Chemins Divergents

par Llevann

23

 

POV SAKURA

 

- Naruto est un Youkai ?

De surprise, je laissai tomber mes baguettes. Evidemment, celles-ci ne purent qu’atterrir dans le généreux bol de saké que Temari m’avait servi – et auquel je n’avais pas touché – projetant ainsi de petites gouttes ambrées sur la robe blanche qu’elle m’avait tout aussi généreusement prêtée, et qui baillait un peu au niveau de la poitrine.

La jeune Nécromancienne aux couettes blondes regarda les taches sur sa robe, me regarda, et sourit.

- Vous n’avez jamais rien remarqué d’étrange avec lui ? demanda t-elle.

Il y eut un moment de silence, pendant lequel je me rendis compte qu’il valait mieux que je ferme la bouche.

- Non. dit finalement Tenten. À part…

Elle me jeta un regard de biais.

- J’ai toujours trouvé qu’il avait une aura bizarre, mais ça s’arrêtait là. Pour moi, c’était le plus Humain de tous les Humains…sympa, survolté, mais terriblement banal.

- Alors son père a fait du beau travail. commenta Ino, en prenant un petit gâteau de riz.

- Son père…attends, si j’ai bien compris, son père est le souverain de tous les Youkais ? dis-je rapidement.

- Etait. rectifia Ino. Naruto est aussi orphelin que toi et moi.

Aussi orphelin ?

Je n’étais pas d’accord. Même si j’étais une diabolique et damnée Nécromancienne, j’étais quand même Humaine.

- Donc, Naruto est un prince…souffla Tenten, stupéfaite. Cet abruti que j’ai passé des semaines à taper ?

- Hum.

Temari se lécha le pouce.

- Si on le rend aux Youkais, ils vont l’introniser…

- ou le tuer. dis-je, en réfléchissant rapidement. Je suppose que celui qui a remplacé son père ne veut pas…

- Personne n’a remplacé Minato. fit doucement Ino. C’était le seul à être suffisamment puissant pour obliger chaque tribu à oublier qu’elle déteste sa voisine.

Il y eut un moment de silence.

Mes tempes palpitaient, tellement je réfléchissais. Pendant des semaines, j’avais joué aux échecs avec un démon…un demi-démon, puisque selon Temari, la mère de Naruto était Humaine.

- Vous pensez vraiment qu’il a la poigne pour remplacer son père ? dit Tenten, clairement dubitative. Je ne veux pas dire…

- Si il n’a pas la poigne, il a le pouvoir, n’est ce pas ? dis-je doucement. Il y a autre chose, je me trompe ?

J’aurais aimé me tromper. L’idée même que quelque chose de redoutable puisse être entre les mains de Naruto me rendait malade.

Mais Ino acquiesça doucement, et rejeta une de ses longues mèches platine en arrière.

- Minato est mort en scellant quelque chose dans son fils. Son propre père. expliqua t-elle.

- Quoi ?

Tenten ouvrit des yeux ahuris.

- Naruto a l’esprit de son grand-père…

- En lui, exact, confirma rapidement Temari. Et ce grand père est le plus puissant des Bijuus, des Youkais à queue. Son nom est Kyuubi, le grand démon renard à neuf queues.

Nouveau moment de silence. La bouche ouverte, Tenten était si pâle qu’elle en était effrayante.

Quant à moi, je n’en menais pas large. Il me semblait avoir entendu Tenten raconter une histoire…l’histoire des Bijuus, des plus puissants des Youkais.

Et le plus puissant d’entre eux se trouvait en Naruto ?

- Je comprends pourquoi les Vampires le gardaient. dis-je. Je comprends pourquoi…

- Ce Uchiha Sasuke se gorgeait de son sang ? dit Temari, avec un rire amer. Effectivement. Naruto est pour eux une source de pouvoir non négligeable.

Et il ne le savait même pas.

Une vive nausée me plia en deux, et j’essayai de la faire passer en avalant cul sec le saké que Temari m’avait versé. Tout ce que je réussis à faire, c’est à m’étouffer.

Sasuke s’était servi de Naruto. Il s’en était servi effrontément. Comme il se servait de moi.

