Chute et Surprise

par Llevann

- Dîtes…Sakura-san…

Je sursaute presque. A côté de moi, Sai a un sourire mesquin. Je parierai que celui la adore me voir dans cet état de souffrance…espèce de fils de…non, je ne serai pas vulgaire.

Je me tourne vers la petite femme en kimono, la poupée de porcelaine aux yeux nacrés et aux joues rosées. Hyuuga Hinata.

- Pourquoi vous voulez…parler à Konan-san ? fit-elle.

Je ne comprends pas tous ces suffixes que les Vamps collent au nom des gens, mais je suppose que je peux faire avec. Pour l’instant, j’ai des choses plus importantes qui me stressent.

Comme le fait par exemple que je me trouvais en face des appartements de Konan-le-monstre – puisque tout le monde faisait dans les suffixes, pourquoi pas moi ?

- Je veux qu’elle m’apprécie. dis-je mécaniquement. Ça va finir par me servir, non ?

Sai eut un petit sourire.

- Konan n’apprécie qu’elle-même. dit-il. Les chances qu’elle se lie d’amitié avec une Humaine aux cheveux roses sont infimes…

Il n’avait pas besoin de me le dire.

Et en parlant d’humaine, j’étais seule avec deux Vampires…hum, hum.

- Prête ? fit Sai, avec ironie.

Je surpris un regard plein de pitié d’Hinata…qui fit écho dans mon souvenir aux regards de Naruto et d’Ino avant que je ne sorte de chez moi.

Comme si j’allais à un enterrement…de quoi me rassurer.

-Attends une seconde. dis-je.

Il eut un sourire en coin. Ce type était un sadique, c’était confirmé.

J’inspirai profondément.

Un plan. Tout de suite. Maintenant.

Je savais où se trouvait cette liste. Et je pressentais qu’une fois entrée avec ces deux là, ce serait difficile de faire quoique ce soit…un plan…tout de suite.

Je me mordis l’intérieur de la joue.

Un plan.

Qu’aurait fait Tenten ? Oh, rien de bon…foncer dans le tas, comme d’habitude. Et son père ne valait guère mieux, à mon avis.

Un plan.

Je fixais le battant de bois devant moi.

Une idée germait dans mon esprit…mais une idée tellement dangereuse…et si je me ratais…aïe. Ce serait mauvais.

Je soupirai.

J’avais une mission capitale, non ? Alors pourquoi me mettre ça sur le dos…à moins que…j’eus soudain la nausée.

Un piège ?

Quelqu’un qui aurait percé ma couverture…mais non, l’aura autour de la feuille de papier était assez claire. Un nécromancien.

Et les nécromanciens n’étaient pas Vampires.

Je me sentais nerveuse. Fébrile. Je n’aimais pas ça. Il allait falloir être prudente…

- Allons y. dis-je finalement.

Sai murmura le mot de passe, et le battant pivota sur ses gonds.

Je retins à grand-peine un hurlement de joie en apercevant les ténèbres derrière la porte. Comme la dernière fois.

Sans un regard pour moi, Sai y pénétra.

Youpi.

Ah, zut.

Hinata venait de se tourner vers moi.

- A…après vous. bafouilla t-elle.

Zut de chez zut.

- Non…allez y…d’abord. bégayai-je.

Je ne simulais pas. La peur me nouait les entrailles. J’avais la peau moite, la gorge sèche. Elle dut prendre ma terreur pour de la timidité, et m’adressa un sourire plein d’encouragements. Après quoi elle franchit le seuil.

J’inspirais profondément, attendant quelques instants. Les Vampires voyaient trop bien dans le noir, sinon… Il ne me restait plus qu’à le faire. Esquissant rapidement les signes dans mon dos, je dressai un kekkai avant de me diriger vers le gouffre sombre. On aurait dit une gueule géante prête à m’avaler…en même temps, si je commençais à penser comme ça…

- Dédoublement. murmurai-je, à l’instant où les ténèbres m’avalèrent.

Je sentis l’énergie jaillir autour de moi, contenue par la barrière de protection dressée à cet effet…pourvu que la barrière ait suffi. La matière se glissa hors de mes pores, et dans les ténèbres, je sentis que mon sort avait fonctionné.

