle deviendrait alors rigide et se froisserait. Pour le Suiton, elle s’humidifierait, alors que pour le Doton, elle deviendrait poussière en un rien de temps. Mais si elle se coupe en deux, cela veut alors dire que la nature élémentaire de la personne est le Fūton, le vent. »

La première feuille, bloquée entre le majeur et l’index d’Hiruzen, se froissa avant de se désagréger et de tomber en millier de morceaux à même le sol. La seconde, dans sa main gauche, se coupa progressivement en deux avant que la partie gauche ne devienne molle et humide, tandis que la partie gauche elle, accompagné par une fumée grisâtre, s’embrasa pour ne rien laisser derrière elle.

Naruto resta comme stupéfait devant ce qui venait de se produire. Hormis le fait qu’il venait d’apprendre que sa nature élémentaire était le vent et qu’il avait envie d’en apprendre plus sur le sujet à cette simple réflexion, Hiruzen venait-il de lui prouver qu’il maîtrisait les cinq éléments ? Un sourire réjoui s’esquissa sur le visage de Naruto manifestant l’admiration qu’il éprouvait en ce moment même envers l’homme. Shinobi no Kami, maintenant et d’une certaine manière, il parvenait à comprendre ce qui lui avait valu ce titre.

- À présent nous savons en quoi consisteront les prochaines séances d’entraînement, déclara le Sandaime en souriant chaleureusement à son tour en compagnie de l’irrépressible soif de connaissance de Naruto, se faisant de plus en plus vorace, quant à l’apprentissage de cet élément encore méconnu de sa part.

« Ne peut-il donc pas se taire ? »

Il observa la silhouette de l’homme, s’extirpant dans un mouvement cadavérique de l’ombre de la ruelle, sans comprendre ce qu’il faisait là. Quel était ce sentiment entravant ses réflexions et qui l’empêchait de… réfléchir ? Un frisson lui parcourut l’échine et lui hurla de s’enfuir lorsqu’il accusa l’aspect détraqué que manifestait avec désinvolture l’individu. Encapuchonné, il ne laissait rien transparaitre hormis la cicatrice ornant sa joue gauche crispée par la folie que l’on pouvait ressentir à des kilomètres à la ronde.

- Qui êtes-vous ? Qu’est-ce que vous foutez ici ? demanda-t-il, craintif, préparant d’ores et déjà sa fuite.

Un sourire vicieux s’esquissa sur le visage de l’homme tandis qu’un éclair, suivi de près par un tonitruant tonnerre, ajoutèrent un peu de rationnel à cette banale rencontre.

- Ce n’est pas comme ça que l’on parle à un étranger, Namikaze, articula-t-il d’une voix cynique, frôlant l’hystérie, en laissant entendre un rire qu’il ne put contenir.

Naruto observa l’étranger, désabusé. Namikaze ? Impossible, cela n’avait aucun sens.

Alors qu’il continuait de s’approcher dangereusement de lui en le fixant sans interruption de son regard livide, une main se posa sur l’épaule de l’homme dissimulé derrière son manteau noir, calmant immédiatement les envies meurtrières qu’il avait pu ressentir jusqu’ici.

- Je m’occupe du reste, concentre-toi sur notre dissimulation, s’il venait à nous voir toute l’infiltration serait compromise et notre intermédiaire dans le village le serait aussi, ce n’est pas ce que veut le maître, lui rappela le nouvel arrivant en ne prêtant pas attention à la mine énervée de son acolyte, celui-ci comprenant qu’il avait raison, mais aussi frustré de ne pas pouvoir finir ce qu’il avait commencé.

- Ne t’en fais pas pour ça, il pense actuellement que le Jinchūriki du neuf queues perd le contrôle, je m’en suis assuré, le rassura fièrement le détraqué.

Naruto, ne comprenant rien à la scène qui se jouait devant lui, examina la seconde personne qui s’était extirpée de la ruelle. Il était un peu plus grand que le premier. Les cheveux noirs, lisses et parfaitement entretenus, seul l’air malsain enraciné derrière ses pupilles vertes abritant une agressivité inexplicable laissait à penser qu’il était hostile. Un indice sur celui-ci, mais qui ne l’était pas sur le premier antagoniste donna des raisons à Naruto de penser que leurs présences n’étaient pas le fruit du hasard.

L’homme étalait sans le moindre complexe un bandeau frontal, synonyme d’appartenance à un village ninja, rayait en son milieu, coupant les roches en deux et prouvant qu’il était un déserteur du village caché du pays de la terre, Iwagakure no Satō.

- Le colis est venu à l’heure comme convenue, il ne nous avait pas menti… Qui aurait cru que ce serait aussi facile.

Sans qu’il comprenne pourquoi, à la suite de ces paroles, un utopique mal de crâne ôta instantanément ses envies de fuite pour les faire totalement disparaître derrière une rage dérobée. L’intelligible douleur éphémère se transforma instantanément en effroyable déchirement musculaire à répétition au niveau de son abdomen et de son torse.

Il s’écroula sur ses genoux dans un bruit d’eau et de boue, avant de hurler sa souffrance insondable en s’arrachant son t-shirt pour apercevoir avec frayeur l’horrible couleur écarlate présente sur le sceau.

Les deux assaillants échangèrent un regard alarmé avant que le déserteur du village caché des roches ne se déplace rapidement dans sa direction pour l’attraper violemment à la gorge et arrêter ses gémissements incessants.

- Il t’a manipulé ! Laisse la haine te consumer ! Laisse-le te contrôler ! C’est ta seule chance de survie !  hurla une voix à tue-tête dans son esprit fragmenté par tant de souffrance.

Une douce et étrange sensation s’empara de son corps. Elle était si ardente et ancrée en lui, qu’elle fit disparaître sa crainte et sa douleur pour les remplacer par de l’apaisement alors que ses débattements et ses cris se stoppèrent presque aussitôt… un doux sentiment sans nom qu’il n’arrivait pas à maîtriser et qui se répandait dans toutes les parcelles de son corps.

Sa vue se troubla progressivement jusqu’à ne plus voir ni sentir la poigne de l’homme sur sa nuque. Quelques secondes plus tard, ce fut au tour de son ouïe de lui faire défaut. Seuls quelques mouvements flous parvenaient à atteindre sa conscience bercée par le chagrin de ne jamais avoir perçu des sentiments de la sorte. Il se sentait flotter, voyager… jusqu’à ce qu’il l’aperçoive.

Au fond de lui, derrière l’amour et l’admiration qu’il ressentait et chérissait en cet instant, il observa avec curiosité cette intense et puissante haine, attrayante, qui ne faisait que s’accroitre et qui l’appelait, exerçant une puissante attraction sur son esprit dérouté. Comme s’il l'avait attendu durant toute sa vie et qu’il était enfin en mesure de l’atteindre. Il s’en empara sans la moindre hésitation.

Maintenant qu’il la possédait et qu’elle était sienne et même en sachant pertinemment qu’elle lui faisait du mal, il ne voulait plus s’en séparer. Elle était agréable et réconfortante, deux sentiments qu’il n’avait jamais éprouvés auparavant même dans ses rêves les plus fous… et s’en détacher était la dernière chose qu’il ferait. Car, pour la première fois de sa vie, il se sentait en sécurité.

Il ne savait pas pourquoi, mais lorsqu’il céda le contrôle à cette rage, cette agressivité, s’adonnant totalement et arrêtant de l’affronter, il ressentit une effroyable envie de faire du mal autour de lui. Il voulait attaquer, blesser et tuer une personne, la déchiqueter en morceaux et savourer le spectacle. Il voulait voir cet individu souffrir et agoniser devant lui, sans quoi il la perdrait pour toujours et ce n’était pas envisageable. Cette profonde haine enfouit en lui, elle lui ordonnait de tout détruire, absolument tout, et il n’arrivait pas à y résister, la tentation était trop forte, trop présente, et bien trop facile à accepter pour la repousser.

Alors qu’il s’apprêtait à enfin accepter cette seconde opportunité qui s’offrait à lui, une lumière aguicheuse et illusoire attira son regard charognard, avide de sang. Sans comprendre et dans un diligent clignement de paupières, il se retrouva projeté dans une salle blanche et aveuglante. Plaçant viscéralement sa main affutée devant son visage repliait par tant de luminosité, il l’observa, sur ses gardes, et parés à la moindre éventualité, se déplacer lentement vers lui-

Le bruit tonna son encouragement pour la centième fois à l’unisson des premiers rayons de soleil éclairant la chambre de leur convivialité. Naruto, à contrecœur, ouvrit ses paupières accablées tout en étirant son être sous les tintements incessants du machiavélique objet se trouvant sur sa table de nuit. Observant sans grande conviction sa fenêtre et ses volets inhabituellement entrouverts se trouvant sur sa gauche, il remarqua, entre deux longs et tumultueux bâillements, qu’il ne se trouvait pas dans ses draps, mais au-dessus de ceux-ci, et qu’il était toujours habillé de ses vêtements accablés de poussière.

Cherchant dans ses souvenirs la raison d’un tel illogisme de ses fastidieuses habitudes, il parvint brièvement à se remémorer sa perte de connaissance à la fin de la séance d’entraînement à cause d’une trop forte utilisation de son chakra, et accusa un horrible mal de crâne lorsqu’il prit bien trop rapidement une position assise sur son lit. Hiruzen l’avait emmené ici alors qu’il dormait à point fermé, voilà la réponse qu’il cherchait et la raison de cet oubli.

Appuyé sur ses mains disposées en éventail dans son dos et ancré dans de profondes réflexions, un énième hurlement strident émanant de son réveil recherchant la guerre le fit sursauter tout en lui rappelant, dans une colère primitive, le pourquoi de son éveil et l’obligea, pour le bien de sa santé mentale, à balancer et fracasser d’un geste irascible l’abominable machine contre le mur adjacent à son lit. En percevant le bien que lui procura cette exécution intentionnelle et depuis le temps qu’il en rêvait, il réalisa dans un rire solitaire qu’il aurait dû le faire plus tôt.

