La fosse aux Lions

par Llevann

Mon coeur cognait à tout rompre dans ma poitrine.

Un sourire insipide, digne des plus mauvaises publicités de dentifrices, était plaqué sur mon visage, alors que j’accueillais les félicitations – plus ou moins sincères – de celles avec qui j’allais vivre à partir d’aujourd’hui…jusqu’à ce que je me fasse prendre et exécuter, je veux dire.

« Bravo, ma vieille. » fit la voix de Tenten, jubilatoire, dans ma tête. « Je t’avais dit qu’on y arriverait. »

Ses yeux bruns étaient lumineux, mais son visage curieusement tiré.

Je ne pus m’empêcher de constater qu’encore une fois, Tenten et moi étions au diapason… moi aussi, je la ressentais, cette tension au niveau du nombril qui menaçait de se répandre dans tout mon corps…je suppose que c’est ce que doit ressentir la souris suicidaire prête à violer le repaire du serpent…

- Bien ! fit la voix joviale de Yamanaka Ino. Je vais à présent vous présenter vos Sœurs Aînées.

Le tumulte des voix qui avait peu à peu envahi la salle se tut brusquement, et une vingtaine de paires d’yeux se braquèrent sur la blonde. On n’entendait plus que les sanglots étouffés de celles qui avaient fait le chemin pour rien, et qui se trouvaient à présent à la merci de monstres moins bien placés que ceux qu’elles avaient voulu servir.

- Nos…commença timidement Mamari Reika – la voisine peu amène de Tenten.

- Vos Sœurs Aînées, oui, confirma joyeusement Ino. Je vais en profiter pour vous faire un rapide briefing du système ici.

Elle eut un petit rire, comme si elle avait dit quelque chose d’amusant.

Mais aucune de nous n’avait envie de rire.

- ne croyez pas que vous avez pénétré une sorte de jungle dans laquelle vous pouvez faire ce que vous voulez. siffla Karin. Ici, nous avons des règles, et un système hiérarchique défini auquel vous feriez mieux de vous soumettre, si vous ne voulez pas insupporter vos grandes sœurs ou moi-même, et compromettre irrémédiablement toutes les chances d’ascension que vous…pourriez avoir.

Je réprimai une grimace.

Je ne peux pas dire que je ne m’étais pas doutée que je me heurterais à ce genre de choses…les vampires adoraient les systèmes hiérarchiques – Kage, Anbu, Jounins et blablabla. Enfant, je m’étais prise des baffes en plein visage pour ne pas m’être convenablement inclinée devant untel – parce que figurez vous qu’il y a un angle d’inclinaison bien défini pour chaque rang, et que le confondre avec un autre angle est considéré comme un manque d’éducation auquel ils adorent remédier.

Mais savoir au plus profond de soi qu’on va avoir affaire a une chose et se l’entendre dire sont deux choses absolument différentes.

- Ah, là, là, ne faîtes pas cette tête ! s’exclama Ino.

Quoi, elle voulait qu’on danse, celle là ?

- Pour l’instant, vous êtes des Imouto, des sœurs cadettes, et vous devez respect et obéissance à toutes vos Ane, vos grandes sœurs – que vous appellerez Onei-san, évidemment.

Evidemment ?

C’était quoi cette langue bizarre encore ? Du Vampire ? Autour de moi, toutes les filles avaient l’air perplexe…toutes sauf Tenten, qui écoutait attentivement.

- Toutes les femmes des endroits où nous allons vous conduire forment un kyoudai, une sororité. continua Ino. Essayez de bien vous entendre, et de montrer du respect à vos aînées…bien sûr, l’année de votre arrivée est importante – en théorie, plus on est ancienne, plus on est respectée…mais je vous conseille de ne pas vous mettre à mal avec les différentes favorites.

Son sourire s’élargit.

- Ce sont elles qui détiennent le plus de pouvoir, et si vous leur déplaisez, ou si simplement elles n’aiment pas votre tête, elles pourraient s’acharner à vous détruire…avec de bonnes chances de réussite.

Je frissonnai.

Crispée sur la nappe de la table, mes mains tremblaient aussi fort qu’elles le faisaient lorsque le radiateur du dôme était en panne.

J’étais sur le point de pénétrer une vrai fosse aux lions – je le sentais dans le ton de la voix de cette Yamanaka. N’importe qui eût été effrayé…non ?

