Révélations

par Saiyann



Que faire? Devais-je l'aider malgré tout? Malgré ses mensonges, ses manipulations? Malgré le fait qu'il m'ait une fois de plus, piétiné et brisé le cœur? Devais-je passer outre mes sentiments et continuer à préparer sa défense comme l'aurait fait un véritable professionnel ou au contraire fallait-il que je le laisse se dépatouiller seul de la merde dans laquelle il s'était mis? Cela aurait été un juste retour des choses après tout. Une vengeance, une jouissance de voir un tel enfoiré être au fond du trou. Seulement...Étais-je ce genre de personne? Non. J'avais toujours était quelqu'un de gentil, même un peu trop. Et c'était justement cette gentillesse qui m'avait valu à plusieurs reprises et dans plusieurs contextes différents une horrible trahison. En effet, aussi loin que je m'en souvenais, j'avais toujours voulu voir au fond des gens cette part de bonté qui chez certains était enfouie au plus profond de leur être. J'avais toujours voulus croire en eux et voilà où j'en étais à cause de cela...J'étais devenue une pauvre fille incapable de faire confiance à qui que ce soit et uniquement obnubilée par son travail et sa réussite. Mon métier était la seule chose qui ne m'avait jamais déçue.

Voilà tout ce à quoi je pensais. Il était vingt-trois heures trente et j'étais assise sur mon beau canapé de cuir noir que j'avais payé avec mon premier salaire en tant qu'avocate. J'avais le regard dans le vide et il m'était totalement impossible de penser à autre chose que Sasuke...Lui que j'avais finalement réussi à oublier. Lui qui m'avais fait tant souffrir par le passé et qui continuait encore aujourd'hui.

Cela faisait désormais des heures que j'avais quitté, furibonde, la prison de Konoha et malgré tous les efforts que j'avais mis en œuvre pour me changer les idées, rien n'y faisait.

J'avais retourné le problème dans tous les sens et je n'étais pas arrivée à trouver une solution qui me conviendrait c'est alors que, las de toutes ces prises de tête, mon esprit vagabonda vers les tonnes de souvenirs qui me restaient de cet homme seulement, un en particulier me hantait depuis que j'avais su l'abominable vérité.


Il était vingt heures et je rentrais complètement épuisée de mes dernières heures de cours pendant lesquelles je n'avais pas chômé. Une seule et unique chose habitait mes pensées ces derniers temps: Réussir le concours d'avocats et ce pour rendre fier mon homme. Celui avec lequel je vivais depuis bientôt trois ans et qui subvenait seul aux frais de notre appartement. En effet, ce n'était pas avec la petite bourse que me versait l'État que le loyer et la nourriture seraient payés. Certaines personnes de notre entourage, même s'ils ne le disaient pas à voix haute, pensaient que je n'étais qu'une sale gamine qui profitait ouvertement de l'argent de Sasuke. Seulement, il n'en était rien...Cela faisait quatre ans que je l'avais rencontré et que nous filions le parfait amour. Il avait toujours vécu aisément. Au début, c'était grâce à ses parents qui tenaient une grande entreprise de cosmétique puis, lorsqu'il avait décroché son diplôme de commerce, il était devenu un businessman de renom et avait pu ainsi vivre par ses propres moyens qui n'en demeuraient pas moindre. Il m'avait alors supplié de venir vivre avec lui dans son bel appartement ce qu'au début, j'avais bien évidemment refusé. Je ne voulais pas vivre aux crochets d'un homme et ce quel que soit la force de l'amour que je lui portais. Les semaines étaient alors passées et son insistance ne désemplissait pas. J'avais fini par céder en lui promettant de tout mettre en œuvre pour réussir et lui rendre un jour la pareil. Il n'avait d'abord pas accepté cette idée selon laquelle je le rembourserai. Cependant, là résidait la condition pour que j'accepte sa proposition.

C'était en repensant à tout cela que je poussai la porte de notre « chez nous ». J'avais plus que hâte de retrouver mon petit-ami qui devait être revenu de son voyage d'affaire. Je traversai alors notre grand salon que j'avais toujours adoré pour la chaleur qu'il dégageait grâce au lambris qui composaient les murs. Je trouvai alors, affalé sur le canapé un Sasuke à l'œil maussade et à la mine triste. On pouvait lire sur son visage toute la souffrance qui l'habitait. Je ne l'avais jamais vu dans un tel état et je sentis alors mon cœur se serrer à la vue de ce spectacle.


