De l'orphelin Jinchūriki à l'apprenti du Kage

par Livehak-san

De l'orphelin Jinchūriki à l'apprenti du Kage

Naruto déposa ses mains moites sur la balustrade glacée de son balcon et frissonna plaisamment à cette douce et apaisante sensation lorsque la brise fraiche du matin emmitoufla son visage ensommeillé, lui faisant regretter la réconfortante chaleur de ses draps n’attendant que son retour.

Sachant pertinemment qu’il s’agissait là de pensées dérisoires, stériles, et qu’il les oublierait complètement quand son corps aurait repris sa température initiale. Il se mit donc, comme à son étrange habitude, à contempler d’un air envieux et captivé l’astre lunaire, tirant délicatement sa révérence céleste et laissant place à son fidèle ami, le soleil. Sa mine, jusqu’alors parsemée de fatigue et repliée sur elle-même, reprit un peu de couleur au moment même où ses pupilles azures entrèrent en contact avec les premiers rayons réparateurs, illuminant chaleureusement les plus hauts bâtiments du village. Il releva son visage lésé et observa sans ciller l’étoile entamant son ascension, commençant à éclairer de sa splendeur orangée le village caché de la feuille, Konohagakure no Satō. Le village ninja de Hi no Kuni, le pays du feu.

Le soleil, la lune, les étoiles. Si majestueux, si près, mais pourtant inaccessible, intouchable. D’un geste machinal et coutumier, il passa sa main ayant absorbée la fraicheur du barreau métallique dans ses cheveux dorés en bataille, et resta ainsi, sans faire le moindre geste, à ne faire rien d’autre que d’admirer les cieux. Sans savoir la raison de cet acte, il pouvait facilement avouer qu’il consacrait une admiration sans limites quant à ces astres d’une puissance incommensurable et encore inconnue.

Tout était magnifique quand il s’agissait d’une force à la fois dangereuse et indispensable… Indomptable.

Depuis que Sandaime Hokage, l’actuel dirigeant du village de la feuille, lui avait offert cet appartement, ce havre de paix où il pouvait enfin respirer une atmosphère asséchée de toute haine, pour le sortir définitivement des rues, il ne ratait pour rien ce spectacle qui se jouait et qui se répétait sans relâche et sans vergogne tous les matins aux yeux du monde... Mais qui passait inaperçu à la plupart de ses habitants, trop occupés à effectuer les tâches qui leur étaient prédestinées.

Il s’était toujours demandé si le monde qui l’entourait était façonné de cette manière.

Si, dans cette instable et capricieuse péninsule ninja, tel un simple château de cartes, chacun avait sa place à un endroit bien précis, bien distinct. Et que, si une de ces cartes venait à manquer, ou était juste mal placée, alors ça serait l’édifice tout entier qui se ferait entraîner dans la chute d’une seule et unique personne.

Chaque être vivant naissait avec un but dans la vie, il ne vivait et ne respirait que pour l’atteindre et accomplir ses idéaux et ses intérêts… Son Nindō… Mais si c’était le cas et qu’il avait vu juste depuis le début, que le monde avait été réellement conçu ainsi. Alors, quelqu’un voulait-il bien lui dire où se trouvait sa place ? Celle qu’il recherchait depuis la nuit des temps. Il se le demandait depuis qu’il avait la faculté de comprendre ce monde. Il n’avait pas de famille, aucun ami proche, il vivait seul et reclus de tous. Et ce, d’aussi loin qu’il se souvienne.

C’était triste à dire, mais, depuis le jour de sa naissance, une haine et une aversion incommensurables s’étaient établies autour de son être incompris, en n’ayant que pour seul but de se répandre tout autour de lui, et cela avait influé sur sa manière de vivre… Il laissait son imprévisibilité prendre le dessus sur tout ce qu’il réalisait. Quoi qu’il puisse accomplir, quoi qu’il puisse penser, rien ne pouvait être pire que ce qu’il vivait déjà. Son avenir était recouvert d’un voile de mystère, de question, et c’était ce qui le retenait encore en ce bas monde. Attendant que quelque chose d’exceptionnel se produise et change tout, espérant que quelqu’un vienne le sortir de cet enfer, que son sauveur lui dise que tout ceci, ce monde, n’était rien d’autre qu’une mauvaise blague, une mascarade. Qu’il lui avoue que le village entier était une pièce de théâtre et qu’il en était le bouc émissaire. Qu’ils s’amusaient de lui depuis la toute première seconde !

Un rire empli d’ironie et d’amertume s’extirpa de sa gorge serrée par le dégoût qu’il éprouvait à l’égard de la majorité des occupants de ce village.

Dix ans, dix ans qu’il vivait une vie ornée d’incompréhension et de remords. Avait-il fait quelque chose de mal pour qu’on le punisse ainsi ? Si encore une fois, malgré tous les indices qui prouvaient le contraire, c’était le cas, pourquoi n’avait-il pas de réponse à sa question pourtant si facile à comprendre ?! Cette réponse qu’il attendait depuis qu’il était né, mais dont personne ne voulait y prêter attention. Quel était donc le but de sa morose existence ? Que devait-il faire de sa pitoyable vie ? Personne n’avait de réponse orale qui lui convenait, mais tous avaient le même fond de pensée. Il n’avait aucun avenir et méritait de mourir, disparaître, c’était un fait indéniable et inévitable.

Monstre, démon, aberration, atrocité, il ne comptait plus le nombre de surnoms qui lui avaient été attribués sans qu’il ait son mot à dire, sans qu’il ne puisse rien faire à part hurler de désespoir. Il ne calculait plus le nombre d’insultes et de crachats qui lui avaient été envoyés en pleine face, lui reprochant d’être en vie alors que d’autres ne l’étaient plus par sa faute.

Bien sûr, tout le monde n’était pas comme cela, ils n’étaient pas tous détestables. Dans les ténèbres, des lueurs d’espoir étaient visibles. Il y avait des personnes lucides qui le comprenaient et qui le soutenaient, des êtres humains avec un cœur, un vrai. Mais elles étaient si rares et si précieuses qu’elles ne tenaient que sur les doigts d’une seule de ses mains.

Naruto arqua son bras pour toucher de sa paume le chemin relaxant des rayons de soleil traversant Konoha dans ses moindres parcelles. Malheureusement pour eux, la vérité, il la connaissait. Le secret qui englobait sa vie, celui qu’on avait enterré six pieds sous terre, cadenassé et d’où on avait jeté la clé dans les abysses les plus escarpés. Celui dont il n’aurait jamais dû entendre parler. Seul un être stupide et dépourvu d’une once d’intelligence n’aurait pas fait le rapprochement pourtant si évident. Il ne pouvait pas dire si ça lui avait fait du bien ou du mal de le découvrir. Après tout, il se le demandait encore à l’heure actuelle. Tout ce que le monde lui cachait, tout ce qui attisait les reproches et les insultes du village contre sa personne, toutes ces interrogations qu’il se posait depuis le début de son errance. Tout, tout se regroupait en un seul et même point et en une seule et unique réponse…

Il était le Jinchūriki de Kyūbi no Yōko, le démon renard à neuf queues.

Lui, Naruto Uzumaki, l’orphelin, le moins que rien ou alors le paria, était le réceptacle du plus puissant démon à queue de ce monde. Il était l’hôte du monstre qui avait annihilé la moitié du village dix ans auparavant... Voilà le secret qu’il attendait depuis une éternité et qui bafouait toute réalité.

Il reposa ses mains pâteuses sur la rambarde en fer forgé et la pressa de toutes ses forces et de toute sa rage. Son visage anciennement fiel se métamorphosa pour finalement exprimer le même écœurement qu’il ressentait depuis sa plus tendre enfance. Il secoua nerveusement sa tête en essayant de chasser ses pensées qui se faisaient de plus en plus présentes, de plus en plus destructrices, mais ne parvint qu’à s’y enfoncer plus profondément. Ces jours-ci, il n’arrivait pas à réfléchir à autre chose, c’était presque devenu un réflexe. Ils avaient réussi à le faire douter de lui-même. Car finalement, peut-être méritait-il bel et bien toute cette souffrance ? Après tout, il protégeait le véritable démon.

Voyant qu’il ne parviendrait pas à s’éclaircir les idées s’il restait ici, il s’agrippa au garde-corps du balcon et sauta habilement par-dessus, atterrissant en contrebas avec une facilité déconcertante.

Malgré tout ce que l’on pouvait croire, malgré tout ce que l’on pouvait penser de cette histoire... Ce n’était pas les reproches et les insultes du village qui lui avaient mis la puce à l’oreille sur ce qu’il était. Non. C’était devenu normal pour lui d’être rejeté et d’être considéré comme un misérable, il s’y était habitué et s’en était fait une raison. Ce qui avait fait sortir le secret de sa tombe et qui avait révélé la vérité au grand jour, n’était rien d’autre que cette étrange marque sur son ventre, celle qu’il possédait depuis toujours et qui ne lui avait jamais fait faux bond. Ces étranges symboles regroupés les uns sur les autres formant un tout.

Il avait fait des recherches à la bibliothèque du village peu de temps après avoir résolu l’énigme qu’était sa vie. Il s’agissait d’un Fūinjutsu, un sceau complexe, qu’avait spécialement conçu le Yondaime Hokage lors de l’emprisonnement de la bête dans son être. Une empreinte gravée à l’encre, indélébile, prouvant le scellement du renard dans son corps et tirant définitivement un trait sur la ridicule idée que tout ceci n’était qu’un malentendu.

La vie ne lui avait pas laissé la moindre chance de survie. À peine avait-il entamé ses premières bouffées d’air, que son avenir avait été scellé et fusionné avec une immense créature. Comment pouvait-il vivre en sachant cela ? Comment pouvait-il respirer, manger, sourire, ou même ne serait-ce que dormir ?! Tout lui avait été retiré, absolument tout. On ne lui avait laissé qu’un goût amer et fade dans la bouche, une sensation d’isolement absolu, un fardeau qu’il devait porter seul, vivant au jour le jour sans perspective d’avenir.

Il entendait partout qu’on avait toujours le choix, qu’il suffisait de choisir… Était-il le seul dans le cas contraire ? Ce fameux choix… Il lui avait été retiré à son arriver dans ce monde, il était né au mauvais endroit au mauvais moment et devait vivre avec ça pour le restant de ses jours… Encore une fausse vérité cachant un autre secret du puzzle enclavant son existence. Ce village ne savait faire que cela, lui mentir en surmontant son regard.

Cette fois-ci, l’Uzumaki s’esclaffa de tout son être en arpentant d’une marche aventureuse l’allée du village, ce qui ne manqua pas d’effrayer plusieurs civils connaissant sa morbide réputation. Ce n’était pas un rire d’animosité ou de sarcasme, mais bel et bien un rire franc et sincère. Il n’arrivait toujours pas à y croire et trouvait toute cette situation absurde et dénuée de sens. Il avait cette horrible impression d’être le personnage principal d’un film, que quelqu’un avait écrit un script à son effigie et avait tout planifié, que toute sa vie n’était qu’une suite d’évènements arrangés par des personnes haut placées.

Il s’arrêta en plein milieu de la rue et rapporta une nouvelle fois son attention vers les cieux devenus bizarrement nuageux. Peut-être bien que c’était le cas, peut-être que quelqu’un l’observait là-haut. Son destin était possiblement déjà écrit. Il n’y avait que cette éventualité pour narrer ce qu’il avait découvert sur ses ascendants.

Quelle n’avait pas été sa surprise lorsque, par pur hasard, dans un livre relatant les exploits du Kiiroi Senkō, il avait lu le nom de sa femme. Celle qui avait sacrifié sa vie à ses côtés pour sauver des milliers d’autres, Kushina Uzumaki.

Il avait dû relire plusieurs fois le passage avant que le déclic ne se fasse. Minato Namikaze et Kushina Uzumaki avaient eu un fils, lui, Naruto Uzumaki Namikaze, le déchu. Le Yondaime n’avait pas seulement scellé Kyūbi dans un nourrisson. Ce n’était pas assez cruel… Pas assez… Sordide. Il l’avait enfermé dans son propre fils alors qu’il venait de naître. Il ne savait pas s’il devait en rire ou en pleurer. Il s’était toujours demandé qui étaient ses parents, assurément, il n’était pas dupe. Il savait pertinemment qu’ils étaient morts et enterrés depuis bien longtemps. Et pour une fois, le village lui avait dit la vérité à ce sujet. Mais il aurait aimé savoir ce qu’ils faisaient dans la vie, ce qu’ils aimaient ou détestaient, leurs passions, leurs rêves, comment et pourquoi ils étaient morts, pour enfin savoir quoi faire de sa vie partie en déroute ?

Peut-être qu’il aurait préféré ne jamais le savoir. S’il pouvait revenir dans le passé, alors il se serait fait promettre de ne jamais chercher à connaitre ses origines. Ses parents, avant de mourir, avaient scellé dans son corps le plus puissant des Bijūs et l’avaient laissés seul en sachant pertinemment qu’il serait rejeté et considéré comme le seul fautif de l’attaque du renard.

Là encore, il ne savait pas quels sentiments éprouver. La joie et l’admiration ? Après tout, ils avaient été des héros et des personnes connus dans le monde entier, ayant accompli des actes héroïques et sauvés d’indénombrables vies, plus qu’il ne pouvait l’imaginer. Ou plutôt ressentir une profonde haine ? La haine de ne jamais les avoir connus, la colère de savoir que le seul souvenir qu’il avait d’eux, était cette marque sur son ventre synonyme de martyr !

Si le village était au courant pour Kyūbi, personne ne l’était pour son vrai nom de famille, Namikaze. Il ne savait pas pourquoi on lui avait caché ses origines et son secret concernant le démon qui vivait en lui. Mais il se souvenait encore du jour où il avait hurlé en plein marché qu’il était le fils de l’éclair jaune… Il n’avait voulu recevoir qu’un peu d’amour et voir enfin de l’admiration dans leurs regards imbibés de répugnance. Mais la punition pour un tel affront avait été la plus douloureuse jusqu’à ce jour. Il avait osé salir le nom du courageux et honorable Yondaime Hokage, lui, le seul fautif de sa mort… Un acte impardonnable.

L’odeur de l’hôpital et du sang lui revinrent en mémoire et il frissonna de terreur. Jamais personne ne le croirait. Il était, est, et sera le démon de ce village, haï et détesté de tous, pour toujours.

Le chemin de la compréhension était parsemé d’embûche et il n’avait ni la force ni la conviction pour le traverser.

