Partie 2

par tookuni

Vois qui je suis

 

 

Partie 2

 

 

Sakura sentait dans l’air la même odeur que ses camarades : du sang. Du sang avait été versé ici. Il devait dater que quelques heures à peine. Ce n’était donc pas celui de leurs jounin revenus éreintés. La personne qui les avait mis dans cet état était encore certainement présente il y a peu. Ou alors, elle avait d’autres poursuivants.

Lee, de l’autre côté, connaissait parfaitement l’impression qui se dégageait de l’endroit. Il avait beau ne maitriser aucun jutsu, il était instinctif. Il avait beau être impulsif et sembler ne pas réfléchir, il devinait en un clin d’œil, a force de combats et d’expérience, les lieux propices à la guerre, aux embuscades, ceux qui avaient vu des tragédies, des mystères. Il savait bien que celui-ci en contenait un fort épais.

Autre fait étrange, Neji était bizarrement tendu. Tenten semblait au contraire tout à fait à l’aise, presque charmée. Il régnait dans la zone une odeur de sueur mâle dont il connaissait l’essence. Lee était devenu, toujours à défaut de jutsu, un fin limier. Il connaissait les comportements des gens par cœur, les avait étudiés comme personne et saisissait la signification de tout geste et toute parole mieux que personne. Présentement, Neji se redressait étrangement comme lorsqu’il se trouvait face à un adversaire redoutable. A l’inverse, Tenten était à l’aise comme si une excellente odeur lui avait emplie les narines. Il aurait voulu être en bas pour en être certain, mais il savait exactement à quels instants cette situation lui faisait penser.

Malheureusement, il était trop peu sûr de lui pour avancer de telles conjectures. Il n’y avait de toute façon pas moyen de contacter ses coéquipiers et il ne voulait surtout pas ni les déconcentrer, ni les inquiéter. Les radios ne fonctionnaient que dans les cas où ils n’avaient pas vraiment besoin de se cacher de l’ennemi. Elles étaient sinon facilement repérées puis neutralisées le plus souvent pas un justu Raiton qui les court-circuitait. On disait que le pays de la Foudre n’utilisait jamais cette forme de technologie car ses Shinobis les ruinaient au moindre combat et en étaient plus handicapés qu’autre chose. Elles valaient bien pour rattraper le chat fugueur de Madame Shijimi, au moins.

 

Le cliquetis d’une volée de kunai jetée sur une paroi rocheuse le sortit de ses réflexions déviantes et il bondit immédiatement dans la direction du bruit. Il sentait Sakura, en face, faire de même.

Neji esquiva de justesse une forme grise qui se jetait sur lui. Tenten immobilisa l’autre qui sembla protester un court laps de temps avant de cesser de bouger.

 

« Hé ! Tenten ! On ne traite pas un ainé comme ça ! »

 

La brunette se recula aussitôt, surprise.

 

« Kakashi-sensei !

       Qu’est-ce que vous faites là ? s’enquit Neji, l’autre ninja ne se défaisant pas de son masque mais les saluant placidement.

       La nouvelle Racine suit une piste secrète », susurra l’anbu sans se présenter.

 

L’Anbu avait beau être une unité masquée et ses membres conserver un anonymat total, il suffisait qu’une coupe de cheveux ou d’une intonation pour que l’on devine qui se cachait derrière le masque. L’Anbu avait même coutume de donner ces masques à ses guerriers dans le seul but d’impressionner l’adversaire. Ils voulaient montrer qu’ils étaient forts et redoutables. Certains avaient même adopté des surnoms dévastateurs. En revanche, la coutume s’était développée de finalement donner discrètement leur véritable nom. Aucun Anbu, à l’exception de la Racine qui dévorait jusqu’à leur personnalité, n’avait moyen de conserver longtemps une identité secrète. L’homme masqué qui les observait semblait bien peu affable.

Lee atterrît derrière eux, suivit par Sakura, un peu essoufflée. Elle fronçait les sourcils en regardant l’homme qui accompagnait son ancien maitre.

 

« D’accord, on ne peut pas savoir… commenta-t-elle en constatant son attitude distante et hautaine.

       C’est ça, chuchota Kakashi en un petit clin d’œil complice.

       A présent, retournez d’où vous venez ou passez par un autre chemin, rien ne doit perturber notre mission », grogna l’autre, aussi amène que Tsunade après un réveil difficile.