Rehaussant sa vision d’un petit mètre et s’arrêtant dans sa niaiserie, il observa avec curiosité le morceau de papier se déplaçant avec difficulté dans les airs au bon vouloir du courant d’air, entrant par la fenêtre et filtrant la pièce, avant que celui-ci ne termine irrémédiablement sa trajectoire dans sa main droite interrogatrice. « Académie – 8 H 00 » retournant la feuille pour s’apercevoir que hormis ce point de rendez-vous, rien d’autre n’y était inscrit. Il comprit qu’il s’agissait d’un message écrit par Hiruzen lui-même et qu’il avait déposé sur sa table de nuit. « Maintenant, je voudrais bien connaitre l’heure. » pensa-il en regardant d’une mine dépitée le cadavre de son réveil à même le sol.

Soufflant pour une énième fois son mécontentement quant à l’ennui perpétuel qui résidait dans cet appartement, Naruto, s’étant levé et ayant terminé son déjeuner, commença à débarrasser la table de sa cuisine avec un désir proche du néant, mais dû néanmoins s’arrêter dans sa tâche, avec une pointe de remerciement imprégné dans ses pupilles, lorsqu’un bruit émanant de sa porte d’entrée attisa sa curiosité et sa surprise. Levant un sourcil interrogateur, il observa la porte. Le vent ? Un pèlerin cherchant à mettre fin à ses jours ? Deux ans qu’il vivait ici, deux longues années et personne n’était venue le voir. Alors pourquoi quelqu’un ou quelque chose venait-il de frapper à sa porte ? Qui serait assez fou pour oser venir toquer à sa maison. Le lieu le plus hanté dans tout Konoha, d’après les derniers articles des journaux locaux. Il fallait vraiment y réfléchir à deux fois avant de faire un acte aussi suicidaire.

Jetant avec dérision le bol et la cuillère dans l’évier, il traversa d’un pas récalcitrant le couloir menant à l’entrée de son appartement et se stoppa à une foulée de celle-ci, attendant qu’un second coup soit donné afin de savoir si tout ceci résultait de son esprit dérangé. Comme pour répondre à sa demande inaudible, un bruit similaire au premier fit vibrer la porte en bois devant ses yeux redoublant d’affolement. Agrippant la poignée et essayant de calmer ses tremblements et son cœur déjà bien trop rapide pour qu’il puisse le rattraper, une question l’empêcha de tourner cette fameuse poignée et d’ouvrir cette foutue porte une bonne fois pour toutes.

Que devait-il dire bon sang ? Il n’en avait aucune idée. Il s’entraînait avec l’Hokage du village ninja de Hi no Kuni, mais ne savait même pas ouvrir la porte de son appartement à un inconnu… Cela était-ce seulement imaginable ?

Un troisième coup à répétition, plus fort cette fois-ci, lui fit comprendre que la personne se trouvant de l’autre côté de la séparation commençait à s’impatienter et qu’il n’aurait bientôt plus d’interlocuteur s’il n’ouvrait pas immédiatement celle-ci, ne lui criant que cela. Ce fut entre un doute propagateur et un courage éphémère qu’il l’ouvrit un peu trop brutalement, faisant sursauter l’inconnue cherchant à le voir, dos à lui, ayant cru qu’il n’ouvrirait jamais et s’apprêtant à partir. Finalement, ce qui allait suivre ne serait plus la même histoire ou le même dialogue qu’il s’était imaginés pendant les vingt secondes qui venaient de s’écouler.

- Hinata ? questionna le Namikaze, interloqué, ne comprenant pas ce qu’une de ses camarades de classe faisait sur le pas de sa porte. « Qu’est-ce que tu fais ici ? » rajouta-t-il dans sa demande, en s’extirpant grossièrement de son appartement se situant en extérieur et au plus haut du bâtiment dans lequel il vivait, tout en jetant un coup d’œil aux alentours pour voir si la jeune fille était accompagnée, mais ne vit personne.

Il ne s’inquiéta pas plus que cela lorsqu’il remarqua l’implacable pâleur de la jeune fille, il avait l’habitude, il s’agissait Hinata Hyūga. À chaque fois qu’il parlait avec elle, chose qui n’était arrivée qu’une dizaine de fois en l’espace de quatre ans, soit elle reculait suffisamment pour pouvoir s’enfuir à la moindre occasion, soit… Elle s’enfuyait carrément. C’était systématique. Et à chaque fois, sans exception, elle exprimait ce sentiment de malaise, un sentiment qu’il ne comprenait pas, mais qui s’accordait parfaitement avec son teint pâle. Les enfants de son âge ne le craignaient pas, bien au contraire, ils faisaient tout pour l’humilier et l’insulter, c’était devenu comme un jeu connu de tous. Mais Hinata…

- Tu es venue me demander quelque chose ? demanda le Namikaze, arborant un visage ouvert et joyeux en courbant ses bras derrière sa tête.

Cela lui faisait plaisir de revoir une personne de sa classe. Six mois qu’il n’avait pas mis les pieds à l’académie, cent quatre-vingts jours qu’il n’avait pas vus de regard haineux sur sa personne… Il ne pensait pas dire cela un jour, mais… L’école lui manquait. Il savait pertinemment que ce n’était qu’une sensation passagère, qu’il ressentait ce sentiment uniquement, car il ne s’y trouvait pas, mais à cet instant précis, il aimerait revoir son professeur, chose que, bien sûr, il regretterait le moment venu…

Parfois il se demandait vraiment s’il était sain d’esprit.

Celle-ci, suite au questionnement de l’Uzumaki, plaça sa main gauche sous son menton et baissa légèrement la tête, rouge pivoine. Cela faisait plus d’une semaine qu’elle venait chaque matin pour voir si l’Uzumaki était là, elle avait pris l’habitude de ne recevoir aucune réponse émanant de l’habitation, c’était donc très difficile pour elle de se remettre de la surprise avec laquelle elle avait été prise au dépourvu...

Alors que les secondes s’allongèrent inévitablement et qu’aucun son cohérent ne s’extirpa de son être troublé, elle serra ardemment sa veste au niveau de sa poitrine à l’aide de sa seconde main valide pour se rassurer.

- O-oui. En fait, c-c’est… Ou bien… J-Je ne sais plus… Est-ce que tu vas bien ? déclara-t-elle finalement en rougissant un peu plus et en examinant ses mains, jouant maladroitement avec.

- Bien sûr que je vais bien, pourquoi ? sollicita Naruto, ne comprenant pas un tel questionnement.

Son sourire atypique tira sa dernière révérence pour se faire brutalement remplacer par un froissement de sourcil l’aidant à se concentrer sur l’étrange comportement de la jeune fille, tandis qu’elle sursauta pour la seconde fois à ce changement d’humeur bien trop inattendu.

- C-c’est qu’une rumeur circule depuis plusieurs semaines selon laquelle tu aurais repoussé une in-infiltration dans le village, énonça-t-elle, haletante, en détournant son visage lorsqu’elle croisa le visage surpris du blond.

- Tu sais ce qu’on dit des rumeurs n’est-ce pas ? Elles sont souvent répétées et amplifiées, déclara-t-il en guise d’unique réponse tout en abandonnant peu à peu sa surprise par la remplacer par de la reconnaissance quand il reposa son attention sur la jeune Hyūga. « Tu es venu jusqu’ici uniquement pour me demander cela ? » interrogea-t-il en sachant pertinemment qu’il y avait une raison à la présence de la brune, il y en avait toujours. Celle-ci baissa subitement son visage, honteuse d’avoir oublié ce pour quoi elle était venue.

- Je suis chargée de t’informer de ta convocation à l’académie ce matin, lui avoua-t-elle en le fixant pour la première fois depuis le début de leur échange.

- C’est gentil d’avoir fait ce chemin pour me prévenir, merci Hinata, remercia sincèrement Naruto en mettant de côté le fait qu’il était déjà au courant, il ne voulait pas lui faire comprendre qu’elle venait de faire tout ce chemin pour rien.

Malgré le sourire qui ornait son visage, il devait admettre qu’il ne comprenait pas grand-chose. Et il ne comprenait surtout pas pourquoi elle avait fait tout ce chemin pour l’avertir… Personne ne l’aurait fait, préférant le voir arriver en retard ou pas du tout, ce qui n’avait que pour but de le ridiculisé devant le professeur un peu plus en colère à chaque fois… Un spectacle beaucoup trop hilarant pour ne pas le provoquer intentionnellement.

Le domaine Hyūga et son appartement se trouvaient à l’opposer l’un de l’autre. Elle avait traversé le village tout entier pour simplement venir lui annoncer qu’il devait se rendre à l’académie. Il n’arrivait tout simplement pas à la cerner. Cette fille était une véritable énigme sur pattes. Elle ne lui parlait jamais ou fuyait à la première tentative, mais était capable de perdre une heure de son temps pour lui rendre service sans qu’il n’ait rien demandé… Il ne savait pas quoi penser de l’Hyūga et jusqu’à maintenant il avait préféré de pas essayer d’assouvir ses questions. Devait-il continuer ainsi ? Certainement, tout était plus simple quand il ignorait le problème, beaucoup plus simple.

- Tu veux boire quelque chose ?  demanda-t-il simplement en cherchant une façon de la remercier du mieux qu’il pouvait.

Hinata gloussa légèrement et pâlie un peu plus lorsqu’il se rapprocha d’elle quand elle ne répondit pas à sa demande... À vrai dire, il était vraiment trop près.

