Quand les masques tombent...

par Llevann

29

 

WARNING : Simili lemon vers la fin.

 

POV Kakashi.

 

Pendant un long moment je crus que j’allais la tuer. Debout devant moi, se pourléchant les babines, Hana ne paraissait pas ravie d’être là. Elle me détaillait du regard, et je savais qu’elle pensait à toutes les histoires qu’on lui avait racontées sur moi.

Je n’arrivais pas à croire que Tenten puisse être leur prisonnière. Et j’en voulais terriblement à Shikamaru de l’avoir mise dans ce pétrin.

« Il ne savait pas. Il ne sait rien sur toi. »

Personne ne savait rien sur moi – même pas ma propre fille. Encore que ce point avait peut-être changé.

Je me sentais mal rien qu’à imaginer cela. Mais ce n’était pas le moment d’être lâche.

- et donc quoi ? dis-je. Vous la tenez, d’accord, j’ai compris. Et alors ?

Hana se raidit imperceptiblement – et me dédia un magnifique sourire serti de crocs. Si elle savait ce que je rêvais de lui faire, elle sourirait peut-être moins.

Enfoncer mes doigts dans sa poitrine. Les refermer sur son cœur palpitant. Lui ouvrir la gorge, et la regarder mourir lentement, avant de me nourrir de la partie immortelle de son être.

Les Youkais étaient résistants – donc de meilleurs jouets.

Mais il était hors de question de jouer avec ma fille unique en danger.

- Ne fais pas celui qui s’en fiche, Hatake. Je sens ta peur tout autour de moi…

- cesse de renifler, et dis-moi ce que vous voulez, dit-il. Je suppose que vous ne voulez pas de moi au Pays des Tourbillons.

- Non.

La réponse de Hana avait claqué, ferme et définitive.

J’aurais pu sourire – un sourire amer – si je n’avais pas été aussi anxieux. Je n’étais même pas le bienvenu dans mon pays d’origine.

- Kimimaro a d’autres projets pour toi, dit-elle.

- Kimimaro, répétai-je, gravant ce nom dans mon esprit. Et quels sont-ils, je te prie ?

- Ta…la créature hybride que tu as engendrée ne risque rien tant que tu nous obéis au doigt et à l’œil, dit Hana, comme récitant une leçon bien apprise. Kimimaro lui a mis des menottes spéciales, que je crois que tu as contribué à fabriquer.

Son sourire se fit mielleux.

« C’est ce qu’on appelle l’ironie de la vie. » me dis-je, sans quitter des yeux ce visage à la fois hostile et curieux.

Mes poignets me démangeaient, comme si je portais encore ces menottes que je m’étais infligé…oh, des siècles durant ?

- Elle ne peut pas utiliser ses pouvoirs, et nous le saurons si jamais tu tentes…

- viens-en au fait, coupai-je d’une voix lasse.

Comme si on avait soudain aspiré toute mon énergie.

- Nous voulons que tu tues un Vampire pour nous, dit-elle lentement, en détachant chaque syllabe.

J’eus un sourire amer.

Bien évidemment.

- c’est un pacte ? répliquai-je, tout aussi lentement. Parce que si c’est le cas, vous connaissez le prix à payer…

- ce n’est pas un pacte ! aboya t-elle – littéralement aboya. C’est une question de vie ou de mort. Si tu ne nous obéis pas, nous la gaverons d’ail avant de la décapiter. Qu’en penses-tu ?

Ce que j’en pensais ? Rien.

- tout cela ne me semble pas très ragoûtant, dis-je doucement.

- Alors tues le Vampire, dit-elle d’une voix ferme.

Je cillai.

- Qui ?

Un Uchiha, forcément. Peut-être même Uchiha Sasuke, dont les filles travaillaient normalement à la perte. Si c’était le cas, alors tout irait bien.

Même si mon petit doigt me disait qu’il n’en serait rien. Non seulement je ne pensais pas que les Youkais prendraient la peine de venir me chercher pour tuer un Vampire qui avait eu l’audace de pénétrer leur territoire, mais je savais bien que leur proposition était fourbe.

Quoique je fasse pour eux, ils ne me rendraient pas ma fille. Ils avaient bien trop longtemps cherché à me tuer.

Minato le premier.

- Uchiha Itachi, dit-elle, d’une voix brûlante.

- Hou la…soufflai-je.

Uchiha Itachi, alias le petit génie de la famille.

- Et si je l’élimine, Tenten sera libre ? demandai-je doucement.

- tout à fait, promit-elle.

Et cette cruche n’était même pas capable de dissimuler son petit sourire satisfait et suffisant.

- alors très bien, dis-je.

- Il doit être mort dans la semaine, décréta t-elle.

- Je n’aime pas les ultimatums, contrai-je, et elle se raidit. Je travaillerai à mon rythme.

Je crus qu’elle allait me menacer de malmener Tenten. Mais le délai d’une semaine était visiblement une de ses propres initiatives – et non une de ce Kimimaro – car elle haussa les épaules, cédant sur ce point.

- comme tu veux. Mais il doit mourir.

Et sur ce, elle s’enfonça dans les ténèbres, et sa présence s’envola.

- Uchiha…Itachi.

Quelque part, cela tombait bien. Je ne doutais pas une seconde que c’était à lui que les Vampires avaient confié la tâche de récupérer Naruto. Tôt ou tard, nous aurions dû nous affronter.

En ce qui me concernait, mieux valait à présent tôt que tard. Car la vie de Naruto, la Rébellion, et toute la masse des Humains ne valaient pas à mes yeux la vie de Tenten.

« Pardonne-moi, Kurenai. »

Mais il en était ainsi.