 

Sakura se renfrogna d’avantage et s’avança vers le ninja qui se croyait tout permis.

 

« Excusez-moi, mais jusqu’à preuve du contraire, même le chef de la Racine est sous les ordres de l’Hokage. Je reçois mes ordres de l’Hokage en personne. Alors ce n’est pas un Anbu masqué qui va décider de l’issue de ma Mission. Nous prenons la direction inverse. Kakashi-sensei… »

 

Et sur un signe commun, l’équipe reprit sa formation initiale. Il y avait une chance sur deux pour qu’ils aient été repérés. Ne connaissant pas la Mission des deux Anbu, aucun d’eux ne pouvait savoir s’ils faisaient traque, appât ou enquête sur leurs plates bandes. Ils n’avaient pas le droit de connaître le moindre détail sur la Mission d’une telle formation. Néanmoins, vu la direction qu’ils prenaient, autre chose les avait attirés jusqu’ici.

Sakura s’inquiétait de plus en plus. Ces Missions où quelque chose commençait de travers étaient souvent constituées de nombreuses complications.

 

« Tu as remarqué ? demanda Tenten à son coéquipier.

       Oui, je sais. Mais je suppose que c’est normal. Suna n’est pas le seul village à s’associer secrètement avec Konoha… Notre prestige est de taille.

       Mais c’est tout de même un sbire du Raikage !

       Je sais. Mais si l’équipe de Naruto enquête à proximité, il se peut que ces deux là soient aussi sur les traces d’Uchiha Sasuke.

       Oui, bien sûr… Hum, hésita la kunoichi, je crains bien que nous aussi… »

 

A la tension grandissante de ses camarades, aux airs nerveux et extrêmement sérieux de Sakura, Lee avait finalement vu juste. Ce calme intérieur de Tenten, comme si toute volonté fondait pour laisser place à un bien être matériel, les nerfs tiquant sur la nuque de Neji, c’était le signe qu’Uchiha Sasuke était passé par là. Lee était même persuadé que Sakura en avait appris un peu plus que ce qu’elle avait bien voulu dire sur l’esprit des victimes. Il était impossible, du moins, qu’elle n’ait pas deviné qui avait lancé ce genjutsu.

 

*

*   *

 

Karin se retourna soudain. Sasuke leva un sourcil intrigué tandis que Suigetsu boudait plus loin, tentant de faire la conversation à un Juugo discret et pacifique.

 

« Trois personnes se rapprochent à vive allure.

       Trois ? s’enquit Sasuke.

       Oui, du moins je ne sens que ces trois là.

       C’est con, lança Suigetsu. Ils ne se déplacent jamais par trois…

       On vient de croiser une équipe de deux, remarqua placidement Juugo.

       Et toc, renchérit Karin en tirant la langue a son camarade. Sasuke ? demanda-t-elle.

       Tu as des précisions sur les chakras en présence ? »

 

Karin se rapprocha de Sasuke et tenta de le regarder dans les yeux d’un air sérieux. Avec le temps, elle avait fini par comprendre qu’il la préférait professionnelle que pot de colle aguicheur. Elle ne se privait pas pour autant de tenter de profiter de sa présence et de son contact lorsqu’il avait l’air d’être dans ses bons jours –et comme on ne savait pas quand c’était le cas, l’avantage était qu’elle pouvait le faire tout le temps.

 

« Il y a deux personnes qui maitrisent extrêmement bien leur chakra. Si c’était possible, je dirais deux médic’. Le dernier semble être plus apte aux techniques offensives.

       Tu es sûre qu’il n’y en a pas d’autre ?

       Oui. J’ai beau me concentrer, je ne vois pas… »

 

Sasuke fronça les sourcils encore plus que d’ordinaire puis souffla d’un air exaspéré.

