Questions et Attaque

par Llevann

Un Youkai. Un loup.

Je déglutis difficilement.

« Dieux du ciel. » me dis-je, les yeux fixés sur mes mains.

Assise sous un kiosque dans un immense jardin encerclé de murs épais comme des murs de prison, je ne gloussais pas, je ne riais pas sans raison. En bref, je ne me comportais pas comme mes idiotes de sœurs, depuis qu’on nous a conduit dans ce jardin-prison – autrement dit environ cinquante minutes après que les portes se soient refermées derrière la silhouette arrogante et aérienne du Loup.

Un loup à visage humain.

« Une lacune sérieuse à mon éducation. » me dis-je, en déglutissant difficilement. « Comment se comporter face à un Loup. »

Encore qu’il n’était pas face à moi, n’est ce pas… ? Mais en même temps, le regard que nous avions échangé…à ce souvenir, je sentis mes joues s’enflammer.

Stupide, stupide, stupide.

Pourquoi je rougissais ?…Hé, Tenten ne me regardait pas, n’est ce pas ? Non…son regard était rêveur, bien que fixé sur mon visage.

Si ça se trouvait, j’étais encore plus moche que d’habitude. Etait-ce seulement possible ? More likely, elle réfléchissait sur cette histoire de Youkai.

Oui, more likely *(plus probablement, si ça se dit)

Ce Youkai avait probablement été intrigué par mes cheveux roses. Et de toutes façons, je n’allais pas me réjouir d’avoir retenu l’attention d’un monstre à visage humain…

- Qu’est ce qu’il veut ? chuchota soudain Tenten, ses yeux bruns balayant la masse des filles stupides.

Elle entortilla une mèche rebelle autour de son doigt.

- T’en penses quoi, Sakura ? dit-elle.

- Hein ?

Je fronçai les sourcils. Que voulait-il ? Telle était la question.

- Politique, sans doute. dis-je finalement. Les Vampires veulent quelque chose…des Youkais ? Ils veulent…

« Passer un accord ? » achevai-je, mentalement, avec un frisson d’horreur.

Les Vampires passer un accord avec les Youkais ?

Quelques mois plus tôt, j’ignorais même ce qu’était les Youkais. Mais selon Tenten…

- ce sont des démons, non ? murmurai-je, à voix si basse que je n’aurai pas été surprise de voir Tenten se baisser pour devoir m’entendre.

- C’est ce que Pope m’a dit. dit Tenten, pensive. C’est ce qu’il a toujours affirmé. Je suppose que c’était pour me faire peur…

Elle leva ses yeux bruns sur moi.

- Je ne croyais pas que les Youkais existaient. dit-elle.

- Hein ?

Je la regardai, surprise.

- Mais…

- Jusqu’à ce que je trouve des bouquins qui parlent d’eux. me coupa t-elle. Ces idiotes ne savent vraiment pas de quoi il retourne, ajouta t-elle avec humeur.

Nos sœurs se déplaçaient dans le jardin, comme des taches de couleur. Je supposais qu’on nous avait mises ici pour faire joli. On aurait dit…des papillons dans une cage. Elles balançaient leurs ombrelles en gloussant. Tayuya en tête.

Elle avait lâché ses cheveux roux, et riait à gorge déployée. Je ne savais pas trop pourquoi on était supposé glousser et rire comme ça. L’idée même que les invités de l’Hokage pouvaient nous voir sans que nous nous en doutions me donnait la chair de poule.

- Sakura, si jamais les Youkais s’allient aux Vampires, on ne pourra jamais…commença t-elle.

- Tenten !

Je lui jetai un regard courroucé.

- Espèce d’idiote. sifflai-je. Tu veux nous faire remarquer ?

- Je suis désolée, mais personne ne nous observe ! répliqua t-elle. Tu ne comprends pas ce qui…

- Je suis persuadée que je comprends mieux que toi, d’accord ? répliquai-je avec humeur.

Tenten cligna des yeux, comme choquée.

- Mais qu’est ce qui t’arrive ? s’exclama t-elle, attirant l’attention de quelques unes de nos compagnes de cellule.

Ce qui m’arrivait ?

Je serrai les dents.

Un Youkai arrivait chez les Vampires alors que le frère de Tenten était prisonnier de l’Hokage. Cela ne pouvait rien signifier de bon.

Je déglutis.