Cette idée me fit si mal que des larmes me montèrent aux yeux.  Il retardait le moment où il pourrait enfin me dominer totalement pour plus savourer l’instant, c’était indubitable. Et moi…et moi je m’étais émue comme une idiote de son baiser enflammé.

- Non seulement Naruto porte en lui un pouvoir inépuisable, mais en plus, Kyuubi a été scellé grâce à un sortilège interdit dont vous avez peut-être entendu parler…le sort du Shinigami ?

Tenten recracha violemment le jus de grenade qu’elle était en train de boire.

-Q-quoi ? hoqueta t-elle.

- Impressionnant, hein ? murmura Temari. Tu sais ce que c’est, Sakura ?

Elle demandait sans doute parce que j’étais restée de marbre. Mais quand on a entendu parler une fois de ce genre de monstruosités, on n’oublie pas.

- Le sort qui fait perdre son âme ? demandai-je.

- C’est ça. Quand un Humain l’invoque, c’est redoutable. Mais quand c’est un Youkai qui est l’invocateur, c’est encore pire. Les Shinigamis sont eux-mêmes des Youkais qui sont trop puissants pour subsister dans notre plan astral. Autrement dit, ils vivent dans une sorte d’autre dimension. Quand on les fait descendre dans la nôtre, leur énergie tend à se lier aux Youkais les plus proches. En somme, conclut Ino, Naruto a non seulement la puissance de son grand-père, mais il a aussi un peu d’énergie shinigami quelque part en lui.

- C’est pour ça que c’était si important de l’enlever à Uchiha avant qu’il atteigne sa majorité ! s’exclama Temari, le regard soudain brûlant.

- Le sort de Minato est supposé s’atténuer lorsque son fils atteindra sa majorité. expliqua aussitôt Ino.

- Et alors, vous pourrez vous servir de son énergie pour vous battre.

J’étais proprement…dégoûtée.

D’être vivant et pensant, Naruto était relégué à simple machine de guerre…

- Pour nous battre. corrigea doucement Tenten. Nous sommes aussi des Rebelles, Sakura.

Elle avait beau dire ça, ses mains tremblaient quand même.

- Les Vampires n’attendaient que la majorité de Naruto pour le vider de son sang. dit Ino. Je suppose que vous mesurez les conséquences que pourraient avoir cette cérémonie. Shikamaru voulait à tout prix éviter cette catastrophe…avec nous, il restera vivant.

- Trop aimable. ironisai-je. Mais pourquoi ne pas le rendre à son peuple ?

- Parce que les Youkais seraient ravis de prendre la place des Vampires, et de nous mettre en esclavage. La situation est plus compliquée qu’il n’y paraît, Sakura. soupira Temari.

Oui, et je commençais à m’en rendre compte.

Ce Youkai-louo qui était venu rendre visite à Uchiha convoitait sans doute Naruto. Il me semblait soudain que tous le convoitaient.

- Et les Youkais ont Hinata. dit-je doucement. Ils voudront sans doute procéder à un échange.

- Ils peuvent toujours courir. dit Ino avec un rire sans joie. Naruto est trop précieux…mais je parie que les dirigeants actuels des Youkais ont prévu quelque chose pour elle. Sans doute quelque chose de pas plaisant.

- Qu’est ce qu’on s’en fout de ce qui peut arriver à une Vamp ! s’exclama Temari. Ces gens n’ont que ce qu’ils méritent, un point c’est tout !

Elle nous toisa de son regard vert, comme pour nous défier de dire le contraire. Mais personne ne s’y risqua, même si je sentis mon cœur se serrer à nouveau.

Hinata était douce et gentille. Naruto aussi.

Seulement, tous les deux étaient des pièces importantes sur l’échiquier politique. Et je ne pouvais rien y faire. Je me massai le cou, là où quelques semaines plus tôt, j’avais mis le foulard qui m’avait permis d’entrer dans la Rébellion. Je l’avais fait pour ne plus jamais me sentir impuissante.

Quelle blague.

Je croisai le regard brun de Tenten. Le désespoir le disputait à la détermination dans ses yeux si expressifs.

« Nous sommes Humaines avant tout, Sakura, ne l’oublie pas. »

Comment oublierais-je mes parents ? J’eus un sourire amer.