Le Namikaze baissa les yeux à cause de la lumière aveuglante que dégageait l’étoile, et comprit qu’il était l’heure de se rendre à l’académie. Il reprit alors sa marche hasardeuse, cependant, au lieu de s’y diriger directement, il s’attela devant une petite échoppe et y pénétra d’un pas affamé. Les ramens d’Ichiraku. Comment pouvait-il commencer une journée sans manger ses ramens favoris ? Il se le demandait réellement. Il échangea un regard et un faible sourire avec le vieil homme, qui commença une nouvelle fournée dans un rictus enjoué.

C’était le seul restaurant où il pouvait manger sans être chassé. Ça faisait des mois qu’il n’avait pas avalé autre chose que des ramens. Il ne se souvenait même pas du goût qu’avait une simple pomme. Depuis le désordre ayant fait suite à son mensonge concernant le quatrième, il ne pouvait plus approcher le marché du village sans se faire cribler de paroles et d’objets. Seul Ichiraku se montrait aimable et compréhensif envers lui, en n’hésitant pas à crier haut et fort que son échoppe lui serait toujours ouverte quelles que soient les circonstances… Il n’arrivait toujours pas à s’imaginer les pertes financières que devait engendrer sa présence dans le restaurant. Quand il s’y trouvait, personne n’osait y entrer, de peur que le monstre ne les attaque pour les dévorer vivant.

L’attention du blond fut attirée par un homme de grande taille aux allures de globetrotteur qui entra nonchalamment dans l’échoppe, s’installant à deux tabourets de lui. Il ne fallut que très peu de temps pour comprendre qu’il s’agissait d’un voyageur, car s’il n’en était pas un, il ne serait certainement pas là. L’homme, habillé d’une fine veste verte qui était recouverte par un hoari rouge, donnait l’impression de croquer la vie à pleines dents, son antonyme. L’épais pantalon qu’il portait, vert lui aussi, descendait jusqu’à ses pieds où de biscornues guettas rouge se trouvaient. Mais le plus troublant dans cette apparence était sûrement cette longue et épaisse chevelure blanche qui, sans être fermement attachée, toucherait certainement le sol. Le chaleureux sourire qui se dessina et qui se figea sur le visage de l’étranger était la preuve de ce qu’avançait l’Uzumaki, ce voyageur transpirait la joie de vivre.

- Faites-moi votre spécialité vieil homme, articula l’étranger d’une voix énergique et suave en sortant quelques pièces de sa poche. 

- Avec plaisir, s’exclama Ichiraku en commençant une énième fournée de ramens, content d’avoir un nouveau visage. 

Naruto regarda d’un peu plus près l’énorme rouleau que transportait l’homme dans son dos d’un air curieux. Cette fois-ci, il lui fallut beaucoup plus de temps pour faire le rapprochement. « Un ninja… »

D’aussi loin que ses souvenirs pouvaient remonter, il avait toujours voulu en devenir un, il ne savait pas vraiment comment ni pourquoi. Peut-être était-ce tout simplement parce qu’il avait ça dans le sang et qu’il l’ignorait encore… À l’époque, toutes les portes se fermaient délibérément devant lui, seule la voie du ninja semblait accessible et encore ouverte, prête à l’accueillir. Comme-ci quelqu’un l’avait volontairement jeté dedans. Être un ninja, un shinobi digne de ce nom… En ces temps chaotiques, c’était bel et bien l’unique son qui résonnait avec sens pour lui.

Depuis qu’il pouvait marcher, il avait découvert des facultés que seul un shinobi était capable d’accomplir. Il était plus rapide, fort et souple qu’un simple hommes. À l’âge de quatre ans, il pouvait aisément sauter sur le toit d’une maison. Ce qu’un être humain, doué d’aucune capacité et de savoir sur le chakra, qui se caractérisait par l’utilisation de l’énergie spirituelle ou corporelle ou des deux pour la plupart, était dans l’incapacité de reproduire.

C’était sûrement l’une des rares choses qui lui remontait le moral et qui l’empêchait de faire des actes irréfléchis. Il était spécial. Il était un ninja, il avait ça dans le sang. Son génome était sûrement le seul cadeau que lui avaient laissé ses parents. Même si tout le monde pensait le contraire, il était le fils d’Akaï Chishio no Habanero et de Konoha no Kiiroi Senkō. Deux légendes qui avaient gravé ce monde de par leur puissance et leur dextérité. Des personnes tueraient pour posséder son corps ou son sang. Il se surprit à sourire devant cette énorme blague. Il était tellement faible que ça frôlait le ridicule. Une personne ne le connaissant pas aurait presque l’impression qu’il le faisait exprès, mais pourtant, malgré sa lignée cachée plus qu’avantageuse, malgré son envie de progresser et sa volonté à toute épreuve… Il stagnait et ne progressait pas, parfois il avait même l’impression de régresser. Mais ne pouvait-il s’en prendre qu’à lui-même ? Était-il le seul fautif de son état ? Non, certainement pas. Mais il l’était en grande partie.

L’académie ninja de Konohagakure no Satô pour les connaisseurs, une institution enseignant la magie pour les civils, mais à ses yeux, ce n’était rien de tout cela. Il s’agissait plus d’une perte de temps qu’autre chose. Et le temps, c’était bel et bien la seule chose qu’il possédait et que personne ne pouvait lui prendre. Il se devait de le protéger, quelles qu’en soient les conséquences.

Les enseignants qu’il avait eus depuis le début de sa formation se fichaient éperdument de son avis et de son ressenti. Ils ne lui avaient jamais rien appris et cela n’avait toujours pas changé. Ils se fichaient éperdument de savoir ce qu’il pensait ou ce qu’il désirait. « Nous sommes les professeurs et tu n’es qu’un pitoyable élève, tu te plies au règlement et tu la fermes ! », ne cessaient-ils de lui rabâcher à longueur de journée…

Il n’avait pas d’autre choix que de se taire et d’apprendre ce qu’ils déniaient lui jeter au visage. Il avait toujours voulu en parler à Hiruzen, mais s’était résorbé au dernier moment à chaque fois. Le vieil homme s’était mis les conseillers du village à dos pour que lui, le monstre, puisse suivre un parcours scolaire de ninja. Il serait certainement très déçu de le voir abandonner. Et Hiruzen, malgré les nombreux mensonges qui lui déblatérait à chaque rencontre, était l’une des précieuses personnes qui se montraient à la fois gentilles et attentionnées envers lui. Le décevoir était la dernière chose qu’il voulait faire. Il était donc resté muet et avait laissé le temps s’écouler. Cette histoire durait depuis un peu plus de quatre ans. Absolument rien n’avait changé.

- Tiens Naruto, ton plat est prêt, l’interpella Ichiraku en lui déposant le premier des bols qu’il avait préalablement commandés.

Naruto, qui n’avait pas cessé de fixer l’étranger pendant sa profonde réflexion, tomba nez à nez avec un regard à la fois surpris et intéressé. Son nom lui était-il familier ? Sa réputation de démon était-elle allée jusqu’aux oreilles d’un voyageur ? Ce monde était-il à ce point pourri de l’intérieur ? À son plus grand étonnement, l’homme, qui devait approcher de la cinquantaine, lui adressa un simple et aimable sourire.

- Tu as de quoi payer ce que tu me dois aujourd’hui, Naruto ? demanda le vieux gérant de l’échoppe d’un air surmené en connaissant à l’avance la réponse à son questionnement.

L’argent… Il avait encore une fois oublié son portemonnaie grenouille chez lui. Cela ne faisait que très peu de temps qu’Hiruzen lui passait une somme conséquente tous les mois, provenant de sa monnaie personnelle. Et avoir de l’argent était synonyme d’anormal pour lui. Il oubliait tout le temps qu’il devait payer pour manger, ayant pris l’habitude d’assouvir sa faim grâce à des vols à l’arraché avant qu’Hiruzen ne lui offre son havre de paix.

- Désolé Ojisan, j’ai encore oublié, s’excusa-t-il après plusieurs secondes en se grattant l’arrière du crâne et en sortant son sourire atypique. Comme à son habitude, Ichiraku eut un rictus d’énervement quand il entendit le surnom qu’avait prononcé le jeune blond, mais il ne dit rien et le regarda d’une mine dépitée. Ce n’était que la trentième fois qu’il oubliait, qui sait, un jour ou l’autre il allait peut-être le rembourser.

- Mettez-le sur ma note, vieil homme, prononça contre toute attente le globetrotteur à la chevelure démesurée. Naruto, surpris à son tour, examina le voyageur pour voir s’il voulait vraiment faire ce geste de charité et n’y vu que de la gentillesse. Le Namikaze ne fit rien apparaître, mais il se mit sur ses gardes. Les villageois se montrant aimables à son égard manigançaient souvent d’horribles choses qui n’avaient que pour but de le faire souffrir et, ne connaissant pas cet homme, il ne savait pas si celui-ci faisait partie de ce type de personne.

Ichiraku demanda une nouvelle fois à l’étranger s’il était sûr de sa décision, devant son acquiescement et son consentement, il rajouta la somme, plus une trentaine d’autres.

- Pourquoi ? demanda Naruto à l’inconnu après avoir fini son repas tandis que celui-ci entamait le sien, omettant le fait que cette question pouvait tout bonnement le faire changer d’avis et le faire revenir sur ses propos.

- Et toi, pourquoi n’es-tu pas à l’académie gamin ? répondit l’homme qui venait de lui payer son repas en ignorant totalement sa question existentielle.

Le visage de Naruto se décomposa presque aussitôt. Il ne savait pas comment ce voyageur pouvait être au courant qu’il faisait partie des élèves de l’académie, mais il ne se formalisa pas, à son plus grand étonnement et d’après une multitude d’exemples plus ou moins controversés, certaines personnes connaissaient mieux sa vie que lui-même...

Pourquoi n’était-il pas à l’académie en ce moment même ? N’était-ce pas évident ? Il faisait tout simplement exprès d’arriver plus tard que les autres élèves. Il ne supportait plus les regards méprisants et haineux des parents sur sa petite personne. Tout ceci ne faisait que lui remémorer de mauvais souvenirs et l’implacable vérité ; il était le Jinchūriki de Kyūbi no Yōko, le démon renard à neuf queues. Au fin fond de lui, tapi dans l’ombre, le plus puissant des démons n’attendait qu’une seule petite ouverture pour sortir et tout ravager sur son passage.

Une option qui portait à réflexion.

Naruto ne répondit pas, et à son tour, l’étranger ne s’offusqua pas, tâchant de continuer son repas sans poser plus de questions. Comme si… Il avait compris tous les problèmes qui régnaient en maître dans la vie du jeune Namikaze. Le temps s’écoula rapidement jusqu’à ce que Naruto se lève et quitte l’endroit en envoyant un simple merci aux deux personnes présentes. Mais alors qu’il s’apprêtait à sortir, il entendit une dernière phrase, une dernière mise en garde, ressemblant plus à une formule toute faite qu’autre chose, provenant de l’étrange voyageur. « N’oublie jamais gamin, les défaites de la vie conduisent toujours aux plus grandes victoires. »

Naruto se tortura l’esprit à essayer d’éviter les horribles pensées qui menaçaient d’émerger à tout moment et sortit finalement de l’échoppe d’un pas perturbé sous le regard du globetrotteur qui prenait maintenant plus l’apparence d’un poète.

Cet homme… Ne savait rien de la vie qu’il menait. Il n’était qu’un voyageur perdu tombant par hasard sur son chemin… Mais alors, pourquoi espérait-il au plus profond de lui que ces paroles soient un tant soit peu crédibles ?

[…]

Après plusieurs minutes plongé dans ses réflexions et ayant fini son repas, le poète se leva à son tour, prêt à reprendre sa longue et tumultueuse route. Il avait fini ce qu’il avait à faire, l’Hokage était au courant quant à ce qu’il avait découvert, plus rien ne le retenait dans ce maudit village, absolument rien...

Sans le vouloir et sans vraiment pouvoir s’en empêcher, il jeta un dernier coup d’œil à l’endroit où s’était éclipsé le jeune blond. « Était-ce vraiment une coïncidence ? » se demanda-t-il alors qu’il s’apprêtait à quitter les lieux.

- Attendez une seconde ! Il me semble que vous me devez encore quelque chose, l’interpella le cuisinier d’une voix contrariée.

Sourire béat aux lèvres et ayant espéré que le gérant avait oublié, il se retourna pour faire face à une feuille de papier de plus d’un mètre de long et trente centimètres de large. Son teint bronzé et assuré devint bien vite blafard. Hésitant et tremblotant, il attrapa néanmoins la feuille, curieux de savoir dans quelle délicate situation il s’était encore fourré. Une goutte d’appréhension perla sur son front pâle lorsqu’il commença sa lecture aléatoire. Après avoir suffisamment lu pour comprendre qu’il était mal barré, il arrêta d’examiner la feuille, livide, pour tomber sur le gérant du restaurant, une main pointée dans sa direction, attendant qu’il paye comme il l’avait modestement promis quelques minutes plus tôt.

Il ne pouvait pas payer cette addition. Non pas qu’il n’avait pas de quoi la payer, de ce côté-là, il n’y avait aucun problème, mais… s’il le faisait, alors il n’aurait plus assez d’argent pour les semaines à venir et il ne pourrait plus aller voir ses informatrices aux courbes avantageuses, fermes et à la poitrine disproportionnée. Et alors à ce moment-là, il perdrait son inspiration ! Malheur !

- Il y aurait un moyen de payer plus tard ? demanda-t-il avec une pointe d’espoir. Le visage sans aucune émotion que dégageait ledit Ichiraku lui fit comprendre qu’il se mettait le doigt dans l’œil s’il croyait s’en sortir aussi facilement. « Attention derrière vous ! » hurla l’étrange poète sans crier gare en réussissant à faire retourner le pauvre Ichiraku qui ne se doutait de rien quant à ce qu’il préparait. Un sourire sadique aux lèvres et excité quant aux semaines qui se profilaient sans contraintes à l’horizon, il profita de ce court laps de temps, où le gérant ne le regardait plus, pour disparaître dans un nuage de fumée et immédiatement quitter ce village qui bloquait son inspiration plus qu’exigeante.

Une larme de frustration glissa sur le visage déçu d’Ichiraku lorsqu’il se retourna pour s’apercevoir que l’homme avait disparu, cela avait été bien trop beau pour être vrai…

 

°°°°°°°°°°

- Tu es encore en retard ! Vas-tu au moins prendre la peine de venir à l’heure ?!

Naruto scruta d’un air distrait son professeur debout devant son bureau, un doigt rigide et trépidant braqué dans sa direction, alors qu’il venait à peine de passer le montant de la salle de classe. Les deux protagonistes échangèrent un regard qui en disait long sur la relation qu’ils partageaient… En était-ce vraiment une ?

