Chapitre 4 – Convictions

par tookuni

« Qu'est-ce que tu fais là ? »

La question cingla les tympans de Naruto, allongé sur le dos, nourrissant de son sang le sol terreux de la voûte. Si inutile fût-elle à ses yeux, peut-être Sasuke attendait-il réellement une justification, un argument plus acceptable que ce désir puéril de grandir à ses côtés. Appuyé nonchalamment contre le mur avoisinant son lieu de repos, le garçon brun semblait toiser les limbes qui aveuglaient ses yeux noir d'encre.

Vexé du peu d'attention qu'il suscitait, le blond utilisa les faibles forces qu'il venait de recouvrer pour se camper sur ses coudes et grogner à son vis-à-vis :

« Pour la même raison que toi. »

Le regard assassin que lui adressa son interlocuteur confirma à Naruto qu'utiliser une formulation détournée ne le rendait crédible qu'aux yeux de ses nouveaux recruteurs. En revanche, résumer directement toutes ces raisons, qu'il avait déjà si douloureusement développées par les poings durant leur combat de la Vallée de la Fin, semblait tout aussi peu faisable. Sasuke n'admettrait jamais ce qu'il lui ferait entendre. Lui-même se résoudrait-il sincèrement à concéder pareil discours ? Pourquoi fallait-il toujours tout expliquer quand il était si simple de vivre selon son credo ? Sasuke avait-il tant besoin de comprendre la raison de sa visite qu'il se permettait même de la lui demander de vive voix ? Il était là pour lui de façon trop évidente. Qu'y avait-il à ajouter ?

« Tu sais quoi ? finit par grogner le novice déserteur, je vais prendre un exemple que même ton cerveau bouché et insensible pourra piger. »

Le second coup d’œil, qui vida ses poumons de leur air, l'informa qu'il était invité à poursuivre sa tirade. L'insulte avait dû rasséréner Sasuke.

« Tu vois, toi, tu es venu ici pour pomper de la puissance à ce vieux cadavre. D'accord, il te l'a gentiment proposé, mais tu vas pas me faire croire que tu veux donner docilement ton corps sans avoir toi-même dégommé Itachi. Tu utilises ce sale serpent pour obtenir la puissance qu'il peut te fournir malgré le risque que ça représente. Moi, voilà, c'est pareil. Je suis venu ici pour pomper de la puissance au connard d'Uchiha que tu es. Parce que moi aussi, c'est à son comble qu'elle m'intéresse, et cette puissance, c'est toi qui l'as. »

Les adultes avaient fort à propos quitté la salle depuis des heures, devinant que le combat s'éterniserait, d'avance lassés. Les deux jeunes gens, esseulés, communiaient si aisément par les coups qu'une simple pause physique jetait entre eux un mur de glace sur lequel Naruto avait la désagréable impression de patiner indéfiniment. Peut-être avait-il bâti lui-même la muraille, mais à présent qu'elle existait et qu'il aurait parfois souhaité qu'elle vacille, rien d'autre que la volonté de Sasuke ne pouvait l'ébranler.

Lui, impassible, camouflé derrière les voiles sombres qui abusaient ses yeux, semblait observer le rempart avec une incommensurable satisfaction, enfonçant à chaque cillement indifférent une nouvelle épine dans le cœur malmené de son antagoniste. Cependant, si l'imposante barrière opaque ne fondit pas, Sasuke parut à son faîte – certainement après avoir utilisé une technique d'adhésion du chakra particulièrement efficace, songea Naruto.

« Hum, tâche de pas me gêner, espèce d'imbécile. »

Alors, le nœud coulant infini qui roulait autour des entrailles de l'injurié se défit délicatement, laissant place à un vide si euphorique qu'il en oublia la composition dure de son visage et y laissa apparaître son contentement en un irréprochable rire niais. Se ressaisissant, le candide genin adopta cette moue boudeuse qu'il avait coutume d'adresser à sa némésis et râla pour le principe :

« Et je suis pas un imbécile, connard. »

Le clignement d’œil onyx qui suivit la réplique laissa Naruto pantois : s'il n'avait été certain que, en provenance du concerné, l'événement n'eut pu résulter que d'une puissante hallucination, il aurait juré avoir senti Sasuke sourire.