- Je me trompe peut-être, Temari, mais j’ai senti le même genre d’énergie bizarre qu’a Naruto dans ce Gaara du Désert. dit Tenten, en s’arrachant à notre échange silencieux.

Temari se raidit, et sa main se crispa sur ses baguettes.

- C’est vrai. dit-elle néanmoins. Mon…frère est lui aussi un Jinchuuriki. Il porte en lui un des Bijuus.

Elle leva un regard douloureux sur nous.

- Vous voyez ? On a scellé ce monstre en lui pour que lui aussi soit une arme parfaite pour la Rébellion

Cette fois, je crus bien que j’allais vomir.

- Au début, c’était terrible, mais ça s’arrange peu à peu. Je veux dire…il est moins fou. Depuis qu’il sait qu’il va combattre aux côtés d’un autre Jinchuuriki, il est plus calme. Il y avait neuf Jinchuuriki, mais seuls ces deux-là ont survécu. Les Vampires ont tués les sept autres dans des expériences pour séparer le corps du Jinchuuriki du Bijuu.

Je frémis. Et si c’était impossible de les séparer ? Et si c’était impossible de libérer ces Jinchuuriki ?

Mais comment pouvait-on en arriver à des extrémités pareilles ?

Je connaissais parfaitement la réponse. Aucun camp n’avait envie de perdre. Aucun camp n’avait le droit de perdre, de toutes façons : c’était une question de survie.

Pour la première fois, je regrettai la stupide naïveté qui m’avait poussé à me jeter dans toute cette histoire. J’aurais mieux fait d’écouter Kakashi-sensei.

- Que vont-ils faire à Naruto ? demanda soudain Tenten.

- Shikamaru va parler avec lui, et ensuite il partira avec Gaara. dit Temari. Je ne sais pas où, c’est top secret.

Elle avait prononcé les deux derniers mots avec une ironie non camouflée. Apparemment, elle trouvait odieux que la Rébellion lui cache des choses qui concernaient un membre de sa famille. Et elle avait diablement raison.

- Je veux voir Naruto. dis-je, en me levant.

Ino tressaillit.

- Sakura, je ne pense pas que…commença t-elle. Shikamaru a beaucoup insisté sur…

- Je m’en moque. dis-je froidement. Je suivrai ces ordres quand je ne serai plus ici. Pour le moment, je veux voir Naruto.

- Mais vos couvertures…

- Naruto n’est pas prêt de revoir les Vampires, non ? Et Shikamaru a bien grillé la sienne.

Tenten se leva à son tour, dans un soutien silencieux.

Temari eut un sourire ravi.

- J’ai toujours dit que ça ne servait à rien de suivre ce personnage machiste. dit-elle. Allez viens, Ino. Ce n’est pas comme si on allait fouiller dans les papiers top secrets de la Rébellion.

- Mais presque. commenta Ino. Shikamaru est impossible quand il est contrarié, et c’est toujours moi qui prends, et ce n’est pas jus…

- Tu as de l’entraînement. dit Temari avec un mépris souverain, en se dirigeant vers la porte.

- Ouais, et toi, tu es tellement folle dingue de lui que tu harcèles tout le monde pour avoir de ces nouvelles. grommela Ino.

Heureusement, Temari ne parut pas l’entendre. Sinon, elle n’aurait sans doute pas hésité à donner de l’éventail.

 

*

 

HORS POV SAKURA

 

Sakura n’était pas là.

C’était la première chose qu’il avait apprise en arrivant sous le dôme surchauffé de Suna, la première chose dont il s’était soucié, avant même de penser à se rendre présentable pour paraître devant le Conseil.

Elle n’était pas là.

Dans son uniforme militaire, son sabre lui battant le côté, Sasuke devait renvoyer l’image d’une créature froide et sans cœur. On l’avait éduqué pour qu’il paraisse ainsi. Mais dans son fort intérieur, il devait lutter contre une panique sourde.

Sakura n’était jamais arrivée à Suna. Elle ne serait pas dans ses bras ce soir. Elle était peut-être morte. Les Rebelles ne faisaient pas plus de cadeaux aux Vampires et à leurs serviteurs que les Vampires eux-mêmes leur en faisaient. Cette guerre était totale.

« Calme moi. Focalise toi sur l’instant présent. »  se dit-il, en promenant son regard noir et neutre sur le conseil.