« Ne fais pas ça. » fit une voix dans ma tête, dans un langage tellement vieux qu’il ne pouvait s’agir que d’une personne.

- Tsunade, murmurai-je.

Cette bonne vieille Tsunade, nécromancienne légendaire, comme son meilleur ami et ennemi, Jiraiya.

Et comme moi, nécromancienne seulement en apparence. Elle était beaucoup plus vieille que moi, ceci dit. Et sans elle, je n’aurais peut-être – sans doute – pas survécu.

- sors de ma tête, murmurai-je, en m’effleurant les tempes.

Bien sûr, elle ne sortit pas.

« je ne te laisserai pas faire ce à quoi tu penses. » martela t-elle, de sa voix ferme d’ancienne. « La rébellion… »

- au diable, la rébellion, répliquai-je tout haut.

« Le démon renard à neuf queues nous a traqués pendant des siècles. Et quand son fils a pris le pouvoir, il a fait exactement la même chose. Minato a bien failli me tuer, par le passé. Et maintenant on me demande gentiment de préparer son fils à prendre le trône – de le préparer à me chasser dans les siècles à venir. »

Il y eut une pause. Sans doute avait-elle peur de ce fait, elle aussi.

« Le garçon a l’air pur. » répliqua t-elle finalement, et je ricanai.

« Rien n’est indéfiniment pur, Tsunade. Il suffit d’un peu de corruption. Nous le savons tous les deux. »

« Très bien ! » s’emporta t-elle (classique avec elle). « Et que veux-tu faire ? L’utiliser comme appât pour attirer Itachi ? Et après ? Que te demanderont-ils de faire ? De détruire ta propre âme ? »

C’était une possibilité à envisager sérieusement, je le savais.

« Ils te tueront, et ils la tueront. » continua t-elle impitoyablement. « Nous avons beaucoup donné à la rébellion, toi et moi. Nos proches ont beaucoup donné pour que les conditions de vie des Humains s’améliorent. Asuma. Et Kurenai. »

Un coup bas.

Un autre classique.

« Mais je fais passer ma propre race avant tout. » dit-elle lentement, et je tressaillis, cette fois de surprise.

« Félicitations. Je ne m’attendais pas à celle-là. »

Et étant donné qu’à chaque fois que j’avais failli me faire tuer elle n’avait rien fait pour m’aider – chacun pour sa peau – je n’aurais en aucun cas pu m’y attendre.

« Merci. » répliqua t-elle, imperturbable. « Ecoute-moi bien. Le fils de Minato veut aller sauver ta fille… »

Ouf. Alors ses petites séances d’espionnage ne m’étaient pas spécialement dédiées. Ceci dit, l’information en elle-même ne me surprenait pas plus que ça.

« Et l’autre jinchuuriki l’aidera » continuait-elle. « Laisse-les faire, et suis les dans leur périple. Itachi finira par attaquer, et tu feras ce que tu as à faire. C’est ce que tu avais prévu, n’est ce pas ? »

« Alors passons à la partie que je n’avais pas prévue. » fis-je, très attentif.

Je l’entendis rire – son petit rire insupportable, qui me tirait de mes lectures depuis bien trop longtemps.

« Orochimaru et Sai se dirigent en ce moment même vers le pays des Tourbillons. Tout se jouera là-bas. Jiraiya est sur leurs traces, comme tu sais. Je vais me joindre à lui. »

Elle se tut, pour laisser le temps à ses paroles de peser de tout leur poids.

Et elles pesaient lourd.

- voyons voir si j’ai bien compris, dis-je doucement. Tu me proposes de te porter à la rescousse de Tenten. Tu dois sans doute savoir que la forêt te rejettera immédiatement. Et que tu mettras sa vie en danger.

Elle rit à nouveau.

- Kakashi…fit une voix très douce non loin de moi, et je me figeais, incrédule. Pourquoi à ton avis n’ai-je jamais été poursuivie par Minato et sa clique ?

Je fis lentement volte-face, plongeant dans ses prunelles d’or liquide.

Tsunade était une femme magnifique dans ses proportions. Le genre de femmes qui n’aurait pas déparé les livres des magazines de ma salle de bains, dans l’étagère en haut à gauche, fermée à clef et protégée par une dizaine de petits sorts désagréables.

Son visage était somptueux et harmonieux, sa poitrine généreuse, ses cheveux blonds comme le blé mûr…

Par le passé, nous avions essayé de faire revivre notre peuple – aussi savais-je que sa peau était aussi douce qu’elle en avait l’air. Mais seule la peau de Tsunade était douce.

Elle avait un caractère de cochon dans un corps de déesse de magazines pour adultes.

- Pourquoi as-tu tout pris en pleine gueule…heu, en pleine tête depuis toujours ? dit-elle, avec un rire rauque qui se mariait très bien avec sa voix un peu grave.

On n’aurait pas dit qu’elle raffolait des limaces…

- marché conclu, alors ? dis-je.

Elle eut un sourire cruel.

- marché conclu, dit-elle doucement.

 

POV Hinata

 

Yamanaka Ino.

Yamanaka Ino, la jolie et gentille blonde qui servait le Premier Conseiller de…de mon fiancé. Elle était assise en face de la créature à l’odeur youkai, d’aspect féminin, qui venait d’aboyer sur Kiba. À côté d’elle se tenait une autre blonde, à la mine plus énergique, qui tenait un immense éventail à la main.

- Ino, répétai-je, hébétée.

- Princesse, dit-elle doucement, ses yeux bleus traversés par une petite contrariété.