Une colère nébuleuse était dispersée dans les iris du plus grand et le faisait littéralement trembler d’agacement à la simple pensée de devoir partager la même pièce que l’enfant durant plusieurs heures. Dans les yeux de celui-ci, c’était tout le contraire. Ils n’extériorisaient qu’une profonde et inexplicable coutume. Comme-ci, le fait de se faire crier dessus ne l’affectait plus et qu’au contraire, cet acte devenu banal ne faisait que lui confirmer qu’il ne rêvait pas et qu’il se trouvait dans le monde réel.

- C’est comme ça que tu espères devenir un ninja ?! Laisse-moi rire ! s’exclama de plus belle son instituteur en crachant son aversion derrière ses paroles, faisant naître des sourires narquois et satisfaits sur le visage de la plupart des aspirants-ninjas présents dans la pièce. « Tu ne seras jamais un shinobi, vaurien ! »

L’Uzumaki ne répondit pas à la dernière incitation de son professeur, ne cherchant qu’une énième excuse afin de le punir, et passa devant son bureau sans lui accorder la moindre once d’attention. Il se rendit à sa place habituelle, située en haut des estrades, et s’y installa sous les regards débordants d’agressivité de la plupart de ses camarades de classe puis laissa place au silence. Mizuki reprit alors son cours qu’il avait volontairement interrompu, de son plein gré, avec préméditation et enthousiasme. Il n’était pas si loin de la vérité.

Naruto admira son reflet sur la fenêtre incrustée sur son flanc gauche, qui, tel un miroir, refléta son apparence. Les cheveux blonds en bataille, il était habillé d’un short noir et d’un t-shirt de même couleur qui n’avait que pour seul motif un tourbillon rouge sur le torse. Ce n’était personne d’autre qu’Hiruzen qui lui avait acheté ces vêtements. Du moins, celui-ci demandait aux Genin fraichement promus de le faire à sa place, ce qui augmentait considérablement la haine qu’ils éprouvaient à son encontre. Étant donné qu’aucun commerçant ne le laissait entrer dans leur magasin, il devait demander au Sandaime de le faire pour lui.

Le blond soupira en laissant s’échapper quelques signes d’irritation, alors que les moqueries à son encontre, faisant suite à une mauvaise blague que n’avait pas manqué d’extérioriser son abruti de professeur au sujet de son retard, commençaient à s’estomper. Pourquoi était-il ici… ?

Parce qu’il n’était qu’un froussard, lâche et pathétique, et qu’il préférait ne rien faire en espérant que ça s’améliore, plutôt que de leur cracher ses quatre vérités au visage. Ce qui, bien sûr, l’enverrait six pieds sous terre. Mais en y réfléchissant bien, ne serait-il pas mieux là-bas ?

- Tu sais, bien qu’il soit stupide, Mizuki-sensei a raison. Tu devrais arrêter d’arriver en retard. Si tu continues comme cela tu ne seras jamais diplômé.

Le Namikaze baissa ses yeux harassés sur son interlocuteur se trouvant au rang inférieur. Shikamaru Nara. Brun aux yeux marron, un peu plus grands que son mètre quarante-cinq, le Nara était habillé d’un t-shirt gris orné de fins et légers maillons de fer faisant le contour de son cou, ainsi qu’un pantacourt marron qui épousait parfaitement les sandales de même teinte qu’il portait aux pieds.

Lors de son entrée à l’académie, malgré le fait qu’il n’apprenait rien, il avait réussi à se faire des amis. Mais ils s’étaient tous éloignés de lui peu à peu jusqu’à se retrouver une fois de plus, seul. Les parents de ceux-ci leur interdisaient totalement de l’approcher. Il était vil et cruel et ne méritait pas d’être aimé. Shikamaru était le seul qui, malgré les menaces de sa famille, avait continué de lui parler sans éprouver cette fameuse aversion versée par les parents. Naruto le connaissait depuis sa plus tendre enfance et jouait régulièrement avec lui à l’époque. Mais il s’était volontairement éloigné du Nara pour qu’il n’ait pas de problèmes avec sa mère, plus que stricte sur le sujet.

Malgré une flémingite aiguë aggravée, Shikamaru était la personne la plus intelligente de sa tranche d’âge qu’il connaissait. Il appartenait au clan Nara, un clan réputé de Konoha qui occupait le domaine parsemé de forêt à l’Est du village. Les Nara étaient connus dans tout Konoha pour leurs sens de la stratégie quasi inégalable. Ils étaient capables de renverser l’issue d’une bataille perdue d’avance à leur avantage et l’avaient prouvé à plusieurs reprises. En particulier lors de la troisième Grande Guerre ninja qui avait opposé la plupart des grands pays de la péninsule.

Cependant si le clan était craint et respecté dans le village, ainsi que dans le monde, c’était avant tout pour leur jutsu plus qu’exceptionnel. Ils avaient la faculté de littéralement contrôler les ombres et d’en faire ce qu’ils voulaient. Naruto n’avait jamais vu cette technique à l’œuvre, et espérait un jour la voir. Il en avait seulement découvert des prémices lors d’une lecture nocturne dans la bibliothèque de Konoha, concernant la fondation du village et des clans qui l’avaient rejoint peu après. Le clan Nara en faisait partie.

Il lui était impossible de se rendre à la bibliothèque en pleine journée pour lire ce qu’il voulait. Pas qu’il n’en avait pas le droit. Il s’agissait seulement de la bienveillante vieille dame qui occupait le poste de gérante de l’immense librairie. Celle-ci lui avait gentiment fait comprendre que quand il se trouvait à l’intérieur de la bibliothèque, bien qu’il ne dérangeait personne, leurs visites chutaient tellement qu’ils risquaient de mettre la clé sous la porte. Ce n’était pas du tout ce que voulait Naruto, bien au contraire. Il ne connaissait pas de lieu identique dans Konoha où il pouvait trouver une telle paix, un tel silence, hormis dans son appartement, ou devait-il dire l’antre du démon ? Il ne savait plus vraiment comment le surnommer à force d’entendre toutes les nouvelles appellations qu’imaginaient et approuvaient avec engouement les villageois.

Ils avaient donc trouvé un arrangement. Elle lui laissait tout le temps une fenêtre entrouverte le soir pour qu’il puisse y pénétrer et lire tout ce qu’il désirait. Et en contrepartie, il n’y rentrait pas pendant la journée, pour ne pas effrayer les personnes se trouvant à l’intérieur.

Naruto, sortant de ses réflexions, regarda le Nara qui était toujours retourné vers lui, attendant une réplique de sa part.

- Shikamaru, tu es l’être humain le plus lent et le plus feignant que je connais et tu oses me dire ça ? demanda-t-il d’une voix qui se voulait accusatrice, mais aussi ludique... Un dialogue comme celui-ci était rare, il avait beau essayer, il ne se souvenait pas de la dernière fois qu’il avait discuté avec une personne de son âge sans se faire insulter ou même frapper.

Le Nara sourit devant l’implacable vérité que venait de lui dire l’Uzumaki. « Tu dois certainement avoir raison. » admit-il en se retournant pour faire face à Mizuki qui venait de le réprimander quant à son manque de concentration.

- La prochaine fois, je serai à l’heure, promit Naruto en s’imaginant le sourire qui devait s’esquisser sur le visage du brun quant à ce mensonge.

- Toi être à l’heure ? Ce jour-là, je serais déjà Kage de la péninsule.

Naruto, dépité, ne prit pas la peine de tourner son attention vers sa camarade de bureau, Ino Yamanaka. Malgré le pupitre qu’il partageait avec celle-ci depuis plus d’un an, il ne lui avait jamais prêté la moindre attention. Pas qu’il ne l’aimait pas, après tout, il ne la connaissait que très peu. Elle se contentait de lui foutre la paix et il faisait de même, et cette technique était plutôt efficace, voir redoutable quand il s’agissait de réussite. Mais aujourd’hui, il semblerait qu’elle n’avait pas pu s’en empêcher. Et cela était compréhensible, résister à l’envie de l’insulter était aussi difficile que de fixer le soleil sans ciller. On ne tenait pas très longtemps.

Contrairement au Nara, il ne connaissait que moyennement son clan, seulement de vue, ne s’y étant jamais attardé. Il s’agissait plus d’une famille que d’un véritable clan, ils étaient très peu nombreux et la plupart géraient le magasin de fleur qui se trouvait à l’entrée du village. Naruto ne savait pas si, comme le clan Nara et la plupart des clans du village, les Yamanaka avaient un jutsu qui leur était propre, mais il se promit de faire des recherches à leur sujet pour approfondir ses connaissances.

Le Namikaze se tourna finalement vers Ino et la dévisagea pendant plusieurs secondes. Ses cheveux blonds attachés en queue-de-cheval laissaient parfaitement ressortir ses yeux bleus-turquoise, lorsqu’il s’aperçut qu’elle aussi le fixait, il eut cette étrange impression de perdre le fil de ses pensées, de ne plus pouvoir détourner son regard, il était comme hypnotisé et n’avait plus vraiment envie de parler, espérant qu’en se taisant cet échange durerait un peu plus longtemps. Celle-ci portait un débardeur violet qui, accompagné d’une jupe de même couleur, coupée sur les côtés dans le sens de la hauteur, laissait parfaitement ressortir la couleur blanche de ses bras et de ses jambes quasiment recouverts de bandage. Comment n’avait-il pu ne jamais prêter attention à Ino Yamanaka ? « Quoi ? Pourquoi tu me regardes comme ça ? J’ai quelque chose sur le visage ?! » vociféra-t-elle en le fusillant du regard, ce qui eut pour effet d’attirer une nouvelle fois l’attention de toutes les personnes présentes dans la salle.

- Non, c’est juste que je te trouve très jolie quand tu es énervée, lui avoua Naruto, sincère, devant le regard interloqué de celle-ci et les rires des élèves qui avaient pu entendre ce qu’il avait osé dire.

Il s’attendait à une réplique cinglante venant de la Yamanaka, qui avait toujours le dernier mot, mais fut totalement surpris quand elle passa d’un visage colérique et hautain, à un visage étonné et rouge pivoine. Elle tourna le visage vers le tableau et se renfrogna sur elle-même, tout en envoyant d’autres regards plus meurtriers les uns que les autres vers ses camarades qui rigolaient du fait que pour la première fois depuis une éternité, la grande Ino Yamanaka n’avait pas répliqué.

- Ça suffit, l’amusement est fini ! Que tout le monde se remette au travail ! hurla Mizuki, ce qui fit immédiatement taire le brouhaha qu’avait encore engendré cet incapable de monstre. « Quant à toi misérable ! Tu ne feras pas l’entraînement prévu de cet après-midi et tu resteras ici à recopier intégralement ce livre qui parle des renards de la région. » expliqua-t-il avec un sourire vicieux tout en lui montrant le livre déposé sur son bureau où la magnifique illustration d’un renard roux en était la première de couverture. 

- Ça devrait être familier, rajouta-t-il d’un ton sarcastique et provocateur, faisant naître une sensation de satisfaction dans son corps, en croyant que l’Uzumaki ne comprendrait pas.

- Je vous conseille de vous arrêter là, prévint Naruto, glacial. Il venait de lui rappeler, en l’espace d’une fraction de seconde, toute la misère qu’il avait dans sa pitoyable vie. Tout en supprimant définitivement le sentiment qu’il venait de ressentir.

Le regard qu’échangea Naruto avec Mizuki jeta un froid dans la salle et créa un silence funèbre. Toutes les personnes présentes se demandaient pourquoi Mizuki-sensei avait dit ça, et surtout, pourquoi Naruto réagissait de cette manière. Mizuki, surprit par le comportement du blond, baissa les yeux et reprit son cours comme-ci de rien n’était alors qu’une multitude de questions se percutait dans son esprit.

Une fois de plus, il était puni pour un acte bénin qu’il n’avait même pas débuté, et qui n’avait que pour but de le saboter et de le priver de l’entraînement de l’après-midi. Un scénario où il insultait Mizuki et dégageait de ce maudit endroit lui vint en tête, mais il se retint et ne dit rien. Il n’était pas en droit de le faire, et préférait ne pas l’envisager. Pour la énième fois de la journée, il soupira. Jamais il ne pourrait trouver la paix, tout le monde en voulait à ce qu’il hébergeait et le persécutait pour cette raison. « Je suis désolée. » lui chuchota une voix efféminée sur sa droite mettant un terme à ses pensées. Il fut touché, mais ne le montra pas et resta de marbre devant les excuses de la Yamanaka. Cela remontait à bien longtemps la dernière fois qu’une personne s’était excusée… Peut-être bien que ce n’était jamais arrivé.

Quelque temps plus tard, après des heures et des heures d’ennui, Naruto se posa sur la balançoire accrochée à l’arbre se situant dans la cour à proximité de l’académie. La pause, enfin. Il ne pouvait plus voir la tête de cet abruti de Mizuki sans avoir des pulsions meurtrières. Un jour ou l’autre, il allait juste céder à la tentation et le tuer froidement en rigolant sur son cadavre. C’était évitable, mais si envisageable… Son attention fut attirée par le groupe de fille tournant autour de Sasuke qui lui, blasé, essayait de s’en débarrasser. Une rage insondable, influente et grandissante, se fit ressentir dans son corps brouillonnant par la simple présence de l’Uchiha dans son champ de vision.

Autrefois, il le détestait car la fille dont il était tombé amoureux, n’éprouvait, elle, aucun sentiment pour lui. Étant folle d’amour pour l’Uchiha, il n’y avait aucune place pour lui, du moins, c’était ce qu’il avait cru comprendre lorsque la délicate main de la jeune fille avait rencontré sa joue dans un doux bruit de réconfort. Sakura Haruno. Une fille de sa classe aux cheveux rose bonbon. Mais tout ceci appartenait au passé, il avait tourné la page aussi vite qu’on aurait pu le dire. Voyant le mépris dans les pupilles de la jeune fille, il avait tout simplement lâché l’affaire et était passé à autre chose, autrement dit, rien. Mais, là n’était pas le problème, il en avait un autre bien réel qui lui pourrissait continuellement la vie, qui lui donnait envie de tout casser à chaque fois qu’il y pensait et qui sans qu’il puisse s’en empêcher, le faisait sortir de ses gonds. L’Uchiha l’avait totalement humilié lors d’un entraînement où ils s’étaient affrontés.

Moins deux secondes après le signal de départ, il s’était retrouvé à terre sans pouvoir bougé avec cet enfoiré assis sur son dos, lui faisant une clé de bras et annihilant tout espoir de mouvement. Et cela, il l’avait encore en travers de la gorge. Il connaissait Sasuke depuis qu’il était entré à l’académie, au début, il s’était montré gentil et à son grand étonnement en y repensant, ils étaient presque devenus amis. Mais l’Uchiha avait mystérieusement disparu pendant plus d’un an. Et lorsqu’il était revenu, il n’était plus que l’ombre de lui-même. Le Sasuke aimable et gentil s’était transformé en quelqu’un de distant et froid, insultant n’importe quelle personne qui lui demandait le pourquoi de son absence. Ce ne fut que bien plus tard que Naruto avait appris que tout son clan avait été massacré par son frère ainé, Itachi Uchiha, Nukennin de rang S.