- Tu es sûre que tout va bien Hinata ? Tu me sembles beaucoup plus blafarde que d’habitude, questionna Naruto, anxieux, sans ménager ses mots, en touchant de ses doigts le front de la jeune fille pour vérifier si elle avait de la fièvre, mais aussi par peur qu’elle ne fasse un malaise sur le pas de sa porte. Tout le clan Hyūga lui porterait préjudice s’il lui arrivait quoi que ce soit ici. Et il s’agissait là d’un scénario catastrophique.

Les Hyūga étaient sans aucun doute possible, le clan le plus puissant et le plus influent du village, regroupant, à eux seuls, une grosse partie de l’élite shinobi de Konoha, et les avoir sur le dos n’était en rien une bonne fin en soi. Mais, ce qui faisait naitre en Naruto une envie irrésistible de ne pas attirer l’attention du clan sur sa personne, était le fait qu’ils étaient l’une des rares familles, se trouvant en haut de la hiérarchie militaire, à lui foutre la paix… Cela ne devait en aucun cas changer. Puis, pour ne rajouter qu’un peu plus de certitude à ses pensées déjà toutes façonnées, Hinata se trouvait être la fille ainée de Hiashi Hyūga, l’actuel chef du clan portant le même nom. Alors oui, il ne chercherait plus à comprendre le comportement de la jeune fille, car il ne pouvait tout simplement pas se le permettre.

Lorsque leurs peaux entrèrent en contact, un frisson traversa leur corps respectif, mettant inexorablement les jambes de la jeune fille en mouvement et l’éloignant brutalement de la conversation. Naruto constata que son geste venait de faire fuir sa camarade de classe à grandes enjambées et, l’ayant déjà perdu de vue dans le colimaçon du bâtiment, il se contenta d’un simple haussement d’épaules. Il s’agissait là d’Hinata Hyūga et il ne la comprenait toujours pas.

Le Namikaze retourna dans son appartement, passant d’un froid d’octobre à une chaleur climatisée, en repensant aux dernières paroles d’Hinata d’un pas plus léger et serein. Le village pensait qu’il avait stoppé une invasion ennemie… Cela était un bon point pour ne plus être emmerdé au quotidien. De plus, d’après ce qu’on lui avait dit sur ce qui s’était passé cette nuit-là, il s’agissait de la vérité. Mais, il ne fallait pas se voiler la face trop longtemps et ne pas espérer obtenir quoi que ce soit de satisfaisant, personne ne croirait à cette histoire et c’était bien pour cela qu’elle n’était restée qu’au stade de rumeur.

Un sentiment d’inquiétude s’installa en lui lorsqu’il cogita longuement sur le sujet... Si jamais les villageois apprenaient les véritables intentions des déserteurs, ils viendraient sûrement à la seule conclusion logique ; sa présence dans le village les avait mis en danger. Et cela était un très mauvais point… Mais… devrait-il réellement s’en soucier à l’avenir ? Devrait-il toujours et encore craindre leurs sanctions ?

[…]

Au fur et à mesure qu’il s’avançait vers l’agencement de bâtiment se trouvant à une vingtaine de mètres devant lui, les vibrations et la tonalité d’un groupe d’homme et de femme se faisaient plus proches, plus réelles. Mais à sa grande surprise, il ne les ressentit pas.

Il passa près d’un rassemblement de personnes, allant jusqu’à carrément les effleurer, mais encore une fois malgré les paroles affligeantes qu’il entendit le concernant, il ne les discerna pas.

Il ne savait pas vraiment pourquoi il ne les ressentait plus et pourquoi elles n’étaient plus là, celles qui d’habitude savaient comment faire parler d’elles, et uniquement d’elles. Était-ce la perspective qu’il avait une affaire plus grande à régler ? Ou tout simplement parce qu’il avait enfin trouvé quelqu’un sur qui s’épaulait…  Il l’ignorait, mais ce dont il était certain et qui n’était plus à démontrer était le fait indéniable qu’elles avaient disparu. Il n’avait plus peur de ce village et ne ressentait plus l’envie de se battre contre celui-ci pour prouver qu’ils avaient tort. Une entité plus sombre, plus cruelle, les avait effacé pour les remplacer par de la conviction. Une conviction devenue certitude. La certitude que tout ceci, cette rancœur et cette frayeur qu’il éprouvait à l’égard des habitants de ce village, n’étaient que futilités comparer à ce qui l’attendait s’il ne changeait pas. Et au vu de ce qu’il percevait en cet instant, le changement avait déjà opéré.

Naruto dirigea son attention sur toutes les personnes dispersées un peu partout dans la cour de l’académie et se demanda dans une démarche ambiguë la raison de leurs présences ici, attendant patiemment dans leurs coins. Le soleil était assez haut dans les cieux pour lui faire comprendre que la rentrée des classes du matin était terminée depuis presque une heure, et que, hormis un évènement ou un problème, rien ne pourrait retenir aussi longtemps tous ces parents d’élèves. Et ces hommes et ces femmes, il ne les connaissait que trop bien. La plupart d’entre eux étaient les pères et les mères de ses camarades de classe, ceux dans la plus grande partie avaient protesté auprès du Sandaime deux ans plus tôt, lorsqu’ils avaient appris que leurs enfants feraient partie intégrante du même cycle scolaire que le sien, un scandale inadmissible.

- Tu crois que l’Uchiha va encore surclasser tout le monde cette année ? demanda un homme arrivé derrière lui d’un pas lourd et d’une intonation ne laissant pas la moindre incertitude sur son avis, à un autre, posté là depuis plusieurs minutes. Naruto profita de cet instant merveilleux où il passait inaperçu pour essayer d’interpréter ce qu’il se tramait ici.

- Ce n’est pas facile à dire, je pense que mon fils a une chance, ces derniers temps, il s’est énormément entraîné, répondit le premier arrivé en bâillant sous le rire immédiat de son partenaire, n’en croyant pas un mot.

- Shikaku, toi comme moi savons que ton fils est un faignant, comme tu l’étais à son âge, lui rappela-t-il en continuant dans sa risée saccadée. « Enfin, je me demande encore si cela a changé... »

- Sur ce point, je ne peux qu’être d’accord avec toi, Chōza, avoua le supposé Nara d’une voix laissant transparaitre un sourire.

Il ne lui fallut que quelques secondes pour mettre un visage sur ces voix familières. Shikaku Nara et Chōza Akimichi. Tous deux respectivement désignés comme chef de leur clan et prouvant à Naruto que les deux personnes derrière-lui étaient les pères de Shikamaru et Chōji.  Mais tout ceci ne lui expliquait pas pourquoi ils se trouvaient ici, en compagnie de tous les autres adultes.

- Gamin, au lieu d’écouté ce que l’on dit, tu devrais plutôt te dépêcher de te rendre auprès de ta classe, le troisième examen va commencer, il serait dommage pour toi de le manquer tu ne crois pas ? l’interpella l’Akimichi dans son dos lui signalant qu’il s’était trompé sur un point. Ils avaient pris conscience de sa présence depuis le début… D’un autre côté, comment ne pouvait-il pas ? Il avait été stupide de croire que l’on pouvait rester sans bouger devant deux ninjas expérimentés et ne pas se faire repérer. Surtout en prenant conscience que ses cheveux dorés étaient visibles à des kilomètres à la ronde, et d’aussi loin que ses souvenirs pouvaient remonter, il était le seul dans tout Konoha à avoir cette tignasse désavantageuse en période de discrétion, et cela, encore une fois, il le devait à son père.

Certains mots dans la phrase du chef de clan lui revinrent en mémoire ; troisième examen. Maintenant il comprenait pourquoi toutes ces personnes étaient rassemblées au même endroit, au même moment. C’était pour la seule et unique raison que l’examen de quatrième année pointait le bout de son nez…

Il existait exactement quatre tests durant le parcours scolaire d’un aspirant ninja. Le premier se présentait dès l’inscription à l’académie, il servait à connaitre la personnalité de l’enfant, à seulement six ans, pour savoir s’il était en mesure de suivre l’enseignement qu’il allait devoir assimiler sans prendre de retard.

L'admission à l’académie de Konohagakure se faisait sur l’appréciation d’un jury, composé d’un ou plusieurs professeurs, enseignant déjà au sein de l’école, ainsi qu’un ninja expérimenté, arborant la plupart du temps le statut de Jōnin.

Il se souvenait encore à quel point il avait été sincère, proclamant haut et fort qu’il voulait protéger le village, qu’il voulait qu’on le regarde à sa juste valeur et qu’il ferait tout pour parvenir à ce résultat… Mais pourtant, et malgré les quelques phrases bien ficelées qu’il s’était exercé à prononcer durant des semaines, il avait été refusé. La seule conclusion logique lui étant venue à l’esprit après ce miséricordieux échange, était le fait que la sentence avait été décidée avait même son entrée dans la pièce. Il avait été totalement abattu d’apprendre la nouvelle, celle qui changeait complètement l’avenir tout tracé qu’il s’était imaginé, contrairement à certains villageois, fêtant cet échec cuisant.

Mais, quelle n’avait pas été sa surprise au lendemain lorsque Hiruzen était venu lui rendre visite à l’orphelinat dans lequel il vivait à cette époque. Une simple et courte phrase était ressortie de la discussion enveloppée de joie. « Il s’agit d’une erreur administrative, tu as été accepté, Naruto. »

Il n’avait pas compris ce retournement de situation, mais n’avait rien dit, savourant sa réussite, seul dans sa chambre…

Le second examen, lui, se faisait deux ans plus tard, à l’âge de huit ans, pour faire un point sur l’évolution de l’aspirant. Contrairement au premier, qui se faisait sur une chaise à l’aide de simples mots, celui-ci était une évaluation pratique sur tout ce qu’ils avaient appris en l’espace de deux ans. Clonage, métamorphose, substitution, lancée de Kunai… Rien n’était laissé au hasard.