- bien ! dit joyeusement Ino. Maintenant, je vais présenter à chacune la Mère de votre kyoudai, la Vampire en charge. Elles me…elles nous rendent toutes des comptes…

Elle adressa un large sourire à Karin qui ne répondit pas.

- Alors tâchez d’être à la hauteur.

Elle continua son discours pendant encore vingt bonnes minutes, mais je décrochai totalement. Derrière la barrière que j’avais appris à maintenir en permanence, je réfléchissais à toute allure.

Bon j’y étais…youpi ! Aha, tu parles.

J’allais me retrouver avec des sœurs et je ne sais quoi d’autre à me battre littéralement pour l’affection et les bonnes grâces d’un monstre…n’importe qui aurait été enchanté, non ?

Déjà, il faudrait que je devienne son intime. Si je voulais mener ma mission à bien, c’était indispensable.

Ensuite, il faudrait que je trouve le moyen de tuer quelqu’un qui était mille fois plus rapide et plus puissant que moi…mais à chaque jour suffit sa peine – non ? J’allais commencer par me rapprocher de lui. Ensuite…ben ensuite, on verrait. Quelque chose me disait que ça n’allait pas être de tout repos…

Puis, les différentes Mères commencèrent à arriver. C’était pour la plupart – pour ne pas dire toutes - des Vampires des Vampires corpulentes aux visages durs, vêtues de soieries qui les mettaient aussi en valeur qu’une robe de dentelle un cafard.

Je suis peut-être dure, mais c’est l’impression que j’ai eue.

La Mère du Kyoudai du Serpent ressemblait elle-même à un serpent – nez mince, peau jaunâtre, yeux larmoyants et cernés de rouge…pourtant, Tayuya se précipita presque pour lui baiser les pieds.

Cette fille avait de l’ambition. Et aucune fierté. Une vraie collabo…exactement le genre de personnes que je ne supportais pas.

- Hatake Tenten. annonça subitement Yamanaka Ino.

Je sursautai presque, et regardai autour de moi.

Effectivement, il ne restait plus qu’une poignée de filles – les Mordues qui devaient m’accompagner, celles qui devaient accompagner Tenten et d’autres, probablement celles qui n’avaient pas été choisie.

Quelle cruche j’avais été de ne même pas remarquer ça !

Une nouvelle vague de détresse m’engloutit, et je me remis à trembler comme une feuille.

Séparée de mon amie.

J’allais être séparée de celle qui avait longtemps été mon seul lien, qui m’avait même suivi dans cet enfer pour ne pas que l’on soit séparées…c’était bien la peine de se donner tout ce mal.

Mon regard croisa le regard brun de Tenten – un regard calme et résolu, avec une légère flamme affolée.

Comme toujours, la sérénité qui se dégageait d’elle eut sur moi un effet immédiat : apaisement et…culpabilité.

D’accord, il fallait bien l’admettre, je n’avais pas la force tranquille de Tenten. Mais c’était bien pour ça qu’on pouvait être amies, non ?

- Karin va vous mener à vos appartements. annonça Ino.

- Quoi ?

Tenten lança un regard hébété à Karin – qui plissa la bouche.

- Le prince Hyuuga, expliqua calmement Ino, est la seconde personnalité de ce comté. Et son harem est proche de ses appartements. N’y pénètre pas qui veut, même la Mère de son Bulbe, ajouta t-elle, en désignant la grosse femme au regard vide qui attendait les futures Mordues de Hyuuga.

Une petite partie de moi – non, en fait, une assez grosse partie – éclata de rire silencieusement.

Alors comme ça les vamp’ surveillaient attentivement leurs appartements ?

Ben voyons.

Si ils savaient que deux Rebelles étaient sur le point de s’introduire dans les sanctuaires de leurs précieux.

« Ça veut tout simplement dire que tu auras encore plus de mal à mener ta mission à bien » fit observer une détestable – et judicieuse – petite voix.

Du coup, j’avais…comment dire ? Moins envie de rire.

- Au revoir, Sakura. fit Tenten, en s’approchant de moi.

Quand elle ouvrit les bras, je n’hésitai qu’une seconde.

Enfant, je raffolai des bisous. Mais Tenten ne les avait jamais supporté…Kakashi-sensei avait donc compensé son manque à gagner sur moi, jusqu’au jour où Tenten avait fini par me transmettre sa maladie.