*


Lorsque le vieux s'était lentement éveillé de son agréable somme pour trouver, en place de son compagnon de beuverie, une jolie môme aux cheveux roses qui lui souriait aimablement, il avait tenté d'y replonger afin de retourner dans la dimension qui lui était propre. Malheureusement, la seconde apparition du jour ne l'avait pas entendu de cette oreille et, avant qu'il ait eu le temps de le réaliser, elle l'avait littéralement mis debout et étudié d'un air suspect.

Soudain, son agréable visage s'était illuminé et elle avait crié :

« Ah ! L'artificier ! »

Aussi saisi par sa violente sortie de sieste prolongée que par le constat trop aigu pour ses tympans, il s'était frotté les oreilles, gratté la tête, et avait observé les lieux dans l'espoir d'y découvrir un quelconque indice éclairant l’inattendue transformation dont il croyait être témoin.

Les vestiges de leur banquet étaient entassés dans un sac poubelle à plusieurs pas, les roches défoncées par son ami farfadet gisaient plus loin, telle une ruine à l'agonie, et la poupée aux yeux verts attendait sagement qu'il reprenne ses esprits. Lorsqu'il avait été tout à fait convaincu qu'elle et le gobelin de la veille n'avaient aucun rapport, il avait replié son matelas de gros coton en lui jetant un coup d’œil interrogatif.

« Oh, excusez-moi de vous avoir réveillé, avait commencé la nouvelle venue, rassérénée. Je cherche un ami qui devait s’entraîner par ici. Il serait déjà parti ? »

Le vieux, qui avait compris que la disparition du lutin blond signifiait qu'il avait entamé sa mission au cours de la nuit, avait hoché la tête, indifférent.

« C'est un chouette gamin. On a bien rigolé ensemble, hier, petite, avait-il ajouté en remarquant son regard inquisiteur.

— Ah, je l'ai donc raté de peu... Dommage, j'aurais voulu lui dire deux mots... »

Elle avait paru assez déçue pour que le vieux se méprenne :

« Ah ça, quitter une si mignonne petite amie, je comprends qu'il n'ait pas eu l'air enchanté !

— Je suis pas sa petite amie ! avait hurlé avec colère et force rougeurs flattées l’interpellée. Bon ! Puisque vous êtes là pour être désagréable et que c'est trop tard pour attraper l'autre idiot, je n'ai plus qu'à improviser... soupira-t-elle finalement. Au revoir, monsieur ! »

Le vieux n'avait pas tout bien compris, mais il avait décidé de garder ces deux étranges rencontres pour lui, au fin fond d'un des tiroirs de son esprit, et de chérir ces souvenirs pour le moment où il pourrait, sûrement, les partager avec les concernés. Incertain du pourquoi, il était persuadé qu'il retrouverait un jour ce garçon et cette fille étonnants. Grandis, plus expérimentés et sans aucun doute plus rayonnants encore, peut-être se remémoreraient-ils l'artificier pas si âgé qu'ils avaient rencontré, cueillant du salpêtre sur le terrain numéro trente-trois, avant leur séparation.


*


« Maître Jiraiya est venu emporter Naruto. »

Sakura était partie vexée et marmonnant. Déçue d'avoir manqué l'occasion de faire ses adieux à son ami, elle rageait d'autant plus qu'elle aurait eu besoin de lui parler de sa décision. La simple idée d'aller trouver la Hokage pour lui avouer que son protégé avait, au bas mot, déserté, la terrorisait et la blessait autant que Naruto lui-même. Aussi avait-elle décrété de prendre l'entière responsabilité de la situation et de mentir effrontément.

« Pardon ? » demanda, interloquée, son imposante interlocutrice.

Constatant l'air atterré de sa supérieure, la jeune fille perdit le peu de doute qui persistait en elle et, sans la moindre hésitation, exposa les faits.