Une autre chose qui le différenciait du premier examen était le fait qu’un échec n’était pas synonyme d’abandon. L’enfant pouvait continuer, mais c’était très mal vu, voire humiliant, et la quasi-totalité quittait l’académie, comprenant qu’il leur était impossible de devenir ninja. Celui-là aussi avait été un échec lamentable. Il l’avait complètement échoué même, il n’avait pas eu besoin de connaitre sa note pour le savoir, il l’avait tout simplement vu dans les yeux de l’examinateur et dans les erreurs s’enchaînant au fur et à mesure des épreuves.

Ce fut cette année-là qu’il avait été réparti avec sa classe actuelle, du fait que beaucoup avaient quitté l’école et que les classes se trouvaient en sous-effectifs, elles avaient fusionnées pour faire naitre celles d’aujourd’hui. Il se souvenait encore de ce jour comme si c’était hier, ce fameux jour où le scandale avait éclaté chez certains parents d’élèves un peu trop aigris sur son cas.

Il était un déchet continuant malgré l’échec et serait un poids mort pour la classe toute entière, il les entraînerait vers le bas, c’était certain, il devait être expulsé sur-le-champ… Lui comme eux savait que la raison était tout autre…

Le troisième, identique au second, était, comme tous les précédents, deux ans plus tard, à l’âge de dix ans, pour savoir si l’aspirant ninja avait le niveau pour continuer et pour réussir le quatrième, celui qui déciderait tout. Celui qui dirait si, oui ou non, ils avaient le potentiel pour être promu Genin deux ans plus tard. Le premier palier du système militaire ninja institué dans la péninsule depuis la fondation de Konohagakure, copié et modifié par la plupart des villages voisins, au vu de son efficacité.

Et ce jour n’était nul autre qu’aujourd’hui.

- Nom, classe et numéro d’examen, demanda sans lui prêter la moindre attention le Chūnin instructeur assis en face de lui sur un pupitre en bois se trouvant à extérieur, déplacé pour l’occasion.

- Naruto Uzumaki, B7, numéro trois, répondit simplement le blond en sachant pertinemment qu’il parviendrait à attirer l’attention de l’homme. Comme pour lui donner raison, le shinobi leva son visage mélangé entre la surprise et la haine lorsqu’il entendit son nom, et souffla un bon coup.

- Signe ici, réclama-t-il d’une voix sèche en déposant sous ses yeux un formulaire qu’il attrapa pour le lire diligemment. Il ne se souvenait pas avoir signé quoi que ce soit lors de la dernière épreuve, pourquoi cela avait-il changé…?

Ayant achevé sa lecture, Naruto comprit qu’il s’agissait d’un papier certifiant que l’enfant était consentant quant au risque qu’il prenait en participant à l’examen. N’ayant pas de famille ou de tuteur, c’était à lui et à lui seul de signer et de donner son accord.

- Comment peuvent-ils le laisser participer à l’examen en même temps que mon fils ? Il n’a pas le niveau.

- Cette chose ne devrait en aucun cas pouvoir devenir un ninja, c’est une honte.

Prenant le stylo accroché au carnet où la signature était demandée, le Namikaze inscrivit simplement son nom en guise d’approbation et rendit ensuite le morceau de bois où toutes les fiches étaient attachées au Chūnin ne l’ayant pas lâché du regard… Ce fameux regard qui en disait long sur les pensées de son consommateur et qu'il ne fallait pas essayer d’interpréter.

- Rejoins ta classe, l’épreuve va commencer, s’exclama le ninja en reprenant agressivement son formulaire et en reposant son regard sur ses fiches pour y inscrire des choses indescriptibles, saupoudrer par une colère passagère.

Haussant les épaules devant ce comportement tout à faire normal puisqu’il faisait partie de la conversation, Naruto prit le chemin de sa classe située et regroupée au fin fond de la cour, comme lui avait aimablement ordonné l’homme, avant de finalement changer de direction et de se mettre sous un arbre à l’abri des regards. Il n’était pas d’humeur à ressentir une haine constante autour de lui, bien que d’ici, il pouvait facilement ressentir des pupilles imbibées de haine, épiant ses moindres faits et gestes.

Se calant contre le mur voisin à l’arbre lui faisant de l’ombre, il observa avec appréciation la sérénité qui se manifesta lorsqu’un Jōnin de la feuille fit son apparition au centre de la cour, portant l’uniforme du village et mâchant une brindille sous le bandana faisant le contour de son crâne, attirant ainsi le silence et l’attention de toutes les personnes présentes.

- SI vous êtes tous rassemblé ici, dans la cour Est, c’est pour l’examen de fin de quatrième année, et je serais l’arbitre des rencontres à venir, déclara d’une voix forte et claire le Jōnin en se tournant vers son compatriote au poste de shinobi, alors que celui-ci, d’une posture droite et immuable, lui adressa une simple fiche. « Ce sont les noms des participants ? » demanda-t-il sous l’acquiescement de son homologue. « - Merci Ukah-san. »

- Laissez-moi vous dire rapidement en quoi consistera l’examen de cette année, débuta le jeune Jōnin en s’adressant aux adultes éparpillés dans la cour. Toussotant pour éclaircir sa gorge et pour être le plus compréhensible possible sous l’affluence de regard sur sa personne, il enchaîna aussitôt. « Un combat libre en un contre un. »

Une, deux, trois secondes passèrent avant que le silence ne se casse définitivement pour enfin discerner quelques conversations plus ou moins alarmées à l’annonce d’une telle nouvelle.

Personne n’avait été mis au courant de l’épreuve qui allait constituer l’examen, et ce fut d’ailleurs ce qui avait amené bon nombre de parents à prendre un jour de repos pour poser un pied dans cette académie, curieux de connaitre ce que leur fils ou leur fille allaient devoir passer. Si personne n’était d’accord sur qui allait bien pouvoir gagner son duel, étant donné que tout le monde proclamait haut et fort que leur rejeton gagnerait haut la main, tous étaient d’accord sur un point essentiel. L’Uchiha ne devait pas tomber contre leur enfant, ce serait catastrophique et fusionnerait danger et humiliation.

Naruto sourcilla légèrement face à cette déclaration et tenta de cacher son hilarité face à l’aubaine qui venait de se matérialiser devant lui. Maintenant il saisissait pourquoi il avait dû signer ce formulaire… Un combat libre. Ce qui impliquait que toute utilisation d’arme ou de technique en tout genre était acceptée, ce qui en soit, pouvait entraîner des blessures plus ou moins graves. Comme des coupures ou des fractures… Le consentement était donc nécessaire pour pouvoir participer à l’examen.

Mais il ne fallait pas être dupe, si le combat allait trop loin et que les deux combattants risquaient plus qu’une simple coupure, le Jōnin y mettrait rapidement terme avant même que ceux-ci ne puissent se toucher.

- Si tout le monde est prêt, nous allons commencer, s’exclama l’homme sous son bandana, faisant immédiatement taire les dialogues inutiles et faisant renaitre un silence d’appréhension quant à ce qui allait suivre. Tous les parents se dirigèrent vers les estrades en bois construites spécialement pour l’occasion, se situant sur la paroi Est de la cour, face au soleil à l’opposer des classes, assises et regroupées dans l’ombre des murs de l’académie.

- Le premier combat opposera Ikon Randamu à Kotai Fumei, approchez, sollicita l’arbitre des matches sous la timide arrivée des deux protagonistes. « N’oubliez pas, cet affrontement résultera de votre note pour l’examen, donnez le meilleur de vous-même. » rappela-t-il en se reculant légèrement quand les deux nommés se retrouvèrent l’un en face de l’autre. « Saluez-vous puis commencez à mon signal. »

L’Uzumaki, maintenant perché sur l’arbre pour avoir une meilleure vue, observa avec attention les combats se succédant. Il y avait un peu plus de cent cinquante élèves amalgamés dans la cour, et chacun allait pénétrer dans la zone de combat pour en ressortir avec une note plus ou moins bonne, tout portait à croire que cela allait être extrêmement long et sûrement reporter au lendemain, mais pourtant, et à son grand étonnement…

Neuf fois sur dix, le combat ne durait que quelques secondes.

Un des deux adversaires prenait rapidement l’avantage sur son antagoniste et l’emportait d’une victoire rapide et facile. Mais parfois, des combats arrivaient à lui arracher un sourire. Certains affrontements, opposant deux aspirants ninjas, s’éternisaient tellement, qu’ils n’avaient plus assez de force pour ne serait-ce que se frapper. Aucun des deux n’arrivait à prendre le dessus sur son antagoniste, ne s’étant presque jamais battu jusqu’ici, il n’arrivait tout simplement pas à trouver le point faible de leur adversaire.

Sous la déception et le désaccord de leurs parents, affirmant que leur enfant pouvait encore se battre, malgré la sueur et parfois le sang coulant sur leur visage suppliant une trêve, l’arbitre, en ayant assez vu,  déclarait un match nul pour demander à un autre duo de s’approcher.

Les adversaires étaient tout le temps des enfants n’appartenant pas à la même classe. Car se connaissant, du fait qu’ils pratiquaient des entraînements ensemble toute l’année, certains élèves pourraient commencer le combat avec un avantage en possédant à l’avance les faiblesses de son opposant, et fausseraient donc les notes.

Du moins, c’était ce qu’il avait cru comprendre, étant donné qu’en une trentaine de combats, aucun concurrent n’avait eu le même professeur durant les deux dernières années. Ce n’était en rien une coïncidence.

- Très bien, le combat suivant opposera Naruto Uzumaki à…

Naruto, le visage empli de confiance et ravi que ce soit enfin son tour, sauta de son perchoir et s’étira longuement devant le silence volontaire du Jōnin. Il allait enfin connaitre le nom de son adversaire.