L’avait-il fait venir pour l’exécution ? Et si c’était le cas, comment les rebelles allaient-ils pouvoir le libérer ?

« Au moins, il n’a pas l’air d’être venu avec des soldats. » me dis-je, en pensant au Youkai. « C’est déjà ça. Même si on ne peut pas être sûr qu’il soit venu seul »

En fait, moi, à sa place, je ne serais certainement pas venu seul. Les Vampires n’étaient pas des gens à qui faire confiance…j’étais bien placée pour le savoir, me dis-je, la gorge nouée.

- Les deux idiotes se disputent ? fit soudain une voix forte.

Tayuya nous regardait, l’œil moqueur sous ses cheveux roux.

- De quoi tu parles ? répliqua Tenten, ses yeux arrondis par une stupeur tellement crue qu’elle est sans aucun doute sincère. Tu es fâchée contre moi, Sakura ?

Il y eut quelques rires – qui s’évanouirent lorsque Tenten leur lança son regard spécial laser tueur.

- Sakura, tu veux boire quelque chose ? dit-elle.

Sans attendre la réponse, elle me prit la main et me tira vers un kiosque à l’écart, déserté – ce qui n’était pas le cas lorsque nous sommes arrivés, puisque nous mourions toutes de soif après avoir cru sur le soleil.

- Sakura, il faut vraiment qu’on sache ce qui se dit entre ces murs. me glissa t-elle, en prenant un verre.

- Hein ?

Je n’osai pas la regarder.

Je me doutais bien qu’elle allait dire ça. Tenten, championne toutes catégories des décisions inconsidérées. Si jamais elle apprenait que son frère était retenu prisonnier ici…je n’osais même pas y penser.

- Répète moi ça, chuchotai-je, dans une tentative désespérée de gagner quelques secondes.

- Tu sais bien ce que j’ai dit, répliqua t-elle à mi-voix ( d’où l’emploi de l’adjectif désespéré). On ne peut pas…rester sans rien faire.

- Et tu veux faire quoi ? répliquai-je, les lèvres presque collées au rebord de mon verre.

- Tu es douée pour les rituels de Pénétration, non ?

Je battis des cils, essayant de cacher ma surprise – et je doute fortement d’avoir réussi.

- Il me semble, non ? insista t-elle.

- je ne suis pas plus douée que toi. rétorquai-je. Je croyais que tu étais la fille de…

Je formai les mots Hatake Kakashi sur mes lèvres.

- Non ? fis-je, triomphante.

Pour une fois, je me satisfaisais pleinement d’être la fille pas trop douée amie de la surdouée – si ça pouvait m’aider à l’empêcher de nous précipiter en enfer.

- Et alors ? riposta t-elle, en oubliant presque de parler doucement. J’ai besoin de…

- Tenten, murmurai-je, mes yeux balayant la foule des idiotes amassées.

- ton aide, acheva t-elle tout doucement.

C’était bien ce que je redoutais.

- Pour quoi faire ? murmurai-je.

Elle me sourit – un sourire innocent, qui signifiait certainement tu ne peux rien me refuser. Un sourire que je redoutais.

De toutes façons, je redoute Tenten.

- Tu sais comme moi que c’est dangereux d’utiliser notre nécromancie ici. dit-elle d’un ton de badinage.

Merci beaucoup, Tenten, ce n’était pas moi qui essayais de nous lancer dans une mission suicide.

- Ah oui ? fis-je, ironique.

Ironie qu’elle ignora somptueusement.

- Tu vas détacher ton esprit de ton corps, et l’envoyer par-delà ces murs pour espionner…

- Je sais ce qu’est un rituel de Pénétration, je te remercie. répliquai-je, avec humeur. Et de quel droit me donnes-tu des ordres ?

- Je ne te donne pas d’ordre. dit-elle, de son ton innocent. Je veux juste que tu envoies ton esprit, et que tu me guides. Je m’y introduirais, et tu annuleras ton charme. Et je pourrai espionner, acheva t-elle, ravie.

Je la regardai, hébétée par l’audace de son plan. Audace. Audace !

- Tu sais que l’Hokage se trouve probablement derrière ces murs, murmurai-je rapidement. Il va peut-être me repérer.

- Je ferais vite.

- Et comment comptes-tu sortir d’ici ?

- Hé bien…

Elle regarda les murs.

- Avec un sort de Transposition…

Je le savais.