« Il a à peine eu le temps de me prévenir. D'après maître Jiraiya, il y a des chances pour qu'on surveille Naruto. Que ce soit Konoha, l'Akatsuki, ou autre, il fallait faire vite. Alors, il est passé pour attraper Naruto au vol avant qu'on s'en rende compte et il est reparti. Il m'a dit qu'il fallait éviter qu'on sache avec qui il est. »

Tsunade, assez préoccupée par les soucis que tout dirigeant subissait quotidiennement, parvint cependant à trouver étrange le comportement de son vieil ami. Jamais encore il n'avait pas profité d'un passage à Konoha pour la croiser et lui faire son habituel numéro de charme dépassé. La raison était certes valable, mais la démarche étonnante.

« Il n'a rien transmis de particulier ? » interrogea-t-elle, intriguée.

Sakura devina les conjectures de son vis-à-vis et répliqua avec assurance :

« Il a dit que s'il devait revenir avant quelques années, il ferait comme s'il n'avait pas de nouvelles de Naruto, afin de ne pas éveiller les soupçons. Il est possible que vous soyez espionnés dans vos conversations les plus privées, insista-t-elle. Le mieux serait même qu'on fasse croire à une disparition. »

La cheffe suprême du village étudia avec attention le faciès à l'expression sérieuse de la jeune fille. Elle semblait à la fois bouleversée et déterminée, comme si le soudain départ de Naruto avait déclenché en elle un profond sentiment d'impuissance. À coup sûr, la déception qui tenaillait son élève était identique à celle qui l'avait saisie lors de la fuite de Sasuke. Constatant son sincère désarroi, elle se laissa attendrir et n'interpréta dans son regard dur qu'un intense désir de changer. Souriant amicalement à la kunoichi, Tsunade fit lentement craquer les jointures de ses doigts et susurra avec délectation :

« Bien, alors il n'y a plus qu'à s'occuper de toi ! »


*


Les murs couleur sable de cet antre ne suintaient pas comme les autres. D'après l'environnement extérieur, Naruto avait pu déterminer qu'ils étaient en plein désert, enterrés assez profondément pour que les couloirs soient emplis d'une agréable fraîcheur. La lumière, en revanche, dans ces ruines dévorées par le temps et le sable, ne filtrait par aucun interstice.

Il ignorait depuis quand il suivait patiemment son coéquipier à travers les caches du serpent. Il avait effacé dès son recrutement toute notion de temps, jugeant l'élément matériel. Chaque jour se succédait, exacte réplique du précédent, comme si depuis son arrivée il avait rêvé sans cesse que les mêmes vingt-quatre heures routinières se fussent répétées inlassablement. La situation lui convenait d'autant qu'il avait la possibilité de veiller sur son frère chacun de ces jours, qu'il gagnait en puissance à l'instar de sa némésis et que, si la solitude qu'impliquait ce mode de vie lui pesait, il la compensait en violents contacts avec elle.

Les seules notables différences composaient le décor dans lequel ils évoluaient. Tantôt grotte dévorée par les flots, tantôt mine étouffée de neige, tantôt aride plateau où les réserves d'eau se faisaient rares.

D'ordinaire, Naruto appréciait le désert. Le sable tourbillonnant lui donnait l'impression que Gaara l'attendait un peu plus avant, agréable mirage amical, et sa peau accoutumée à la chaleur se gorgeait de l’énergie du soleil. Pourtant, la vitesse à laquelle l'équipée s'était de nouveau enfouie sous terre l'avait empêché de reprendre des couleurs et, au lieu de l'étouffante canicule qui aurait dû régner à cet endroit, la profondeur imposait cette effrayante atmosphère glacée.

Il en aurait été satisfait si l'ambiance macabre ne lui rappelait pas que Sasuke se contentait de grandir dans cette ombre et semblait l'apprécier. Même le coup de soleil que le brun avait attrapé sur le nez en traversant l'étendue stérile n'avait pu dérider son visage qu'une minuscule seconde, juste avant qu'il ne saisisse que le garçon tout entier, pareillement à sa peau, était incapable de supporter quelque chaleur.