- Tu la connais ? fit l’autre blonde, yeux plissés. Une Vamp…merde, lâcha t-elle.

- Hé bien…pouvons-nous avoir encore un peu de saké ? demanda Ino, avec un sourire lumineux. Et par pitié, Temari, pose cet éventail, ajouta t-elle dans un murmure

Temari.

Donc l’autre blonde s’appelait Temari.

Je ne comprenais plus rien. Ou, je crois, j’avais peur de comprendre.

- v-vous êtes venues…n-négocier ma l-libération ? bégayai-je.

-Mais c’est qu’elle est cruche ! s’exclama Kiba, et il se redressa brutalement. J’te reconnais, blondinette. T’es l’espionne qui colle les basques du Premier Conseiller du suceur-en-chef, c’est ça ?

Je me figeai.

Espionne ?

Ino fronça délicatement ses sourcils blond foncé, puis sourit.

- Exact, dit-elle, et je ne pus m’empêcher de pousser un petit cri. Je vous en prie, princesse, calmez-vous.

- tu…tu…tu es une…

- rebelle, oui. Et comme je vous disais, chère Anko, mon chef veut négocier votre alliance, reprit-elle.

Je n’en revenais pas.

Ino ? Ino qui craignait tellement les Rebelles ?

« Feignait de craindre les Rebelles. » corrigeai-je.

Mais Ino avait tellement de privilèges ! En tant que secrétaire de…mais si même Shikamaru était espionné, jusqu’où était allée la Rébellion ?

« Ce n’est pas possible. C’est un cauchemar. »

Pourquoi fallait-il que ma vie, jusqu’ici si paisible et tranquille, prenne brusquement ce cours désastreux ?

- t-traîtresse, soufflai-je.

Ino ne broncha pas. En revanche, l’autre blonde me jeta un regard assassin.

- c’est pas vrai ! aboya Kiba, visiblement furieux. Alors ma sœur avait raison, Anko…t’es qu’une traîtresse ! Tu pactises avec des Humains ?!

- t’as un problème avec ça, le chien ? fit la dénommée Temari, déployant son éventail.

Un frisson courut le long de ma peau – et Kiba se raidit sous moi. Nous avions eu le même sentiment.

Cette fille était dangereuse.

- des nécromanciennes, souffla Shino derrière nous, et à ma grande stupeur, Kiba hocha la tête.

Des nécromanciennes.

Mon cœur de Vampire se mit à battre à toute allure, douloureux.

- c-c’est imp-impossible, soufflai-je.

- Ah ouais ? Et pourquoi ça, Dents Longues ? fit la blonde aux couettes avec un sourire haineux qui me fit me ratatiner sur moi-même.

- suffit, dit la dénommée Anko d’une voix traînante. Merde, cette journée est pourrie !

Elle se servit un gobelet de saké et le vida d’un trait.

- c’est quoi, ces nouvelles emmerdes ? souffla t-elle. Entre les deux autres qui…ah je commence à comprendre.

Elle eut un sourire cruel.

- Ta sœur a décidé de faire exécuter cette Hyuuga, Kiba. Sais-tu seulement pourquoi ?

- je…heu…je…bégaya Kiba.

- La petite Vampire doit mourir, martela Anko.

- Oh, mais alors, nous pensons pareil !

La blonde aux couettes eut un sourire cruel.

- on la tue tout de suite. Je veux bien m’en charger, dit-elle, et un frémissement agita la surface de son éventail.

 

HORS POV

 

- Temari.

Ino avait parlé d’une voix imperceptible.

Toute cette histoire commençait à mal tourner. Pendant qu’Anko était focalisée sur son neveu et la Vampire, la blonde avait rapidement sondé sa proie.

Orochimaru et Sai se rapprochaient.

Et ils étaient poursuivis.

Jiraiya, elle le savait.

« Ils veulent la Hyuuga. Pour revenir dans les grâces des Uchihas. »

Elle ne tressaillit même pas en entendant la voix de Shikamaru dans sa tête. Elle avait plus que l’habitude.

« J’avais compris. » répliqua t-elle. « Que veux-tu faire ? »

Tuer Hinata serait la meilleure solution.

« Pauvre petite chose… »

Elle avait l’air tellement terrifiée…tellement terrifiée et tellement faible, aussi. Elle se raccrochait de toutes ses forces au dos de ce Youkai, comme si c’était…son rempart.

Oh, c’était mignon.

Mais être mignon n’avait jamais sauvé personne.

Ino aurait aimé négocier avec Anko pour emporter Hinata en temps qu’otage de la rébellion. Cela lui aurait – momentanément – sauvé la vie.  Mais c’était hors de question, et elle le savait. Les Youkais ne renonceraient pas à cette carte maîtresse. La tête même d’Hinata, détachée de son corps frêle, était une carte maîtresse.

« Alors fais-le. » dit froidement Shikamaru.

- Il ne s’agit pas de pactiser avec les Humains contre les Youkais, reprit-elle, sans quitter Anko des yeux. Il s’agit de pactiser avec les Humains contre les Vampires. Nous ne voulons pas la guerre contre vous.

- vous retenez l’héritier de Minato et du Roi des Bijuu, observa froidement l’hybride.

Au moins, elle n’avait pas hurlé.

Hourra.

« Prenons tous deux secondes pour danser. » songea Ino, et Shikamaru ricana.

Sa couverture à elle était peut-être grillée, mais Nara restait dans la place. Et c’était la seule chose qui importait à Yamanaka Ino.

- vous me débarrasseriez de cette fille ? demanda Anko d’une voix tendre.

Tuer Hinata, c’était non seulement prouver sa bonne volonté aux Youkais, mais aussi couper l’herbe sous le pied d’Orochimaru. La jeune Vampire avait l’air blême.