- Un sort qui demande autant d’énergie ? fis-je, d’un ton sec et cassant. Les Vampires vont sentir la perturbation à tous les coups, Tenten. Je croyais que tu étais futée.

Elle me lança un regard énervé.

- On ne fait rien du tout, même si ça ne me plaît pas. dis-je.

- Sakura…

- c’est ma mission, Ten.

Je lui lançai un regard que j’espérais ferme.

Je devais être ferme. Notre vie en dépendait. La vie de son frère en dépendait.  La mort de l’Hokage en dépendait. C’était beaucoup trop important pour que je laisse tout…se faire gâcher.

- Tenten, on ne peut pas prendre des risques pareils. sifflai-je.

- Donc, tu préfères ignorer qu’un Loup rencontre un Vamp ?

Je ne voulais pas me disputer avec elle. Mais il semblerait que je n’aurais pas le choix…

- Mademoiselle Sakura ! fit soudain une voix aigre et sèche.

Je sursautai, et tournai la tête. Debout près d’une porte taillée dans la pierre du mur, une Vamp me regardait avec des yeux coléreux.

Karin.

- Zut, qu’est ce qu’elle veut ? chuchota Tenten.

Je n’allais pas me plaindre de la venue de cette Vamp’, puisqu’elle me sauvait de la dispute avec Tenten.

Sans moi, elle ne pourrait pas mettre son plan à exécution…non ? Je lui jetai un regard angoissé.

Non ?

Elle me lança un regard aigre, ponctué d’un sourire crispé.

Je priais intérieurement pour que ça signifie qu’elle ne ferait rien…mais connaissant Tenten…

- Tenten…fis-je.

- Haruno Sakura !

Aïe.

Karin s’échauffait.

- Oui ? fis-je d’une voix mielleuse.

Mes copines avaient cessé de glousser, et ne nous quittaient pas des yeux. Tayuya m’observait avec une moue d’enfant agacé tellement ridicule que j’aurais éclaté de rire si ma gorge n’était pas aussi nouée.

- Viens. dit Karin, avant de s’enfoncer dans la bouche béante de la porte.

Je jetai un regard effrayé à Tenten.

Tout compte fait, entre Karin et ma meilleure amie qui me traumatisait depuis les couches culottes…

- Vas-y. dit-elle, les yeux brillant d’une lueur bizarre, inquiétante.

- Comme vous voulez, votre majesté, marmonnai-je.

Même sans le voir, je devinai son sourire moqueur.

- Sakura ! Haruno ! hurla Karin, depuis sa porte.

Mon ombrelle se balançant de façon ridicule, rebondissant autour de moi, je courus vers la porte, dont le noir finit par m’avaler.

- Vous en mettez, du temps ! fit Karin, visiblement agacée.

Malgré le dôme qui protège les Vampires de notre ville du soleil, elle avait la peau légèrement rougie, et semblait de très mauvaise humeur.

- L’Hokage vous demande. dit Karin, en se mettant à marcher d’un pas bondissant. Dépêchez vous.

Mon cœur fit un bond colossal.

L’Hokage me demandait ?

- mais…je croyais qu’il avait de la visite ? tentai-je d’une petite voix timide.

- Hum. fit Karin, sans me regarder.

Nous émergeâmes du couloir, débouchant sur une large cour circulaire et dallée, plantée de quelques arbres nains et colorés.

- Sa…visite sera là aussi ? osai-je, tout bas.

- Vous voulez dire ? fit-elle, d’une voix coupante. Montez, dit-elle, en me désignant une calèche tirée par un splendide cheval humain à la peau dorée et aux cheveux ras.

Je m’exécutai, mais soyez certain que ce fut à contrecoeur.

- Je veux dire le…

Je me rattrapai à temps. Grâce à mon intelligence géniale, j’avais failli dire loup – ce qui m’aurait conduit au pilori pour nécromants à coup sûr.

- L’invité que nous recevons aujourd’hui. corrigeai-je. Il est là, aussi ?

- Evidemment que non. répliqua Karin, en agitant une main comme pour chasser une mouche – une mouche appelée Haruno Sakura, évidemment. Comment pouvez vous penser que l’Hokage puisse se tenir dans la même pièce qu’un l…qu’une personne du commun.