- Sakura-san ? fit soudain la voix douce de Hinata.

Merde, les Vampires voyaient bien dans le noir !

- O…oui ? hoqueta mon double que je ne voyais pas.

Mais elle si. Si elle s’approchait trop…

Je tâtonnai rapidement dans le noir. Bon sang, j’entendais le froufrou de son kimono, je l’entendais se rapprocher…

J’avais l’impression que mon cœur ne désirait qu’une chose : jaillir hors de ma poitrine. Rien. Je n’avais rien pour me cacher.

Je ne voyais rien.

-Sa…Sakura ? fit Hinata.

- kekkai…dissimulation ! murmurai-je aussitôt, doigts serrés.

Il y eut un moment de silence…un moment de silence pendant lequel je sentais ma vie m’échapper.

Avait-elle vu ? avait-elle entendu ?

- Oui ? fit mon double.

- Je…je ne…

- Vous venez ? s’impatienta la voix de Sai.

Nouveau moment de silence.

- Allons-y…souffla t-elle finalement.

J’entendis mon double marcher à sa suite, en tâtonnant. Je déglutis difficilement. Si elle avait vu quelque chose, elle n’était pas sûre d’elle…En même temps, était-ce possible qu’elle n’ait rien vu ?

« Sakura, idiote. » me morigénai-je, la gorge serrée.

Pourquoi diable n’avais-je pas pensé à ce sort plus tôt, hein ? La réponse vint d’elle-même. J’avais paniqué.

Je soufflai doucement dans ma main, laissant l’énergie s’y réfugier. Au bout de quelques secondes, une lueur diffuse se répandit autour de moi. Une lueur que je savais visible de moi seule.

Ce sort là, Kakashi sensei avait insisté pour me l’apprendre. L’homme immortel…je sentis mon cœur se dilater en pensant à lui.

Je ne pouvais pas le décevoir. Je devais veiller sur Tenten. La seule famille qui restait à celui qui m’avait servi de famille…Je regardai autour de moi.

La lueur pâle entre mes doigts me laissait entrevoir les silhouettes massives des meubles autour de moi. Il ne faudrait surtout pas que j’entre dans quelque chose…c’est Tenten qui sait dissoudre son corps, pas moi.

Il me restait à trouver le salon de maquillage…je plissai les yeux, essayant de me souvenir. J’avais eu l’impression que les voix venaient…de ma gauche, je crois. Et à en juger par le bruit de leur pas, mon double et compagnie étaient allés vers la droite. Avec un peu de chance, Konan-le-monstre ne se trouvait pas dans ses appartements…mais je n’ai jamais eu de chance.

Encore une fois, je me demandai comment le billet était arrivé là…la Rébellion avait la main plus longue que je ne pensais - si c’était la Rébellion, et je préfèrerais ne pas penser au contraire.

Il y avait peut-être des rebelles autour de moi…déguisés en collabo. Comme moi. Mais pourquoi ne prenaient-ils pas contact ?

« Pour ne pas saloper leur couverture au cas où tu foutrais tout en l’air. » fit aussitôt ma petite conscience agaçante.

Probablement.

Je me mis à longer un mur, marchant lentement, avec prudence…soudain je me figeai. Je rêvai peut-être, mais je venais d’entendre un bruit devant moi. La seconde qui suivit mon arrêt soudain, un battant pivota du mur apparent, manquant de me heurter le visage. Je retins à grand peine un cri de peur. Deux femmes émergèrent des ténèbres.

- Ce cabinet est dans un état terrible. souffla l’une d’entre elles. Ce n’est plus un salon de maquillage, c’est un dépotoir.

- Et cette odeur ! Ce parfum me donne le vertige, comment je suis supposée travailler avec ça ? renchérit l’autre. Et ses affaires qu’elle balance tout le temps…et ses gestes… comment le Seigneur Hokage fait-il pour la supporter ?

- Ah…

La femme rit.

- A entendre ce qui se passe quand il visite, il l’aime beaucoup…

Ces commérages me firent sourire. Si jamais leur maîtresse les entendait…je préférais ne pas y penser. Elles avaient dit quelque chose qui avait attiré mon attention.