« Ce monde est pourri. »

Malheureusement, Naruto ne savait que très peu de choses sur le clan Uchiha. Quasiment aucun livre de la bibliothèque n’en parlait. C’était comme-ci toutes les traces de leurs passés avaient tout bonnement disparu. L’Uzumaki, assoiffé de connaissances, avait alors demandé des renseignements à Hiruzen, sûrement le mieux placé pour lui parler du défunt clan. Mais celui-ci, à son plus grand étonnement, s’était résorbé sur son envie de l’aider et avait vite changé de sujet, lui demandant de ne pas s’aventurer sur ce chemin miné.

À chaque fois qu’il trouvait des informations sur les Uchiha, après des heures de recherche, un nom ressortait plus que d’autres. Madara. Il avait découvert ce nom pour la première fois dans un livre lorsqu’il s’était perdu dans les récits datant d’avant la fondation du village. Madara, à l’époque, était le chef du clan Uchiha, un clan de renommée, connu à travers toute la péninsule pour être le plus puissant. Il était un des génies de son ère, et aussi le plus grand adversaire d’Hashirama Senju, qui lui, se trouvait être à la tête du clan portant son nom, les Senju. Le seul clan assez fou pour tenir tête aux Uchiha.

Suite à de multitude guerre sans buts entre les deux clans pour défendre des pays qui les payaient grassement. Étant les deux plus puissants clans de l’époque, quand une nation s’achetait les services des Senju pour mener sa guerre, l’autre payait les Uchiha en réponse, et vice-versa. À chaque fois les deux clans s’affrontaient dans un conflit qui n’était pas le leur. Sortant à chaque fois moins nombreux, affaiblis. Ainsi donc, comprenant la gravité de la situation, Hashirama, avec l’accord du Daimyo de Hi no Kuni, proposa une unification des deux clans, Senju et Uchiha, Uchiha et Senju, pour mettre fin à la tumultueuse guerre qui les opposaient et pour pourvoir fonder le premier village caché de la péninsule ninja. Madara, sans réfléchir une seule seconde, refusa immédiatement. Né dans la guerre, il ne savait rien faire d’autre. Mais, malgré tous ses efforts, il fut rapidement contraint d’accepter sous la pression de son clan, fatigué de se battre. Et ainsi naquit Konohagakure no Satō, le village ninja du pays du feu.

C’était tout ce qu’il avait pu apprendre sur le passé des Uchiha et du village. Il manquait des éléments, mais aucun livre ne voulait en parler.

Le ventre du blond fit un bruit étrange et lui rappela à quel point il mourrait de faim. Il avait oublié de prendre des nouilles à emporter chez Ichiraku ce matin, à cause de l’étrange rencontre avec cet homme. Et maintenant, il était à deux doigts de faire une hypoglycémie. « Tiens » il se retourna sur sa vieille balançoire pour dévisager une nouvelle fois la Yamanaka qui était en train de lui tendre une brioche faite maison. Il regarda derrière elle, pour voir si des personnes se cachaient et sortiraient à la moindre occasion pour lui dire qu’il avait été stupide d’y croire, mais n’y vu personne.

Voyant qu’il hésitait, Ino, elle, se demanda s’il lui en voulait encore. Après tout, c’était fondé et logique. Jusque-là, elle l’avait toujours considérée comme un déchet, une personne stupide et malsaine. Mais c’était une image qu’on lui avait inculquée et qui n’était pas la sienne. Elle avait observé le blond du coin de l’œil durant toute la matinée pour voir à quel point il était seul et triste.

- Quoi ? Tu ne la veux pas ? demanda Ino, déçu que son geste amical lui déplaise.

- Si bien sûr que je le veux, mais toi ? Tu es sûr ? demanda à son tour Naruto, confus.

C’était bien la première fois de sa vie qu’une fille de son âge, non, qu’un être humain, lui parlait gentiment sans aucune circonstance qui obligerait à le faire. De plus, elle lui donnait littéralement son déjeuner. Il ne savait pas quoi faire ou quoi dire. Il s’attendait à ce qu’une météorite tombe du ciel, qu’elle explose le village et que des extraterrestres en sortent, pour que finalement il se réveille dans son lit et découvre que ce n’était qu’un rêve et qu’il devait retourner dans son cauchemar. Mais rien de tout cela ne se produisit. Il rapporta son attention sur la Yamanaka lorsqu’elle le ramena sur terre d’un raclement de gorge, « Ne t’en fais pas pour moi, je n’ai pas faim. » insista-elle en attrapant sa main et en y déposant la brioche. Puis, il se décala légèrement sur le bout de bois et laissa la blonde s’y installer. Tout d’un coup, sa faim s’en était allée, et il avait horriblement chaud. Une horrible sensation au niveau de son ventre lui fit comprendre qu’il avait quelque chose de très important à faire. Son estomac essayait-il de lui dire de fuir ?

- Je tenais encore à m’excuser pour tout à l’heure, commença Ino d’un ton triste. « Ce n’était pas de ta faute, je ne comprends pas pourquoi Mizuki-sensei a été aussi sévère, tu n’avais rien fait. » avoua-t-elle d’un ton réprobateur.

Le visage de Naruto qui jusqu’à lors se trouvait joyeux, parut tout à coup bien triste. Ainsi donc, c’était uniquement dans le but de s’excuser qu’elle était venue le voir, la culpabilité l’avait forcée à s’approcher. Comment n’avait-il pas pu penser à cette hypothèse ? Aucune personne de son âge ne l’abordait sans raison. Il y avait bel et bien des circonstances. Il y en avait toujours.

Son regard malheureux bifurqua sur le groupe de filles qui les épiait à l’autre bout de la cour et qui avait fini d’emmerder Sasuke. « Je crois que tes copines se demandent ce que tu fais avec l’imbécile de service. » lui indiqua-t-il en tournant son visage vers Ino pour la première fois depuis qu’elle s’était assise à ses côtés. Il tomba sur des yeux azur qui le fixaient intensément. Il la scruta à son tour en prenant la peine de lui renvoyait son regard et en se demandant pourquoi elle l’observait de cette manière, avait-elle encore des excuses factices à lui présenter ?

Ino, elle, revenant à la réalité et totalement surprise par le regard du blond, se retourna rapidement avec un visage qui s’apparentait à une tomate.

- Elles peuvent dire ce qu’elles veulent, je m’en fiche. Et toi manges, je ne t’ai pas passé ma brioche pour que tu la lorgnes, lui rappela-t-elle d’un ton sec et réprimandant. Sans un mot de plus, elle se leva et quitta les lieux, laissant un Naruto seul avec sa brioche.

 « Décidément, je ne comprends rien aux filles. »

Il se retrouva rapidement avec un livre entre les mains et des feuilles vierges. Le livre faisait une cinquantaine de pages et contenait beaucoup d’images, à son plus grand bonheur. Il fit glisser son attention vers la fenêtre qui se trouvant sur sa gauche et observa rapidement ses camarades de classe s’entraînant dans la cour au lancer de shuriken. Il soupira d’ennui et rapporta son attention sur le livre.

« Le renard est très rusé et sait faire preuve de fourberie… »

 

°°°°°°°°°°

Un vieil homme aux cheveux gris et à la barbe abondante attrapa une pipe se trouvant sur la table devant lui. Allumant le foyer, il plaça le bec sur sa bouche pour inspirer profondément. Les secondes passèrent jusqu’à ce qu’enfin, il recrache une épaisse fumée blanche qui camoufla immédiatement son visage. Une fois la fumée dissipée et la gorge libérée, il déposa ses deux mains sur la boule de cristal remplie d’eau qui était entreposée sur la table devant lui et murmura d’une voix concentrée : Tōmegane no jutsu

L’eau qui se trouvait à l’intérieur de la boule s’évapora et engendra une épaisse brume en son sein. La brume se dilua rapidement jusqu’à ne laisser aucune place vide dans la sphère et commença, tel un tourbillon, à exercer une rotation en son milieu. Le mouvement de la fumée, qui ne faisait qu’augmenter en vitesse au fur et à mesure que le temps s’écoulait, se stoppa instantanément pour s’ouvrir au centre et ainsi laisser voir un jeune garçon blond courant sous la pluie dans l’allée principale du village de la feuille.  « C’est bien ce que je craignais. Le chakra du démon l’entoure, et il ne s’en rend pas compte. » Son humeur se crispa d’inquiétude lorsqu’il sentit le chakra malsain du renard redoubler de volume. Il leva le bras ainsi que quatre de ses doigts tandis qu’un ninja en uniforme, portant un masque blanc sur son visage qui ne laissait apparaître que sa chevelure argentée, fit son apparition devant lui. « J’ai un mauvais pressentiment, rejoins-le et protège-le quoi qu’il arrive. »

- Ce sera fait Hokage-sama, assura l’individu masqué en disparaissant aussi vite qu’il était arrivé, sans laisser la moindre trace de son passage.

L’image du jeune homme sur la sphère se troubla et se stoppa précipitamment alors que la fumée que contenait le globe devint rouge sang et prit brusquement l’apparence d’un renard fou aux yeux noirs. L’Hokage se leva à une vitesse spectaculaire malgré son vieil âge, et s’en éloigna juste à temps lorsque la boule de cristal implosa pour brûler le siège et la table basse. Quatre autres Anbus des forces spéciales de Konoha firent instantanément leur apparition, armes en mains, parés à toutes éventuelles nouvelles attaques, et sortirent le Sandaime de la pièce en toute sécurité. Le visage de l’Hokage qui était jusqu’à présent calme et posé devint très vite anxieux. « Depuis quand as-tu emmagasiné autant de force, Kyūbi ? »

 

°°°°°°°°°°

Le silence. Tout n’était qu’apaisement et absence, le noir total. L’impression de flotter dans le néant absolu n’avait jamais été aussi explicite. Son corps était en osmose totale avec son ressenti. Bien qu’il le souhaitait et l’ordonnait de tout son être, celui-ci n’adhérait en aucun cas à ses réflexions ou ses actes. Il ne le contrôlait plus, ne le sentait plus, mais étrangement, il le savait présent. Puis, alors que cette sensation de délivrance s’éternisa chaleureusement, il l’entendit. Dans un premier temps, il sembla loin, à l’autre bout de ses pensées, derrière la fatigue, l’ennui et la plénitude. Mais il se rapprocha vite, trop vite.

Il entra brutalement en contact avec ses tympans, eux, ne demandant rien d’autre que la paix, celle qu’il chérissait depuis bien trop longtemps. Le bourdonnement qui s’acheva en horrible sifflement strident, extrêmement douloureux et dérangeant, pénétra son être pour le faire blêmir devant la souffrance.

Les déchirures musculaires qu’il encaissa sur son thorax et son bassin lui procurèrent l’envie de mettre fin à ses jours, ici et maintenant. Mais elles se dissipèrent aussi vite qu’elles étaient arrivées pour n’être qu’une lointaine peine oubliée. Un fort picotement au niveau de son épaule gauche multiplia par dix les haut-le-cœur qu’avaient engendrés les précédentes lésions. Il resta là, les yeux inlassablement fermés, dans ce qui semblait être un lit, à essayer tant bien que mal de ne pas vomir le repas qu’il n’avait pas mangé.

L’infernal bruit continuel qu’il entendait depuis son éveil et qui n’avait pas changé de fréquence s’estompa peu à peu, pour prendre un étrange intervalle de présence, qui ne cessait de diminuer ou d’accélérer en fonction de ses émotions incroyablement bouleversées par cette horrible impression d’épuisement et d’inconnue... L’obscurité qui s’était établie dans son champ de vision depuis le début de son réveil devint légèrement orangée, rougeâtre, et lui réchauffa son visage engourdi de douleur. Ce fut à ce moment précis qu’il ouvrit ses paupières.

Naruto cligna une bonne vingtaine de fois des yeux avant d’enfin apercevoir les premiers signes de clarté. Un plafond blanc, des murs blancs, des draps blancs et une porte d’une blancheur inégalable se trouvaient tout autour de lui. Malgré sa fatigue accrue et ses pensées emmêlées, il ne lui fallut qu’un millième de seconde pour comprendre qu’il se trouvait à l’hôpital de Konoha, celui qu’il ne connaissait que trop bien et dont le seul souvenir joyeux qu’il avait se rapportait à la tranquillité du lieu.

Il tenta de tourner sa curiosité vers les rayons de soleil qui traversaient la pièce en passant par la fenêtre blanche, et qui s’arrêtaient à seulement une dizaine de centimètres de son visage, uniquement pour le narguer. Mais, le supplice que cet acte lui coûta le fit rebrousser chemin pour ne plus jamais essayer de le réitérer.

Ses poumons s’enflammèrent pour se consumer lentement et lui faire revivre l’irrémédiable lutte de ne pas régurgiter son estomac. Ce qui, maintenant qu’il sentait les deux tuyaux s’engouffrant dans sa trachée par voie nasale, était d’autant plus difficile. Il inspira profondément. Ce geste lui arracha un rictus de douleur et lui fit fermer les yeux dans une tentative d’atténuer la souffrance, mais elle ne lui permit que de se concentrer dessus, augmentant considérablement le calvaire. Son rythme cardiaque, battant tous les records de vitesse et résonnant à n’en plus finir dans son corps meurtri, prit étrangement la même fréquence que le bip perpétuel qui résonnait dans la pièce et qui le rendait littéralement cynique. Après un combat intérieur de ténacité qui se conclut par une victoire de sa part, la porte de la chambre s’ouvrit spontanément et le fit, dans un sursaut, tourner violemment le visage dans sa direction. Torture… Ce mot était bien trop faible pour décrire ce qu’il éprouvait.

À la suite de cette tentative involontaire de suicide, il ouvrit finalement un œil, puis l’autre, et observa, sans bouger, et sans donner le moindre signe de vie, l’infirmière. Elle qui était entrée dans la chambre et qui prenait un malin plaisir à lui tourner le dos, pour seul but d’écrire quelque chose d’incompréhensible sur une feuille accrochée à la porte de la pièce. Il tenta de dire un mot pour l’avertir de son réveil, mais ne parvint qu’à seulement ouvrir la bouche, d’où un sinistre grognement se détacha. La jeune infirmière, hoquetant de frayeur, se plaqua dos à la porte et se retourna vers ce bruit qui, au vu de la chambre dans laquelle elle se trouvait, ne présageait rien de bon. Le carnet de notes collé contre sa poitrine, elle examina de ses pupilles alarmées celles de l’Uzumaki, et parut décontenancée de les voir parfaitement ouverts et la scrutant, sans ciller.