Aha, elle aussi avait failli dire loup…je devais probablement me réjouir qu’elle ne l’ait pas dit – sinon ç’aurait été le pilori pour connaissance de secrets d’état. Et franchement, ce n’est guère mieux.

- C’est une personne du commun, alors ? fis-je, en écarquillant les yeux de façon stupide.

Karin me lança un regard de plus en plus agacé.

- Hum.

- J’avais pourtant l’impression que c’était quelqu’un de haut placé, non ? demandai-je, en tripotant une de mes mèches roses. Il doit être célèbre, si on nous a toutes fait sortir pour lui.

Karin me lança un autre regard noir, mais l’agacement n’était plus le sentiment dominant. Il y avait…de la perplexité.

Aïe.

Je l’interrogeais pourtant de façon prudente, non ? Et même un idiot serait parvenu aux mêmes conclusions que moi…ce n’était pas comme si j’avais déployé des trésors d’ingéniosité pour lui arracher des informations !

Méditant en silence sur les extrémités auxquelles on se résigne pour parvenir à ses fins, je gloussai stupidement derrière ma main.

- C’est un cousin de l’Hokage, c’est ça ? fis-je.

Karin parut hébétée deux secondes, puis tout son corps se détendit brusquement.

- Evidemment. railla t-elle.

Pour un Vampire, elle n’était pas vraiment douée pour cacher ses émotions. Se pourrait-il qu’elle ne soit pas douée du tout pour cacher ses pensées ?

Ma gorge se noua.

Tenten, malgré son audace frisant la stupidité et les velléités suicidaires, avait raison sur un point. Nous devions savoir ce qui se tramait au juste, ne serait-ce que pour être que ça ne menaçait pas notre mission. Et mieux encore, pour que j’en informe monsieur Voix Agaçante…pour qu’il en informe notre commandement.

« notre commandement. » me répétai-je, grisée par le nôtre.

J’étais rebelle, maintenant.

Nôtre.

« Ça suffit, Haruno Sakura. » me morigénai-je, en me mordant l’intérieur de la joue.

À moins qu’ils ne soupçonnent des Nécromanciennes de faire partie de leurs concubines, les Vampires n’auraient certainement pas donné le poste de Karin à une spécialiste des questions psychiques. C’était dangereux, très Tenten, mais je n’avais pas le choix. Je n’avais pas du tout le choix.

J’inspirai un grand coup, et me penchai légèrement en avant.

- Karin…soufflai-je.

- Hum. fit-elle sans me regarder.

- Je crois…que j’ai un bouton…là…sur le nez…non ?

Technique infaillible, vive moi.

Karin se tourna pour vérifier, l’air profondément agacé. Dès que nos regards se croisèrent, je lançai mon sort.

Sa bouche s’ouvrit, ses pupilles s’agrandirent, s’agrandirent encore, jusqu’à emplir pleinement ses iris, devenant de petits écrans de télévision circulaire. Les images défilèrent rapidement dans ma tête. Ino souriant…Ino se pouponnant…Ino riant à gorge déployée…Ino trépignant de rage dans un bureau sophistiqué…Ino faisant la moue…Ino faisant le signe avec Naruto…Ino, Ino, Ino.

J’en avais presque la nausée.

Etait-ce…sain de faire une telle fixation sur Ino ?

Soudain, je le vis.

Le Youkai.

Son air arrogant alors qu’il montait les marches, sa main griffue caressant la tête du chien.

- Vous savez ce qu’il est venu faire ici ?

Ino se penchant sur Karin, son beau visage empreint de curiosité.

Karin eut un mouvement un eu brusque, sans doute censé manifester son agacement.

- Comme si je le savais !

- Evidemment que tu le sais !

Naruto poussa Ino sans ménagement, se penchant par-dessus l’épaule de Karin, lui arrachant une grimace.

- Tu es dans les bonnes grâces de Sa seigneurie ! fit-il.

- Pas autant que vous. répliqua Karin, se redressant de toute sa hauteur.

- c’est vrai, admit Naruto, tout content. Vous croyez qu’ils veulent passer un accord avec…

- Naruto !

Karin jeta des regards autour d’elle, nerveuse.

- Vous savez ce qu’est le crime de haute trahison ? chuchota t-elle.

- Hein ?

Naruto paraissait hébété, ses grands yeux bleus semblant encore plus grands.