Salon de maquillage.

Une puissante odeur de musc s’échappa de l’encadrement, me faisant presque tourner la tête. Oui, effectivement…mon cœur recommença à battre la chamade. Juste devant moi…je retins l’envie de fermer les yeux et de me précipiter dans le trou noir et béant. Je m’y glissai, mais les yeux ouverts.

Cela valait mieux.

Je frôlai l’une des femmes en me faufilant, ce qui la fit sursauter.

- T’as senti ça ? fit-elle.

- Bah, un courant d’air…avec madame qui aime le froid…

Elles pouffèrent de nouveau, et s’éloignèrent.

Ce n’était guère flatteur d’être comparé à un courant d’air, mais dans cette situation, je considérai que cela valait mieux. Le battant se referma peu de temps après que j’y sois entré. Si cela m’effraya, ce ne fut rien comparé à l’effet que l’odeur lourde eut sur moi…j’avais l’impression qu’elle me collait à la peau, même si je savais que c’était impossible avec le kekkai. J’en dressai un autre, par sûreté.

Maintenant, il faudrait chercher. Et trouver. Avant neuf heures. Ça s’annonçait ardu.

 

***

 

POV TENTEN

 

Je regardai fixement mes genoux. Ou plutôt mes mains. Mes mains sur mes genoux. Sakura était partie depuis…quoi, quinze minutes ?

Et je flippais déjà.

Je ne suis pas quelqu’un de peureux. Au contraire, je suis du genre à foncer vers les difficultés. J’aime les difficultés. Mais là…nerveusement, je cherchai le porte bonheur que mon père m’a offert quand je suis parti étudier les mathématiques à Konoha. Selon lui, une griffe de dragon enfermé dans de l’écorce lunaire…je ne l’ai jamais cru, mais je ne m’en suis jamais séparée non plus.

Papa…Sakura…hé, Tenten ! Qu’est ce qui t’arrives, ma vieille ? me demandai-je.

Mais je sentais bien l’aura glacée et épaisse du Vampire non loin de moi…j’étais assise sur mon lit. Sur cette courte pointe glacée, la peau irritée par la tenture du baldaquin que je n’osais même pas repousser.

À la vérité, je ne savais pas quoi faire.

Devrais-je m’allonger sur le lit, écarter les jambes, et…le plus vite, le mieux, non ? Je lui jetai un regard timide.

À la vérité, le vamp ne semblait pas intéressé par moi…il admirait les calligraphies que lui-même avait fait installer sur les murs…je regardai le papier.

Fuyuki.

Arbre dans la neige.

Du japonais. Une des langues éteintes que mon père m’avait apprises. La calligraphie était superbe. J’avais passé des heures à la contempler…la finesse du trait, la richesse des courbes, la précision du poil…superbe.

- Tenten, c’est cela ? fit soudain une voix glacée, mais douce.

Je ne tressaillis pas. Je mets un point d’honneur à toujours cacher ma peur ou mon désespoir. Je me contentai de lever timidement les yeux.

Il me faisait face, ses yeux bizarres fixés sur moi.

C’est un sacré morceau, si vous me permettez l’expression. Longs cheveux brun foncé, yeux nacrés, traits réguliers…mais c’est un Vampire.

Je n’ai plus de mère, mon frère est peut-être mort…ce ne sont pas les Humains mignons qui manquent…tenez, ce Kabuto, ce collègue de Sakura…bon, il n’atteint pas ces sommets, mais tout de même…

- Alors ? insista t-il.

Hein ?

Je clignai des yeux.

- Pardon ? fis-je, sans réfléchir.

C’est tout moi ça. Tellement tête en l’air…

Il plissa les sourcils. Mauvais signe, ou bon signe ? Dans le doute, je choisis le compromis – et lui fit un sourire resplendissant.

Cette fois, il cligna des paupières.

- Tu t’appelles Tenten ? fit-il.

- Effectivement. confirmai-je avec emphase. Hatake Tenten. Enchantée.

Ma main jaillit d’elle-même vers lui.