Dans cette confiance à toute épreuve qui parcourait son visage régnait un problème qu’il allait devoir régler dans la zone de combat… Il ne connaissait personne chez les classes voisines. N’ayant aucun ami certifié dans la sienne, avoir ne serait-ce qu’une connaissance dans une autre classe était synonyme d’impossible, alors son opposant serait, comme convenu, un inconnu.

L’arbitre désigné leva son visage éberlué vers la dizaine de Chūnin instructeur, assis sur des chaises à l’avant des estrades et regarda plus précisément Mizuki, l’enseignant des deux aspirants, croyant qu’ils avaient fait une erreur, mais devant leurs impassibilités et le sourire qui s’esquissa sur la face du Chūnin, il soupira d’agacement. « Comment ces quatre imbéciles peuvent-ils encore être professeurs… Il serait plus judicieux de les placer dans la section d’Ebisu Morino. »

- Sasuke Uchiha.

La Namikaze s’arrêta net à la limite de l’ombre engendrée par les murs de l’institution ninja et pivota instinctivement son champ de vision sur son professeur, qui lui retourna son regard avec une pointe d’animosité et un sourire prémédité. Une colère incontrôlable traversa ses veines en lui hurlant sans retenue de se jeter sur le Chūnin et de lui arracher ses globes oculaires, mais, ne voulant pas lui donner plus de plaisir qu’il en avait déjà eu suite à son arrêt et sa surprise, il se déplaça jusqu’à atteindre sa destination et se retourna pour faire face à l’Uchiha, venant à son tour de s’immobiliser à l’intérieur du cercle.

Se concentrant sur le seul rescapé du clan maudit, l’Uzumaki remarqua que celui-ci se contentait de le fixer sans bouger d’un millimètre de son regard noir encre parlant à sa place. Il se fichait éperdument que les règles avaient été violées et que leur combat était arrangé de toute pièce, après tout, il ne le prenait pas au sérieux et connaissait l’issu de l’affrontement à l’avance.

- On compte sur toi Sasuke-kun ! Fais-lui mordre la poussière ! éclata comme un appel à l’éloge la voix d’une aspirante, sous l’acquiescement de certains adultes devant ce manque de respect, exposant le fait qu’ils soutenaient totalement ses paroles, elle, qui avait osé dire tout haut ce que tout le monde pensait tout bas.

Plusieurs groupes de filles, rassemblés dans les classes à l’autre bout de la cour, commencèrent à crier le prénom de l’Uchiha en cœur, rendant l’Uzumaki légèrement jaloux lorsque pour ses louanges des nouvelles phrases cinglantes se firent entendre, provenant parfois de sa classe.

- Abandonne, tu n’as aucune chance !

Décidément, lui aussi avait un fan-club tout entier.

Le Jōnin, arborant un bandana tenant fermement ses cheveux virevoltants, leva son bras dans les airs alors que les insultes et les encouragements cessèrent instantanément.

- Saluez-vous puis commencez à mon signal, réclama-t-il en amorçant une manœuvre de recul face à ce combat retenant encore son calme.

Les deux protagonistes s’échangèrent un regard épris d’une rage exagérée et d’une détermination sans nom, qui n’avait que pour but de faire flancher son adversaire sur ses chances de victoire, sans faire le moindre signe de salutation. Cette cessation de mouvement généra un énième mutisme dans la cour, plus personne n’osait parler et tous attendaient que les deux aspirants ninjas se saluent, comme le voulait la tradition, rendant l’atmosphère lourde de pensées et d’attentes. Seul le souffle du vent risqua sa peau en s’interposant entre les deux jeunes individus, balayant leurs chevelures à son bon vouloir et faisant s’envoler les derniers espoirs d’un combat amical.

L’arbitre, s’apercevant que les politesses désirées ne viendraient jamais, abaissa son bras dans un mouvement vif et spontané avant de bondir en arrière sous une tension palpable. Aucun parent d’élèves n’avait vu l’Uchiha se battre, c’était la première fois qu’un examen était ouvert au public. Tous, sans exception, avaient hâte de voir le dernier descendant du clan maudit vivant à Konoha à l’œuvre. « Commencez. »

Alors que toute la classe de Naruto s’attendait à le voir foncer tête baissée sur Sasuke, comme il le faisait à chaque fois que l’occasion se présentait, ils furent tous surpris de le voir reculer à son tour dans un bond aux abords de la limite de combat et de sortir un kunai de sa sacoche en scrutant à son tour les moindres faits et gestes de son opposant.

Il ne pouvait pas l’attaquer de front. Il allait se faire surprendre et se ferait battre à tous les coups s’il employait cette stupide méthode qui le caractérisait si bien. Malgré la minute de réflexion qu’il avait eue avant le début du combat et malgré tous les affrontements qui les avaient opposés, il n’arrivait pas à se souvenir des mouvements et des offensives de l’Uchiha… Six mois plus tôt, il aurait payé cher pour oublier toutes les humiliations que lui avait fait connaitre Sasuke, mais aujourd’hui, avec tout ce qu’il avait appris et tout ce qui lui restait à apprendre, il n’arrivait tout simplement plus à se remémorer ces fameux déplacements qui l’avaient ridiculisé. Il affrontait littéralement un étranger. Mais une bonne nouvelle émergée de toute cette histoire. L’enfoiré qui se trouvait en face de lui le prenait de haut et le sous-estimé totalement. Et ce serait cela qu’il prendrait à son avantage pour lui faire mordre la poussière. Il n’avait pas pu comparer ses progrès, étant donné qu’il s’était entraîné avec le Sandaime, toute comparaison était injurieuse, il allait enfin pouvoir tester ses nouvelles capacités et voir à quel point il avait progressé, si tel était le cas.

Plusieurs sifflements fondant rapidement l’air parvinrent jusqu’à son ouïe sensible alors qu’il para avec facilité un à un les shuriken envoyés par l’Uchiha à l’autre bout de la zone de combat. Ils étaient lents, tellement lents, qu’il avait eu le temps de l’observer dans ses déplacements pendant sa défense.

Sasuke venait de faire exactement ce qu’il savait être une erreur, et tout ceci résultait de sa stupide confiance sur la faiblesse de son adversaire. Il avait mis une force modérée dans son lancer pour avoir le temps d’arriver au corps-à-corps et le mettre à terre pendant sa parade, comme habituellement. Mais cette fois-ci, il l’avait vu.

Évitant le dernier projectile en pliant ses genoux et en cambrant son corps vers l’arrière, Naruto évita le coup de pied circulaire assaillant de l’Uchiha puis profita de la surprise générée devant son réflexe spectaculaire pour l’attraper par sa jambe et son buste de ses mains valides, l’arrêtant net dans sa trajectoire. Les yeux écarquillés, Sasuke essaya de se défaire des prises de son adversaire, mais la vitesse avec laquelle il fut plaqué brutalement au sol le stoppa dans son idée qu’il avait encore une chance de s’en sortir et lui arracha un hoqueter de douleur et d’étonnement.

Naruto plaça irrémédiablement le kunai présent dans sa main depuis le début de l’affrontement sur la trachée de brun, encore sonné, ne comprenant absolument rien à ce qui venait de se produire, comme la majorité des personnes présentes. Un silence mortuaire s’aménagea dans la cour, dérangé uniquement par des étonnements de stupeur à répétition et par le craquement des estrades en bois, hurlant leurs souffrances sous le poids de tous les spectateurs s’étant levés simultanément devant ce qui se jouait sous leurs yeux ébahis.

- Le garçon aux cheveux noirs a perdu ? demanda dans un chuchotement un enfant ne dépassant pas les quatre ans à ses parents, debout à ses côtés dans les tribunes, n’y voyant plus rien à cause de tous les adultes dressés devant lui.

Le père et la mère de l’enfant, ainsi que toutes les personnes présentes, ne dirent rien. Tournant simultanément leurs visages ahuris vers l’arbitre, attendant un mouvement de sa part, mais tout comme eux, lui aussi semblait ne pas savoir quoi faire. Ils pivotèrent alors leur visage vers les professeurs, debout devant leur chaise renversée pour la plupart. Cependant et contrairement au Jōnin arbitrant les rencontres, ceux-ci semblaient ne plus pouvoir respirer. En particulier un, qui observait la scène comme si sa vie en dépendait, comme si ce n’était qu’un cauchemar et qu’il allait se réveiller sous peu.

Plusieurs chuchotements presque imperceptibles se manifestèrent dans le rassemblant des classes d’aspirants ninjas. Certains enfants étaient surpris face à ce retournement de situation, en particulier les garçons, alors que d’autres, filles pour la majorité, scrutaient la zone avec ironie. Il avait trébuché, Sasuke avait trébuché, il n’y avait pas d’autres possibilités.

En voyant la perlée de sang suinté sur le cou de l’Uchiha, dû à la forte pression qu’exercée Naruto, il comprit que le combat était terminé et que le brun ne pourrait pas se relever de cet assaut. Il éleva alors son bras pour signaler la victoire étonnante et égrillarde de l’Uzumaki sous le même silence qui s’était installé depuis maintenant une vingtaine de secondes.

Naruto, quant à lui, fixa avec attention le regard à la fois meurtrier et hébété que lui envoya son camarade de classe, dans l’incapacité de faire le moindre geste.

Deux secondes, il lui avait fallu seulement deux secondes pour prendre le dessus. Il n’aimait pas être à la vue des regards, il n’aimait pas attirer l’attention sur sa personne pour de futiles raisons, mais le sentiment qu’il ressentit à ce moment précis, en comprenant qu’il avait pris sa revanche aux yeux de tous, n’eut pas de prix.