 

« Encore Konoha… »

 

Les trois autres le regardèrent en silence, attendant les directives. Lorsqu’il s’agissait de Konoha, Sasuke semblait devenir intérieurement irascible –Karin fit un pas respectueux en arrière. Juugo, qui comprenait son histoire, avait parfaitement deviné que c’était le peu de liens qui lui restaient qui faisaient cet effet. De toute façon, même si l’Uchiha n’avait pas l’air d’en être conscient, il était toujours aussi naïf, toujours aussi décalé, toujours aussi bêtement indulgent. Juugo savait que s’il le souhaitait, Sasuke pourrait vaincre facilement. Il n’aurait qu’à massacrer tout ce qui l’entourait. Mais Sasuke n’avait été impitoyable qu’avec son frère jusqu’à présent. Il le regrettait encore. C’était la raison pour laquelle, entre autres, il continuait dans sa voie sombre. Parce qu’il voulait laver toute son histoire. Parce que la douleur de la trahison, la perte de tous les sentiments qui l’avaient poussé jusque là lorsqu’il avait su la vérité, avaient laissé le mal s’immiscer en lui, parce qu’alors il ne lui restait plus rien. Surtout pas quelque chose de pur. Tout cela avait fait que Sasuke n’avait pas le choix et qu’il fallait qu’il éradique de ses propres mains tout ce qui le tourmentait encore. Les Uchiha, le Sharingan, tous ceux qui avaient été de près ou de loin mêlés à cette affaire d’extermination de clan.

 

Pourtant, Sasuke ne tuait toujours pas. Sasuke se contentait de se défendre en répondant par l’offensive, mais il n’achevait jamais. Contrairement à l’image que tout le monde se faisait du déserteur, Sasuke était peut-être encore un type bien.

C’était certainement l’une des raisons pour lesquelles ils devaient tous détester croiser des personnes de Konoha, surtout des gens qu’il connaissait. Parce que même s’il regardait dans les ténèbres, il ne pouvait pas se défaire de la lumière qui l’avait vu naitre et grandir. Quoi qu’il fasse, Sasuke n’était pas foncièrement mauvais, alors jamais il ne pourrait tuer. Encore moins ses ex compatriotes, encore moins ses camarades, et surtout pas, non, surtout pas la seule personne à laquelle il avait l’air officiellement attaché malgré lui.

 

« Ils arrivent bientôt », lança Karin, sur ses gardes.

 

Sasuke releva la tête, puis marmonna :

 

« Il ne faut pas qu’ils trouvent pourquoi nous sommes ici. On reviendra plus tard, il y a d’autres endroits où chercher.

       Pff, c’est un véritable parcours du combattant ton histoire… grogna Suigetsu. Et on ne peut même pas se reposer cinq minutes…

       Ca fait quatre jours qu’on est ici ! Sale casse pieds ! gueula Karin.

       Oh la ferme la taupe, je t’ai rien demandé !

       Silence », souffla Sasuke.

 

Les deux autres se turent : Juugo commençait à s’énerver. Ils avaient tous fini par remarquer que Juugo devenait nerveux lorsqu’il était entouré d’agressivité. C’était une atmosphère externe qui le lançait. La colère sourde de Sasuke à chaque fin de crise, magistralement gérée par le Sharingan, avait fini par dissuader Suigetsu et Karin d’aller trop loin dans leurs échanges de douceurs. Malheureusement, l’ambiance à la fois tendue et décontractée du groupe restait. Ils ne pouvaient  pas s’empêcher de se détester tout en en faisant leur jeu le plus passionnant.

 

« Bon, on n’a plus le temps, on va les prendre à revers. Je leur lancerais un genjutsu, comme pour les deux autres, ou bien nous devrons les affronter de face. Je ne veux pas de casse, nous sommes assez recherchés comme ça. Et pas besoin de rameuter tout Konoha par ici. »

 

Passer sa vie en équipe avec Sasuke Uchiha était certainement l’une des activités les plus chiantes que Suigetsu ait jamais eu à subir, dans la mesure où Sasuke lui-même, avec son calme permanent apparent, était d’un chiant absolu. Stagner enfermé dans un tube en verre pendant des années pour subir des expériences était bien pire, certes. Mais rester collé aux basques de Sasuke était presque pareil. Il ressemblait bizarrement à cette cage de verre. Implacable, insaisissable, une étrange prison transparente qui avait la consistance d’un bunker et l’apparence du cristal. S’ajoutait à la puissance et la beauté de l’objet ce qui faisait sa dangerosité : sa capacité à trancher net.