Pauvre chose.

Toute sa vie durant, elle n’aurait eu aucune prise sur son existence.

- Non ! cria Kiba, avec une force qui les fit tous tressaillir. Je veux dire…pourquoi vous voulez la tuer ?

- elle doit mourir, le conseil a voté, dit froidement Anko.

- Et la couverture d’Ino doit rester intacte, renchérit Temari, qui se serait sans doute portée volontaire pour exécuter la sentence.

- alors c’est bon ? Nous sommes alliés ? dit doucement Ino, qui ne perdait pas de vue sa mission première.

Anko lui jeta un regard pénétrant – et Ino vit à quel point Shikamaru était doué pour percer à jour les personnes.

« Merci. » fit-il dans sa tête, et elle eut du mal à ne pas sourire.

Cette Anko avait été rejetée depuis sa naissance, par la famille de sa mère – les Inuzuka – et par son serpent et vampire de père, Mitarashii Orochimaru.

Alors…

Les yeux bleus limpides de Yamanaka Ino plongèrent dans ceux de Mitarashii Anko.

« Vous commanderez une des nos plus puissantes unités. » lui dit-elle, et elle nota le tressaillement imperceptible qui agita la mâchoire de l’hybride. « Et vous serez de l’assaut final sur Suna. »

Alors donner tant de pouvoir à une personne mise de côté depuis l’enfance, c’était s’assurer sa coopération.

Oh oui, elle admirait Shikamaru.

- La Vampire doit mourir, dit Anko.

- Mais t’es barje ou quoi, merde ? aboya le dénommé Kiba. Je suis venu…parce que je pensais que rien te plairait plus que de mettre des bâtons dans les roues de Hana et de Deidara !

Mais pourquoi prenait-il autant sa défense ? Ino était stupéfaite.

Et à voir le visage craintif et étonnée d’Hinata, elle n’était pas la seule à l’être.

- Cette pauv’ fille s’est juste trouvée au mauvais endroit au putain de mauvais moment ! Me touche pas, Shino ! rugit-il, comme son ami tendait la main vers lui.

Des crocs immenses avaient poussé dans sa bouche.

Un Youkai, quoi.

- Pourquoi…commença t-il.

- Elle est amoureuse de Namikaze Naruto, leur apprit Ino, prise d’une inspiration subite.

Les joues d’Hinata se colorèrent d’un rouge violent.

- I-Ino…bégaya t-elle.

« Je suis en train d’essayer de te faire tuer, ma pauvre, et tout ce que tu trouves à faire c’est protéger ton petit secret d’amour ? »

Ino n’en croyait pas ses oreilles.

- Le fils de Namikaze Minato, Grand Roi des Youkais, continua t-elle, et Hinata passa du rouge au blanc, la bouche ouverte.

Hé oui, songea tranquillement Ino. Tu ne connais pas celui que tu aimes…

- et Namikaze Naruto, héritier du trône des Tourbillons, a un penchant pour cette fille.

Hinata repassa au rouge.

Comme c’était…pathétique.

Ino secoua sa jolie tête blonde, et soupira.

Vraiment trop pathétique…

- N-Naruto…je…bégaya Hinata, sans que quiconque puisse dire au juste ce qu’elle pensait.

- Alors ? fit Temari, en caressant amoureusement son éventail.

Kiba paraissait bouche bée.

Il fixait Ino comme si elle venait de lui apprendre que le soleil se lèverait au sud le lendemain.

« Joli coup. » fit Shikamaru dans sa tête.

La jeune Nécromancienne eut un sourire, et passa la main dans ses longs cheveux couleur de soleil. Le Youkai se troubla, et détourna précipitamment les yeux.

« Je te plais, hein ? Voyons voir ce que tu penses… »

Profitant de son trouble, elle tenta une intrusion dans sa tête. Ses pensées étaient chaotiques. Les mots belle blonde, bien foutue, garce manipulatrice allaient curieusement de pair avec innocente, quelle cruche !, injuste et conne.

Puis, comme s’il n’en pouvait plus, il posa prudemment Hinata par terre. Celle-ci vacilla, et lui jeta un regard où l’incompréhension le disputait à la peur et au désir d’avoir fière allure.

- tu craques pour mon cousin ? demanda t-il doucement.

- ton…cousin ? répéta t-elle.

- ouais, au quatrième degré, quelque chose comme ça. Et le cousin au sixième degré de Shino…c’est ça, hein ?

L’autre Youkai hocha la tête, toujours silencieux.

- Namikaze Naruto, dit-il doucement. L’héritier du plus grand roi qu’on ait jamais eu. L’Unificateur…pris à sa mère humaine par des Vampires.

Hinata eut un haut-le-cœur, comme si elle allait vomir.

- Naruto est un Youkai ? bégaya t-elle.

- tu craques pour lui, oui ou merde ? s’impatienta le Youkai.

Ino jeta un coup d’œil à Temari. Celle-ci avait l’air écœuré.

- je…je ne craque pas pour lui, bégaya Hinata, avant de redresser le menton, tremblante comme une feuille. Je l’aime.

Temari ricana.

Kiba eut un air attristé et moqueur à la fois.

- Ça tu vois, c’est impossible, dit-il. Je crois qu’ils ont tous…raison. Adieu, p’tite tête.

Les yeux d’Hinata s’écarquillèrent, et elle se tourna vers Ino, paniquée.

Celle-ci vit dans ses prunelles nacrées tous les jeux qui les avaient liées, tous ces rires…Hinata n’était pas un mauvais Vampire.