- De l’eau…

Naruto avala sa salive inexistante dans un bruit glauque et toussa ardemment suite à sa demande dérisoire. Sa gorge était tellement sèche et irritée qu’il lui fallut de lourdes et précieuses minutes de cycles d’inspirations et d’expirations pour ne plus ressentir cette envie de vomir qui se faisait de plus en plus persistante. Il lorgna la fontaine d’eau se trouvant dans le coin de la pièce, isolée, n’attendant que d’être vidée, à seulement un petit mètre de la femme, comme une fontaine de Jouvence. Mais celle-ci, au lieu de répondre à sa demande qui influencerait sa vie à jamais, ouvrit âprement la porte pour s’enfuir à grandes enjambées dans un hurlement de terreur. Quelques secondes plus tard, il accepta péniblement le fait que sa soif ne serait pas étanchée sans un effort de son corps fébrile.

Le blond, ressemblant plus à un zombie qu’à un être vivant, agrippa la rambarde en fer qui encadrait son lit et se laissa glisser par-dessus, tombant lourdement au sol dans un énième rictus de douleur et d’exténuation à la vue de l’espace qui lui restait à combler. Les électrodes collées à son buste cédèrent pour signaler sa mort à la machine qui vérifiait sa fréquence cardiaque. Sûrement la seule chose qui ferait venir les médecins avec le sourire.

Il se surprit à rire, étant donné que cette hilarité lui brûla littéralement les poumons.

Assis sur les carreaux gelés de la salle blanche, il examina le nombre d’outils implanté dans sa chair pour soupirer d’agacement. Il attrapa l’embout des deux tubes qui s’enfonçaient profondément dans sa gorge et tira fermement dessus. Il frissonna et s’arrêta un court instant, un instant qui se transforma en compétition pour ne pas céder à l’envie de se rallonger dans son lit et d’abandonner cette idée folle de faire encore deux mètres...

Une fois les tubes enlevés et jetés à même le sol, il déchira l’adhésif présent sur son avant-bras et retira l’immense perfusion le transperçant. N’étant plus raccordé à aucune de ces machines diaboliques et souffrant comme jamais, il rampa tout de même vers la fontaine d’eau pour attraper un gobelet qu’il remplit à une vitesse ahurissante. Il gémit de plaisir devant le liquide envahissant son corps désertique. Il n’avait jamais goûté une eau d’une telle qualité et d’une telle pureté. C’était tout simplement divin.

La violente fraicheur de l’eau se déplaça de sa gorge à son cerveau pour lui glacer les neurones, ce qui lui décerna une migraine légendaire. Un flash le stoppa dans son essai pour remplir un deuxième verre. Un air d’incompréhension se logea sur son visage cherchant une logique à ce qu’il venait de voir. Maintenant qu’il y repensait, il ne se souvenait pas comment il était arrivé ici, il n’en avait même aucun souvenir, la dernière chose dont il se souvenait, était cette centième journée qu’il avait perdue à l’académie...

Mais alors, quelle était cette étrange chose qu’il venait de voir ? Sa main… Plantée dans la poitrine de cet homme… Ce regard de peur… Ce sentiment qu’il avait aimé ça… Qu’avait-il fait ? Tout ceci n’avait aucun sens, pourquoi n’en avait-il aucun souvenir ?

La porte s’ouvrit en fracas, explosant le carrelage qui avait rencontré la malheureuse poignée. Laissant entrer une jeune blonde aux yeux chocolat, accompagnée par l’infirmière qu’il avait vue plus tôt et qu’il haïssait d’ores et déjà. Il croisa le regard fou de la blonde et oublia tous ses problèmes, il en avait un nouveau bien plus dangereux.

- Toi ! Qu’est-ce que tu fous par terre ?! Pourquoi t’es-tu enlevé l’assistance respiratoire ?! Tu es stupide ou tu veux mourir ?!

Il l’observa attentivement sans broncher. Allongé en étoile de mer à même le sol avec un verre en plastique dans la bouche, il examina avec amusement son interlocutrice qui continuait de le réprimander en ne faisant qu’augmenter en volume et en mouvement. « Tu m’écoutes au moins ?! Abruti ! Dépêche-toi de retourner dans ton lit ou je te pulvérise ! »

- Excusez-moi, on se connait ? l’interpella Naruto, crispé à l’idée que ses tympans n’en supporteraient plus davantage et coupant net ce monologue qui, semblait-il, n’aurait jamais fini sans une aide extérieure.

La blonde furibonde tenta de reprendre son calme, mais explosa littéralement de colère lorsqu’elle remarqua les traces de sang présentes sur les carreaux blancs de la pièce, prouvant que cet imbécile avait rampé jusqu’à la fontaine au lieu d’attendre patiemment un membre de l’hôpital. Prenant sur elle, elle outrepassa ce sentiment quand une étrange question émergea dans son esprit. Comment pouvait-il avoir la capacité de parler et de bouger sans le moindre problème ?

- Non, on ne se connait pas, et si tu ne veux pas apprendre à me connaitre, je te conseille vivement de te remettre dans ton lit et de ne plus y bouger ! Sinon je t’y attache moi-même ! hurla-t-elle de nouveau à l’encontre du Namikaze. Celui-ci sourit nerveusement et commença à se remplir un deuxième verre en prenant soin de ne pas renverser la moindre goutte d’eau... C’était quoi cette malade mentale ?

Il ne comprit pas précisément ce qui arriva ensuite, une puissante main lui agrippa sa chevelure extrêmement fragile et le fit survoler la salle pour atterrir à son point de départ comme un vulgaire chiffon. « C’est comme ça que vous traitez vos patients espèce de folle ! » hurla-t-il en tenant son cou qui venait d’être malmené et en se frottant l’arrière du crâne qui avait percuté la barre en fer de son lit d’hôpital.

- La prochaine fois, tu m’écouteras quand je te parle espèce d’avorton ! cria-t-elle à son tour, effrayant l’infirmière qui recula vers la sortie de cette guerre naissante. « Maintenant, tiens-toi tranquille ou je t’injecte du calmant et on entendra plus parler de toi pour les trois prochains jours ! »

Cette fois-ci, Naruto ne répondit pas. Lui-même savait qu’il aimait avoir le dernier mot, mais cette personne était vraiment terrifiante quand elle le voulait. Dormir était bien la dernière chose qu’il voulait faire. La médecin-nin attrapa une chaise qui traînait dans le coin de la pièce et s’y installa pour lui faire face, arborant un visage curieux.

 - Ce sera tout Eri-san, je vous remercie, fermez derrière vous s’il vous plait, demanda poliment la blonde aux yeux chocolat sans prêter la moindre attention à la dite Eri-san. Naruto observa la jeune infirmière qui s’inclina devant la terrifiante femme avant de décamper, elle ne demandait rien de plus. Alors que lui se questionnait sur qui pouvait être cette folle pour qu’on lui témoigne autant de respect. Après tout, il ne l’avait jamais vu.

- Très bien, maintenant, dis-moi toute la vérité. Je sais que ce vieux Hokage sénile me cache des choses, commença-t-elle alors que Naruto essaya en vain de ne pas rire en s’imaginant appeler le Sandaime de la sorte. La jeune femme s’arrêta une légère seconde dans une brève tentative pour reprendre sa respiration et enchaîna aussitôt. « J’ai parcouru la moitié du pays et fut escortée par une troupe d’anbu me certifiant que mes qualifications dans l’Iryō Ninjutsu étaient requises au village, alors que j’étais sur le point de gagner un pari ! Donc maintenant je te le demande, qui es-tu réellement sale mioche ?! Toi, la source de tous mes problèmes. » 

C’était incontestable. Cette femme était une calamité et aucun moyen de retour n’était possible, mais, d’après ce qu’elle lui déblatérait à une vitesse frôlant l’hystérie, il lui devait la vie.

- Oh ! Et J’oubliais, si par malheur j’apprenais que tu me mens, je te retrouve et je te tue, termina-t-elle froidement, ne laissant pas de doute sur son sérieux.

 Naruto déglutit et sourit légèrement à cette menace utopique, de toute manière il ne comptait pas mentir.

- J’accepte de répondre à vos questions si en retour vous répondez à la mienne, marchanda Naruto en croisant les bras, lui montrant à son tour que c’était la seule option qu’il lui laissait. Elle hocha la tête sans la moindre hésitation, attendant qu’il lui pose sa question. Plus vite elle lui répondrait, plus vite elle connaitrait la vérité. « Comment suis-je arrivé ici cette fois-ci ? »

Cette question était simple, courte, mais laissa la jeune blonde étonnée.

- Tu ne te souviens de rien ? Vraiment ? lui demanda-t-elle d’une voix devenue calme et posée, abordant l’absurdité.

- Non, non, bien sûr que je me souviens, je vous pose la question parce que je suis un taré, c’est évident, plaisanta amèrement l’Uzumaki et levant ses mains pour ajouter un peu de stupidité à sa question qui ne faisait que répéter la sienne. Celle-ci ne s’offusqua pas, comprenant que c’était ses paroles qui avaient été stupides, mais qui n’aurait pas été surpris d’une telle déclaration.

- Comme je te l’ai déjà dit, lorsque c’est arrivé, je me trouvais à l’autre bout du pays, commença-t-elle en captivant l’attention de Naruto, voulant enfin comprendre pourquoi il était ici. « Mais mon escorte m’a expliqué que tu avais été retrouvé en plein centre du village, essayant d’attenter à ta vie. » termina-t-elle d’un air grave.

- J’ai essayé de me suicider ? demanda le blond, incrédule. Ce serait mentir de dire qu’il n’avait jamais pensé à cette option, à vrai dire il y pensait tout le temps, mais de là à passer à l’acte…

- Non, enfin, je l’ignore, mais le corps d’un déserteur a été retrouvé à tes côtés lorsqu’un Anbu t’a arrêté à temps dans ton dernier acte, l’hypothèse la plus crédible que j’ai pu trouver est qu’un genjutsu t’a poussé à faire cela, lui explique-t-elle, essayant de lui remonter le moral malgré la tournure de la conversation.

Cette théorie n’était pas crédible, il le savait. À de nombreuses reprises, des Genin du village avaient essayé de le plonger dans une illusion, à l’époque, il ne savait pas pourquoi, mais celles-ci ne marchaient jamais, à la plus grande surprise de ses agresseurs, jeunes ou adultes. À force, il en était venu à la conclusion que la malsaine créature qui se trouvait à l’intérieur de lui bloquait toutes tentatives d’intrusions dans son corps et son esprit. Bien sûr, il ne savait pas si le fait d’être un Jinchūriki pouvait arrêter tous les genjutsu, aussi puissant soit-il, mais jusqu’à maintenant, aucun n’avait réussi à l’atteindre…

Naruto leva son visage qui s’était rabattu sur lui suite à ses réflexions et fixa celui de la jeune femme, agacée et accoudée à sa chaise, attendant une réponse.

- Je suis le fils de Minato Namikaze, lâcha-t-il sans prendre le temps de réfléchir, sans même penser ne serait-ce qu’une seconde aux conséquences de cette révélation à une parfaite inconnue, ce qui eut pour effet de calmer immédiatement la jeune femme et de l’immobiliser totalement.

C’était donc ça le secret qui se cachait derrière les paroles de son sensei et derrière ce visage qui lui semblait familier. Elle n’était pas revenue au village depuis plus de quinze ans, mais son vieil ami Jiraiya lui avait raconté que son disciple, le Yondaime, et sa femme, Kushina, allaient avoir un enfant. « Oh ! Et J’oubliais ! » s’exclama Naruto en exagérant et en se moquant de la manière dont elle lui avait parlé plus tôt. La médecin-in fut tout d’un coup pendue aux lèvres du blond. Qu’est-ce qui pourrait être plus important que cette nouvelle ?

- Je suis aussi l’hôte de Kyūbi.

- Pardon ? Tu peux répéter ? demanda sans grande conviction la femme. Elle avait parfaitement compris. Le démon renard n’avait pas été vaincu comme lui avait raconté Jiraiya… le Yondaime s’était donc sacrifié pour sceller le démon dans son fils… C’était pour cela qu’elle n’avait jamais entendu parler de Naruto de la bouche de Jiraiya. Pas le moindre mot, toutes leurs rencontres, et il ne lui avait jamais dit. Cette enfant avait vécu dans le déni. Pourquoi ?

- Bien, je me représente, dit Naruto en tendant sa main vers la femme et en souriant à pleine dent malgré la douleur de ce simple geste. « Bonjour, je m’appelle Naruto Namikaze Uzumaki, je suis le Jinchūriki de Kyūbi no Yōko le plus puissant démon de ce monde de fou, et vous, vous êtes ? » Naruto s’attendait à voir la femme partir en courant et en criant au monstre et au menteur, mais au lieu de cela elle lui sourit simplement en attrapant sa main et en la serrant avant bienveillance.

- Je suis Tsunade Senju, enchanté de te rencontrer Naruto Namikaze, révéla la femme en lui souriant un peu plus. Celui de Naruto se fana presque instantanément pour se transformer en ébahissement.

- Senju ? Comme le célèbre clan Senju ? Et comme Tsunade des limaces qui faisait partie des Sannin légendaires de Konoha ? 

Tsunade se sentit flattée que, même lui, avait entendu parler d’elle. Elle hocha de nouveau la tête et signe de confirmation devant le visage septique de l’Uzumaki. Celui-ci la déshabilla du regard alors qu’une question lui trottait dans la tête. « Dîtes moi, je peux vous poser une question indiscrète ? » demanda-t-il après quelques secondes d’hésitation.

- Bien sûr, demande-moi ce que tu veux Naruto, répondit la Sannin en espérant que cet enfant ne soit pas perverti, au vu du regard qu’il lui avait jeté, comme l’était quelqu’un qui allait passer un sale quart d’heure lorsqu’ils se reverraient.

- Si vous êtes véritablement Tsunade Senju des limaces… Comment se fait-il que vous ne soyez pas vieille ? Je veux dire, vous devez avoir quoi ? Cinquante ans ? demanda Naruto d’un ton innocent et désinvolte, ne cherchant pas à provoquer qui que ce soit.

Un cri de douleur résonna dans l’hôpital du village de la feuille et terrorisa les occupants en voyant sa provenance.

 

°°°°°°°°°°

 « Un monstre ! Tu n’es qu’une abomination ! Regarde ce que tu as fait ! Sale démon ! »

Ploc.

« Viens… »

« C’est de ta faute ! Tout est de ta faute ! Ils sont morts à cause de toi ! »

Ploc.