La présence de Sasuke, pourtant, si elle était si noire, si agaçante, parce qu’il était si impassible, qu’il donnait toujours des ordres et qu’il avait tant l’air prisonnier de lui-même, était addictive. Suigetsu se sentait à chaque instant de lui donner un bon coup de poing dans la figure pour qu’il se réveille, ou alors de menacer Karin tout à fait sérieusement pour voir s’il tenait à elle, rien qu’en tant que coéquipière. Il avait eu l’air de les considérer un minimum. Il ne semblait pas vouloir, du moins, gâcher bêtement quelque chose qui pourrait lui servir. Suigetsu restait persuadé que cette conviction partait d’un subconscient clément. Il ne voulait pas les voir mourir. Mais Suigetsu, et les autres avec lui, savait pertinemment qu’il n’en aurait pas l’air affecté. Peut-être même ne le serait-il absolument pas. Karin osait penser qu’il souffrirait quelques secondes. Simplement parce que la mort d’une personne que l’on côtoie, même si elle est détestée, laisse toujours un léger pincement au cœur.

Elle le savait. Elle le savait bien parce que c’était ce qu’elle avait ressenti lorsqu’Orochimaru était mort. Elle l’avait deviné, instinctivement. Elle détestait cet homme au plus haut point, parce que comme pour tous ses autres disciples, il avait fait de sa vie un enfer. Il n’y avait que cette tête de mule suprême d’Uchiha pour avoir réussi à passer outre. Elle, s’était fait une place propre. Elle avait été plus qu’heureuse de savoir qu’elle avait la gestion d’une prison et que son maître s’en éloignait. Il restait terrifiant même lorsque l’on remplissait à la perfection son devoir. On ne savait jamais ce qui pourrait lui passer par la tête.

Ainsi, Karin avait développé certains de ses dons exclusivement, parce que sa survie en dépendait. Le serpent envoyait assez de guerriers en mission suicide. Elle ne voulait pas en faire partie. Elle aurait peut-être pu essayer de fuir, mais elle savait, premièrement, qu’on la retrouverait forcément. Les espions étaient partout. Et deuxièmement, comme tous les autres, même comme Suigetsu qui avait passé si longtemps dans son cylindre de verre, elle n’avait de toute façon nulle part où aller. Alors elle avait fait d’Orochimaru son dieu, comme une « bonne » raison de rester. Comme pour se dire que c’était inéluctable et que cette vie qu’elle ne s’était pas choisie était son unique voie.

 

C’était Sasuke, finalement, qui avait tout changé. Du début jusqu’à la fin. De son arrivée à son départ. Parce que lui était venu de son plein gré et n’avait jamais été une victime. Parce que lui n’avait pas été forcé, même psychologiquement, à venir. Il s’était volontairement laissé emporter, connaissant tout à fait les conséquences de ses actes et les risques qu’il encourait.

Il était puissant, impressionnant, surtout pour cette raison là. Il allait presque à sa guise. Il ratait ses missions s’il n’y mettait pas du sien, mais sa puissance restait si impressionnante qu’Orochimaru s’en délectait trop pour penser au résultat. Sasuke, comme s’il était libre de ses mouvements, comme s’il pouvait partir dès qu’il le souhaiterait, avait révolutionné de sa simple présence, et sans rien en savoir, tout le système de pensée que les gens adoptaient sous les ordres d’Orochimaru. Parce que Sasuke était libre. Et lorsqu’il avait tué –absorbée- la loque qu’était devenu son maître, il avait prouvé qu’il avait toujours eu le droit de revendiquer cette liberté.

Tout le monde avait pensé que, comme c’était justement Sasuke, ce petit chouchou du patron, cet enfant gâté d’Uchiha qui était privilégié, il était le seul autorisé aux frasques. Alors personne n’avait bronché, avec raison. Mais les mentalités avaient évolué. C’est pour cette raison que lorsqu’Orochimaru était mort, personne ne s’était plaint. D’après les dernières informations qu’elle avait recueillies, beaucoup étaient devenus mercenaires, d’autres étaient passés à l’état de civils, loin de la guerre, des violences et du monde ninja. Tous, en réalité, s’étaient presque attendus à ce que ce jour arrive, et tous, dès l’instant où Sasuke et sa grande gueule avaient mis les pieds chez le serpent, s’étaient pris à penser qu’Orochimaru ne resterait pas indéfiniment leur maître.