Mais cette fois, l’heure n’était pas aux grognements. Nous allions êtres séparées, et en terre ennemie. Sentir le cœur de mon amie battre contre ma poitrine avait quelque chose de réconfortant…je n’aurais su dire quoi, mais ça consolida encore ma détermination.

« J’espères qu’on va réussir. » fit la voix de Tenten dans ma tête. « Si je dois me donner à ce Vampire… »

- Hein ?

Je levai la tête, et vit que Tenten avait les joues écarlates.

Se donner à un Vampire ? Mais de quoi elle parlait ?

« ne me dis pas que tu n’avais pas pensé à ça ! Ah, Saku, même toi tu ne peux pas être aussi…harem, Sakura, harem ! »

C’est alors que, moi Haruno Sakura, si intelligente et si fière, j’eus le déclic.

Harem…effectivement, il y avait bien un concept de se donner.

Je sentis mes joues s’embraser – et revit en flash les yeux noirs et profonds de l’Hokage.

Me donner.

- Tenten… gémis-je, les yeux soudain écarquillés.

- Oh, on n’a pas toute la nuit !persifla Karin.

« Pour la Liberté et la Gloire Éternelle, sus donc ! » fit la voix de Tenten dans ma tête.

« Non mais tu rigoles ! La liberté, mon… »

« Tss, tss, ne sois pas grossière. » me coupa t-elle. « Hé oui, la Liberté. Ta mission, Saku, ta mission. »

Sur ce, elle me lâcha. Sous le coup de la surprise, je vacillai un moment.

- Je crois que j’ai eu ma dose d’accolade pour le restant de l’année. dit-elle avec un sourire tremblant. Au revoir, Saku. Bonne chance.

Mes lèvres murmurèrent un toi aussi mécanique, alors que mes yeux la suivaient du regard.

Bon sang. Il avait fallu qu’elle me dise cette information cruciale juste avant de s’en aller, me dis-je alors qu’elle disparaissait dans un couloir, Karin devant elle.

Mais mon ressentiment ne tarda pas à charger le vrai coupable – moi.

Quelle cruche, non mais quelle cruche ! Comment avais-je pu ne pas penser à ça, hein ?

Sur la liste mentale de mes tâches, je rajoutais une petite partie.

Me rapprocher du Vampire en essayant d’éviter sa chambre à coucher. J’aurais pu dire sauter du Rocher des Hokage sans parachute et sans m’écraser que ça m’aurait semblé plus plausible…

Une autre Mère s’approcha – aussi charmante, belle et gracieuse que ses prédécesseurs, et Ino appela mes camarades.

- Bonne chance. fit une voix timide derrière moi.

Je tournai la tête, juste à temps pour voir Yamano Tsuki s’avancer vers l’ogresse en soie blanche, apparemment terrifiée.

J’avais l’impression d’avoir devant moi l’allégorie de la liberté entravée…bon, oui, j’ai toujours été un peu poète – je suis professeur de musique, donc une littéraire dans l’âme – mais je suis convaincue que n’importe qui qui aurait vu cette jeune fille tremblante s’avancer vers cette horreur gigantesque qui osait prétendre au titre de femme aurait eu la même impression.

Quand elles eurent disparues, je restai seule avec Yamanaka Ino.

- Et c’est moi, dit-elle exactement comme je m’y attendais, qui vais avoir le plaisir de vous escorter vers votre nouveau chez vous.

Je voulus dire quelque chose – mais quelque chose de stupide comme bien – mais mes lèvres restèrent désespérément closes.

- vous n’avez pas à être si nerveuse !s’exclama t-elle. C’est vrai que votre situation est assez…rare. Mais voyez le bon côté de la chose ! Vous n’avez pas d’Ane, mises à part les concubines vampires de son Altesse.

Géniale. Moi, je me retrouvais avec des Vampires au lieu d’humaines. Je n’avais même pas le recours d’empoisonner mes rivales.

- Si vous avez espéré me réconforter, c’est raté. dis-je avant d’avoir pu réfléchir.

Alors que mes paroles résonnaient autour de moi, atrocement bruyantes et narquoises, j’écarquillais les yeux d’horreur.

Bon sang, c’était bien moi, ça ! me dis-je.

- Je voulais dire…bafouillai-je.

Mais à ma grande surprise, elle éclata de rire.

- Vous n’avez pas froid aux yeux, vous ! commenta t-elle, les yeux pétillants. Je ne sais pas si l’Hokage va aimer, mais moi ça me plaît !