« Sasuke...Dis-je d'une voix douce tout en m'asseyant à ses côtés. Qu'est-ce qu'il y a?


Il sembla soudain se rendre compte de ma présence car il fut pris d'un léger sursaut à l'entente de ma voix. Il tourna alors doucement ses yeux cernés de fatigues vers moi.


-Sasuke...Continuai-je. Dis quelque-chose, je t'en prie...

-Oui...Me répondit-il, gardant son regard fixé sur un point invisible en face de lui. Il va falloir qu'on parle, Sakura.

-Qu'on parle? Mais pourquoi? Ce qui te tracasse à un rapport avec moi?

-C'est fini.


Non. Ce n'était pas possible. Je devais certainement avoir mal entendu.


-P...Pardon?

-Toi et moi, continua-t-il. C'est terminé.

-Mais...Je...Pourquoi?

-Je ne sais pas...J'ai...simplement besoin de prendre l'air.


Avant que je ne puisse m'en rendre compte, mon visage était déjà inondé de larmes. Je n'avais pas pu les retenir. Ce simple « c'est fini », m'étais tombé sur la tête tel un coup de massue, détruisant ainsi tout mon beau petit monde. La douleur qui m' assaillait était insupportable, rendant même ma respiration difficile. Sans lui, sans son amour, que deviendrai-je?


-Co...Comment ça? Je t'étouffe?

-Non, me répondit-il de son éternel calme olympien. C'est moi. Je pense que je ne suis pas fait pour la vie de couple.


Sa dernière phrase ajouta à la douleur que je ressentais un tout autre sentiment. Une émotion violente, difficilement contrôlable.


-Tu...Commençai-je, essayant de calmer la rage qui s'était insinuée en moi tel un venin nocif. Tu te moques de moi là?


Il tourna alors pour la première fois ses yeux vers moi, la surprise marquant son visage à l'entente de ma question à travers laquelle ma colère devait se faire ressentir.


-Non, je...

-Si tu te moques de moi! Hurlai-je. Toutes ces belles paroles, toutes ses promesses! Elles ne viennent pas de moi, c'est toi qui me les as dites! Si tu ne t'en sentais pas capable, pourquoi m'as-tu fait miroiter de si belles choses?

-Je...

-Tais-toi! C'est quoi ton problème, Sasuke? Quand quelqu'un agit comme tu l'as fait ces dernières années avec moi c'est soit qu'il est sincère, soit qu'il se délecte de manipuler et de faire du mal!

-Non! S'écria-t-il. J'ai toujours été sincère avec toi!

-Menteur! Si tu l'avais réellement été, tu ne te serais pas posé toutes ces questions! Tu n'es qu'une ordure!


Son visage était étrangement déformé par la douleur. Ressentait-il du regret de s'être ainsi joué de moi durant tant de temps? Non. C'était un salaud fini. Je ne pus alors m'empêcher d'éclater littéralement en sanglots et je vis du coin de l'œil qu'il approchait doucement sa main de mon visage dans une inutile tentative de réconfort.


-Ne me touche pas! Hurlai-je une fois de plus, en écartant violemment sa main. Ne t'inquiète pas. Tu as réussi ton coup, tu m'as fait du mal plus que personne ne m'en avait jamais fait! Je m'en vais!

-Attends! Tu...

-Ne m'adresse plus jamais la parole...Dis-je d'une voix faible


C'est ainsi que c'était terminée notre belle histoire. Enfin...Je ne sais pas si je pouvais la qualifier de belle après avoir su à quel point je m'étais faîte avoir. A l'extrême limite, j'aurais pu passer outre le fait qu'il m'avait menti sur ses sentiments pendant tant de temps seulement, le fait qu'il m'avait également fait croire qu'il avait été businessman ne passait pas. Au contraire, cela m'avait conforté dans mon idée que ce type était le pire de tous les enfoirés. Seulement, durant toutes mes années d'université, j'avais appris que « tout accusé, quel que soit le crime qu'il ait commis, a le droit à une défense », de plus, je refusais catégoriquement qu'il pense une seule seconde que je ne m'étais pas remise de lui et qu'il avait toujours le pouvoir de me faire souffrir. Ma fierté me l'interdisait car devant lui, c'était tout ce qu'il me restait. Ainsi, ma décision était prise. Je continuerais à être son avocate en m'assurant que nos conversations et nos relations resteraient de l'ordre du professionnel.