- Vous êtes une espionne de la Rébellion ? fit-il finalement, perplexe. AH ! KARIN EST…

- La ferme, abruti ! répliqua Ino, couvrant sa bouche de sa main fine. Bien sûr que non…mais donc, vous savez quelque chose, tous les deux.

Karin rejeta ses cheveux en arrière, l’air hautaine.

- Je ne sais jamais rien ! protesta Ino. Ce Nara…paresseux, cachottier, vilain…bon, peut-être pas vilain…

Karin se raidit.

- Enfin bref. fit Ino, qui ne l’avait pas remarqué. Je le hais ! Si seulement j’étais comme vous…Toi, Naruto, l’Hokage t’adore…

- Je le considère comme un frère. dit solennellement Naruto, faisant soupirer Karin d’exaspération.

- Et toi Karin…tout le monde sait que tu as été l’amante de Sasuke-sama.

Ce fut à mon tour d’être stupéfaite.

D’ailleurs, je fus tellement choquée que je manquai de rompre le charme qui unissait les souvenirs de Karin aux miens.

- Et tout le monde sait que c’est à cause de Itachi-sama et de Fugaku-sama que tu ne l’as pas…

- Ça suffit.

Karin avait les joues légèrement rouges, le regard fuyant.

Karin, l’amante de l’Hokage…et ils avaient failli…pas se marier, quand même ?

- En tous cas, vous êtes restés proches. dit Ino.

- Pas du tout.

Karin recomposa lentement son masque hautain.

- Hokage-sama ne se comporte que de la façon qui sied à son…

- Dis moi que t’es pas jalouse de Sakura ! fit Naruto, en rigolant presque. La première concubine qu’il prend depuis des années…depuis que toi et lui…

- Naruto !

Je ne pus qu’être d’accord avec Ino lorsqu’elle le baffa.

- Mais…fit Naruto, des larmes dans ses yeux d’enfant.

- Ce qui m’intéresse, que fait cette créature ici ! s’exclama Ino.

- Chut, pas si fort ! fit Karin, mortifiée. Je n’ai aucune certitude.

- J’ai entendu Oro-serpent dire que Sasuke-kun devait signer un accord avec lui ! fit Naruto, de façon triomphale.

Mon malaise revint au galop.

- Mais pour quoi faire ? chuchota Ino, comme Karin ne disait rien.

- On ne sait pas. dit Karin. Ordre de Suna, sans doute.

- Ordre du Kazekage, ou de Fugaku-sama ? murmura Ino.

- Mais la raison est évidente, non ?

Naruto secoua la tête, comme affligé par leur bêtise.

- Pour anéantir la Rébellion, et nous conduire dans une ère nouvelle !

Je me sentis nauséeuse.

Pour anéantir la Rébellion.

Mais que gagnaient les Youkais à faire ça ?

- Vous voulez dire que ce type…ne représente pas que les loups ? fit Ino, comme choquée.

- Je ne sais…commença Karin, désespérée.

- J’ai entendu Neji-moche et Sasuke-kun en parler. dit Naruto. Et Hinata-sama m’a confirmé.

- Elle n’aurait pas dû ! s’exclama Karin. Un Humain, si bien informé de la politique de l’emp…

- Et ? coupa Ino.

- Les Youkais ont choisi un loup parce qu’ils ont plus l’habitude des Humains. dit Naruto. Ils avaient pensé à envoyer un membre du clan des Insectes…

- Beurk !

Ino paraissait horrifiée.

- On un dévoreur…

- de quoi ? fit Karin, l’air tout aussi horrifié.

- Mais ils se sont finalement décidés pour le Loup. Au moins, on n’a pas eu les Araignées. C’est Hinata-sama qui l’a dit. conclut Naruto, triomphant.

Il y eut un moment de silence.

- Mais…que gagnent les Youkais à nous aider ? fit finalement Ino.

« Enfin. » me dis-je.

Toutes les deux regardèrent Naruto, qui vira au rouge brique.

- Heu…c’est évident, non ? C’est…

- Que vont-ils demander en échange ? coupa Ino. À votre avis ?

Nouveau moment de silence.

- Pas Sakura, quand même ! s’exclama soudain Naruto, l’air horrifié.
Mon cœur manqua trois battements. Moi ? Mais pourquoi moi ?

- Mesdames. fit soudain une voix rocailleuse. Nous sommes arrivées.

De toutes façons, je n’aurais pas pu maintenir la connexion plus longtemps. Comme je me retirais de ses pensées, les pupilles de Karin rétrécirent, et elle battit des paupières.