Tous ces Hauts personnages le rebutaient. Son père, son frère, sa mère, Madara…Tous. Il remarqua les œillades d’encouragement que Konan, assise en retrait, lui adressait. Cette garce incapable était là quand Hinata s’était fait enlevée, et elle n’avait rien fait pour empêcher cela.

L’idée qu’elle n’aurait rien pu faire de toutes façons n’effleura même pas Uchiha Sasuke. C’était une Vampire, par tous les Dieux, et il couchait avec elle. En face d’elle, elle n’avait probablement eu que quelques minables Youkais. Il savait de source sûre que les vrais chefs de ces hordes de sauvages, les Inuzuka, les Aburame  et un certain Kimimaro, ne déplaçaient jamais eux-mêmes. Konan était une incapable, point final. Une incapable assoiffée de pouvoir, qui croyait pouvoir le manipuler avec son serpent d’Orochimaru.

Si ce dernier n’était pas mort, il se chargerait personnellement de corriger ce regrettable contretemps.

Sakura.

Il pensa à ses cheveux roses, et toute sa rancœur froide fondit comme neige au soleil. Que lui était-il arrivé ? Sakura, tellement pure et honnête…la femme la plus pure et la plus honnête qu’il ait jamais possédée. Dès le soir où il l’avait vue, il avait compris qu’elle était pour lui.

Son regard vert était si candide…

- Uzumaki Naruto n’est pas à Suna.

La voix froide et coupante de Madara Uchiha résonna sous les combles, le faisant tressaillir. Il préférait infiniment son ancêtre quand celui-ci revêtait le costume du facétieux – et ô combien calculateur – Tobi. Mais cette fois, Madara avait visiblement décidé de…une seconde.

Qu’avait-il dit ?

Que Naruto n’était pas à Suna ?

Cette fois, Sasuke se sentit définitivement malade. Obnubilé par Sakura, il n’avait pas pensé à ce qui avait réellement de l’importance.

Naruto.

- Qu’as-tu à nous répondre, Sasuke ? demanda froidement Uchiha Fugaku, son vénérable et glacial père.

L’interpellé prit le temps de regarder encore une fois les membres du conseil. Les Hyuuga et les autres essayaient de demeurer neutres. Un Uchiha en probable disgrâce était un Uchiha quand même. Seuls les membres de sa famille osaient le regarder avec cet insupportable air de déception. Qu’ils aillent au diable.

- Je l’avais confié à des ANBU. dit-il. Konoha n’était plus suffisamment sûre pour…

- Tu aurais dû l’escorter toi-même ! fit Fugaku entre ses dents. Tu sais bien l’importance qu’il revêt pour nous.

« Oh oui, Père, je sais. Vous me le serinez depuis que vous m’avez confié ce poste maudit d’Hokage. »

Mais il resta silencieux, et il savait que personne ne pouvait franchir sa barrière mentale. Personne, sauf deux Uchiha. Madara et Itachi. Son ancêtre le regardait d’un œil morne et neutre, et quant à son frère…il lui souriait.

Sasuke détestait ce sourire condescendant, trop bienveillant.

- Hyuuga Hinata était aux mains des agresseurs. dit-il d’un ton plat. J’ai considéré qu’il était de mon devoir de…

- Ton devoir était de protéger le fils de Minato. fit un Uchiha qu’il ne connaissait même pas.

- Mon devoir était de protéger la noblesse Vampire, et c’est ce que j’ai fait. répondit-il effrontément.

Certains conseillers plissèrent les lèvres, d’autres s’éventèrent alors que les Vampires ressentaient difficilement la chaleur…mais seuls les plus illustres Uchihas se permirent des protestations scandalisées.

- Et voilà le résultat de toute cette éducation chevaleresque. dit Madara dans un murmure qui résonna dans toute la pièce.

- Permettez moi d’observer que si les Youkais étaient en possession de Naruto Uzumaki, nous aurions déjà reçu le corps de Hyuuga Hinata. dit doucement Itachi.

Le silence revint aussitôt. Tous dévoraient des yeux Itachi. Mais celui-ci ne fixait que son frère.