Pas comme ceux qui avaient détruit leurs vies à eux tous.

Hélas pour elle, il y avait trop de haine – beaucoup trop de haine. Et, d’une façon plus pragmatique, Orochimaru ne devait rien trouver d’autre qu’un cadavre à son arrivée.

- Non…non…bégaya Hinata.

« Moi, je ne te frapperai pas. » songea Ino, comme Temari sortait ses kunais, aussi froide que la mort elle-même.

« Trop aimable. » fit Shikamaru, aussi narquois que d’ordinaire.

Puis, les armes fendirent l’air.

Anko et Temari, en même temps.

Orochimaru ne trouverait rien, tant mieux.

Mais en cet instant, Orochimaru avait fort à faire.

 

POV Sai (hé oui, les masques tombent…)

 

Le serpent marchait rapidement devant moi, écartant sèchement mais silencieusement les branches des arbres de cette forêt épaisse. Je le suivais sans un bruit, un petit sourire que je savais stupide aux lèvres.

Mais je trouvais tout cela très, très amusant.

Je veux dire, les faits : Orochimaru avait abandonné cette petite et innocente créature hybride à sa naissance, la livrant aux foudres haineuses des Youkais. Je ne doutais pas une seconde qu’il avait plus tard essayé de la manipuler, car cette Anko était puissante. Mais d’une façon ou d’une autre, l’Anko avait résisté.

Je trouvais ça vraiment amusant. Surtout que maintenant, il était en train de courir vers elle pour se sortir de ses ennuis, en espérant qu’elle lui servirait Hyuuga Hinata et sa propre puissance sur un plateau d’argent.

Les Vampires étaient des créatures bizarres.

- Sens-tu quelque chose, Sai ? fit la voix d’Orochimaru.

Même dans sa détresse, il gardait cette voix onctueuse, dégoulinante de venin et de malveillance.

C’était en partie la raison pour laquelle j’avais accepté avec joie cette mission. Orochimaru était la plus grosse réserve de venin et de malveillance à des kilomètres à la ronde. Et je ne m’en laissais pas.

Miam.

- Non, Orochimaru-sama, dis-je, de ma voix plate.

- Uchiha-san et Hyuuga-san ? demanda t-il.

- sud-ouest. Ils se rapprochent rapidement de notre destination.

Il ne frémit pas.

Il l’avait déjà senti, et ne faisait que vérifier. Par contre, il hâta le pas.

Sans doute savait-il que Jiraiya était sur ses talons, mais il n’avait pas la possibilité de s’arrêter.

Soudain, une forme se dessina dans les ténèbres – une ombre bleue et tremblotante, pourvu de trous béants en guise d’yeux et de bouche. L’ombre ne subsista qu’un instant – un instant infime, imperceptible même pour tous les Uchihas de la terre.

« Bien, Mère. » songeai-je, avant de m’immobilisa.

Comme je bondissais en arrière, slalomant entre les arbres et avalant les kilomètres à la vitesse du son, j’eus le temps de voir Jiraiya sauter de la voûte des arbres, et se jeter sur Orochimaru. Et j’eus également le temps de lui transmettre par la pensée tout ce que j’avais pu accumuler durant cette mission d’espionnage.

Ses blessures. Ses faiblesses. Ses peurs. Tout ce qu’Orochimaru voulait tenir caché.

Le serpent et le crapaud géants apparurent devant moi, faisant violemment chuter les arbres tout autour d’eux.

Sans ciller, je m’immobilisai, et tirai un rouleau de parchemin de ma poche.

Les caractères y apparurent aussitôt.

« Ouest. Naruto. Uchiha Itachi. Surveille. Hatake. Rapport. »

Je soupirai.

Me laisserait-elle jamais une minute de répit ?

- bien, Mère, chuchotai-je, avant de tremper mon doigt dans une gourde d’eau, dessinant sur du papier aussi noir que le ciel un aigle géant.

Quelques secondes plus tard, je fendais la voûte céleste sur le dos de ma création. Ah, Orochimaru me manquait déjà.

J’inspirai profondément, cherchant la vacuité intérieure caractéristique d’Uchiha Itachi. Il était prêt d’Uchiha Madara. À Suna.

Je grimaçai.

Hors de question de me rapprocher de ce fou de Madara.

Je tirai le parchemin de ma poche, et y dessinai des lettres qui disparurent les unes après les autres.

« Itachi. Madara. Konoha. Rebelles. Surveillance. »

« Bien. » répondit aussitôt le parchemin.

L’aigle bifurqua vers Konoha. Au loin, le soleil se levait. J’ai toujours aimé le lever du soleil.

Je ne regardai pas derrière moi, le combat mortel qui était en train de se livrer.

J’avais rempli ma énième mission. Comme la vie est ennuyante.

 

Retour en arrière de deux heures.

 

POV Sakura (vous aviez cru y couper ??? Mais non !)

 

Neji s’était perdu quelque part derrière nous. J’avais la certitude qu’il n’était pas loin, mais je ne parvenais pas à savoir où.

Et honnêtement, je n’avais pas beaucoup de temps pour me poser la question. Uchiha Sasuke marchait tellement vite que je devais courir pour garder le contact. Les racines me faisaient trébucher, de grosses perles de sueur perlaient à mon front…

Et lorsqu’une énième branche me fouetta douloureusement le visage, ce fut plus que ce que je pus supporter.

- Malédiction ! hurlai-je comme une dingue, en arrachant la branche de l’arbre pour la jeter violemment par terre.

Sasuke s’immobilisa – hourra ! – et se tourna lentement vers moi.

Il n’avait pas une goutte de transpiration sur son visage blanc et parfait.