Je restai un moment à la regarder rire, stupéfaite.

Puis, le soulagement me faucha comme un raz de marée – et je soupirai profondément.

Ouf.

Ma bourde ne me coûtait rien. Mais à ne pas recommencer, marquai silencieusement sur mon mémo mental.

- C’est votre couleur de cheveux naturelle ? demanda t-elle soudain, en scrutant mon chignon avec intérêt.

Je touchai machinalement mes mèches abondamment laquées.

- Heu…oui. soufflai-je, mal à l’aise.

Mon beau foulard noir, où es-tu ? pensai-je avec amertume.

Ces cheveux m’ont toujours attiré plus d’ennuis qu’autres choses. Ils attiraient le regard des gens – et très souvent, je me retrouvais classée dans la catégorie teinture sans avoir eu l’occasion de me défendre. Mais plus mauvais encore, les contrôleurs d’identité étaient irrémédiablement attirés par mes cheveux, et donc j’étais toujours contrôlée.

Agaçant.

- ça ne court pas les rues. dit-elle avec enthousiasme, sans se rendre compte de ma mine sombre.

Ça, elle pouvait le dire…

- Je suppose que c’est ce qui a frappé l’Hokage, dit-elle, pensivement. Ils sont vraiment très beaux en tous cas.

Devant mon air ahuri, elle éclata de rire.

- Hé bien, douteriez vous de votre propre charme ! dit-elle.

ça aussi, elle pouvait le dire…

L’hokage, attiré par mes horribles cheveux…ben voyons.

- Allez, assez papoté. dit-elle. Vous devez être fatiguée…et nous avons un long chemin à faire.

En effet, nous passâmes une bonne quinzaine de minutes à traverser des couloirs sombres tapissés de bois, ce qui leur donnait une allure somptueusement sinistre. Essayant de tenir debout dans mes chaussures qui m’écorchaient les chevilles, j’essayai de calquer mon pas sur celui de la blonde. Finalement, nous débouchâmes sur une cour éclairée par des lampions rouges, ornés d’un symbole bizarre sur le papier de riz.

Une chaise à porteur nous attendait près d’un arbre noueux, juste à côté d’un petit étang.

En voyant mes congénères s’incliner devant moi, mon malaise grandit. Mais il atteint son paroxysme lorsque je grimpai dans la cabine agréable aux tentures lourdes et somptueusement brodées.

Moi, sur les épaules d’autres êtres humains. Ça me donnait presque la nausée.

Je rejetai nerveusement une mèche qui s’était échappée de mon chignon, et essayai d’écouter Yamanaka – qui n’avait pas cessé de parler.

-…vous allez avoir une vie douce et facile, croyez moi. disait-elle. Sa Seigneurie laisse une relative liberté à ses femmes, et n’est pas du genre à vous importuner toutes les nuits…vous voyez ce que je veux dire ?

Pour ma part, je me réjouis qu’il fasse trop sombre pour qu’elle voie ma pâleur soudaine.

- Bien sûr, c’est peut-être aussi parce qu’il a énormément de concubines, et qu’il essaie d’être juste…

Voyez vous ça ? Ce type qui faisait exécuter des femmes et des enfants en représailles aux actes des rebelles, juste ? Là encore, je me réjouis qu’il fasse trop sombre pour que cette collabo voie mon dégoût soudain.

- enfin, ce sera toujours plus tranquille que de travailler pour le conseiller Nara. soupira la blonde. Vous l’avez probablement vu…un type à la coiffure bizarre…

Je sentis son souffle sur mon visage – et en conclut qu’elle s’était penchée sur moi.

- comme un ananas. murmura t-elle.

- Oh !

Je revis le jeune homme à cheval, lors de la parade.

- Oui, je crois que je l’ai vu. fis-je. Le seigneur à cheval ?

J’avais failli dire l’humain, mais je me repris à temps. Il faut être nécromant pour sentir les différences énergétiques entre humains et Vampires : les premiers avaient au moins une petite énergie froide, les autres…rien du tout, souvent, une légère aura pour les plus charismatiques.

- Oui. dit-elle. C’est un Humain, vous savez ?

- Non ?

Bon, j’avais peut-être exagéré sur le ton de la surprise…mais grâce au Ciel, elle ne releva pas.