- Étant donné que son adversaire n’est plus en état de faire le moindre geste, Naruto Uzumaki est déclaré vainqueur.

Le silence laissa place à un brouhaha partagé entre l’incompréhension et la déception.

[…]

« … Je ne saurais dire où et par qui ce conflit a commencé. D’ailleurs, à l’heure où j’écris ces textes, je ne pense pas qu’une personne le puisse. Le début des hostilités remonte à bien trop longtemps pour que quelqu’un fasse encore partie de ce monde pour venir me narrer cette fascinante histoire.

Les trois grands pays élémentaires, puis les cinq grandes nations ninjas… C’était possiblement ces simples phrases qui avaient tout amorcé, qui avaient fait naitre une soif de pouvoir et de richesse qui ne pouvait s’étancher qu’en écoutant les gémissements de son opposant. Chacun voulant prendre le dessus sur son homologue, engendrant des guerres de plus en plus sanglantes, de plus en plus répandues.

Une seconde guerre est sur le point d’éclater, les pays ferment leurs frontières et les villages cherchent des hôtes ne rejetant pas les cadeaux de mon frère. Elle est imminente et se rapproche à grands pas. Une année, peut-être deux, avant les débuts des hostilités.

Mais ne se voilant pas la face. Si elle suit de très près la première, c’est uniquement car mon frère n’est plus des nôtres, sinon, la première perdurerait toujours. Qui aurait pu croire que, Hashirama Senju, le plus puissant et le plus courageux shinobi qu’il m’ait été donné de connaitre soit mort… »

- Que lis-tu ? l’interrogea Hiruzen arrivant à ses côtés, le sortant de sa lecture.

- Des écrits du Nidaime, déclara Naruto allongé à même le sol en enlevant le livre de son champ de vision pour observer le sourire ornant le visage du vieil homme.

Se rehaussant de manière incontinente, Naruto considéra l’homme d’une mine interrogatrice. « Que veut dire Tobirama quand il parle des cadeaux du Shodaime aux pays voisins ? Je dois avouer que je suis perdu. J’ai dû lire ce genre d’allusion une bonne dizaine de fois, et à chaque fois, elles sont placées dans des contextes haineux, parfois même rancunier. »

Hiruzen s’adossa contre le mur adjacent aux étagères où les mémoires du Nidaime étaient entreposées, et scruta le jeune blond assis à quelques mètres sur sa gauche, comprenant que des explications détaillées étaient de rigueurs.

- Je n’ai pas beaucoup de temps, un tas de paperasse m’attend, mais si tu veux vraiment connaitre l’origine de cette haine, alors je vais te répéter ce que m’a autrefois dit Tobirama-sensei, commença Hiruzen en prenant une longue bouffée d’air avant de débuter.

- Le Nidaime était quelqu’un de très calculateur et prévoyant, il savait pertinemment quand une situation était bonne à prendre ou à laisser tomber mieux que quiconque. Les personnes à qui il avait accordé sa confiance pouvaient se compter sur les doigts d’une seule de mes mains, relata-t-il, essayant de traduire du mieux qu’il s’en souvenait la personnalité du Senju. « Et encore, une sensation d’exagération me parcourt les veines. » Hiruzen plissa des yeux, comprenant que la partie la plus importante était à venir.

- Contrairement à Hashirama, pouvant l’accorder au premier passant rencontré. Et c’était ce que lui avait constamment reproché Tobirama jusqu’à son dernier souffle de vie, lui hurlant sa naïveté du fait qu’il pensait pouvoir instaurer une paix immuable dans ce monde ne recherchant que la guerre, dévoila le Sandaime en ne mâchant pas ses mots, prouvant de par ce fait à l’Uzumaki que la relation qu’entretenaient  les deux frères n’était pas aussi joyeuse qu’il avait pu lire dans certains ouvrages.

- À la mort du Shodaime, Tobirama m’avait confié que son frère avait commis seulement trois erreurs dans sa vie. Trois fautes pour une seule vie… cela pourrait paraitre peu, mais ce qu’elles ont laissé dans leur sillage n’est en rien dérisoire.

Une pointe d’amertume se fit ressentir à la fin du monologue d’Hiruzen, se remémorant un douloureux passé en partie délaissé.

- La première de ses erreurs n’était nul autre que ces cadeaux, dévoilant une vérité effacée des livres d’histoire de Hi no kuni tant elle ternit l’image d’Hashirama, débuta Hiruzen d’une voix plus calme, plus lointaine, prenant soin de ne rien oublier, tandis que son regard se perdit un peu plus sur le mur leur faisant face, observant tout et rien à la fois.

- Quelques mois avant la première Grande Guerre ninja, un conseil de dernières minutes réunissant les plus puissants et les plus influents shinobi de l’époque avait vu le jour. Celui-ci n’ayant que pour but d’atténué les tensions présentes entre la plupart des grandes puissances, afin d’éviter que la guerre, jusqu’à lors silencieuse et invisible, ne se montre en plein jour et ne se répande inévitablement dans la péninsule. Hashirama était le responsable de ce rassemblement regroupant les cinq Kage des nations élémentaires… le premier conseil des Kage de toute l’histoire de la péninsule ninja… ainsi que le dernier à ce jour, tant l’échec de cet entrevu avait était cuisant selon les dires de Tobirama.

- Ce conseil avait fait naitre chez Tobirama une colère inégalable envers son frère. À cette époque, tous, sans exception, craignaient la puissance de Konoha, et aucun Kage ni aucun pays, quel qu’il soit, n’aurait été assez fou pour s’attaquer à Hashirama Senju, le seul homme ayant réussi à contrôler les neuf démons primordiaux. Mais ce qu’appréhendait par-dessus tout Hashirama ainsi que Hi no Kuni, était une coalisions des nations voisines, afin repousser l’oppression qu’ils exerçaient… Et même si Konoha aurait pu aisément se défendre en infériorité numérique, Hashirama a fait ce qui le caractérisait si bien, il a essayé d’empêcher la guerre naissante en offrant à ces états fraîchement bâtis, ce qu’ils désiraient le plus. Le pouvoir et l’assurance de demeurer sur la durée.

Naruto se leva très lentement de l’endroit où il s’était installé et scruta Hiruzen pour essayer d’y déceler le moindre signe de mensonge, mais rien hormis la vérité n’arrivait à ressortir de cette déclaration. Il détourna son regard le temps d’une demi-seconde avant de le rabattre sur son maître pour finalement hausser des épaules face à ces renseignements. Bien que l’idée de connaitre la solution utilisée par Hashirama pour venir à bout des démons à queues lui fût venue en tête, elle s’était rapidement évaporée en comprenant qu’il la connaissait déjà. Mokuton, un art fusionnant l’eau et la terre pour faire pousser le bois. Un art à la fois dévastateur et sublime, ayant soumis les plus puissantes créatures de ce monde, mais malheureusement perdu et enterré avec la mort du Shodaime. Autrement dit, il ne pouvait pas compter là-dessus par venir à bout de ses problèmes.

- Hashirama a alors offert les démons à queues aux quatre villages s’étant présentés à ce rassemblement pour leur prouver que Konoha n’était en rien une menace et qu’ils ne recherchaient en aucun cas la guerre. Mais la subtilité de cet évènement arrangé de toute pièce par le feu était le fait que Konoha ne recherchait pas la paix non plus. Bien au contraire, ce geste avait comme unique but de rétablir la politique mondiale suite à l’effondrement des trois prépondérantes nations les ayant précédés, ainsi que les relations internationales et par conséquent, l'économie. Mais même en réalisant ce geste positionnant Konoha face à de nombreux dangers, Hashirama savait pertinemment que le pays du feu ne serait nullement inquiété si une guerre venait à éclater et que ses cadeaux étaient de mises. Il pouvait, s’il le désirait, soumettre les Bijūs de lui seul sans le moindre problème, cet acte était, de par ce fait, dénué de risque pour sa personne, et uniquement sa personne, expliqua Hiruzen en soupirant suite à son monologue, sous l’œil attentif de Naruto, ressentant une légère colère dans la timbre de voix du vieil homme, comme-ci il partageait le fond de pensée du Nidaime.

- Et c’était justement pourquoi Tobirama n’était que haine et rancœur à l’encontre d’Hashirama. Car il savait que la mort le guetterait tôt ou tard, et que le jour à ça arriverait, le jour où son frère viendrait à mourir, il n’y aurait alors plus personne pour empêcher la péninsule d’utilisait sans limites les armes massives que leur avait données le Senju. Et comme l’avait prédit Tobirama, c’était exactement ce qui s’était produit. Ce qui nous amène, à ses yeux, à la deuxième erreur de son frère, sa mort, dévoila Hiruzen en s’arrêtant quelques secondes, déchiffrant sur le visage de Naruto que celui-ci avait une question à lui poser.

- À ce sujet, je ne sais pas s’il s’agit là d’un secret de la feuille, mais comment Hashirama est-il réellement mort ? demanda le Namikaze d’une intonation reflétant son envie de connaitre la vérité, à savoir,  comment l’homme, ou bien le dieu, que lui décrivait le Sandaime, avait bien pu être tué. Car personne ne semblait vraiment le savoir, les nombreuses publications qu’il avait pu lire à son sujet entraient complètement en contradiction avec ce qu’essayer de leur inculquer l’académie. Maladie, assassina, personne n’avait la même réponse quand il s’agissait de la mort du Shodaime.

- Une embuscade dans les montagnes escarpées du pays de la roche alors qu’il rentrait à Konoha suite à une entrevue avec le Tsuchikage, déclara sans émoi le Sandaime en guise de réponse.