Nous nous regardâmes, puis nous regardâmes cette main impertinente. Sagement, je la rangeai sous mes couvertures.

- Heu…désolée. fis-je. Je ne…

- J’ai entendu le poème que tu as récité, lors de la Sélection.

- Ah.

J’aurais probablement pu trouver mieux que ah, mais je m’étais faite l’illusion qu’il m’avait choisi pour mes yeux bruns ravageurs et ma chevelure superbe…tant pis.

- De qui était-il ? demanda t-il, ses yeux blancs toujours rivés sur moi.

Ça commençait à être agaçant. J’avais presque envie de lui jeter un mauvais sort…mais je n’avais pas envie d’être exécutée.

Pas avant d’avoir revu ou enterrée Iruka.

- C’était de moi. fis-je, finalement. Une de mes improvisations.

Il cligna à nouveau des paupières.

Bon signe ou mauvais signe.

- Il y avait une phrase en chinois. dit-il.

Evidemment, je parle chinois ! Mais je n’étais pas supposée le parler, non ?

- C’est une phrase que j’ai trouvé…dans un vieux manuel…quand…je…j’étais toute petite. J’ai toujours trouvé la sonorité intéressante.

- Confucius. dit-il.

Oui, je savais.

Mon père raffolait de Confucius, et est capable de citer ses œuvres dans son sommeil…ce qui est surprenant, car les seuls bouquins que je l’ai jamais vu lire sont le genre interdits aux moins de dix-huit ans.

- Pardon ? fis-je pourtant.

Il se contenta d’agiter sa main de pianiste.

Oui c’est ça, ne partage pas ton savoir volé avec une minable petite Humaine…toutefois, quand il se rapprocha du lit, je sentis mon cœur s’emballer.

On dit que les Vampires peuvent entendre ce genre de choses.

Je me surpris à espérer qu’il entende et qu’il me foute la paix…pourquoi Sakura m’avait laissé ? Bien entendu, je le lui avais demandé, mais…en attendant, il se rapprochait dangereusement. Je me remis à fixer mes mains calmes, tellement calmes que rien ne laissait supposer la tempête qui grondait en moi.

Mes lèvres s’entrouvrirent, silencieuses. Puis le mensonge buta contre mes dents.

- Je…j’ai mes rè…soufflai-je dans un murmure parfaitement inaudible.

- Vous avez toujours vécu à Konoha ? me coupa t-il.

Je levai les yeux sur lui, surprise. Il avait un petit sourire aux lèvres. Mon anxiété l’amusait. Contente pour lui, parce que moi je ne trouvais pas ça très drôle.

- Oui. dis-je d’une voix aigre.

Il arqua un sourcil.

Je soupirai.

- Oui, minaudai-je. J’ai toujours vécu à Konoha. Je suis née à Konoha. J’ai vécu dans les rues de Konoha…le bloc 14, vous connaissez ? Je suppose que vous savez aussi comme c’est difficile d’obtenir un passeport pour sortir de la ville ?

Je ponctuai cette tirade d’un sourire mielleux.

Oh, j’étais délicieuse. Ce Vampire avait beau être beau comme pas permis, avoir cette aura de purée de poix congelée et ces yeux uniques, j’ai la langue bien pendue et les nerfs en acier. Certes, je devais considérer la mission…mais je le faisais, n’est ce pas ? Je soutenais Sakura.

C’était ce pour quoi j’étais là.

Il y eut un long moment pendant lequel nos regards se défièrent. Finalement, je baissai les yeux – par politesse, pour ne pas gâcher la mission…et parce que ces yeux étaient drôlement flippant, peut-être. Un peu.

C’est alors que se produisit quelque chose à quoi je ne m’attendais pas du tout. Je sentis un bras me prendre par les épaules, me mettre debout, un souffle presque glacé balayer ma joue, des lèvres tièdes effleurer mon nez…les muscles de mon ventre se contractèrent sous la surprise.

- Hatake Tenten…murmura une voix glacée mais douce contre mon oreille. J’ai beaucoup aimé ton poème. Tu es ici pour ça…et aussi parce que j’aime les petites fleurs dans ton genre. Essaie de ne pas gâcher l’attraction que j’éprouve envers toi.