- Si, si, je vous jure ! La famille Nara possède toujours des domaines immenses hors des dômes, et a le quasi monopole de l’extraction du cuivre et de la production de blé dans certains régions.

De sacrés collabos, quoi.

Evidemment, ce ne serait pas demain la veille que les vamp’ accorderont à un privé de produire du riz…c’était l’aliment de base de toute une frange de la population – je ne connaissais que les Hatake qui fassent une fixation sur les pommes de terre – et donc, ils devaient contrôler sa production. La politique de contrôle des estomacs.

- Ils doivent être…amis des Kage. dis-je, pour ne pas rester silencieuse.

- je ne dirais pas amis, mais ils soutiennent les Kage depuis longtemps, oui.

Toute une dynastie de collabos. Ecoeurant.

- Le conseiller Shikamaru Nara est…

Je sentis à nouveau son souffle sur mon visage.

-…il paraît…murmura t-elle.

- Un génie. dit-elle à voix haute. L’Hokage lui fait beaucoup plus confiance qu’à certains de ses conseillers vampires…même plus que…enfin, non, laissez tomber.

Je faillis insister, mais décidai de me taire.

Le pouvoir des ragots. En apprendre sur son ennemi sans rien dire… je résolus immédiatement de rentrer dans les bonnes grâces de ce Shikamaru Nara – collabo ou pas.

- Mais en fait, c’est un paresseux ! Hou ! Il me laisse me démener avec ses dossiers pendants que lui dort ou somnole en regardant les nuages.

Elle continua à récriminer sur son patron pendant au moins quinze minutes. Plus elle avançait, plus je me sentais amusée.

Décidément, ce Nara était un phénomène…pour s’endormir en plein Conseil, il fallait le faire…

Soudain, la chaise à porteurs s’immobilisa, et quelqu’un frappa trois coups à la boiserie.

- Nous y sommes. annonça aussitôt Yamanaka Ino en écartant la tenture.

Je posai mon pied à sa suite sur le marchepied…heureusement que c’était un marchepied. Je savais que dans certaines régions, les Vampires préféraient que les humains servent de marchepied – à Kiri, par exemple. Et je ne me sentais pas capable de piétiner un des miens.

- Et voilà ! s’exclama Yamanaka Ino. Bienvenue dans l’aile est du palais !

Je regardai autour de moi, ce que je mis aussitôt sur le compte du tissu léger du Yukata ( c’est un kimono d’été), même si je savais que ce n’était pas le cas.

Le radiateur du dôme n’avait pas encore retrouvé la tête – autrement dit, il faisait toujours aussi chaud. Mais moi, je tremblais.

Devant moi se dressait un splendide édifice, à la toiture constituée de tuiles rouges apparemment aussi légères que de la dentelle. Les coins du toit se recourbaient – ce que je n’avais jamais vu avant – et étaient ornés de sortes de dragons d’or grimaçants. L’air sentait bon les fleurs autour de moi – je reconnus encore une fois des pruniers d’hiver, mais aussi des pivoines vertes ( la variété la plus rare de cette fleur) et du bois de santal. Un splendide bassin clair chantonnait derrière nous.

Mais Yamanaka ne me laissa pas le temps de m’extasier devant la beauté de ce jardin – elle fonça droit vers une entrée entrebâillée, et je ne pus que la suivre.

- Cette aile vous est réservée, à vous et aux autres concubines, dit-elle rapidement, alors que je regardai autour de moi, comme une enfant dans une confiserie.

Les lustres suspendus au-dessus de ma tête me fascinaient, comme les boiseries du mur, et les petits anges de marbre agenouillés dans leurs petites niches…

- Vous m’écoutez ? s’impatienta t-elle.

- Heu…oui. mentis-je.

- Bon. Vous avez de la chance, vous logez tout à l’est du palais, loin des Vampires…mais je vous conseille fortement d’aller rendre visite à la favorite en date, ce sera toujours ça de fait.

Du fait que ma gorge s’était soudainement et curieusement nouée, je ne pus que hocher la tête.

- Elle s’appelle Konan, et est assez…elle a assez mauvaise réputation. Disons qu’elle n’est pas facile à vivre, mais ne lui déplaisez pas, hein ?

Je hochai mécaniquement la tête – nous venions de pénétrer un couloir tout en verre, et je pouvais qu’admirer le jardin qui s’épanouissait sous mes pieds. Finalement, nous regagnâmes le plancher, et Ino s’arrêta devant un pan du mur.