« Ne t’inquiète pas, je te protégerai toujours. »

La promesse que lui avait faite son frère des siècles plus tôt, alors qu’il venait juste d’être nommé Hokage, résonna dans la tête de Sasuke. Lui-même n’était alors qu’un enfant qui s’accrochait désespérément aux basques de ce frère si doué, si reconnu, si apprécié.

Itachi avait été le seul vrai père qu’il ait jamais connu.

Quand cette relation avait-elle été brisée ? Sans doute le jour où son frère avait appuyé leur père, afin que le poste d’Hokage lui revienne. Ce jour-là, il avait condamné Sasuke à devenir un monstre impitoyable, un vrai Uchiha. Il l’avait brisé.

« Je me protégerai moi-même. » pensa Sasuke avec force.

Itachi ne cilla pas.

- Soit il est dans la nature, soit il est aux mains des Rebelles. dit Madara. Si il est dans le désert, nous le retrouverons. Si il est aux mains des Rebelles…

- À quelques semaines de sa majorité. siffla Fugaku. Après tous nos efforts…

- Je sais où ils l’enverront. dit Itachi. Ce ne devrait pas être sorcier de le leur reprendre le moment venu.

Il y eut un long moment de silence.

- Où est ton premier conseiller, Sasuke ? demanda soudainement Madara.

- Il a reçu un message des ANBU stationnés dans le désert, et il est parti aussitôt. répondit Sasuke platement.

- Espérons qu’il nous ramènera ce que nous avons perdu. commenta Fugaku.

Naruto.

Mais aussi Sakura, et pour Neji, Tenten. Car il ne se faisait pas d’illusions. Son ami d’enfance avait paru aussi ravagé que lui-même par la perte de sa concubine.

- Nous allons envoyer des troupes ratisser le désert. déclara Madara. Itachi, je te laisse libre de tes mouvements, en ce qui concerne les Rebelles. J’ai confiance en toi.

Il y eut des murmures approbateurs.

- Quant à toi, Sasuke…

Madara plissa les yeux, et l’air se chargea d’électricité. Tous attendaient certainement la mise à pied, le renvoi. Sasuke s’efforça de rester la tête droite, de ne pas ciller.

Un Uchiha n’avait pas de sentiments, seulement des désirs et des obligations. Il s’emparait de ce qu’il désirait, et s’acquittait toujours de ses devoirs. Si cette dernière condition n’était pas remplie, le châtiment était terrible.

- Repose toi, tu as eu fort à faire, ces derniers temps. déclara finalement le vénérable ancien.

Sasuke accusa le choc sans sourciller. C’était tout ?

Bon nombre de conseilleurs semblaient penser de même.

- Profite de Suna. Elle n’est pas aussi jolie que Konoha, mais elle est agréable quand même. dit Madara, retrouvant sans son masque la voix faussement joviale de Tobi.

Serait-il possible que ce soit pour de vrai ?

Même Fugaku semblait surpris. À sa gauche, la mère de Sasuke et d’Itachi, Mitoko, semblait infiniment soulagée. Les mères préféraient toujours les cadets.

Sasuke sentit son cœur faire un bond fort désagréable.

Il avait promis à Neji d’essayer.

- Pourrais-je avoir l’autorisation de me rendre au Pays des Tourbillons ? demanda t-il rapidement. J’aimerais récupérer ma fiancée.

Il y eut un nouveau et lourd silence. Hyuuga Hiashi, le père d’Hinata, se redressa.

- Il n’est pas nécessaire de faire passer notre fille avant les intérêts du peuple. dit-il.

- Il ne s’agit pas de faire passer Hinata avant le peuple, puisque je suis en congés. dit Sasuke. Permettez moi de…

- nous n’avons pas assez d’ANBU pour retrouver le fils du Youkai. dit froidement Fugaku. Il est hors de question de t’en confier.

Evidemment. Les trois cent milliers d’ANBU stationnés à Suna ne seraient pas suffisants pour ratisser un désert d’à peine trois cent kilomètres carrés.

Sasuke devina que son père avait l’intention de le punir, plus tard. Grand bien lui fasse.

- Je peux y aller seul. Je suis sûr que Hyuuga Neji acceptera de m’accompagner.

- Seul au Pays du Tourbillon ?