Alors que pour le vieil homme cette tirade ne sembla l’affecter en aucun point, cela eut l’effet d’une bombe dans l’esprit du blond. Si une personne comme le Shodaime Hokage avait pu être tué par un simple piège… alors n’importe qui pouvait mourir sans s’en rendre compte, et c’était ce qui l’effrayait au plus haut point… il n’avait pas vraiment peur de mourir, il avait seulement peur de ne pas avoir assez vécu.

 - Celle-ci était si inattendue, que lorsque l’authenticité de sa mort avait été confirmée par Konoha quelques semaines après son décès, ne pouvant plus mentir à ce sujet, une trêve avait été déclarée pour honorer l’homme qu’il avait été. Mais ce n’était là qu’un prétexte pour reprendre des forces suite à une guerre ayant perduré plus de vingt ans et s’étant répandue dans les moindres parcelles de la péninsule, relata Hiruzen en terminant d’une voix caverneuse.

La première Grande Guerre avait débuté à cause de Shodaime Hokage et son utopique paix, et avait pris fin par sa mort sans qu’il n’y ait de réel vainqueur et laissant les cinq grandes nations meurtries. La Deuxième Guerre opposant principalement la foudre au feu avait commencé par la mort du Nidaime Hokage, ayant sacrifié sa vie face à plusieurs escouades de Kumo à la suite d’une embuscade. Elle s’était terminée par une victoire vengeresse et dépravante de la feuille. La troisième quant à elle, avait été déclenchée par la convoitise de Iwa et Konoha, s’opposant dans un face à face sur le territoire de Kusa, afin de s’accaparer Suna, se retrouvant affaibli et déstabilisé suite à la mort de leur Kazekage.

Konoha avait toujours joué un rôle important, voire crucial, dans le début et la fin des guerres, contrairement à ce que l’on pouvait lire dans les livres d’histoires présents dans la feuille. Laissant un arrière-goût amer dans l’esprit du blond, comprenant que ce pays n’était en rien innocent dans ces affrontements ayant ravagé la péninsule toute entière. Il en était même le plus grand acteur.

- La troisième erreur d’Hashirama n’en était pas vraiment une. Car une erreur n’est pas prévisible, elle ne se produit pas volontairement, sinon cela n’en serait pas une. Il s’agissait là d’une simple et pure trahison envers lui-même et envers son clan. Le jour où Tobirama m’avait parlé de cet évènement qui le rongeait de l’intérieur, je n’avais pas ressenti cette colère dissimulée derrière l’admiration qu’il éprouvait à l’égard de son frère, non, c’était bien plus que cela, expliqua le Sandaime en fermant les paupières, toujours adossé au mur, les bras croisés devant son visage recherchant un terme approprié. « Ce jour-là, le respect envers son frère avait tout bonnement disparu.  Une haine incommensurable avait pris la place, dévoilant les pertes et l’endoctrinement qu’il avait subis durant son enfance. Toute cette haine ne se dirigeait que vers un seul point et vers un seul nom… »

*******

 

« … C’est inévitable, ils l’ont dans le sang. J’ai fait tout ce qui était en mes capacités pour retarder cet évènement à venir, allant jusqu’à leur céder une autorité illusoire, mais ce n’est pas suffisant. Mes successeurs auront comme lourde tâche de réparer la miséricorde de mon frère. À la minute où leur soif de vengeance s’extirpera du sommeil utopique dans lequel elle a été plongée, la personne en charge devra faire ce pour quoi elle a été nominée. Elle devra assurer l’avenir du feu et éteindre ce nom à jamais. Elle se devra de protéger ce pour quoi mon frère a sacrifié sa vie. »

Il rouvrit méthodiquement ses paupières lorsque le vent frais d’un hiver se faisant désirer le sortit sans ménagement de sa torpeur. Les jambes ballantes et assis au sommet d’une armature en pierre, Naruto rehaussa son visage et son buste pour observer la splendeur des lieux par cette nuit de pleine lune, examinant ainsi, au point culminant de l’entrée du quartier, les restes du défunt clan.

Malgré la volonté de fer parcourant ses veines en cet instant de questionnement et de réflexion, son regard ne révéla aucune envie de se détacher des tâches écarlates encore présentes sur la plupart des bâtiments et des murs adjacents à ceux-ci. Seul le sol, par endroit, semblait avoir réussi à se débarrasser de la trahison d’un des plus grands prodiges que le clan avait vu naitre.

Cela faisait maintenant plusieurs nuits qu’il venait ici, à ne faire d’autre qu’observer le quartier du haut de son perchoir et à essayer de comprendre ce qui avait pu le pousser à commettre ces atrocités.

Il ne se souvenait pas de ce qu’il avait fait le jour de son huitième anniversaire quelques mois après le drame, ou même du jour ayant précédé cet évènement… Mais ce jour-là, il n’arrivait tout simplement pas à le sortir de sa tête. Il avait été gravé dans sa mémoire, ainsi quand dans celle de toutes les personnes étant susceptibles de comprendre ce qui s’était produit.

Il s’en souvenait comme si c’était hier… l’incompréhension, la tension, la peur… la colère.

La nouvelle s’était propagée aux environs de trois heures, soi quinze heures après le massacre. Il se souvenait s’être expressément demandé, alors que l’appel avait déjà eu lieu, pourquoi il n’était pas présent, lui, pourtant si assidu. Mais s’était rapidement sortie cette question de l’esprit. Ce n’était qu’une absence, rien de bien grave.

La frayeur et l’agitation des villageois avaient débuté seulement une heure plus tard, croyant tout d’abord à une mauvaise blague, et s’imaginant que cela ne pouvait pas être vrai. Personne n’arrivait à y croire. Mais le déplacement en masse des ninjas du village vers le nord, se dirigeant inexorablement vers l’endroit en question, leur avait rapidement fait comprendre que cela n’avait rien d’une mascarade, et ce fut à ce moment que la panique avait pris son envol.

Les parents de ses camarades accompagnés d’un silence anxieux, craignant le pire, étaient venus les chercher un à un. Même Mizuki, grand et valeureux ninja, s’était retiré en comprenant la gravité de la situation, le laissant seul dans une classe asséchée de toute rancœur et de toute compréhension.

Un frisson lui parcourut l’échine lorsqu’il essaya de s’imaginer l’ampleur qu’avait dû avoir la nouvelle de l’anéantissement du clan au niveau péninsulaire. L’un des clans les plus puissants et les plus craints du monde ninja avait disparu subitement, en une seule nuit, ne laissant qu’un enfant derrière lui. Il se demandait réellement comment une guerre n’avait pas éclaté avec les pays voisins face à cette mutilation et cet affaiblissement au sein même du village, à croire que, comme l’avait prédit Tobirama, le village avait pris des précautions à l’encontre d’un tel évènement.

Une légère et brève illumination le tira de ses pensées et attira son attention accoutumée éclat lumineux. Déplaçant machinalement son regard de quelques centimètres sur sa gauche, Naruto scruta l’homme, s’extirpant de l’ombre de la ruelle où il avait aperçu la lumière pour la dernière fois, se dirigeant incontestablement vers son perchoir.

Alors qu’il s’apprêtait à sauter de la structure mesurant un peu plus de dix mètres de haut pour ne pas se faire voir, une nuisance sonore dans son dos le prit au dépourvu et l’arrêta dans sa manœuvre. Dans un réflexe qu’il ne soupçonnait pas et en une fraction de seconde, il quitta sa position assise pour s’allonger sur la pierre glacée, puis observa une silhouette se déplaçait dans l’allée où le bruit avait émergé, saisissant ainsi le fait qu’elle était à l’origine de celui-ci.

Cela faisait deux semaines qu’il venait ici à temps perdu, depuis que Hiruzen lui avait demandé de faire une pause, le temps de régler un problème avec Suna, le village caché du sable de Kaze no Kuni, le pays du vent. Et c’était bien la première fois, hormis les patrouilleurs armés de leur lampe torche, que quelqu’un pointait le bout de son nez en plein milieu de la nuit dans cette rue inhabitée aux abords du quartier.

Naruto plaqua sa main contre sa poitrine battant la chamade en comprenant que sa réaction avait été disproportionnée et qu’il n’y avait rien à craindre. Inspirant profondément et reprenant son calme, il écouta les bruits de pas, ne semblant pas peser plus de quarante kilos, passaient en dessous de sa position pour s’arrêter quelques mètres devant l’entrée du quartier. Élevant légèrement son visage pour observer ce qui se tramait, il dut immédiatement le rabattre lorsqu’une lumière frôla sa position et manqua de le révéler au grand jour.

Une grimace de décadence se métamorphose sur son visage lorsqu’il dévisagea l’un des nouveaux arrivants.

Il n’y avait rien à craindre pour un enfant de son âge si jamais il se faisait prendre par un des gardes dans ce quartier. Mais malheureusement pour lui, il ne n’était pas... un simple enfant de onze ans. Il ne pouvait pas s’imaginer ce qui pourrait lui arriver si jamais il se faisait voir en pleine nuit à cet endroit. Il pouvait être sûr que la plupart des problèmes environnants ayant eu lieu ici durant les dernières semaines lui seraient reprochés. Et comme à chaque fois que cela arrivait, qu’il se faisait attraper là où il ne devrait pas être, des rumeurs iraient de bon train et lui mettraient à dos des complots contre la feuille. Comme ils avaient l’habitude de faire.

Relevant une nouvelle fois son visage, Naruto observa, avec une curiosité grandissante, la silhouette s’arrêtait face au patrouilleur venant d’arriver, arborant cette fameuse lampe torche à l’origine de la lumière qu’il avait aperçue plus tôt.

- Que fais-tu ici ? demanda le shinobi habillé d’une tenue de Chūnin tout en braquant sa lampe sur les cheveux bruns de son interlocuteur, se trouvant être beaucoup plus petit qu’il ne l’était. Celui-ci plissa légèrement des yeux face à cet éblouissement soudain.-

- En quoi cela vous concerne ? répondit l’accusé d’un ton calme, mais néanmoins irrité, défiant de par ce fait l’autorité que représentait le Chūnin en cet instant.