Après une toilette rapide, soupirant longuement, il sortit discrètement de la chambre qui lui avait été attribuée et se dirigea vers la salle d’entraînement. Cette fois, des dizaines de piliers la parsemaient et maintenaient son plafond, croulant sous le poids des dunes. Il exécrait les terrains qui occasionnaient un tel exploit d'adresse. Les deux jeunes hommes s'étaient vus interdire de détruire ne serait-ce qu'une seule colonne. Le but du lieu était sans aucun doute l'apprentissage de la maîtrise de soi et Naruto appréhendait grandement cette nécessaire étape. Sasuke lui-même ne s'était soumis à la condition que parce qu'il savait qu'une épreuve de cette envergure était primordiale à leur expérience.

Sasuke, pourtant, semblait troublé par un tout autre facteur que cette salle qui limitait tant leurs élans de fureur.

« Alors, toujours rien cassé ? »

La provocation habituelle ne le faisait plus même ciller. Accoutumé, il se contentait de profiter des coups de toutes ses forces. Orochimaru semblait avoir remarqué qu'il exacerbait assez les multiples sentiments de son futur réceptacle pour lui être utile. Ils étaient la machine à grandir de l'autre.

Cependant, depuis peu, le ninja blond avait découvert que l'instrument s'épuisait. L'humeur du serpent, qui s'en ressentait, le poussait au comble de la joie. Il n'était que peu effrayé par le personnage et appréciait chaque moment où celui-ci semblait outrageusement contrarié. Malheureusement, l’occurrence concernait désormais Sasuke, et il avait réalisé que sa présence pouvait en être la cause. Il ne comprenait pas en quoi son comportement robotisé avait changé, en quoi le brun transformait ses attitudes, mais il percevait de temps à autre un étrange malaise dans son regard voilé.

Ignorant la pique, il s'avança calmement jusqu'à son éternel adversaire et fronça les sourcils. L'expression aurait suffi si les prunelles de l'opposé ne s'étaient pas de nouveau animées de cette insolite lueur. S'il n'avait été certain qu'il ne pouvait éprouver l'émotion, il aurait juré y interpréter une forme d'inquiétude blessée.

« Hé. Tu réponds, oui ? Ton cerveau a encore régressé ? »

Venimeux, Sasuke avait appuyé sa précédente remarque d'une nouvelle pique.

Depuis que l'idiot s'était enterré avec lui, il avait profité de chaque entraînement comme d'un morceau de bonheur unique durement obtenu, perdu au milieu de la noirceur qu'il avait adoptée. Lorsque son ami était apparu devant lui dans la caverne, un an plus tôt, il avait éprouvé une rage démesurée, suivie, au premier coup qu'ils avaient échangé, d'une magnifique plénitude.

Il avait compris, à sa posture, à sa façon de l'observer, que s'il l'avait laissé pour mort à la Vallée de la Fin, Naruto avait survécu assez parfaitement pour l'égaler de nouveau. À quoi bon fuir cette némésis si pure ? Cette puissance pareille à la sienne était un outil formidable qu'il ne fallait nullement négliger. Kabuto n’avait-il pas pris la responsabilité de l'emmener jusque-là pour cette raison ?

Songeant d'abord que le garçon composerait le parfait instrument de sa montée en puissance, Sasuke, noyé dans les ténèbres, avait oublié qu'il avait fui Konoha pour échapper au frein que l'amour qu'on lui portait engendrait. Il avait omis, dans son délire, le fait que Naruto à lui seul contenait toute cette ardeur et pouvait la lui insuffler subrepticement. Par ses poings et ses regards, ses insultes affectueuses et son caractère solaire. Avant même qu'il ne l'ait compris, malgré la sage soumission dont il faisait preuve face à son nouveau maître, il s'était attaché à leurs joutes.

Souvent, Orochimaru l'isolait de son frère pour lui apprendre de nouvelles techniques. Pendant ce temps, Naruto semblait en découvrir d'autres par lui-même et provoquait en lui une impression d'infériorité détestable. Néanmoins, cette insupportable différence le motivait et montrait la capacité du ninja à s'adapter à tout environnement.

Il avait d'ailleurs surpris le garçon dans la salle de recherches, affalé dans un coin à l'opposé des activités répugnantes de Kabuto, plongé dans un livre et entouré de nombreux rouleaux. L'image lui avait paru si absurde qu'il avait dû vérifier plusieurs fois qu'il ne s'agissait pas d'une quelconque illusion. L'air concentré du jeune homme ne l'avait pas empêché de le tirer hors de la pièce pour entamer leur session de violence habituelle, mais l'image qu'il avait ce jour-là eue de Naruto était restée gravée dans sa mémoire.