Madara eut un rire si…Tobi, que Sasuke en eut des frissons. Il s’attendait à voir son ancêtre sortir le masque d’un moment à l’autre.

 - C’est ça, risquons donc la vie d’un des descendant de la pure lignée Uchiha pour une gamine insignifiante ! s’exclama t-il. Allons, Sasuke…je suis certain que la sœur cadette de la demoiselle ne fera pas de caprices, et qu’elle sera ravie de t’épouser.

Sasuke jeta un regard stupide et inutile à Hiashi Hyuuga. Stupide et inutile, car jamais Hiashi ne laisserait éclater ses sentiments au grand jour. De plus, il était notoire que lui-même considérait sa fille comme un gamine insignifiante. En tant que protecteur d’Hinata, Neji en aurait sans doute pour son grade.

Sa place privilégiée auprès de Uchiha lui sauverait peut-être la vie. Sasuke n’en savait rien.

- Que ce soit clair, Sasuke. Je ne veux pas entendre parler d’excursions au Pays des Tourbillons ! dit Madara. Maintenant, tu peux disposer. Le conseil a d’autres sujets à aborder.

Sasuke salua respectueusement, et il était parvenu au chambranle de la porte lorsque la voix narquoise de Tobi parvint à ses oreilles.

- Je me demande bien pourquoi j’ai pris la peine de dire ça, alors que c’est clair qu’il va désobéir.

Et en cet instant, Sasuke réalisa que sa famille le connaissait bien. Il ne pouvait pas abandonner Hinata. Il n’abandonnerait pas Sakura.

Pourquoi ?

Mais qui s’en souciait ? C’était comme ça, point final. Il n’abandonnerait pas cette Humaine aux cheveux roses aux mains des Rebelles. Jamais.

 

*

Retour au bon vieux POV SAKURA

 

- Qu’est ce que vous faîtes ici ?

C’est avec cette phrase glacée et on ne peut plus agacée que Nara Shikamaru nous accueillit dans l’immense cellule surchauffée où Temari nous avait conduites. Je ne lui prêtai pas une seconde d’attention : mon regard fut aussitôt attiré par le tableau étrange qui se dressait juste devant moi : Naruto était affalé contre un mur, et serrait quelque chose dans ses mains. Devant lui, Gaara regardait nonchalamment entre les barreaux. Les épaules de Naruto tremblaient, comme si il pleurait.

- Mon Dieu…que lui avez-vous fait ? murmurai-je.

Naruto tressaillit, et leva aussitôt la tête. Ses yeux bleus emplis de larmes s’écarquillèrent quand il me vit.

- Sakura… ? souffla t-il. Sakura…

Un frisson le traversa de la tête aux pieds, et il se mit debout avec une rapidité qui me coupa le souffle. Devant lui, Gaara ne lui accorda même pas un regard.

- Elle et Tenten n’ont rien à voir avec ça, Shikamaru ! dit-il, en serrant les poings. Relâche les tout de suite !

- Tu crois vraiment pouvoir me donner des ordres ? ironisa le premier conseiller de l’Hokage. C’est le fait d’apprendre qui tu es vraiment qui te donne des impressions de toute puissance ?

Je frissonnai. Donc, il lui avait dit.

- Sasuke ne ferait jamais…jamais…

La voix de Naruto s’étrangla dans sa gorge. On aurait dit un enfant perdu. Par la faute de Sasuke.

Je ne pus m’empêcher de me presser les lèvres.

Heureusement que j’avais ouvert les yeux avant qu’il ne soit trop tard.

« Vraiment ? » fit une voix moqueuse dans ma tête.

Oui, vraiment. Je ne le connaissais pas assez pour…pour quoi exactement ?

- Shikamaru dit la vérité, Naruto. dit Tenten d’une voix posée.

Naruto tressaillit, et nous regarda, stupéfaits.

- Vous aussi ? dit-il. Vous êtes des…

- Rebelles ? Oui. Des Nécromanciennes, oui. dis-je d’une voix calme.

J’aurais pu annoncer que j’étais un fantôme que Naruto n’aurait pas réagi différemment. Son visage passa du rouge brique au blanc linge.

- Et Ino aussi…bon sang ! Sasuke est entouré de traîtres ! explosa t-il. Comment pouvez vous comploter pour le tuer ! Jamais je ne vous laisserai…

- Personne ne complote pour tuer Sasuke. dit froidement Shikamaru.