- Que…fit-elle, l’air complètement perdu.

Elle n’avait pas l’air formée pour les combats psychologiques et psychiques, de toutes évidences.

- Mon bouton. dis-je, la voix curieusement rauque.

- Vous n’en avez pas. dit-elle d’un ton sec, mais le regard toujours perdu. Nous sommes déjà arrivés ? Mais quand…comment…

Je ne répondis pas.

Moi.

Naruto pensait qu’on voulait me donner en échange.

« C’est Naruto » fit une voix dans ma tête.

Certes.

Mais pourquoi le Youkai m’avait-il regardé avec cette intensité ? Et pourquoi me faisait-on venir là ?

En descendant de la calèche, je mourrai d’envie de m’enfuir à toutes jambes. Au lieu de quoi je suivis docilement Karin, dont la démarche assurée ne parvenait pas à cacher l’air un peu perdu.

- Pourquoi me fait-on venir…commençai-je, la voix un peu plus rauque.

- comment le saurais-je ? coupa Karin, en s’arrêtant devant une porte en bois noir orné de laque or.

Elle se saisit du heurtoir en forme de tête de griffon, et frappa deux coups.

La réponse ne se fit pas attendre.

- Entrez. fit une voix surexcitée, que je reconnus pas comme étant celle de l’Hokage.

L’air blasé, Karin poussa la poignée…libérant aussitôt une tornade blonde.

- Sakura-chan ! fit la voix surexcitée.

La voix de Naruto.

Il me sauta littéralement au cou.

- Naruto ! fis-je, en tentant de le repousser. Lâche moi…LÂCHE !

Il bondit en arrière juste à temps pour éviter mon coup de poing.

- Hé, Sakura ! fit-il, tout sourire. T’es en forme…ah lala, t’es belle ! T’es tellement belle !

Je sentis mes joues s’enflammer.

- Imbécile. murmurai-je.

- Quand Sasuke-kun ne voudra plus de toi, moi, je veux bien te…heu…marier ! dit-il, en me dévorant du regard.

Quand Sasuke-kun ne voudra plus de moi.

Futur.

Charmant.

« Ce jour n’arrivera pas. » me promis-je.

Pas parce que je le tiendrais prisonnier dans mes jupons, comme cette Konan, mais parce que je le tuerai. Simple.

- Naruto, fit une voix traînante, laisse la tranquille.

Mon cœur fit un bond colossal. Cette fois, je reconnaissais la voix. Et d’ailleurs, je reconnaissais aussi le visage, me dis-je, comme il apparaissait devant moi.

Uchiha Sasuke, tortionnaire en chef des humains de Konoha, dans toute sa splendeur. Sa chemise noire rehaussait la pâleur extrême de sa peau fine. Ses yeux sombres passèrent sur moi, un petit sourire sur ses lèvres fines. Je devinai qu’il se remémorait l’épisode de la salle de bains, et je rougis.

Il ne referait pas ça devant Naruto, quand même ?

- Entrez. dit-il, en prenant une coupe sur un plateau.

Je ne voulais même pas savoir ce que contenait la coupe, me dis-je, en obéissant.

Je scrutai la pièce. Tentures mordorées, étoffes cramoisies…pas l’ombre d’un Youkai. Passablement rassurée, je souris.

- Naruto, dehors. dit-il, toujours de cette voix traînante.

Mon sourire eut du mal à résister, alors que celui de Naruto s’envolait.

- Mais…Sasuke-kun…

- Naruto. dit-il simplement.

Naruto piqua de la tête comme un enfant.

- Très bien ! dit-il soudain, en levant brusquement la tête, les yeux brillants. Mais admets que cette fois, tu as perdu aux fléchettes !

- Tu n’en as pas mis une seule dans le mille. répliqua l’Hokage. J’en ai mis six.

- C’est parce que tu es un Vampire !

- Mauvais perdant.

- Admets que tu as perdu !

- Je n’admets rien du tout. J’ai fait exprès d’en jeter quelques unes à côté, et tu as quand même perdu.

- Tu t’enfuis, là !

- La partie est finie, baka.

- Pas question.

- Admets le, usuratonkachi.

- Jamais !

Sasuke…je veux dire, l’Hokage eut un sourire moqueur et méprisant. Naruto poussa une exclamation rauque de bête blessée.