Saleté de Vampire !

En comparaison, moi je…je ressemblais à une limace. Mes cheveux collaient à ma peau – mes cheveux roses ! Et j’étais certaine d’être rouge brique. Rose et rouge. Je m’efforçais de ne même pas imaginer le mariage – forcément désastreux.

- Je t’ai proposé deux fois de te porter, rappela t-il d’une voix neutre.

Certes.

Deux fois, il avait décollé son esprit de son obsession – flairer Hinata, et se rapprocher de cette créature hybride dégoûtante qu’ils avaient appelé Anko.

Mais j’avais ma fierté de nécromancienne. Surtout que moi aussi, je cherchais à flairer quelqu’un. Malgré l’hostilité des corps que je sentais sous mes pieds, j’utilisai toute ma magie de repérage pour tenter de localiser Tenten.

En vain. Elle n’était pas morte – de ça j’étais sûre. Mais on aurait juré qu’elle s’était…volatilisée. Et je n’aimais pas ça.

- Je te le propose une troisième fois, dit Uchiha Sasuke. Veux-tu que je te porte ?

Je m’essuyai nerveusement les mains sur ma robe.

Même si je répugnais à l’avouer, il n y avait pas que Tenten et ma fierté dans mon refus de me faire porter. Entre la millième et la mille et unième branche j’avais pris une décision : oui, j’allais tuer Uchiha Sasuke.

Et quand on voulait tuer quelqu’un dont on raffolait des baisers, on évitait de se rapprocher encore de cette personne.

- Non merci, dis-je.

Il me fixa un moment, et je crus qu’il allait insister.

Ou pire, qu’il avait percé mes pensées.

Je dus résister à la tentation de renforcer brutalement mon barrage mental, expulsant du même coup toutes les illusions – fatigue, fierté – que je renvoyais. Autant dire hé, tu sais quoi ? Je suis nécromancienne ! Tu peux me tuer, maintenant.

Je m’en passerais volontiers.

- Tu es stupide, dit-il lentement.

- Merci, dis-je, en entortillant une de mes lamentables mèches rose autour de mon doigt. Je croyais qu’on était pressé ?

- Hn.

Et il se remit à avancer, tellement rapidement que j’en aurais pleuré. Je me remis à courir – et faillit me prendre le pied dans une racine traîtresse.

Je détestais courir.

- Pourquoi…on…est…pressé ? haletai-je entre quelques foulées.

Il me jeta un regard en biais.

Sans doute me considérait-il comme un fardeau.

Un Vampire, ça pouvait aller encore beaucoup plus vite. Les gens à Konoha disaient même que ça pouvait voler.

Allez savoir.

- Parce que je pense que Hinata est retenue chez Anko, et Orochimaru se dirige chez Anko, dit-il calmement.

- Et ? C-c’est mal ? hoquetai-je, sans cesser de courir. Il…il va la…la libérer et…

- je veux qu’Orochimaru meurt, décréta t-il sans complexe, et je me figeai.

« Ça a le mérite d’être clair. » me dis-je.

- s’il sauve Hinata, le Conseil me demandera d’épargner sa vie, et c’est une demande que je ne pourrai en aucun cas refuser. As-tu compris ?

Je ne répondis pas.

Oui, je comprenais. Il voulait sauver Hinata avant Orochimaru pour pouvoir tuer ce dernier. Même si le Serpent me donnait envie de vomir, cette logique morbide m’indisposait.

Soudain, il se figea – si brutalement et si totalement que je ne pus retenir un cri, et manquai de m’effondrer par terre. Je fus sauvée – sauvée ? – par ses mains fermes, autour de mes épaules.

Il était tout près.

En levant les yeux, je vis qu’il était tout près. Mais j’aurais pu le dire les yeux fermés. Son odeur. L’aura glacée qui s’échappait de lui.

Mais voir, c’était encore mieux – ou pire. Oui, pire.

Le grain fin de sa peau, ses yeux noirs…

- tu n’aimes pas ma façon de penser, n’est ce pas ? demanda t-il, avec un petit sourire.

Je déglutis.

Dire que j’étais mal à l’aise aurait été un sérieux euphémisme. Je sentais ses yeux sur mon visage rouge, sous mes cheveux trop roses. Et j’avais presque envie de me cacher en criant. Mais j’en étais incapable.

- Je ne me permettrai pas de juger l’Hokage, dis-je finalement.

Son sourire s’élargit, ses yeux pétillèrent.

- Tu m’as bien dit que tu n’aimais pas les Vampires, rappela t-il. J’en suis un, Sakura.

- J’ai dit ça, moi ? fis-je, en battant innocemment des cils.

- Sakura…

Il se pencha sur moi, et je me raidis encore. Je savais ce qui allait suivre.

« Non…non…non. » me dis-je.

Mais les battements désordonnés de mon cœur ne trahissaient aucune espèce de dégoût.

Il effleura mes lèvres des siennes – à peine, et je me sentis devenir toute molle dans ses bras.

« Aussi molle qu’un chamallow grillé » songeai-je stupidement.

Bonjour les comparaisons.

- alors laisse moi trouver une autre excuse, dit-il, tout contre mes lèvres. Anko est la fille d’Orochimaru. Sa mère était une Inuzuka – une Youkai. Elle est puissante. Par le passé, Orochimaru s’est servi d’elle pour se tailler une place de choix au sein de la hiérarchie Vampire. Il l’a trahie, mais si elle bascule à nouveau de son côté, il pourra peut-être tenter d’éliminer les Uchihas.

Je déglutis.