Karin, aussi bien que Suigetsu ou Juugo, était également dépendante de Sasuke dans la mesure où il était non seulement l’héritier de leur maître, mais aussi leur libérateur. De toute façon, aucun d’eux n’avait nulle part où aller. Aucun d’eux ne se voyait ailleurs qu’aux côtés de cet Uchiha qui poursuivait des fantômes et fuyait ses espoirs. Ils se moquaient bien de savoir s’il les mènerait à la mort ou pas. Eux appréciaient trop la violence pour s’effacer. Eux étaient d’ores et déjà trop fascinés par la profondeur malsaine de cet être là pour s’en détacher. Il était presque leur nouvelle raison de vivre, tout comme Orochimaru avait été leur dieu. Quoi qu’il en soit, il était bien plus drôle de suivre ce petit présomptueux d’Uchiha plutôt que d’errer ailleurs. Voire de s’installer dans un village officiel pour se retrouver de nouveau prisonnier de lois, de missions et de supérieurs.

Sasuke n’était pas leur supérieur même s’il agissait comme tel : ils avaient choisi de le suivre. Sasuke, lui, leur avait laissé le choix. Sasuke, sous ses airs de cour martiale, représentait leur liberté.

 

Alors le petit groupe se mit en marche, un peu inquiet de la tournure que prenaient les événements. Personne, vu la tension que dégageait le brun, n’aimait croiser Konoha désormais.

 

« Karin, donne-moi leur position exacte.

       Il y en a deux dans la gorge, dont un « médic ».  La formation est incomplète : le second médic est sur le flanc gauche.

       Nous passerons par le flanc gauche, essayez de rester cachés le plus possible. C’est une zone assez rocailleuse. Avec un peu de chance, si ce n’est vraiment qu’un simple médic, on passera inaperçus. Masquez bien votre chakra.

       Tu ne veux pas plutôt qu’on fasse carrément un détour ? demanda Juugo.

       Non. Ils nous suivraient et nous rattraperaient trop vite. Il vaut mieux les stopper net.

       De toute façon, nous sommes encerclés de frontières surveillées. Dès qu’on verra la tête de truand vierge de Sasuke, on donnera l’alerte et on sera repérés… » commenta Suigetsu, recevant un regard noir de Karin.

 

Elle aussi avait une question, mais elle hésitait. Elle avait peur de passer pour stupide. Elle ne voulait pas non plus déclencher de remarque de Suigetsu, surtout qu’il semblait avoir compris, puisqu’il ne pipait mot.

 

« Oui Karin ? s’enquit Sasuke tandis qu’ils commençaient à grimper la falaise.

       Oh ! s’exclama-t-elle, surprise. Heu, pourquoi on ne passe pas carrément sur l’autre flanc ? Si nous les doublons par là, ils nous verrons encore moins. C’est plus découvert, mais il n’y a personne… »

 

Sasuke sourit malgré lui. Il y avait tout de même du bon à être lié à Konoha. Dans ce genre de situation, il devenait carrément capable de dire qui il avait en face de lui.

 

« Tu sentirais le chakra d’un ninja qui n’en utilise pas ? »

 

Le léger sursaut de la jeune femme fut éloquent.

 

« Mais… Je ‘comprenais pas non plus, comment c’est possible ? demanda Suigetsu, estomaqué.

       Il existe un ninja, à Konoha, complètement excentrique, et qui n’a jamais de sa vie réussi à utiliser une seule goutte de chakra. Il se cantonne à un excellent taijutsu. Ca devrait te plaire Suigetsu. Son maître s’est battu à armes égales avec Hoshigaki Kisame. »

 

Orochimaru l’avait littéralement gonflé avec ses petites informations journalières sur Konoha. Entre Zetsu de l’Akatsuki et les informateurs du Serpent, on se demandait qui pourrait avoir la coupe du meilleur espion. Sasuke avait su très exactement, et avec des détails tout à fait inutiles –par exemple que Gaara avait serré la main de Naruto comme à un frère-, tout ce qu’il s’était passé au jour pendant qu’il vivait sous terre.

 

« Bof, si on est à armes égales, c’est pas la peine… commenta Suigetsu qui recherchait le défi. T’as pas mieux dans le lot ?

       J’aimerais en savoir plus aussi, ajouta Juugo. Si tu les connais, nous serons plus à l’aise pour nous battre. »

 

Sasuke soupira. Il n’aimait pas beaucoup parler. De plus, il considérait que vu le niveau de son équipe, il pouvait se permettre de les laisser dans le doute. Il prendrait le plus fort selon lui et laisserait les ninjas de soutien ou médics aux autres. Malheureusement, présentement, beaucoup de choses restaient indéterminées. Il s’inquiétait un peu de l’étrange composition de cette équipe. L’erreur de Karin était déjà un mauvais présage.