Ce mensonge était dit d’une voix si détachée que j’en eus des frissons. Décidément, j’avais encore beaucoup à apprendre avant d’être une vraie Rebelle.

J’aurais certainement pu être beaucoup plus enthousiaste…

- Tout ce que nous voulons, c’est libérer notre peuple. dit Shikamaru.

- Les libérer ? Les libérer de quoi ?

- Tu as déjà été dans la ville de Konoha, Naruto ? fit Ino.

La jeune blonde se détacha du groupe, et ignora le regard agacé de Naruto.

- Tu as déjà vu comment les Humains vivent ? Les Vampires ont tué mes parents, ils ont tué les parents de Sakura. Et la mère de Tenten. Ils ont tué beaucoup de personnes, Naruto. Il faut que justice soit faite.

Naruto semblait perdu.

Après tout, c’était tout son monde qui s’effondrait. Je comprenais. Je fis un pas vers lui. Comme personne ne semblait vouloir m’en empêcher, je traversai toute la pièce en évitant soigneusement le bandit, et vint m’agenouiller près de Naruto.

- Qu’est ce que c’est ? murmurai-je, en désignant ses mains.

Il me regarda un long moment.

J’eus du mal à soutenir son regard. Après tout, il n’avait jamais mesuré l’ampleur de la monstruosité des Vampires…de Sasuke. Sasuke avait été toute sa famille, probablement. Comment aurais-je pu lui reprocher de prendre sa défense ?

Finalement, ses mains s’ouvrirent, dévoilant une petite peinture sur métal. Un homme aux cheveux blonds en bataille et aux yeux bleus me fixaient, un sourire franc sur les lèvres.

La ressemblance avec Naruto me frappa.

Finalement, les Youkais semblaient bien humains…

- Minato. murmurai-je.

Il tressaillit.

- Tu savais ?

Il y avait un tel reproche dans sa voix…

- non, je viens de l’apprendre. dis-je honnêtement. Mais Sasuke le savait.

- Je ne vous crois pas.

Je retins un soupir.

- Ta fidélité t’honore, Naruto. dis-je. Mais réfléchis. Pourquoi un  Hokage n’aurait qu’un seul Mordu ? Tu penses qu’un Humain normal peut satisfaire un Vampire tous les soirs sans mourir ? Et tu penses que Sasuke est nul au point de ne pas comprendre au goût de ton sang qui tu es ?

Naruto était naïf et survolté, mais il n’était pas stupide. Il avait sûrement envisagé tout ce que je venais de dire.

- J’ai souvent pensé à mes vrais parents, mais jamais…murmura t-il.

Ma main se posa sur la sienne, et j’eus l’impression de sentir un courant électrique traverser mon corps. Peut-être était-ce dû au choc émotionnel, mais Naruto laissait des bribes d’aura flotter autour de lui.

- Essaie de voir le bon côté des choses, tu es un prince. dis-je. Tu as sans doute un palais magnifique.

- Tu as le choix, Naruto. dit Shikamaru d’une voix traînante – il commençait sans doute à fatiguer. Soit tu restes ici jusqu’à ce que tout ça soit terminé, soit tu te joins à nous. Je te recommande la dernière solution. Vaincre les Vampires et libérer les Humains ne signifie pas forcément tuer Sasuke. Il s’agit de les renvoyer chez eux. Et si tu es avec nous, les Youkais resteront sans doute au Pays des Tourbillons. Au final, tout le monde retrouvera sa place.

L’ampleur du mensonge me saisit à la gorge.

Ne pas tuer Sasuke, vraiment ? Et renvoyer les Vampires chez eux ? Parce que maintenant, on savait d’où ils venaient ?

- En prime, nous t’aiderons à domestiquer la force qui est en toi. reprit Shikamaru. Alors ?

Je me redressai, et reculai de quelques pas.

J’aurais mis ma main au feu que Naruto ne savait rien de ce qui était arrivé à Hinata. Je n’aimais pas ça.

- Très bien.

La voix de Naruto me parut faible, résignée.

- Nous partirons ce soir pour Kiri. dit froidement Gaara. J’enverrai quelqu’un te préparer.