- Rappelez vous de ça. fit-elle en désignant du doigt une sirène toute en pierres précieuses, incrustée dans le battant.

- Hein ?

Je la regardai, ahurie.

Elle soupira.

- C’est pour éviter que vous ne puissiez être atteinte, en cas de siège du palais. expliqua t-elle. Vos appartements sont aussi reliés à tout un système de passages secrets que seul l’Hokage peut débloquer, et qui vous permettront de vous échapper en cas de besoin.

Hum…Les Vampires étaient trop prudents – et ce n’était pas pour me plaire…

- Maintenant, regardez.

Elle se pencha sur la sirène.

- Rurika…souffla t-elle.

À ma grande stupeur, les yeux de la sirène s’animèrent.

- Le mot de passe. dit une voix flûtée mais glaciale, s’échappant des lèvres de corail.

Je n’en revenais pas.

Et je devais faire une sacrée tête, car Ino éclata de rire.

Mais quoi ? Vous vous imaginez, vous, des murs qui parlent ?

- C’est l’Hokage qui les choisit, et vous serez avertie en cas de modifications. dit rapidement Yamanaka. Vous pouvez les donner à ceux que vous voulez…même si je vous conseille de bien choisir ceux là. C’est déjà pitié que les domestiques soient au courant, avec tous les cas d’empoisonnement…

Empoisonnement. Oh, génial, je me sentais mieux.

- Non, non, Rurika, ce n’est pas ça. dit précipitamment Yamanaka, comme la sirène plissait la bouche. C’est…

Elle me regarda.

- Akatsuki. dit-elle finalement.

Akatsuki. Le mot de passe pour rentrer chez moi.

La sirène hocha la tête – et le battant bascula brusquement.

- Venez. dit-elle, en me poussant devant elle.

Nous pénétrâmes dans un petit vestibule aux murs couverts de feuilles de papier de riz, elles-mêmes couvertes d’estampes colorées, délicates et joyeuses. Le vestibule déboucha sur une sorte de grand salon aux tentures claires, aux boiseries lourdes et impressionnantes… impressionnant. C’était le mot qui convenait pour décrire ce qui était autour de moi.

Impressionnament luxueux.

Et c’était…chez moi.

- Ohé ! fit soudain une voix gaie. Alors c’est toi, l’heureuse élue.

- Naruto ! s’exclama Yamanaka, outrée.

Je tournai la tête – et vit le blond que j’avais déjà aperçu dans la journée. Son style ne s’était pas améliorée entre temps, je dois dire…toujours cette dominante orange encore plus moche que mes cheveux.

Mais ses yeux bleus débordaient de…fraîcheur, et de sympathie.

Et d’autres choses aussi.

Une énergie sourde, dense, que je n’avais jamais ressentie chez un Humain – Kakashi-sensei et sa fille mise à part.

- Uzumaki Naruto ! se présenta t-il alors un large sourire.

Je restai silencieuse, les yeux fixés sur cette boule d’énergie orange qui gambadait devant moi.

C’était quoi, cette énergie qu’il dégageait.

- T’es muette ? dit-il tout à coup.

Cette pique eut le don de me faire revenir sur terre.

- P…pardon ? bafouillai-je.

Il sourit.

- Ah zut, Sasuke aurait bien aimé. plaisanta t-il. Je t’ai demandé ton nom.

- Haruno Sakura. répondis-je mécaniquement.

- Sakura…enchanté.

Je rêvais…ou il avait appelé l’Hokage par son prénom ?

Hé ?

Mais qu’est ce que c’était que ça ?

- Ça suffit, Naruto. dit Yamanaka d’une voix coupante. Elle est fatiguée, elle doit se reposer.

- Oh…

Il avait une mine légèrement déçu.

- T’as de chouettes cheveux. dit-il. Vraiment chouettes. On dirait que tu t’es barbouillée avec un pot de peinture…

Oh merci, pensai-je. Vraiment…spirituel.

- mais chouettes. Et ils vont avec tes yeux. T’as de beaux yeux.

Je m’empourprai violemment.

- Naruto ! s’impatienta Yamanaka. Tu n’as rien de mieux à faire ?

- Bah…

Il grimaça.

- Sasuke est en réunion avec le Seigneur Hyuuga, le dormeur ambulant et Oroserpent…

- Naruto ! s’étrangla Yamanaka.