L’homme, suite à ces paroles, déplaça sa lumière sur tous les lieux susceptibles d’être occupés se trouvant derrière le brun, sans céder à la provocation, avant de la rabattre pour la seconde fois sur son visage.

- Je me demandais juste qu’est qui avait bien pu t’amener à l’entrée sud. Les appartements se trouvent de l’autre côté du quartier, cela serait beaucoup plus facile de s’y rendre si tu passais par l’entrée est et non pas par la zone marchande, déclara le patrouilleur en résorbant sa lampe dans un cliquetis, dévoilant ses yeux blancs comme neige signalant ainsi son affiliation au clan Hyūga. « Mais qu’importe, cet endroit t’appartient, fais comme bon te semble. Je vérifiais seulement que personne ne s’était installé dans ces bâtiments inhabités. » rajouta-t-il en haussant des épaules, lui faisant comprendre qu’il avait fini son travail.

- Je n’ai pas besoin de votre aide, cracha le brun d’un ton menaçant, comme pour les avertir de ne plus remettre les pieds dans ce lieu et qu’il pouvait très bien s’en occuper lui-même, comme il en avait l’habitude.

Alors que l’Hyūga allait répliquer, le son éthéré d’un brouillage de radio se fit entendre, le coupant dans sa tentative.

- On nous signale une bagarre à l’Est de votre position, au bar Hangaku, Aburu-san, s’éleva dans les airs la voix d’une femme au travers de la radio accrochée à son épaule.

- Très bien je m’en charge, déclara le dite Aburu en appuyant sur sa radio avant de jeter un dernier regard à la personne lui faisant face pour en définitive soupirer de dépit.

Naruto resta immuable, la respiration coupée et les sens aux aguets, jusqu’à ce que l’homme, partant d’une course effrénée sans dire un mot, soit assez loin pour ne plus le voir n’y l’entendre… Les secondes passèrent tandis que rien ne lui parut anormal, mais ce fut, après une minute de silence, qu’il comprit que quelque chose ne tournait pas rond. Il ne l’avait tout simplement pas entendu reprendre sa marche, contrairement au Chūnin, disparaissant maintenant dans l’allée.

- Tu comptes rester là-haut encore combien de temps ? tonna la voix qu’il avait entendue plus tôt en contrebas, lui faisant comprendre qu’il avait ressenti sa présence depuis le début.

Concevant le fait qu’il s’était fait prendre à son propre jeu, le Namikaze se repositionna sur la structure en pierre pour reprendre son emplacement initial et faire face à la personne au pied de l’édifice. Lorsque leurs iris entrèrent en contact, une sensation de colère mêlée à de la surprise s’installa chez le brun, tandis qu’en contrepartie, un sentiment de satisfaction s’aménagea dans l’esprit du blond, espérant profiter de cet échange pour lui soutirer quelques informations.

- Bonsoir Sasuke ! Comment tu vas par cette belle nuit de pleine lune ? demanda en toute amitié Naruto du haut de son perchoir alors qu’un sourire se dessina sur sa figure et que sa main s’éleva en signe de salutation.

- Que fais-tu ici ? répliqua aussitôt Sasuke d’un ton froid et totalement à l’encontre de la jovialité avec laquelle la question avait été posée.

Naruto haussa un sourcil face à cette interrogation lui tendant la perche et, sans équivoque, toussota avant de répondre.

- En quoi cela te concerne ? répondit-il comme l’avait fait l’Uchiha quelques instants plus tôt, lui faisant ainsi comprendre à quel point son comportement pouvait être… frustrant.

Sasuke rabaissa un court instant son visage tandis qu’un rictus acerbe échangea sa place avec son expression jusqu’à lors inerte, avant de rapidement faire ses adieux pour revenir à cette sensation qui le caractérisait si bien : l’indifférence.

- Je suis venu chercher des réponses à mes questions, dévoila finalement Naruto.

Suite aux paroles du blond, un élan d’agacement s’aménagea chez Sasuke qui remua vigoureusement sa tête, affligé.

- Je me contrefous totalement de ta vie, ta simple présence dans ce lieu m’insupporte, s’exclama-t-il tout en se retournant pour ne plus lui faire face et en entamant son ascension vers le nord du quartier. « Alors maintenant dégage et va poser tes questions existentielles à quelqu’un que ça intéresse, baka. »

Le sourire présent sur la figure du Namikaze se noya dans le désespoir tandis que le monologue de l’Uchiha s’approchait de la fin.

- Mes questions concernent les Uchiha, lui indiqua-t-il alors d’un ton monotone sous l’arrêt presque instantané de son interlocuteur revenant sur ses pas.

Tout en le dévisageant, Sasuke fronça des sourcils tandis la colère présente en lui, occupant la quasi-totalité de ses pensées suite à ce qu’il venait d’entendre, laissa une infime place à une question cherchant réponse. Pourquoi lui, Naruto le baka, le fainéant et le moins que rien, venait-il d’évoquer le clan Uchiha alors qu’il n’y avait jamais fait ne serait-ce qu’allusion.

- En quoi est-ce que l’histoire de ma famille te concerne, toi, qui ne sais même pas ce que ce mot signifie ? provoqua Sasuke d’un ton critique et rabaissant tout en demeurant impassible.

- Tu as raison sur ce point, confirma Naruto en souriant du coin des lèvres. « Je n’ai pas de famille. » répéta-t-il.

- Mais ça n’a pas de lien à proprement parler avec ce que je suis venu chercher, rajouta-t-il en arborant un sourire lui démontrant que ses provocations ne marchaient plus désormais. « Je veux seulement connaitre la vérité. Elle m’a été cachée durant toute ma vie et je ne souhaite pas que cela arrive une nouvelle fois. J’ai assez vécu dans l’ignorance comme cela. » Naruto scruta la réaction du brun afin de savoir si, oui ou non, il était au courant pour son cas. Mais, comme à son habitude, l’Uchiha n’extériorisa rien hormis de l’antipathie.

- Je veux tout simplement savoir pour qui je vais me battre, continua le blond en se grattant le crâne, comme un tic l’aidant à réfléchir à ses prochaines paroles. « Je vais sans aucun doute devenir un ninja de la feuille… Et je vais certainement consacrer ma vie entière à protéger le village et le pays sous lesquels je suis né. Et c’est ce qui me pousse à vouloir connaitre tous les secrets qu’ils renferment, aussi horrible soit-il. » termina-t-il sous l’irritation de Sasuke.

- Tu n’as pas répondu à ma question. En quoi ce que tu recherches a quelque chose à voir avec les Uchiha ? demanda le brun suite à ces paroles, voulant savoir quels étaient les rapprochements entre le clan Uchiha et la vérité tant convoitée et se fichant éperdument de la vie de cette imbécile.

Se contentant du simple fait d’avoir réussi à attirer sa curiosité, Naruto estompa son sourire pour reprendre son sérieux avant de poser cette question qui lui détruisait l’esprit et dont la réponse lui échappait complètement.

- Comment ? Comment quelqu’un a-t-il réussi à prédire l’anéantissement des Uchiha cinquante ans avant que ça se produise ? demanda Naruto en espérant que le dernier représentant de ce clan vivant à Konoha avait la réponse à sa question. Mais lorsque les poings de Sasuke se contractèrent de rage et qu’un air mélangé entre la colère et l’incompréhension s’installa sur son visage, il comprit que c’était peine perdue.

- De quoi est-ce que tu parles ? sollicita sans tarder Sasuke en sourcillant lorsque l’écho de ses paroles pénétrèrent son esprit agacé.

- Tobirama Senju, le Nidaime Hokage, avait prédit l’éradication de ta famille il y a de cela quarante-cinq ans, radota Naruto en lui offrant cette fois-ci un peu plus de détail. « Comment expliques-tu cela ? » demanda alors le Namikaze en attendant avec impatience sa réponse qui… ne vint jamais. Sasuke, plongé dans ses pensées, rabaissa doucement son visage alors que le nom du Nidaime se refléta sur ses pupilles imbibées de haine.

- Je savais que je perdais mon temps, déclara-t-il après quelques secondes en tournant des talons afin de reprendre son chemin. Suite à ce mouvement clôturant définitivement cet échange qui avait duré un peu plus longtemps qu’il n’aurait cru, Naruto quitta sa position assise pour se mettre debout, surplombant un peu plus l’Uchiha, arpentant la rue et s’éloignant inexorablement de lui.

- T’es-tu déjà demandé pourquoi ? s’éleva le timbre de sa voix asséché de la moindre émotion, tandis que les pas du brun se faisaient maintenant de plus en plus lointains. « Pourquoi, alors qu’il n’a jamais montré le moindre signe annonciateur et qu’il a passé avec brio le test psychologique nécessaire à l’intégration de la section Anbu durant des mois, aurait-il, sur un coup de tête, assassiné de sang-froid toute sa famille, te laissant en seul survivant ? » envoya sans ménagement Naruto en sachant pertinemment qu’il venait de franchir la limite qu’il s’était fixée avant le début de cette conversation.

Sasuke se stoppa en plein milieu de la rue. Les mains profondément enfoncées dans ses poches et droit comme un i, plusieurs secondes s’écoulèrent avant qu’il ne se décide enfin à pivoter son humeur venimeuse sur l’Uzumaki.

- Si je te revois trainer dans les parages, je t’élimine.

L’Uchiha tira sa révérence suite à ses paroles, laissant derrière lui un Naruto seul, exaspéré, et toujours sans aucune réponse.

Dissimulé derrière la cime d’un arbre, un homme, habillé d’une tenue noire et arborant un masque de couleur neige, tourna la page d’un livre à la parure verte.