 

« Si l’expert en Taijutsu est là, je pense que le reste de son équipe également. Il y a un Hyuuga avec eux. Je pense que c’est la personne que tu as prise pour un second médic-nin, Karin. Il maitrise son chakra à la perfection. Il est très puissant. Compte tenu de leur formation, je suppose qu’il se trouve dans le gouffre. Sa coéquipière utilise avant tout des armes d’attaque à distance et sert plutôt à les couvrir. Si l’on considère qu’une équipe de trois Chuunin plus un adulte devait déjà compter un médic dans ses rangs, je suppose que Neji Hyuuga a du apprendre les bases avec beaucoup de facilité. Quand au véritable médic que nous allons croiser… »

 

Sasuke s’arrêta. Il avait un instant songé à Sakura, puis il avait pensé à cette fille blonde, Ino, qui lui courrait aussi après, puis à Hinata Hyuuga qui devait elle aussi s’être penchée sur la question.

 

« De quelle couleur est son chakra ? » demanda le jeune homme en se posant sur le haut de l’escarpement rocheux.

 

La rousse composa quelques signes puis eut l’air de se concentrer. Il était toujours très amusant de la voir ainsi. Parce qu’elle ne parlait pas, ne minaudait pas, ne s’énervait pas. Elle arborait une petite moue tout à fait mignonne qui ne touchait personne, elle fronçait les sourcils d’un air déterminé, ressemblait enfin à un ninja.

 

« Heu… Il est… Blanc. Oui, blanc. »

 

Sasuke se sentit perdu. Un médic accompagnant cette équipe avait peu de chances de ne pas être une de leurs connaissances. Pourtant, pour avoir vu les teintes des chakras de toute sa promotion, il savait qu’aucun d’eux ne portait la couleur de la mort purifiée.

 

« Je ne connais pas cette personne, finit-il par reconnaitre. De toute façon, nous passons par ce chemin parce que le médic officiel reste toujours un peu en arrière, de façon à pouvoir servir de soutien. En général, il ne maitrise pas beaucoup de techniques en dehors de ses capacités médicales. Nous n’aurons aucun mal à le maitriser si besoin. Il n’aura même pas les moyens de prévenir ses coéquipiers. Ensuite, s’ils s’en aperçoivent, on pourra les prendre à revers plus simplement. Juugo, tu gèreras l’expert en taijutsu. Suigetsu et moi, on s’occupe de la paire en bas. L’objectif sera de les éloigner l’un de l’autre. Je prends le Hyuuga. »

 

Sasuke avait toujours de bonnes stratégies. Preuve en était qu’il avait collé à Rock Lee un excellent adversaire, qu’il s’était attribué Neji Hyuuga non par échelle de force mais parce que le Sharingan était le plus à même de combattre sa technique, et qu’il avait donné la kunoichi à son coéquipier parce que combattre un adversaire à distance était un beau défi, mais aussi la manière la plus sûre pour Suigetsu de prendre le dessus. Les techniques du garçon lui permettraient, qui plus est, d’éloigner Tenten de Neji et de l’acculer facilement.

 

« Je suppose que si le médic pose problème, c’est moi qui m’en charge… ajouta Karin.

       Voilà. On accélère. Le Byakugan possède un champ de vision de presque trois cent soixante degrés, mais il reste focalisé sur le fossé. On aura forcément leur médic’ avant qu’ils ne nous rattrapent. »

 

 

A suivre

 

 

 Voilà, on va atteindre la partie la plus intéressante. Je sais que j’ai beaucoup développé certains aspects des personnages hors Sakura, mais je juge qu’il est important d’ajouter ce genre de commentaire. D’abord, parce qu’il met en valeur l’ambiance au sein d’une équipe, il pose le décor. Ensuite, parce qu’il permet de se rapprocher des personnages. Ici, tout ce développement m’a non seulement beaucoup intéressée car il explique les relations dans l’équipe Hebi, mais en plus, il me permet de poser Sasuke tel qu’il a été à une époque, avide de vengeance, mais pourtant encore si clément. C’est le Sasuke qui était plongé dans les ténèbres, mais qui ordonnait à Suigetsu de ne tuer personne à la prison de Karin.

Avis ? =)