- Sakura, dit-il avec passion en se tournant vers moi, un jour je le vaincrais, tu verras !

Un moment, j’eus la vision de Rock Lee, l’amoureux secret de Tenten – ou de moi.

- Heu…oui…murmurai-je.

Sur ce, les yeux débordant d’étoiles passionnées, il sortit.

L’Hokage émit un son qui ressemblait à un tchah, et se laissa tomber sur une splendide bergère.

- quel imbécile. soupira t-il.

Je m’humectai les lèvres, et posai mon ombrelle sur une table.

J’avais plutôt eu l’impression…qu’un lien solide les unissait tous les deux. Aussi surprenant que cela puisse paraître, j’avais même cru entendre de l’affection dans la voix de ce monstre que je devais abattre. Que j’allais abattre.

- Il a raison. dis-je.

- Hum ?

Il se tourna vers moi, un sourcil magnifiquement arqué. Si il croyait me faire baver, il avait tort. Je baverai peut-être intérieurement, mais extérieurement, pas question.

- Vous êtes un Vampire, c’est normal que vous le gagniez aux fléchettes. répliquai-je.

Il battit des cils, comme surpris.

- C’est lui qui insiste pour jouer. répliqua t-il. Asseyez vous, ne restez pas plantée là.

Un moment, j’envisageai sérieusement de me réfugier le plus loin possible de lui. Mais une petite voix dans ma tête me souffla qu’une vraie concubine ne ferait pas ça. Et, plus mortifiant encore, que c’était probablement exactement ce à quoi il s’attendait. Que je fuis.

Mais je n’allais pas fuir.

Essayant d’avoir l’air aguicheuse – mais allez donc avoir l’air aguicheuse avec des cheveux roses et des balles de tennis pour yeux – je marchais vers lui, m’assit sur le canapé, et posai ma tête sur ses genoux.

Je sentis alors le grand Hokage se raidir – à moins que ce ne soit d’horreur au vu de mon visage. Je décidai de penser que c’était dû à une profonde surprise.

- Vous pourriez le laisser gagner. murmurai-je.

Je n’ai jamais été douée pour avoir une voix sexy, Kabuto m’avait au moins fait comprendre ça. Je décidai donc de murmurer. C’était mieux que rien.

- Et pourquoi ferais-je ça ?

Lui, en revanche, n’avait aucun mal à avoir une voix sexy…

Des frissons agaçants coururent le long de ma peau. Mais c’était hors de question que je le laisse gagner.

- C’est agaçant de toujours gagner. dis-je, en essayant d’imiter la moue que j’avais vue Konan faire. La défaite a quelque chose…d’excitant, non ?

Je levai lentement les paupières sur lui.

Une légère flamme vacillait dans ses yeux noirs. Une flamme amusée.

Je l’amusais.

Ma gorge se noua. Etais-je donc si pitoyable ?

- En effet. admit-il, avec un sourire qui me fit à nouveau frissonner.

Il se pencha dangereusement sur moi. Ma gorge se serra à m’en faire mal. Je voyais mon propre jeu se retourner contre moi.

- N’est ce pas ? fis-je, en repoussant gentiment sa tête. Pourrait-on parler ? ajoutai-je, avec une nouvelle moue. Je n’ai jamais compris pourquoi les hommes sautaient sur tout ce qui bouge.

Il arqua à nouveau un sourcil.

- Je vous croyais vierge. dit-il lentement.

Ah.

Il avait déjà commencé à fantasmer sur ma virginité. Comme c’est charmant.

- Et alors ? fis-je, avec un sourire crispé. Je…

- Sakura, Sakura, Sakura.

Il secoua la tête, effleurant ma joue de son doigt.

- Le rôle de séductrice vous va aussi bien qu’un gant à un estropié. chuchota t-il, en se penchant à nouveau sur moi.

Je vis ses yeux, ses lèvres se rapprocher, impuissante.

Finalement, ces lèvres effleurèrent les miennes, glissèrent sur ma joue.

- Je croyais que c’était ce qui vous…plaisait. bafouillais-je, les mains crispées pour résister à la tentation – oh combien puissante – de le repousser et de m’enfuir à toutes jambes. Konan…

- Si toutes mes maîtresses étaient pareilles, la vie serait bien ennuyeuse. répliqua t-il de sa voix froide et traînante.