J’aurais dû applaudir l’initiative d’Orochimaru. Des Vampires qui se battaient entre eux étaient des Vampires plus faciles à abattre.

Mais je ne parvins pas à m’en réjouir. C’était comme si les yeux de Sasuke – non, les yeux de l’Uchiha – absorbaient toutes mes pensées.

- Et ? murmurai-je stupidement.

Il parut surpris, puis sourit.

- Pour des Humains, c’est la même chose, dit-il. Mais mon peuple se passera d’une guerre supplémentaire…

Il effleura délicatement mon nez, et je frissonnai.

- Mais pour toi, ma jolie petite concubine aux cheveux roses, cela pourrait être dangereux, souffla t-il, avant de prendre mes lèvres.

Je me tendis vers lui, mes mains s’accrochant à sa tunique.

Le visage de Shikamaru, ma mission…tout cela était flou dans ma tête. Le cœur de Sasuke cognait sourdement contre mes doigts, défiant la froideur de son corps.

Puis, sans crier gare, il s’écarta, me laissant pantelante. Vacillante.

- Allons-y, dit-il avec douceur. Dépêchons-nous.

Je lui jetai un regard vide, stupéfait – puis rougit violemment.

« Sakura ! »

Je m’étais jetée à sa tête. En fait non. Je m’étais laissée faire. Comme d’habitude.

Les mains tremblantes, je baissai la tête – et tentai de garder le contact avec ses longues enjambées.

Je n’y arriverai pas. Je n’y arriverais jamais.

Cette mission me dépassait. J’allais échouer.

« Donnez-moi la force… » priai-je, sans trop savoir à qui je m’adressais.

Mes parents ? Ceux qui étaient morts à cause des Vampires ? Les rebelles ? Iruka ?

Je n’y arriverais pas.

J’allais trahir mon peuple – et je voulais…je ne sais pas ce que je voulais.

Un élancement me traversa brutalement la cuisse, et j’expirai brutalement.

- Sakura ? fit Sasuke, sans me regarder.

- je…je vais bien, dis-je, essoufflée.

Des crampes. Quoi de plus normal quand on était aussi fatigué que je l’étais.

Mais ce n’était pas une crampe.

Une chaleur diffuse se répandit le long de ma peau, concentrée sur ma cuisse. Contre la partie de mon corps qui touchait la poche contenant la fiole de poison.

Mon cœur bondit dans ma poitrine comme je réalisais ce fait.

Puis, il y eut les images – les Rebelles tapis dans le sable, Shikamaru donnant ses instructions, Kankuro vérifiant des véhicules blindés.

Tenten avait dit dans quelques mois tout sera fini.

Elle s’était trompée.

Shikamaru avait décidé de frapper quelques jours après la désobéissance de Sasuke. Car c’était le signal.

Je n’en doutais pas.

Je devais frapper – maintenant.

Je ne sais pas comment décrire ce qui se passa en moi à cet instant. Mes mains tremblaient, mes jambes vacillaient sous mon poids, mon regard était rivé à l’éventail dans le dos d’Uchiha Sasuke.

« Le tuer. Le tuer. » me dis-je.

Non, je ne pouvais pas. Je ne pouvais pas !

« C’est l’Hokage. Uchiha Sasuke. Pense à tes parents. Pense à eux ! »

L’aire d’exécution. L’Hokage. Les Vampires.

« Je ne peux pas… »

Cela me faisait trop mal. J’avais trop mal à l’idée de le tuer. Ma panique et ma peur suintaient autour de moi comme du pus d’une plaie, et je pouvais sentir le sol frémir sous mes pieds. Une onde d’énergie se déplaça sous le sol, et j’entendis clairement les murmures des carcasses pourrissantes qui reposaient sous moi.

La nécromancie commençait à se frayer un chemin hors de mon corps.

Uchiha Sasuke parut sentir cette vague menaçante, car il tourna la tête, en cherchant visiblement la source. Mais il ne se tourna pas vers moi.

- Plus vite, me souffla t-il, et je crus percevoir de la nervosité dans sa voix.

Car les Vampires, très proches de la magie de mort, redoutait les Nécromants, redoutaient ce que nous pouvions leur faire.

C’est la raison pour laquelle ils avaient tué mes parents et tant d’autres – d’une manière brutale. Moi-même j’aurais dû mourir. Comme tant d’enfants de mon âge.

Hatake Kakashi et les précautions de mes parents m’avaient sauvé la vie.

« Mais il n’est pas responsable. C’est son frère. Sasuke n’était pas encore Hokage. »

Les Uchihas avaient tué mes parents.

Aurait-il agi différemment à la place d’Uchiha Itachi – que son nom soit maudit ?

« Parle-moi de ton frère, Sasuke. Aurais-tu agi comme lui ? »

Certainement, car il parlait de tuer avec une telle facilité…

Ma poitrine se comprima douloureusement, comme si mon cœur allait éclater. Mais je plongeai la main dans ma poche, attrapant en même temps ma gourde.

Curieusement, mes mains cessèrent de trembler. Le flacon fut décapsulé en quelques minutes, et sans réfléchir, je le portai à mes lèvres.

Ça avait un goût de miel – fleuri, délicieux. Mais j’eus envie de vomir. Je laissais retomber le flacon dans ma poche, et crispa les doigts sur ma gourde.

- Sakura ? fit-il, toujours sans me regarder.

« Ne prononce pas mon nom comme ça. » me dis-je.

Comme s’il en aimait les syllabes.

- J’ai soif, dis-je, en faisant mine d’ouvrir ma gourde.

- Hn.

Il continuait à avancer.

Mon cœur battait à tout rompre. J’aurais aimé prendre une gorgée d’eau, mais je renonçai à ce projet.