« Approche… »

« Tu voudrais voir autre chose que de la haine dans nos regards ? Tue-toi, c’est le seul moyen. »

Ploc.

« Réveille-toi… »

 

Un son désagréable et répétitif lui parvint jusqu’aux oreilles alors qu’une odeur néfaste l’empêcha de se rendormir. Il ouvrit les yeux et fixa le plafond pour se rendre compte que la blancheur incomparable de sa chambre d’hôpital avait disparu. Celle-ci était devenue glauque et sinistre. Les murs et le plafond étaient recouverts par de la tuyauterie usagée et sale, arborant de la matière verdâtre et visqueuse, ornée par des trous à en perdre la raison où de l’eau s’écoulait librement. Naruto ouvra sa bouche de stupeur d’où aucun son compréhensible n’arriva à s’extirper hormis une phrase courte et précise, reflétant totalement ses pensées actuelles. « C’est quoi ce bordel ? »

Il se leva pour se retrouver assis dans ce qui semblait être de l’eau. Enfin, il ne savait pas vraiment. Il pouvait voir, penser, sentir et entendre, mais n’arrivait pas à toucher. Il avait beau plonger sa main dans ces dix centimètres d’eau et entendre le mouvement de celle-ci, mais il ne ressentait rien. Il avait cette étrange sensation de se trouver au-dessus de son corps et de l’observer. Était-il mort ?

Un rire rauque et pesant fit irruption dans la cavité, mettant fin à ses pensées et faisant monter en flèche l’inexplicable terreur qu’il ressentait depuis son éveil. Un murmure insalubre transportant son nom brisa sa conscience lui criant que tout ceci n’était rien d’autre que le fruit de son imagination, ce qui ne manqua pas de le faire frissonner d’effroi. « Il y a quelqu’un ? » demanda-t-il à voix haute, sans grande conviction et sans grande envie de réponse, alors que ses paroles faisaient écho à n’en plus finir. Ce ne fut que quelques secondes plus tard, tandis que la résonnance de sa voix s’était éteinte, qu’il entendit très clairement un second chuchotement, calme et intelligible, lui demandant de s’approcher. Bien qu’un sentiment de peur paralysait le haut de son corps et lui coupait la respiration dans les moments extrêmes, ses jambes, elles, n’avaient aucun mal à s’aventurer dans les profondeurs basanées du chenal.

Il avança pendant des minutes, des heures... Passant au travers de fissure désagrégée, ouvrant des portes recouvertes de moisies, s’effritant dans ses mains limières, traversant des couloirs plus longs qu’un aller simple vers le pays du démon. Il ne savait pas depuis combien de temps il cherchait la provenance de cette voix, mais dans toute cette confusion, une chose était sûre. Il ne ressentait aucune sensation découlant de son corps pour approuver le fait qu’il le faisait réellement. Il ne savait pas vraiment comment expliquer ce qu’il éprouvait ou ce qu’il était en train de se passer. Mais sa réponse se trouvait au bout de ce passage. Il était comme attiré par cet endroit plongé dans l’obscurité qui lui criait de ne surtout pas s’arrêter, qu’il approchait du but.

Il s’était tellement enfoncé profondément dans le couloir que même ses mains étaient devenues invisibles. Et pourtant, il savait qu’il les bougeait et qu’elles étaient là, devant son visage, mais rien, seulement les ténèbres.

Tandis que tout espoir de visibilité semblait perdu. Une torche s’embrasa devant ses yeux surpris et le fit reculer de quelques pas, lui prouvant par la même occasion que ses mains n’avaient pas bougé et que seule son imagination lui avait fait croire qu’il les avait placées devant son visage. Qu’elle était cet endroit qui le rendait littéralement cynique ? Il observa les alentours pour s’arrêter sur ce qu’il cherchait depuis le début. Cette sensation qu’il ressentait depuis qu’il avait ouvert les yeux.

Une dizaine d’autres torches s’allumèrent tout autour de lui, le laissant admirer d’un peu plus près une cage dorée mesurant plus de cent mètres de hauteur. Faisant passer la montagne des Hokage, le symbole et la fierté du village caché de la feuille, pour une vulgaire structure de pacotille. 

« Enfin, nous nous rencontrons. »

Le sourire naissant sur le visage de Naruto face à ce lieu fascinant s’effaça pour ne plus faire reparler de lui tandis qu’il accusa le regard se trouvant au fin fond de la cage. La peur. La terreur. La crainte. L’appréhension… Absolument tout s’était mélangé en lui pour faire naître un sentiment nouveau et encore inconnu. Les pupilles rouge sang se déplacèrent pour prendre des hauteurs vertigineuses et défier les barreaux les plus hauts. Le blond l’observa sans bouger. À vrai dire, il n’arrivait tout simplement plus à faire le moindre geste. Que devait-il faire ? Courir ? Aucune chance, aux vues de la taille de la créature, une seule foulée suffirait pour combler la distance qui les séparait. Ne rien faire et prier que cette cage soit solide ? Sûrement la meilleure des solutions. 

« Du calme, mon garçon, je ne vais pas te manger. » rassura la créature, tandis qu’un sourire carnassier aux dents blanches et aiguisées fit son apparition en dessous de son regard sanglant. « Du moins, pas tout de suite. »

Le cœur de Naruto rata un battement. Puis un autre.

- Qu..Pou…Qui… 

Aucun mot correct n’arrivait à sortir de sa bouche tremblotante. Il savait quelle était la créature derrière cette structure. Le temps d’une respiration, il examina, inquiet, les pupilles du démon tourbillonnant sur elle-même, prenant étrangement la forme d’une arme blanche qu’il connaissait bien, avant de revenir à leur état naturel, comme si que rien ne s’était passé.

Il devrait inventer un nouveau mot pour décrire cette sensation qui régnait en lui. Il se trouvait en face de l’une des bêtes les plus puissantes de ce monde et il était dans l’incapacité de réfléchir clairement. Pouvait-il y avoir pire situation ?

« Blasphème ! »

Naruto stoppa toutes réflexions et observa le museau du démon apparaissant. « Je suis d’accord, tu es un être humain faible et pathétique. Mais. Tu te trompes sur un point. » le démon fixa le Namikaze de ses yeux fous qui eurent pour effet de lui glacer le sang, une nouvelle fois. Cette fois-ci, il sentit très clairement le poids de ses jambes… Et elles étaient prêtes à céder au premier mot que pourrait prononcer la bête.

« Je ne suis pas l’une des créatures les plus puissantes. Je suis Kyūbi no Yōko. Le, plus puissant démon que ce monde porte. Personne ne peut rivaliser avec moi. » tout en parlant, Kyūbi s’était approché de la grille dorée pour ainsi montrer sa véritable apparence que décrivait la légende... Un renard géant de cinquante mètres de haut, possédant neuf queues montant encore plus dans l’irréel, et qui étaient toutes plus impressionnantes les unes que les autres, recouverts d’un pelage roux et de griffes acérées capables de trancher des montagnes comme du beurre. Cela, il en était persuadé. « Et toi, tu n’es rien. Modère tes pensées, si tu ne veux pas que je t’extermine comme bons nombres de personnes avant toi. »

Naruto cessa toute pensée… Un court instant avant que sa conscience ne repasse en mode survie. Avait-il la faculté de lire dans son esprit ? En y réfléchissant bien, il ne l’avait pas vu ouvrir la bouche pour parler, mais l’avait parfaitement entendu. Avait-il des capacités de télépathies ? Où était-ce ce mystérieux endroit qui permettait cela ? Naruto éleva une nouvelle fois son regard pour admirer le renard au pelage feu et élucider ce mystère. Le sourire sournois et carnassier qu’exprimait Kyūbi fit rapidement comprendre à l’Uzumaki qu’il avait vu juste et qu’il avait parfaitement entendu.

- Où… Suis-je ? demanda le Namikaze en prenant son courage à deux mains. Après tout, s’il avait voulu le tuer, il serait déjà six pieds sous terre. «Tu te trouves à la frontière de mon esprit et du tien. Nos consciences et ce sceau ont créé cet endroit d’échange. Te tuer ? Pourquoi voudrais-je tuer celui en qui je suis emprisonné ? Si tu meurs, je meurs, tel est la spécificité de ce maudit sceau créé par cet enfoiré de Yondaime » lui expliqua le Yōko d’un ton sincère et énervé, montrant qu’il ne disait que la pure vérité. Ce que Naruto remarqua, c’était que son père était détesté dans toute la péninsule, même les démons le haïssaient.

Il n’était pas mort. S’il se trouvait dans son esprit, cela voulait dire qu’il était toujours en sécurité dans son lit d’hôpital… Mais comment cet endroit pouvait-il exister ? C’était juste surréaliste. Pourquoi pensait-il cela au juste ? Un renard de cinquante mètres de haut se trouvait en face de lui, il n’y avait rien de réel là-dedans !

« Viens, approche, je ne te ferai aucun mal. » promit Kyūbi en souriant à pleine dent. Le visage de Naruto s’éclaircit et son corps cessa de trembler. Tout devenait… Plus clair. Il avait compris. En contrepartie, le visage du renard se contracta, frustré de ne pas savoir les raisons qui avaient amené ce pitoyable hôte à ne plus être effrayé.

- Non.

Il avait lu énormément de livres narrant les péripéties du renard. Cohabitant avec lui, il avait voulu en savoir plus. Et un surnom lui était revenu en mémoire. Créature immortelle. Les Bijūs ne pouvaient pas mourir, c’était un fait indéniable. Si jamais, lui, l’hôte, venait à mourir, alors Kyūbi renaîtrait de ses cendres en pleine forme. Cela ne devait pas arriver, en aucun cas… N’est-ce pas ?

« Je vois que tu t’es renseigné. Finalement peut-être que j’avais tort, tu n’es pas aussi stupide que tes prédécesseurs. »

- Mes prédécesseurs ? demanda Naruto, ne comprenant pas où voulait en venir le démon. Devant son mutisme, l’Uzumaki plaça ses mains sur son visage et inspira profondément. Tout ceci le dépassait. Il ne savait plus quoi dire, quoi faire, il était perdu, perdu dans un endroit inconnu en compagnie de l’arme massive la plus puissante de ce monde. Une seule erreur de sa part… Et le monde en pâtirait. Cela pouvait-il être pire ? Ou mieux ?

« Vengeance… »

Il referma ses pupilles devenues incroyablement fatiguées tandis qu’une force inaudible agrippa son être encore inconscient de ce qui se passait autour de lui. Une sensation de bien-être s’installa dans son corps, éloignant ses horribles pensées qui ne faisaient que le déranger.

« Je peux restaurer la vérité… »

Il avait déjà vécu ce moment, ce sentiment... Cette force, dangereuse, irréductible… Apaisante… Mais quand ? Il ne se souvenait plus…

« Tu n’as qu’un geste à faire, je me charge du reste… »

Sans vraiment le vouloir ou s’en apercevoir, il ouvrit une nouvelle fois les yeux pour se retrouver face un parchemin collé à une paroi lisse, dorée… Dans un mouvement lent et hypnotique, il saisit du bout de ses doigts le morceau de papier incolore pour commencer inlassablement son déchirement.

« Oui, c’est ça Naruto, continue, nous allons nous venger de ce maudit village, la source de tous nos problèmes… »

Nous… Nous… Nous… ? Le noir, sombre et malsain, qui s’était établi dans les iris de Naruto se dissipa aussi vite qu’il était apparu pour totalement disparaître et reprendre sa flamboyante couleur turquoise. Nous…

- Il n’y a pas de nous, il n’en a jamais eu et n’en aura jamais, s’exclama contre toute attente Naruto, profondément énervé par ce qu’il venait d’entendre. Un rire rauque se fit entendre tandis que l’Uzumaki, toujours dans les airs, se déplaça pour se rendre au centre de la pièce et redescendre à la terre ferme. Il considéra sans ciller l’immense regard ensanglanté de la bête, le fixant, affamé, alors que l’écho de sa risée s’estompa progressivement. « Ce n’est pas ma faute si le village me déteste, ce n’est pas de ma faute s’ils veulent ma mort. Mais uniquement la tienne. Kyūbi. »

Le rire reprit de plus belle et redoubla de volume pour prendre une fréquence satisfaite, sournoise. Un sourire féroce refit son apparition en dessous de ses yeux assoiffés de meurtres. Naruto ne le montra pas, ou essaya de ne pas le montrer, mais à ce moment précis, il regrettait ce qu’il venait de dire.

« Je dois dire que tu ne manques pas de cran, Namikaze. »

La patte droite du renard frappa les barreaux de sa prison, qui ne montrèrent pas le moindre signe de fébrilité. Le sol sous les pieds du blond se mit à trembler, le faisant tomber à la renverse et le faisant se sentir plus vulnérable que jamais.

« Tout cela risque d’être très, très amusant. »

- Ce n’est donc qu’un jeu pour toi ? demanda acerbement Naruto, se relevant, ne comprenant pas les machiavéliques motivations du démon.

« La vie est un jeu, il s’agit du jeu universel. »

Les paroles du démon, malgré tout ce que l’on pouvait penser, entrèrent en similitude avec le fond de pensée de Naruto.

- Merci, remercia le blond contre toute attente alors que le renard fulminait dans sa cage, il frappa une nouvelle fois les barreaux de sa puissante et immense patte, qui, une nouvelle fois, ne bronchèrent pas d’un centimètre. Mais cette fois-ci, Naruto resta de marbre devant la secousse.

« Pourquoi donc me remercies-tu, misérable humain ?! »

- Quand je te vois, je comprends que si le Yondaime, mon père, t’a fait prisonnier ici. C’est qu’il avait confiance en mes capacités pour te garder enfermer. Maintenant, je sais que mes parents ne me détestaient pas. Ils n’avaient juste pas eu le choix. Et pour cela, je t’en remercie, expliqua le Namikaze en respirant à pleins poumons. L’apesanteur de cette salle était très lourde à supporter. Il ne savait pas combien de temps il allait encore tenir avant de s’écrouler de fatigue.

 « Crois-moi, un jour, que tu le veuilles ou non, je sortirais d’ici. Et ce jour-là, je tuerais une à une toutes les personnes auxquelles tu tiens. » jura le démon renard en salivant à l’avance de ce massacre qui se profilait à l’horizon.

- Et ce jour-là, je serais sur ton chemin et je te ferais regretter toutes ces menaces, l’informa Naruto en braquant son poing dans sa direction. « Il s’agit d’une promesse. Je tiens toujours parole. »

Le démon renard à neuf queues examina ce frêle être humain qui osait le défier en se léchant les babines. Shinigami-sama en personne savait comment il aimait ce genre de situation et comment il s’en délectait avec ferveur. Il s’enfonça dans sa cage pour ne laisser entendre que son ton rauque et fourbe.