En somme, nous étions des papillons qu’il collectionnait pour leur diversité.

« Une nouvelle raison de le tuer. » me dis-je, décidée à être décidée.

- Votre invité…c’est quoi ? fis-je, dans une tentative héroïque d’échapper à mon propre piège.

Hourrah !

Il se redressa, les yeux voilés, légèrement rougeâtres…je m’empourprai, ce qui le fit sourire. Et sourire qui dévoila deux crocs aussi acérés que ceux d’un…Vampire.

- Il est Vampire, lui aussi ? fis-je.

Il grimaça.

- Vous trouvez qu’il y ressemble ? dit-il à voix basse. Vraiment ?

Je m’humectai les lèvres.

- Je…murmurai-je.

Mais la providence me sauva d’un nouveau mensonge.

Un bang titanesque fit trembler le mur et le toit. Sasuke me repoussa et se mit debout avec une vitesse spectaculaire. L’espace d’une seconde, j’avais vu l’incrédulité marquer ses traits.

L’espace d’une seconde.

- Qu’est ce que…fis-je, tremblante.

Mais encore une fois, la Providence me vola la vedette.

- Uchiha Sasuke, Oro-serpent ! tonna une voix puissante. Ici le Rebelle héroïque, adulé de ces dames, Nécromant génial qui va vous botter les fesses et libérer les prisonniers…j’ai nommé…l’Ermite aux Crapauds…Jiraiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiya !

Cette fois, une totale incrédulité se peignit sur le visage de Sasuke, échos à la mienne.

Hein ? Quoi ? Comment ?

« Jiraiya. »

L’ermite aux Crapauds…mais il était mort ! Kakashi-sensei disait qu’il avait été tué lors de sa tentative de sauver des familles de nécromants…tués par le Serpent.

Il était mort !

Comment pouvait-il parler ?

Il était mort !

- Un…Nécromant…murmurai-je.

- Restez ici. dit Sasuke, en ouvrant brutalement la porte.

Mes yeux s’arrondirent. À travers les pylônes du couloir, je voyais des pattes gigantesques, luisantes dans le soleil. Des cuisses de crapaud tellement titanesques qu’elles auraient fait le plaisir des cuisiniers de la riche zone 1.

Un…crapaud géant ?

Jiraiya !

Je me tournai vers Sasuke, et me raidit. Ses yeux étaient devenus rouges. Rouges écarlates.

- Jiraiya, hein ? fit-il.

- Sa…Hoka…balbutiai-je.

Mon cœur battait la chamade, et j’avais le plus grand mal à paraître terrifiée et à cacher mon excitation.

Jiraiya  était venu. Et c’était un Rebelle.

Donc…l’heure était venue. Celle de libérer le frère de Tenten.

Jiraiya était-il venu seul ?

« Il n’a pas fait ça ? » me dis-je, effrayée par l’idée même qu’il l’ai fait.

- Seigneur…

Orochimaru surgit de nulle part, la tête baissée.

- Permettez moi d’affronter cet imbécile. dit-il. De donner une leçon à ces Humains stupides.

- Je croyais que tu l’avais tué. dit Sasuke, d’une voix posée.

- Seigneur…

- N’échoue pas, cette fois.

Un bonheur cruel s’étala sur le visage de Oro-serpent.

Ma gorge se noua à nouveau, et mon regard se porta sur la silhouette du gigantesque crapaud.

Et de tout mon être, je priai pour que le miracle soit réel, que Jiraiya soit vivant, qu’il l’emporte sur celui qui était supposé l’avait tué.

- Restez ici, Sakura. dit Sasuke, avant de fermer la porte.

Je n’allais pas me faire prier. J’avais un alibi en or.

Jiraiya.

Vivant.

Un puissant nécromant. Mon cœur battait la chamade. J’avais l’impression que la Rébellion était bien plus puissante que je l’avais jamais cru lorsque j’avais décidé de lui donner ma vie.

 

Désolée pour la trop longue absence…mais pour une fois, l’auteure a une superbe excuse : suite au départ de ma coloc, nous avons dû résilier notre abonnement Internet en commun.

Mais me revoilà ! Gaara au prochain, les gens !! Ou en tous cas, pas très loin – je n’imaginais pas que ce chapitre serait aussi long, je vous assure.

Gros bisous, merci de m’avoir lu, et ne vous gênez pas pour les comms – j’ai de la place !!