Le garçon changeait, s'accoutumait à l'ombre, pâlissait drastiquement et perdait lentement sa sensibilité. Il en eut une preuve de plus lorsqu'un coup de poing arrêta ses réflexions sans que la voix criarde ne l'ait prévenu.

Sasuke détestait ce silence. Cet idéal opposé existait pour hurler, rire et ressentir à sa place. Par procuration, se détachant ainsi de toute sensation directe, il avait apprécié chaque passion qu'exprimait ou suscitait Naruto. Seul au monde à présent, sa némésis lui permettait ces écarts et d'elle seule dépendaient ses émotions. À nouveau exposé au tempérament positif du blond, s'il n'avait oublié son macabre objectif, il profitait du rayonnement de son camarade, unique fournisseur de bien-être. Dépendant alors de l'entité orange, aussi bien en matière d'exercice que d'émois, il souhaitait qu'elle restât à ses côtés éternellement, moteur des restes de son identité étouffée par la haine, exclusive essence de sa latente humanité.

Égoïstement, il s'était accaparé l'intime bonheur que procurait l'existence de Naruto. Par ce biais, il s'était lui-même piégé, incapable de se passer d'une telle lumière, déterminé à continuer dans la voie qu'il s'était choisie, mais guidé, dans la nuit profonde qu'il avait élue pour hôtesse, par un lointain soleil qui représentait son but, sa libération.

Après s'être vengé, peut-être pourrait-il profiter à outrance de cet astre éclatant ? Si, dès lors qu'il avait sombré, il pouvait encore recevoir quelques bribes de cette ardente étoile, peut-être parviendrait-il à s'en gorger de nouveau ?

Naruto, seule chaleur de son nouveau monde, si bien intégré à lui qu'il ne l'y avait point senti s'immiscer, avait conquis de sa simple aura le territoire dévasté figurant son cœur et, bienfaisant dictateur, y avait fait croître une jungle sauvage et luxuriante n’admettant de fin. Les arbres y étaient si denses qu'aucune clarté ne filtrait, mais une telle protection végétale dépendait exclusivement du climat tropical que le maître des lieux, par sa simple présence, y faisait régner.

Son cœur pansé par le soleil et les moussons répétitives, Sasuke avait perçu avec angoisse les menus changements dont Naruto était la victime inconsciente. Si lui-même vivait un relatif bonheur, son collègue semblait dépérir. Privé d'amour, contraint à une perpétuelle solitude, soumis à sa froideur, il se décomposait inexorablement. Son visage pâle mettait en exergue les creux qui avaient remplacé ses joues rondes, son uniforme orange, depuis longtemps désintégré, avait laissé place à un jinbei gris comme des nuages...

Lorsqu'il s'était aperçu qu'Orochimaru ne comptait lui fournir que des vêtements de camouflage, Naruto avait à peine bronché et avait choisi l'oripeau offrant le meilleur confort. Face à ce garçon qui sombrait à son tour lentement dans les eaux sombres qu'il avait adoptées pour demeure, Sasuke commençait à paniquer. Qu'allait devenir la réconfortante forêt de son for intérieur si son chef disparaissait ? Qu'allait-il résulter de sa précaire situation si son frère cessait de compenser ses défauts et de lui procurer son besoin de vivre ? Comment aurait-il la possibilité de poursuivre sa quête si l'image qui s'était imposée rayonnante dans les limbes s'y diluait également ?

Tout renaissant désir de subsister s'effacerait. Toute volonté de survivre à Itachi tomberait en lambeaux et, défait, il se laisserait agoniser aux côtés de cet ennemi juré dont la fin ne provoquerait que souffrance et malheur. Incapable de retrouver la percée pratiquée par son pair dans l'abîme, il y oublierait les possibilités de bonheur que lui aurait permis l'achèvement de sa quête et se laisserait mourir lors qu'il aurait enfin pu se consacrer à vivre. Si pitoyable acmé n'était plus de son goût.