Sur ce, il me lâcha.

Surprise, totalement déboussolée, je vacillai un moment.

- Bonne nuit. dit-il, d’une voix glacée, plus du tout douce.

Je lève la tête, surprise.

Essaie de ne pas gâcher l’admiration que j’ai pour toi.

Mais pour qui il se prend ? J’ai toujours eu le sang inflammable – et généralement, j’essaie d’éviter d’être personnellement touchée par quoique ce soit. Mais là, mon sang s’enflamme.

- Je vous trouve plutôt mignon, j’espères que vous n’allez pas tout gâcher avec un caractère impossible.

Oups.

La phrase résonne longtemps à mes oreilles. Je crois entendre le hurlement choqué que Sakura aurait poussé si elle avait été là…Lentement, sa Seigneurie se tourne vers moi. Son visage est neutre.

Mais je vois qu’il n’en croit pas ses yeux.

Mon menton reste levé, fier, mais en cet instant, je n’ai qu’une envie : disparaître six pieds sous terre. Encore qu’il va peut-être m’y aider…

- Hatake Tenten…murmure t-il.

Je ne réponds pas.

Hatake Tenten quoi ? Je vous condamne à mort pour insolence ? Je veux un avocat, pensai-je. Je veux un procès. Je…

- J’ai une réunion dans une demi-heure, m’accompagnez vous ? demanda t-il galamment.

Cette fois-ci, ce fut à mon tour de tomber des nues. Je me pinçai discrètement le bras…enfin, pas assez discrètement car il le remarqua.

Un sourire narquois fleurit sur son visage.

- Je ne plaisante pas. dit-il gentiment.

Je déteste que l’on me parle comme à une attardée. Mais cette fois, je choisis de ne pas relever…

- Oui, merci beaucoup. dis-je.

Pourquoi oui ?

Parce que la réponse non n’était pas attendue. Et c’est la raison pour laquelle elle m’a autant tentée.

 

***

 

POV SAKURA

 

Je commençais à paniquer.

Je ne trouvais rien…ça faisait bien une demi-heure que je cherchais, et je n’avais encore rien trouvé. Rien du tout.

J’inspirais profondément – et grimaçai aussitôt. Ce parfum lourd, ce parfum d’alcôve…ce parfum de courtisane m’écoeurait.

Je fermais les yeux, essayant de me calmer.

Je n’avais pas cherché partout, c’était évident. Si seulement je savais dans laquelle de ces boîtes cette liste se trouvait…si seulement je savais…si seulement il n y avait pas cette fichue odeur et cette fichue limite temporelle…

« Sakura. » fit soudain une voix dans ma tête.

Sur le coup de la surprise, je me raidis. Cette voix…c’était la mienne. Ma voix…donc, mon double.

Cela ne présageait rien de bon.

« Quoi, Sakura ? » fis-je.

« Il me reste un peu plus de cinq minutes. »

Ah. Mince. Déjà ? J’avais déjà atteint mes limites ?

« Il faut faire une transposition tout de suite. » reprit l’autre Sakura.

Facile à dire…je n’avais rien trouvé. Je me remis à chercher fébrilement, de l’aura concentrée autour des doigts pour ne pas laisser de trace.

« Sakura, ils sont tous là ? »

Je me raidis à nouveau.

Qui, tous ?

« Cette horrible moche femme trop belle, Konan, tes deux copains vampires… »

Ah, mes copains…

« Ce ne sont pas mes copains. » corrigeai-je.

« Un type qui ressemble à un serpent et qui me lorgne, Sakura, il me fout la frousse ! »

Orochimaru.

« Contente de voir que nous sommes accordées. » dis-je, en me remettant à fouiller nerveusement.

Après tout, elle était moi.

- Sakura…fit la voix.

Une seconde…

- Sakura, je n’en ai plus pour longtemps, si tu ne reviens pas…

Ma main fit tomber le couvercle d’une boîte, et là mon cœur bondit dans sa cage d’os. Un petit papier gris plié en quatre me faisait face, niché entre les ballots de cotons pour démaquillage.