Mais cette fois, elle avait l’air plutôt amusée…

- et mademoiselle Hyuuga a son cours de harpe. dit-il, sans se démonter. Je m’ennuie.

- En tous cas, tu ne vas pas importuner Sakura. prévint Yamanaka. Et d’ailleurs, qui t’as donné le mot de passe.

- Sasuke. répondit-il aussitôt.

- Mouais…voulait probablement se débarrasser de toi…allez ouste !

- Mais je m’ennuie !

- Ouste, j’ai dit !

Il eut une moue d’enfant gâté – et c’est alors que je remarquai quelque chose. Des traces de morsures encore roses dans son cou, presque sur le point de disparaître…un mordu ?

- Bon ben, à demain, Sakura ! me dit-il avec un grand sourire qui illumina ses yeux. T’as un chouette jardin, avec tout plein d’arbres…je vais te faire visiter, si tu veux !

- Heu…oui…merci.

Les gens énergiques m’épuisent – je l’ai déjà dit ?

Mais ce type m’intriguait…

- À demain, Ino ! dit-il à la blonde, en sortant. Ou même à tout de suite, ça te branche ? J’ai prévu une partie de poker avec mademoiselle Hyuuga…

- Tu ne devrais pas l’importuner. soupira Yamanaka.

-…et Aburame Shino…y aura même le Seigneur, Sai, hein ?

Yamanaka rosit aussitôt.

- On verra. marmonna t-elle.

- À toute !

Dès que le battant eut pivoté, elle soupira.

- Cet imbécile ! fit-elle.

- Heu…excusez moi…murmurai-je. C’est…un Mordu ?

Elle me lança un regard étonné. Du coup, je me sentis obligée d’expliquer.

- Les marques…dans son cou…balbutiai-je.

- Toi au moins, t’as le sens de l’observation. coupa t-elle. Oui, c’est…probablement l’humain le plus intime au Seigneur Uchiha. Personne ne sait pourquoi, mais il lui accorde plein de droits – comme celui de suivre son cortège ou de déambuler dans le palais…

Moi, j’avais ma petite idée.

Le Vampire avait peut-être senti l’énergie bizarre que j’avais senti…et quelle meilleure moyen de s’approprier cette énergie que de boire le sang de ce surexcité ?

Il fallait que je sache. Que j’en ai le cœur net.

Quelle était cette énergie ?

- Mais le vent peut vite tourner…sa seigneurie est capricieuse.

Elle frappa dans ses mains.

Aussitôt, deux jeunes filles d’à peine seize ans surgirent de nulle part, ainsi qu’une vieille femme qui s’appuyait sur une canne.

- Tes servantes personnelles, Mizumi et Minoru, dit Yamanaka Ino, et celle qui sera chargée de veiller sur toi, Jun.

Les trois nouvelles venues s’inclinèrent.

De nouveau mal à l’aise, je voulus leur rendre la politesse mais un regard de Yamanaka m’arrêta.

Jun.

La mamie était chargée de veiller sur moi…tu parles, de me surveiller, oui.

- Vous avez également des cuisiniers, trois jardiniers et trois ménagères, mais vous n’avez pas besoin de les rencontrer, ni même de les voir.

Charmant.

- Il y a aussi un cocher à votre disposition, et une chaise à porteurs…mais vous ne pouvez vous déplacer que sur permission de l’Hokage.

Quoi ?

De l’Hokage en personne ?

« Réfléchis, tu es sa propriété privée. » fit une voix dans ma tête, alors que je blêmissais.

Effectivement…mais ça ne me plaisait pas. J’avais bien le droit de ne pas aimer ça, non ? Probablement…tant que je ne le disais pas à haute voix…

- Je vous laisse, à présent. fit Yamanaka Ino. Bonne nuit.

Mon instinct me dicta de m’incliner devant elle, alors qu’elle sortait.

- Bien, fit la voix chevrotante de la vieille. Nous allons vous habiller pour la nuit, mademoiselle.

Je regardai les mains des jeunes filles s’attaquer à mon obi, la gorge nouée.

Ma nouvelle vie ne me plaisait pas, mais alors pas du tout…me dis-je, alors que le yukata glissait sur son corps, dévoilant la combinaison en dessous.

 

Bon, alors, un de fini.

J’ai remarqué mes problèmes avec le pluriel, ne vous inquiétez pas…

Allez, gros bisous et lâchez vos coms’ !!!