« Ne l’oublie jamais, tu n’es rien. Un seul faux pas. Une seule erreur. Et je te prends tout. Es-tu près Namikaze ? Ouvre les yeux, la partie commence !… »

[…]

Naruto se réveilla en sursaut dans ce qui semblait être son lit d’hôpital. Respirant fortement et scrutant les moindres parcelles de la chambre plongée dans le noir, il comprit que tout ceci n’avait été que le fruit de son imagination... pourtant, cela avait semblé si... réel…

Transpirant d’anxiété, il observa l’astre lunaire au travers de la fenêtre de sa chambre et soupira d’incompréhension. Ce n’avait été qu’un vulgaire…

- Cauchemar ?

Le Namikaze tourna son visage surpris vers la voix qui s’était manifestée pour tomber sur un homme, l’observant, assis sur la chaise qu’avait préalablement utilisée Tsunade. Celui-ci, appuyé sur la canne qu’il tenait fermement de ses deux mains posées l’une sur l’autre, le fixant ardemment du regard, attendant sa réponse.

- Pardonnez-moi la brutalité de ma question, mais, vous êtes qui bordel ? demanda Naruto, sous-entendant la raison de la présence de l’homme dans sa chambre. Un sourire se dessina sur le visage de l’inconnu.

- Il est vrai que je ne me suis pas présenté, pardonne-moi, s’excusa-t-il en frappant le sol d’un léger coup de canne, tandis que son sourire redoubla de volume. « Mais le temps viendra. »

- Ça me fait une belle jambe, répliqua le Namikaze d’un ton un peu plus direct et énervé.

- Encore une fois, pardonne-moi. C’est que je suis encore sous le choc, ce n’est pas tous les jours que l’on rencontre le fils de Minato.

Naruto haussa les sourcils face à cette déclaration plus qu’inattendue. Un piège. Cela ne pouvait être autre chose. Personne ne connaissait son identité. Elle avait été dissimulée, oubliée. Qui pouvait bien être cet étrange personnage pour en connaitre autant sur sa vie.

- Pour répondre à ta question, je suis responsable de ta sécurité, expliqua-t-il après plusieurs secondes de silence. « Quoi de mieux de venir en personne pour m’assurer que tout ce passe bien. »

- Ma sécurité ? Pourquoi aurais-je besoin d’être surveillé ? demanda Naruto en s’asseyant dans son lit.

Le rire de l’homme se fit entendre alors que le sang de Naruto commençait déjà à bouillir d’impatience.

- Je peux savoir ce qui est drôle ?! demanda l’Uzumaki, hors de lui.

- C’est juste le fait que tu me demandes la raison de ma présence dans cet hôpital, alors que tu ne connais pas celle qui t’a entraîné ici.

L’Uzumaki dévisagea son interlocuteur. Qui était cet enfoiré à la fin ? Cela n’avait aucun sens. Était-il encore en train de dormir ? Le fruit de sa folie.

- Que m’est-il arrivé ? interrogea Naruto alors que l’humble hilarité de l’homme s’estompa peu à peu pour finalement ne plus se faire entendre. Et pour la première fois, il croisa son regard de braise, éphémère.

- Ne te souviens-tu pas avoir perdu le contrôle ?

Tout en parlant, l’homme s’était penché dans la direction du blond. Tandis que celui-ci, sans qu’il ne sache pourquoi, n’arrivait plus à parler ou à faire le moindre mouvement. Il était comme obnubilé. Quand il demandait à son corps de faire un geste, il l’oubliait aussitôt et rapportait inlassablement son attention sur l’homme.

- Ne te souviens-tu pas avoir tué de sang-froid un shinobi ?

Un sourcil d’incompréhension s’éleva sur le visage de Naruto. Là il en était sûr. Ce n’était rien d’autre qu’un énième rêve. Jamais il n’aurait pu fait cela, jamais. Ayant repris étrangement conscience, il observa ses mains pâteuses. Cela ne lui ressemblait pas…

- Les hauts conseillers du village ont été surpris d’apprendre que ton identité avait été compromise, ironisa l’homme d’une voix sarcastique. « Ce n’est pas comme-ci la moitié du village connaissait ton statut et qu’ils te le faisaient ressentir au quotidien. »

Pour la première fois, ce fut avec un regard empli de surprise, que les pupilles de Naruto se posèrent sur le visage de son interlocuteur.

- Si tu as besoin d’être surveillé, c’est pour une raison bien précise… Il y a une semaine, jour pour jour, deux ninjas ennemis se sont introduits dans l’enceinte du village dans l’unique but de te tuer, développa l’étrange personnage en marquant un temps d’arrêt, attendant que Naruto assimile l’information. « Mais ils n’ont pas réussi à finir leur travail. Tu as perdu le contrôle du renard juste à temps pour survivre. Tu en as tué un de tes mains, le second s’est enfui avant qu’on puisse le suivre. Nous avons perdu sa trace aux abords de la forêt Kissa, aux frontières du pays de la rizière. »

Naruto plaça ses mains devant son regard livide et essaya de se souvenir. Il tenta de toutes ses forces de se remémorer ne serait-ce qu’une seule seconde… Mais rien. D’ailleurs, il n’arrivait tout simplement plus à réfléchir, ses pensées étaient comme chamboulées et il n’arrivait pas à les remettre en ordre.

- Tu as été poignardé à deux reprises, une fois au poumon droit et une autre fois au bassin. Ton épaule gauche a été cassée et ta tête a reçu un choc, qui, sans les premiers soins d’un de mes Anbus arrivait à temps, t’aurais tué. Si tu ne te souviens de rien, ce n’est pas sans raison, lui expliqua mieux l’homme en se levant de son siège devant un Naruto empli de question.

- Demain, après le lever du soleil, tu te rendras dans le palais des Hokage pour demander au Sandaime de prendre en charge ton entraînement, et il acceptera, sollicita sans explication l’énigmatique personnage.

Naruto l’observa ouvrir la porte, prêt à partir, alors que ses questions se multipliaient par dizaine.

- Pourquoi vous écouterai-je ? lui demanda-t-il simplement, le faisant retourner pour la dernière fois. « Je ne vous connais absolument pas. »

Un sourire s’esquissa sur le visage de l’homme.

- Tu ne me connais pas encore, mais comme je l’ai dit plus tôt, le temps viendra. Repose-toi Naruto Namikaze, un avenir prometteur t’attend.

L’homme quitta la pièce, laissant un Naruto confus et perplexe. Que venait-il de se passer au juste ? Telle fut la question qu’il se posa tandis qu’une étrange fatigue s’empara de ses réflexions et le plongea dans un long et profond sommeil.

[…]

- Que comptes-tu faire maintenant, Naruto ? demanda Tsunade, appuyée contre la porte de la chambre blanche.

Le Namikaze s’empara du t-shirt présent sur son lit d’hôpital et l’enfila en faisant attention à son épaule encore fragile. Chose étrange. Une fracture similaire à la sienne au niveau de son épaule et de sa clavicule aurait mis presque six mois à guérir pour un homme lambda. La sienne, en seulement une nuit, avait presque fini sa cicatrisation. Les deux immenses plaies présentes sur son ventre et ses poumons n’existaient déjà plus. La Sannin lui avait fait comprendre qu’il devait ce miracle au chakra du renard qui circulait librement en petite quantité dans son système circulatoire d’Uzumaki déjà très réparateur.

Il n’avait rien fait apparaître sur son visage, mais la phrase de la Sannin lui avait fait remonter des souvenirs qu’il voulait absolument oublier. Il espérait au plus profond de lui que l’échange avec le Bijūs soit le fruit de son imagination et que cette rencontre n’ait jamais eu lieu. Mais à chaque fois qu’il envisageait cette hypothèse, il avait cette étrange sensation qu’une menace planait au-dessus de sa tête et qu’il devait la prendre au sérieux, sans quoi il allait le regretter amèrement. Il avait provoqué un renard revêche en sachant pertinemment quand dans l‘état actuel des choses, il était dans l’incapacité totale d’arrêter sa haine insurmontable si jamais elle venait à se manifester.

Mais il n’y avait pas que cela qui l’avait interpellé dans la phrase qu’avait prononcée la Senju. Il y avait ce nom qu’il connaissait très bien, mais d’en il ne savait rien. Ce nom qu’il voyait et entendait depuis le début de sa vie, mais dont il n’avait jamais prêté la moindre attention. Il connaissait l’histoire de la plupart des clans de la feuille, mais il ne savait rien de celui-ci, d’ailleurs, avant qu’elle ne lui dise, il ne savait même pas qu’il s’agissait d’un clan. Uzumaki. L’espoir avait ressuscité en lui. Peut-être que quelque part dans le monde, une famille l’attendait et lui demanderait pourquoi il n’était pas venu plus tôt. Mais la Senju l’avait fait redescendre sur la terre ferme et lui avait clairement fait comprendre que s’il n’avait jamais entendu parler des Uzumaki, c’était pour une raison bien précise. Le clan n’était plus. Il avait été décimé durant la dernière Grande Guerre ninja qui avait opposé la plupart des nations élémentaires et personne ne savait, hormis lui, s’il y avait eu des survivants. Une autre horrible nouvelle qui venait peaufiner sa misérable vie de solitude.

- Je me rends au palais de l’Hokage, déclara Naruto qui continuait de s’habiller face au visage de la blonde dégageant une colère imperceptible quant à ce qu’elle venait d’entendre.

- Tu dois te ménager Naruto, tu as peut-être une endurance hors du commun, tu n’en restes pas moins un être humain. Je te l’ai déjà dit des centaines de fois, mais j’ai l’impression que t’en contrefous, tu n’es pas immortel, lui rappela-t-elle, inquiète de son état de santé.

- Je vais très bien Tsunade-sama, je vous assure, jura le Namikaze en ne répondant pas à ses affirmations, il s’en foutait royalement, c’était son corps bordel. « Pourquoi êtes-vous si complaisante avec moi ? » demanda-t-il tranquillement après plusieurs secondes, en se posant à son tour contre l’armoire disposée à côté de son lit, mettant fin au silence qui s’était installé.

Il ne la connaissait que très peu, bien qu’il avait déjà entendu parler d’elle. Il comprenait la chance qu’il avait de pouvoir parler librement avec cette femme, des personnes payeraient ou tueraient pour une telle situation. Tsunade Senju. Légende vivante. Le modèle de toutes les filles de son académie. Ninja de renommé, Sannin de Konoha en extérieure, parieuse acharnée en intérieure. Derrière cette apparence de femme fatale se cachait sûrement la kunochi la plus puissante de la péninsule. Et ça, malgré tous ses efforts, Naruto n’arrivait pas à ce le sortir de la tête. Peut-être bien pouvait-elle l’aider dans sa tâche. Peut-être bien qu’elle pourrait l’aider à vaincre le renard…

Mais il y avait encore une fois ce même et unique problème. Il ne savait pas s’il pouvait lui accorder sa confiance… Si jamais elle venait à répandre la nouvelle… Il ne lui resterait alors que quelques heures à vivre. Il voyait de là les rumeurs qui pourraient circuler dans les rangs du village. « L’enfant qui pactisait dans l’ombre avec le démon est mort ». « Celui qui préparait un plan de vengeance avec le monstre n’est plus de ce monde ». Toutes les personnes du village en attenteraient à sa vie.

Et cela, il ne pouvait pas le laisser arriver, il ne pouvait pas lui céder sa confiance. Il était, pour l’instant, beaucoup trop faible pour encaisser le retour de bâton, si jamais il y en avait un.

Ladite Tsunade observa un œil attentionné le jeune Uzumaki. Dire qu’elle était alarmée de le voir partir de l’hôpital seulement un jour après son réveil était un euphémisme. Elle s’était vraiment attachée à lui, cela pourrait paraitre bizarre ou même carrément glauque, mais il dégageait cette assurance et cette volonté à toute épreuve qui lui rappelait son défunt petit frère. Et tout cela donné envie à la Sannin de le protéger des dangers de ce monde qui lui était encore inconnu. Lui, qui, d’après ce qu’elle avait entendu à son sujet, était un expert pour foncer tête baissée dedans.

- N’est-ce pas évident ? demanda à son tour la Senju, faisant naître une légère attention sur le visage de Naruto quant à ce qu’elle allait dire. « Tu n’es pas capable de t’occuper par toi-même, il faut bien quelqu’un pour te surveiller, sans quoi tu reviendrais bien vite dans ce lit. »

Naruto rigola franchement à la provocation de la Sannin en reprenant là où il s’était arrêté. Il savait qu’elle ne lui disait pas tout et que quelque chose d’autre la poussait à garder un œil sur lui, il ne savait pas si c’était à des fins mesquines ou juste charitables, mais il se contenta de rigoler en envoyant une douce pensée de remerciement à cette chose, quel qu’elle soit. Il ne pouvait pas dire à quel point ça lui faisait du bien d’avoir une personne à qui parlait au quotidien et qui prenait soin de lui. Après tout, il n’avait jamais connu cela. C’était tout nouveau pour lui, c’était pourquoi sa méfiance était amplifiée.

- Et au passage, si tu ne veux pas revenir rapidement ici, il faut que tu arrêtes de me donner du vous, ça me fait sentir vieille, le prévint-elle en arborant sa légendaire mine énervée, prouvant qu’encore une fois, elle était très sérieuse quant à sa menace.

- Mais vous l’êtes.

Le sourire provocateur sur le visage de Naruto se désintégra presque instantanément lorsque, ayant fini de s’habiller, il se retourna pour faire face à la Senju. Elle n’avait pas compris la blague ? Si un regard pouvait tuer, alors il serait certainement mort dans d’atroces souffrances. Le Namikaze, comprenant qu’il devait vite partir d’ici s’il ne voulait rallonger son séjour, se décala vers la fenêtre pour entreprendre de l’ouvrir devant le visage dépité de Tsunade, comprenant ce qu’il comptait faire.

- Tu ne connais pas les portes ? demanda-t-elle, désabusée, en frottant ses yeux fatigués et en l’observant se mettre debout sur le rebord.

- Si, mais les portes ne me procurent pas cette sensation !

À peine Naruto avait fini sa phrase, qu’il se retourna une dernière fois vers la blonde avant de se jeter dans le vide. Tsunade, soupirant devant ce comportement stupide et enfantin, s’avança à son tour vers la fenêtre et observa le Namikaze, maintenant loin, courant vers le palais de l’Hokage. La Senju leva son regard vers les cieux alors qu’une pensée emplie de remords emporta la majeure partie de son esprit. Comment pouvait-elle le juger ? Ce n’était qu’un enfant.