Sur ce, il tourna les talons et s’en fut. Je jetai un regard à Shikamaru.

« Reste avec lui si tu veux » fit-il silencieusement. « Mais ta mission ne change pas. Quand ils seront partis, nous quitterons cet endroit pour Suna. J’ai tout prévu. Cette histoire touche à son terme. »

Autrement dit, Sasuke devrait bientôt mourir.

Ce ne serait que justice. Mais pourquoi ne parvenais-je pas à m’en réjouir ?

« Tu lui as menti. » répliquai-je. « C’est odieux. »

« Contente de voir que tu commences à saisir ce que c’est que d’être dans la Résistance. »

- Allez zou, tout le monde, dehors ! fit Shikamaru. Même toi, couette-couette.

- Comment oses-tu ? s’étouffa Temari.

- Tu m’as désobéi.

- Et alors, tu n’es pas mon…ne me touche pas, sale porc misogyne ! Abruti !

« Sakura ? »

Tenten et Ino me fixaient. Je leur fis signe de s’en aller. Elles semblèrent hésiter, mais finalement s’exécutèrent.

Je me rassis près de Naruto.

- Donc, j’ai un démon en moi ? dit-il. C’est à cause de ça que j’ai une marque sur le ventre ?

Il releva son T-shirt, révélant ce qui me semblait être un sceau.

- je crois. dis-je.

- Et ce démon est mon…grand-père ?

- Oui.

- Et mon père est mort pour le sceller en moi ?

- Je crois.

Il marqua une courte pause.

- Et ce garçon aux cheveux rouges, ce garçon tellement…zarb, lui aussi il a un de ces trucs en lui ?

- Oui, mais je crois que lui est complètement humain. Ça ne change rien que tu sois à moitié Youkai, Naruto. dis-je, comme il serrait les lèvres. Apparemment, ton père était un grand et généreux Youkai.

Je m’avançais un peu sur le généreux, mais après tout, pourquoi pas ? Il n’avait vraisemblablement pas essayé de conquérir l’Humanité, et ce malgré sa puissance.

- Ouais. J’aurais aimé quand même…le connaître. souffla Naruto.

Je ne répondis pas. Je devinais le sentiment de vide qui l’envahissait. Je le partageais.

- Quand ça sera fini, on ira tous au pays des Tourbillons. décréta Naruto. Je ne veux pas m’installer là bas tant que je ne serais pas sûr que ce soit potable.

- C'est-à-dire ?

- Qu’il y ait un stand de ramens.

Malgré moi, j’éclatai de rire.

Heureusement que des gens comme Naruto existaient ! – et ce même si c’était un Youkai.

- Je ne crois pas que je vais m’entendre avec ce type zarb aux cheveux rouges. poursuivit-il. Mais c’est juste pour un temps, n’est ce pas ? Jusqu’à ce que les Vampires libèrent les humains et que les Youkais retournent chez eux.

Je ne répondis rien. Je n’avais plus envie de rire. J’appuyai ma tête contre son épaule, et fermai les yeux. L’aura que j’avais senti déclinait petit à petit, au fur et à mesure que Naruto reprenait le contrôle de lui.

- J’espère que Hinata va bien.

Franchement, que pouvais-je répondre à cela ? Rien. Donc, je me tus.

 

 

Blablas de l’auteur :

 

Je fus très flattée de ne recevoir aucun message privé concernant cette histoire de bêta-lectrice – sauf Sedna, qui m’en a parlé dans son commentaire, mais qui a semblé oublier ensuite…

Bref. Je me suis consolée avec vos très gentils commentaires. Cette fois, j’estime être dans mes temps pour la publication. C’est un peu moins long que la dernière fois, mais j’espère que la longueur reste tolérable.

 

J’espère avoir bien rendu Sasuke tel que je le perçois ici : froid, neutre, et vraiment zarb dans sa tête. Enfin.

 

Avec l’espoir de recevoir pleins de comms gentils et pas trop de gueulantes (quoique toutes sont les bienvenus, je précise. J’adore avoir des trucs à lire…et comme j’ai dit ça, je ne vais en recevoir aucun…pitié, ne faîtes pas ça !), je vous dis salut, et bonnes vacances – pour ceux qui les ont déjà.