C'est avec l'esprit un peu plus léger que j'allai me coucher. Même si ce que je venais de me remémorer m'avait quelque peu secouée, le fait d'avoir pris une décision et de détenir assez de détermination pour m'y tenir me soulageait grandement.


Le lendemain, ce fut non sans une certaine appréhension que je pris la route vers la prison. Je savais pertinemment que je me devais d'être ferme avec lui car le connaissant, il allait surement tenter d'avoir des discutions autres que son procès.

Une demie-heure plus tard, je pénétrai dans l'enceinte du pénitencier, me dirigeant vers la pièce dans laquelle je l'avais revu la veille. Une fois entrée, je le trouvai à la même place que lorsque je l'avais quitté et l'impression qu'il était au plus bas me pris lorsque je posai mes yeux sur lui.

Je me raclai la gorge pour signifier ma présence, ce qui le fit relever la tête doucement comme si chacun de ses gestes lui demandaient de fournir un effort considérable. Seulement, une fois que nos regards se croisèrent, je vis son visage se remplir de surprise et ses yeux s'écarquillés comme s'il n'arrivait pas à croire ce qu'il voyait.


« Bonjour, lui dis-je, froidement.


Il sembla reprendre contenance à l'entente de ma voix


-Bonjour, répondit-il. Je...je ne m'attendais pas à te revoir...

-Ah bon? Et pourquoi cela?

-Je pensais que tu refuserais de prendre en charges cette affaire après ce qu'il s'est passé...

-Et bien comme tu peux le voir, j'ai décidé de continuer. Bon, on va commencer. Ce matin, avant de venir, j'ai étudier de plus prêt tout ce qu'il t'ait reproché et je n'ai pas de bonnes nouvelles.

-C'est-à-dire?

-Hier, je t'ai dis que tu ne t'en sortirais pas à moins de cinq ans ferme et bien j'étais loin du compte.

-Comment ça? Me demanda-t-il.

-Avec toutes les charges qui pèsent contre toi, le minimum serait de dix ans. Ne soit pas étonné, la liste de tes braquages est aussi longue que mon code pénal.

-Je ne suis pas étonné.

-Tu t'y attendais?

-Oui.

-Tu n'as rien à me dire de plus?

-Non.


Son silence m'exaspéra au plus haut point. S'il s'obstinait à ne rien dire, je n'était pas en mesure de l'aider.


-Écoute, Sasuke. Tu m'as prise pour une imbécile pendant longtemps mais maintenant c'est terminé. Dis-moi tout ce que tu sais!

-Je ne sais rien de plus que ce qui est marqué dans mon dossier.

-Puisque tu n'as pas l'air de comprendre, je vais être plus claire! Si tu me dis qui est le leader de toutes ces opérations, je pourrais baisser ta peine de moitié! Ce n'est pas négligeable!

-Je suis l'unique leader de tous ça. C'est marqué noir sur blanc

-Et tu penses que je vais y croire? Sasuke, je sais très bien que tu ne supporteras pas d'être enfermé pendant une décennie alors maintenant lâche cette foutue loi du silence qui règne dans ton organisation et dis moi tout!


Il semblait en proie à une profonde réflexion. Apparemment j'avais visé juste. Même si je lui avais fait croire que j'étais certaine de ce que j'avançais, ce n'était pas le cas mais j'avais dû m'en assurer.


-C'est un certain Madara.

-Ben voilà! Bon, je dois mettre des choses au clair. Si tu veux que je réussisse à te défendre correctement, il faut que tu sois franc avec moi et que tu me dises tout ce que tu sais. Tu peux faire ça?


Il ne me répondit pas mais je sus en voyant son regard qu'il était d'accord.