« Je me demande bien ce que tu peux faire en ce moment, Jiraiya-kun... »

 

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Au fin fond du pays du feu, dans un village aux structures archaïques et à la végétation abondante, un homme, perché sur la cime d’un arbre, espionnait à l’aide de jumelles un bassin naturel public où un groupe de jeunes filles s’amusait à s’éclabousser et à s’asperger d’eau. Alors qu’il ne pouvait s’empêcher de zoomer un peu plus sur les poitrines disproportionnées et bondissantes des séduisantes femmes, un rire pervers et sadique s’extirpa de sa bouche salivante devant ce magnifique spectacle. « Ho ho ho ! Jackpot ! Je suis un génie ! Je sens déjà les idées pour mon prochain livre qui jaillissent ! » s’arrêtant un court et intenable instant de contempler ces formes tentatrices, il attrapa son calepin secret, caché dans sa poche intérieure droite pour y écrire des choses plus perverses que jamais. « Avec ça, si je ne fais pas un carton ! Ça voudrait dire que je ne suis plus un homme. Kami-sama lui-même sera tenté de lire ce livre ! »

Alors qu’il s’apprêtait à écrire sa dernière tournure de phrase, un violent éternuement le prit de court, laissant entendre un léger étranglement aux alentours, tandis qu’il plaqua bien trop tard sa main sur sa bouche bruyante. Voyant qu’une des filles l’avait repérée et que ses amies tournées à leurs tours leurs visages surpris dans sa direction, il se mit à courir pour sa libidineuse vie. « Une femme à forte poitrine doit être en train de penser à moi, elles ne peuvent pas résister à mon corps d’apollon ! » ce fut à ce moment précis qu’il s’imagina des scènes plus torrides les unes que les autres. Tout en courant, alors que des hurlements de fureur se firent entendre dans son dos braqué vers l’avant, il récupéra son calepin et y inscrit d’autres choses érotiques à souhait.

- Un génie ! Je suis un génie !

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Sa main s’arrêta à un centimètre de la porte en bois rougeâtre avant de la rabattre péniblement sur son corps chancelant pour se sentir faible et hésitant. Il recula brusquement de l’embrasure et se tira les cheveux avant de s’agenouiller, pensif et stressé. Il avait réfléchi à cette discussion des heures durant, et maintenant qu’il y était, qu’il avait la possibilité de savoir si toute la conversation d’hier n’avait été que l’imagination de son cerveau dérangé, il se débattait intérieurement pour ne pas prendre ses jambes à son cou et oubliait cette idée insensée.

Il avait cette désagréable impression que tout aller se décider sous peu, et cela faisait monter une angoisse indescriptible dans les moindres parcelles de son corps... Dès qu’il emprunterait une nouvelle fois cette porte pour sortir définitivement du bureau, il aurait la réponse à sa question et saurait quoi faire. Mais… Ce qui le faisait hésiter n’était rien d’autre que cette fameuse réponse. Si jamais elle n’était pas la bonne…

Secouant énergiquement sa tête en espérant anéantir ses pensées devenues inhabituellement pessimistes et oubliant l’inquiétude le temps d’un mouvement, il frappa à la porte entre deux battements de cœur. Il n’avait plus de temps à perdre, il devait savoir, maintenant.

La réaction de la personne présente derrière la porte fut immédiate, presque trop rapide, comme-ci elle avait senti sa présence depuis le début. Naruto agrippa fermement la poignée et expira un bon coup avant de pénétrer dans la pièce d’un pas incertain. Dans un premier temps, il examina le sexagénaire assis derrière son pupitre, lui souriait aimablement, puis son regard se déposa irrémédiablement sur le deuxième homme, debout, placé aux côtés de l’Hokage. C’était lui. L’énigmatique personnage qui était venu lui rendre visite la nuit dernière. Il était là, immuable, le fixant sans relâche.

- Laisse-nous seuls, je t’en prie, s’exclama Hiruzen en s’adressant à l’homme qui s’inclina légèrement.

Sans un mot et dans une démarche assurée suite aux paroles d’Hiruzen, il quitta la salle en n’omettant pas d’envoyer un dernier regard à l’Uzumaki. Naruto resta là, sans bouger, le visage tourné vers ce fantôme, plongé dans ses pensées qui étaient focalisées sur… qui était-il donc ? Un frisson le traversa de part en part lorsque la porte de la pièce se referma dans son dos, créant un souffle frais empli de question. Le bruit de la canne maintenant loin et à peine perceptible, Naruto se remit à scruter le Sandaime qui ne l’avait pas lâché du regard, impassible.

- Je suis venu vous voir pour vous demander…

- Avant toute chose, j’ai une question personnelle qui me tiraille l’esprit, Naruto, revendiqua Hiruzen en plaçant ses coudes sur son bureau et en croisant ses doigts devant son air songeur et grave. Encore une fois, le Namikaze ne dit rien, patientant le temps que le vieil homme le questionne.

- Depuis combien de temps connais-tu la vérité sur tes parents et sur ton cas ?

Naruto, qui jusqu’à maintenant était resté calme, rigola frénétiquement devant cette capricieuse tirade, mélangeant une pointe d’énervement et une étonnante source d’appréhension.

- C’est à vous que je devrais poser cette question, pourquoi m’avoir caché ma véritable identité et m’avoir menti au sujet du mépris et de la colère qu’avaient les villageois contre moi ? La vérité n’en est que plus amère ! 

Le Sandaime observa le blond avec un froncement de sourcils en s’efforçant de ne pas, à son tour, céder à la voie de la facilité, la colère.

- Naruto, tu dois comprendre que personne ne doit connaitre la vérité sur tes origines.

L’Hokage en titre marqua un temps d’arrêt et souffla de nervosité. « Pas seulement pour te protéger du village. Bien entendu. Mais pour te protéger du monde extérieur. » le regard qu’échangea le Namikaze avec le Sandaime jeta un froid de malentendu.

- Me protéger du village ? C’est une blague n’est-ce pas ? Tout le monde est au courant dans ce putain de village rempli de…

- Ton père, le Yondaime, avait des ennemis dans toute la péninsule, le coupa net Hiruzen, en voyant l’emportement qu’avait engendré sa précédente phrase. « Si par malheur ils venaient à apprendre que le Kiiroi Senkō avait engendré un fils et qu’en plus de cela, il s’avérait que celui-ci était le Jinchūriki de Kyūbi no Yōko. Alors nous pourrions nous attendre à une guerre ouverte contre la plupart des pays voisins, n’attendant qu’un seul prétexte. Non seulement pour venger la mémoire des victimes de l’éclair jaune durant la troisième Grande Guerre, mais aussi pour s’accaparer par la même occasion le plus puissant démon vivant à ce jour. Moins de personnes seront au courant de ton statut, mieux le village se portera. Tu ne peux pas te permettre de révéler cette histoire à la première personne venue, lui expliqua mieux Hiruzen en se remémorant la conversation qu’il avait eue avec son ancienne élève lorsque celle-ci était venue le réprimander sur la façon de vivre qu’avait le jeune homme.

 - Ce que j’essaye de te dire par là, c’est que tu ne tiens pas uniquement ton sort entre tes mains, Naruto, mais celui du village et du pays tout entier. Et il est de ton devoir de ninja de le garder en sécurité.

Le Sandaime s’arrêta. L’air maussade et compréhensif qui régnait en maître sur le visage de Naruto lui fit comprendre qu’il pouvait s’arrêter là, il avait saisis ce le message. Le blond savait de quoi parlait le vieil homme. Il avait lu énormément de livres narrant les exploits de son père durant la troisième Grande Guerre et des vies qu’il avait sauvées. Mais la dure réalité de ce monde venait une fois de plus de le reprendre en pleine volée. Certes, son paternel avait été un héros en gagnant à lui tout seul la guerre, mais les cadavres qu’il avait laissés derrière lui ne prouvaient en rien sans héroïsme, bien au contraire. Les guerres étaient faites ainsi. Personne ne sortait vraiment en vainqueur.

- Vous dîtes qu’il en est de mon devoir de ninja, commença Naruto en reprenant son calme, mais en arborant toujours ce ton de reproche et d’amertume qu’il utilisait depuis le début de la conversation. « Je ne suis un ninja en aucun point. Je suis faible dans tous les arts qui existent, mes notes à l’académie sont minables et frôlent le zéro. Je suis tout simplement minable. Mes professeurs ne m’ont jamais rien appris et ne m’apprendront rien. Jamais. Je ne peux tout simplement pas supporter toute cette responsabilité sur mes épaules ! Et au grand jamais je pourrais devenir un ninja ! » s’exclama le Namikaze devant un Hiruzen comprenant parfaitement de quoi parlait le jeune homme. Il avait à plusieurs reprises discuté avec ses professeurs en voyant qu’il n’avait fait aucun progrès, qu’il stagnait, mais aucun n’avait voulu changer d’avis. Toutes les personnes de ce village le regardaient comme le démon et ne voyaient pas l’enfant qui se cachait derrière, apeuré.

- Je suis faible et je ne sais pas comment faire pour remédier à ça ! C’est avec un seul et unique espoir que je suis venu vous voir. Celui que vous m’entraîniez. 

Naruto laissa place au silence, voyant que son interlocuteur était plongé dans ses réflexions suite à sa demande.

- Naruto, cette histoire d’entraînement, aurait-elle un lien direct avec Kyūbi ? demanda le Sandaime d’un air perplexe. Le changement d’aptitude de Naruto prouva à l’Hokage qu’il avait vu juste. Tout était lié.

- Il… Je dois devenir plus fort… Pour pouvoir protéger les personnes qui me sont chères, dévoila le Namikaze en regardant le vieil homme avec une détermination sans limites. Hiruzen lui renvoya son regard avec pointe de compréhension et comme à son habitude, il soupira de fatigue. Un sourire invisible aux yeux de Naruto se métamorphosa sur son visage.

Juste avant qu’il ne perçoive l’aura de l’Uzumaki approchant de son bureau, Danzō, son bras droit, mais aussi le chef des Anbus de Konoha, lui avait rendu une petite visite pour lui faire part des avancées sur le verdict final du haut conseil de la feuille. Ils étaient, à l’unanimité, revenus sur leurs paroles datant de la mort du Yondaime. Ce que Naruto ignorait et que seulement lui, Jiraiya et le haut conseil savaient. Était le fait qu’à l’annonce de la mort de Minato et Kushina, le Sannin des crapauds avait essayé de prendre Naruto sous son aile alors qu’il n’était encore qu’un nourrisson pour le faire devenir celui qu’il aurait toujours dû être. Le fils d’une légende et le Jinchūriki de Kyūbi no Yōko. Mais le conseil s’était opposé à cette éventualité, craignant que l’enfant utilise le démon à ses propres intérêts, et avait donc décrété qu’il devait rester dans l’ignorance quant à son cas d’hôte et qu’au vu des affinités de son élève, Jiraiya n’avait en aucun cas le droit d’approcher l’enfant, sans quoi, ils lui arrachaient le renard de force et le tueraient par la même occasion.

Bien sûr, la légendaire loyauté de Jiraiya s’était immédiatement mise en marche et il s’était irrémédiablement mis le haut conseil de Konoha à dos. Ce conseil qui était composé de deux personnes. Deux figures emblématiques du village caché du pays du feu, Homura Mitokado et Koharu Utatane. Deux fidèles amis de Hiruzen qui ne voulaient que la protection du village. Deux personnes aux bras longs et éparpillés dans le pays du feu. Mais même en sachant cela, l’ermite des crapauds n’avait pas hésité une seule seconde à les menacer de mort si jamais ils continuaient de souiller le nom du fils de son disciple et s’ils ne revenaient pas sur leurs décisions. À l’époque, voyant qu’il essayait de résonner des êtres sans âmes, son élève s’était alors retourné vers lui, lui demandant de dire quelque chose, de changer la donne, il était redevenu l’Hokage suite à la mort de Minato, il pouvait éradiquer ce décret et personne n’en aurait entendu parler. Mais… Hiruzen attrapa son cou et étira ses regrets devant Naruto attendant toujours sa réponse.

Il n’avait rien dit. Immobile, il s’était contenté de surmonter les yeux fous de Jiraiya ne comprenant pas son comportement, il ne reconnaissait plus son maître. Pourtant, lui plus qu’un autre, aurait dû comprendre qu’il était dans l’incapacité de faire le moindre geste à l’encontre du conseil, et c’était pourquoi ils se permettaient un tel affront malgré le fait qu’ils le respectaient énormément. Hi no Kuni venait de sortir de la troisième Grande Guerre ninja et Konoha avait survécu à l’attaque de Kyūbi no Yōko. Il ne pouvait pas se mettre le conseil à dos. Une troisième attaque les achèverait. Le monde ninja devait déjà être au courant que le Kiiroi Senkō n’était plus et que le village peinait à se relever, alors s’ils apprenaient que la hiérarchie de Konoha était instable, périssable, une quatrième guerre éclaterait et ce serait la fin de l’ère du feu. Et cela, Jiraiya ne l’avait jamais assimilé. Seule la vie de Naruto l’importait, mais un village se dressait devant lui. Et même son honorifique statut de Sannin ne lui avait servi à rien dans une situation pareille. Il s’était alors retourné pour ne plus remettre les pieds dans le village.

Cette histoire remontait à dix ans, et depuis ce jour, Jiraiya n’était revenu qu’une fois à Konoha. Le matin même où Naruto s’était fait attaquer, pour l’avertir et le mettre en garde des dernières motivations du serpent blanc.

Suite à l’attaque des déserteurs sur Naruto, le conseil avait mûrement réfléchi et avait changé d’avis. Le secret du Jinchūriki avait traversé les frontières du village. Tout avait changé. Ils avaient alors demandé à Hiruzen en personne d’entraîner le jeune enfant pour qu’il puisse protéger ce qu’il renferme dans les années à venir. Ils avaient failli le perdre et ce n’était pas envisageable. Perdre le neuf queues serait catastrophique pour Konoha. Tout ceci, ce changement d’aptitude, Hiruzen y avait longuement réfléchi et ça ne pouvait être une coïncidence. Le conseil et Naruto qui, au même moment, avaient le même fond de pensée.

Non, c’était tout sauf une coïncidence. Mais il allait saisir cette opportunité.

Hiruzen scruta de haut en bas le jeune blond. Son quatrième élève… Il éleva son regard mélancolique sur le visage enfantin du jeune Uzumaki en lui offrant un sourire allègre. Ses trois anciens disciples étaient constitués d’une ludopathe, d’un pervers et d’un aliéné.

Qui pourrait bien être Naruto Namikaze ?

- Très bien, je vais t’enseigner ce que je sais.

Un sourire se dessina sous les yeux brillants d’excitation de Naruto quant à son avenir qui entamait un tournant majeur et inexploré.