Je renforçai mécaniquement mon kekkai autour de mes doigts, et plongea la main dans la boîte. Pourvu que ce ne soit pas une de ses stupides recettes de crème dont j’ai été gavée depuis que je suis ici…

- Sakura…fit la voix. Ce kimono…

Quoi, le kimono, maintenant ?

Je sentis mon kekkai buter contre une sorte de barrière.

Un filet de sueur froide coula le long de mon échine. Ce n’était décidément pas une recette de crème…je connaissais le principe. Toute rupture de la barrière alerte son propriétaire…en théorie.

Car c’est l’un des sorts les plus faciles à défaire. Même pour moi…comme on ne sait jamais, je produis un puissant contre kekkai. Sans rompre la barrière, ma main s’y glisse…sort le petit papier.

Je le déplie rapidement, le lit. Mince, ces dessins bizarres que les Vampires utilisent entre eux. Je parcoure ce charabia des yeux…là, le signe Hokage, le seul signe que je connaisse. Encore une fois.

Est-ce le bon ?

- Sakura…

Je décide que c’est le bon.

Tirant le billet de mon balconnet, je le pose sur la coiffeuse. À chaque seconde qui s’égrène, mon cœur s’emballe.

- Tiens bon, Saku. je chuchote.

« Hum » fit l’autre Sakura.

Je pose deux doigts sur le papier, deux doigts sur le mot de Konan, je me concentre…je sens finalement l’énergie traverser mes bras, et les signes se concentrent sur le papier, minuscules et serrés pour tenir.

« SAKURA ! » fit l’autre Sakura. « Sakura, il y a le… »

« J’arrive ! » je coupe.

Je remets soigneusement la liste à sa place, j’enfonçai ma copie dans le fin fond de mon balconnet. J’esquissai rapidement des signes d’une main.

« Sakura, ne viens pas ! » fit soudain la voix de mon double, comme paniquée.

Comment ça, ne viens pas ? Il lui reste quelques secondes, à peine.

- Transposition !

Je sentis mon corps se dissoudre – sensation extrême que je ne sais que vivre dans cette situation. À l’instant où je me fondais en elle, mon double disparut…ouf, timing record. Mais pourquoi me sentais-je tomber en avant ?

Ne viens pas !

Mes mains s’agrippent à une veste fine, caressant des pectoraux en béton, mon corps heurte ce corps d’acier, mes hanches se collent à des hanches masculines…et nous tombons en arrière. Le choc fait rebondir ma tête comme un ballot de coton sur un torse aux muscles durs.

- Seigneur ! fit une voix choquée et rauque – la voix de Konan, je la reconnaîtrais entre mille.

Je clignai des yeux, hébétée, me redressai légèrement…mon sang se glaça dans mes veines. J’étais allongée entre les jambes d’un homme, ma tête appuyée contre un torse avec une légère odeur de…une légère odeur de je ne sais quoi d’affolant. Mais cette sensation pour le moins agréable s’envola lorsque je vis le visage de l’homme en question.

Des yeux sombres comme tout dans un visage pâle, des bouches raides et noires répandues sur le sol…et ces yeux vides fixés sur moi, atrocement neutres.

Uchiha Sasuke.

Je suis entre les jambes de l’Hokage, compris-je, horrifiée.

- Hé ? Sakura ? fit soudain une voix choquée.

La voix de Tenten. Tenten marchant gentiment derrière le Hyuuga, jusqu’à ce qu’elle me voit et qu’elle se fige.

 

Coucou les gens !

J’avais annoncé deux chapitres, mais en fait, je crois que…bah, on verra bien ! ^^

Sinon, petites précisions de l’auteur :

- je n’ai rien contre Hinata. Simplement, je me dis que ça ferait bizarre que Sakura et Tenten sympathisent trop vite avec…donc, je laisse le temps au temps. Comme dans la vraie vie.

- je n’ai rien contre Sai, mais je ne l’aime pas particulièrement. Au risque où ça se ressentirait.

J’espères que le POV Tenten était pas trop bizarre…j’avoue avoir pas mal hésité. OK, assez de blablatages… j’espères que ça vous plaît.

Ne vous gênez pas pour les commentaires, j’ai de la place…merci d’avoir pris le temps de lire !