-Il est impossible de trouver la moindre chose qui pourrait l'accabler. Il a parfaitement su assurer ses arrières au cas où tout serait découvert.

-Tu ne me connais pas en tant qu'avocate. Je trouverai.

-C'est trop risqué et trop dangereux! Tu ne dois pas fourrer ton nez là-dedans! Qui sait ce qu'il pourrait t'arriver?

-Je pense que tu n'as rien le droit de me dire concernant ce que je compte faire.


Ma dernière phrase sembla le vexer au plus haut point. Seulement, il n'était pas crédible. Je ne le croyais pas capable de s'inquiéter pour quelqu'un.


-Je ne vais pas traîner, continuai-je en me levant. Je vais faire des recherches dès cet après-midi. Je te tiendrais au courant. Bonne journée.

-Sakura! Me dit-il en m'attrapant le poignet.


Je me retournai en enlevant brusquement moi poignet de sa main qui avait apparemment gardée sa douceur d'antan.


-Tu...Je voudrais que tu me laisse là chance de m'expliquer sur ce que tu as su hier.

-Il n'y a rien à dire, répondis-je, froidement.

-Si! J'y tiens.

-Pas moi!

-Si je t'ai quitté, c'est justement à cause de ça! C'est simplement que je ne supportais plus de te mentir!

-Je ne veux rien entendre! Criai-je en me dirigeant rapidement vers la porte.


Avant de ne pouvoir l'atteindre, je sentis alors qu'il me serrait dans ces bras, m'empêchant de partir. Son torse était collé contre mon dos et je ne pouvais bouger. Cela n'était pas seulement dû au fait qu'il me tenait fermement, c'était également parce que sa chaleur se répandait en moi. C'était comme...Comme lorsque nous étions encore ensemble et ça me faisait mal...


-Lâche moi sinon je hurle, dis-je doucement.

-Non. Je veux que tu m'écoutes. Je ne supportais plus de te voir me regarder avec ces yeux remplis d'admiration et il y avait plus grave.

-Gardien! Criai-je

-Ils allaient s'en prendre à toi! Un soir la police nous avait intercepté mais nous avons quand même réussi à nous enfuir! Mais ils ont gardé l'argent!

-GARDIEN! Continuai-je à crier en me débattant.

-Si je ne remboursait pas à Madara ma part, il allait te tuer!

-Et alors? Tu crois que ça va suffire pour que je te pardonne de m'avoir menti toutes ces années!

-Non, je le sais bien! Mais je refuse que tu doutes de mes sentiments car eux, ils étaient sincères et ils le sont toujours!

-TAIS-TOI! TAIS-TOI!


Trois surveillants firent irruption dans la salle et sautèrent littéralement sur Sasuke, essayant de le faire lâcher son emprise. Non sans mal, il réussirent à m'écarter de lui et l'un d'entre eux m'amena à l'extérieur de la salle. Encore sous le choc de ce que je venais d'entendre, j'entendis à peine l'homme s'adresser à moi.


-Vous allez bien, mademoiselle?

-Euh...oui.

-Je vais de ce pas prévenir le directeur et le tribunal de son comportement. Je pense qu'ils ne verront aucun inconvénients à ce qu'on vous remplace.

-Non! M'écriai-je. Je veux continuer!

-Mais...Ce qu'il vient de se passer ne vous fait pas peur?

-Ne vous inquiétez pas, ce sont les risques du métier.

-Très bien mais lors de votre prochain rendez-vous, il sera menotté et un gardien sera présent.

-Très bien. Je vais rentrer chez moi.

-D'accord. Bonne journée mademoiselle. »


Sur la route qui menait à mon appartement, une seule et unique question flottait dans mon esprit: Pourquoi avais-je refusé qu'on me remplace? Était-ce parce que j'avais toujours mis un point d'honneur à mener mes affaires à bien ou était-ce pour une autre raison?

Ce que m'avait dit Sasuke m'avait fait plus de mal que de bien. Son discours avait réussit à réveiller d'anciennes blessures que j'avais vainement essayé d'oublier, cependant, il n'était pas question de lui pardonner quoi que soit. Sasuke Uchiha était un simple client et devait le rester.