Je courus le plus vite possible, et je tendis la main vers son épaule. Avant même que je ne l’ai touché, il me saisit la main, et fit volte-face.

- Ton cœur bat…follement, dit-il, plongeant ses yeux noirs dans les miens. Pourquoi ?

Alors il l’avait senti.

Curieusement, je souris – un sourire franc, sincère.

- J’ai pris une décision, dis-je. Et j’essaie de faire les choses avant de changer d’avis.

- Sakura…

Je me jetai à sa tête – vraiment. Littéralement.

Il parut surpris, mais ne me repoussa pas. Sans grande expérience, je pressai mes lèvres sur les siennes – et ses mains se refermèrent sur mes épaules. Il me repoussa.

- Nous sommes pressés, Sakura, me rappela t-il.

Oui, moi aussi j’étais pressée. Pressée que tout ceci se termine.

Je lui souris à nouveau, et me mit à déboutonner ma robe. Il se figea, mais me laissa faire.

- Pressés ? fis-je, alors que le tissu glissait autour de moi, révélant ma peau blanche, marquée par les nombreuses branches d’arbres.

Son regard noir se posa sur ses bleus, et s’adoucit.

- Je…suppose que…Neji…bégaya t-il.

Il bégayait.

Mon cœur se serra un peu plus, mais il n y avait pas de marche arrière possible. Je lui ouvris les bras – et il me prit contre lui.

Ses lèvres cherchèrent les miennes, et sa saveur se mêla à celle du poison. Ses mains coururent le long de mon corps, tantôt rapides et tantôt lentes, précises – comme s’il adorait me découvrir. Très vite, je me mis à hoqueter. Des larmes brûlaient mes yeux.

Des larmes de plaisir et de culpabilité.

Il m’aida à m’adosser contre un arbre, et le plaisir submergea la culpabilité, alors qu’il m’emmenait doucement à lui ouvrir un endroit de moi que jamais je n’avais voulu montrer. Je me sentis devenir liquide, puis mon corps s’arqua violemment alors que je m’embrasai.

Je n’avais jamais imaginé ressentir cela.

Et qui plus était dans les bras d’un Vampire.

Ses lèvres revinrent sur les miennes, et j’y sentis un goût âcre, peu familier, qui me fit tourner la tête.

- Sakura…chuchota t-il doucement, et je rouvris les yeux.

Ses yeux sombres étaient troubles, dévorés de flammes rouges.

- je suis tout à toi, souffla t-elle.

Chair et sang. Pour le meilleur et le pire.

« Surtout le pire. » songeai-je, en tendant la main pour l’aider à se défaire de son pantalon.

Il m’embrassa les doigts, le regard brûlant.

Puis il fut en moi.

Ce fut douloureux, incroyablement douloureux, comme si je me déchirais.

La juste rétribution de la fourberie et de la cruauté.

« Pardon Sasuke. Pardon Naruto. » songeai-je, alors que larmes perlaient au coin de mes paupières.

Il les cueillit du bout des doigts, et bougea lentement en moi. La douleur explosa, avant de refluer brutalement.

Stupéfaite, je m’entendis gémir, alors qu’un plaisir encore plus brutal enflait en moi. La terre ondulait sous nos pieds, mais il ne paraissait pas le sentir. Et cela décuplait ma propre ivresse.

Puis l’onde me frappa à nouveau – et mes ongles s’enfoncèrent dans la chair de son dos jusqu’au sang.

- S-Sakura…hoqueta t-il.

Ses yeux étaient rouges. Je les percevais à travers l’ombre qui s’était abattue sur moi.

Le sharingan ?

Peu importait.

- Mords moi…soufflais-je, dans un murmure. Ne te gêne pas pour moi…

Je ne pensais plus ni au poison, ni à quoique ce soit d’autre que ce plaisir qu’il venait de me donner. Et je voulais rendre quelque chose…en retour.

Il m’embrassa les lèvres avec ferveur, puis la base du cou.

Et ce fut la douleur – des crocs s’enfonçant dans ma chair pour atteindre ma carotide. Je sentis le sang jaillir hors de moi, et je me souvins.

Les larmes glissèrent doucement sur mes joues, de douleur et d’horreur mêlées.

 

Hors POV Sakura

 

Elle l’avait fait.

Ça alors.

- tu as perdu ton pari, dit Nara Shikamaru à la partie la plus cynique de lui-même.

Une bonne chose de faite. Brave Sakura.

Il reporta son attention sur Ino et sur ses négociations – il fallait qu’Hinata meure, pauvre petite chose.

« Prenons tous un moment pour pleurer la mort de cette créature insignifiante. » songea Shikamaru en tirant une bouffée sur sa cigarette, allongé dans une caravane en route pour Suna.

Et il faillit s’étouffer avec cette maudite cigarette, car deux choses se passèrent presque en même temps – à deux endroits différents, déchirant son esprit d’espion en deux et comprimant ses trachées salopées de fumeur.

 

POV Sakura

 

- Sakura…

Il me regardait avec des yeux interrogateurs, le front recouvert d’une pellicule de sueur, un sourire comme hésitant aux lèvres. Je n’y croyais presque pas.

Je l’avais fait.

Je venais de le condamner à mourir. Mes larmes refusaient de cesser de couler.

- je t’ai fait…si mal que ça ? demanda t-il.

Je tentai de sourire – mais je n’eus même pas à imposer cette gymnastique barbare à mon corps.

Il y eut un gros boum !, puis des arbres chutèrent lourdement, à notre gauche. Un serpent et un crapaud géant venaient d’apparaître.

Comme à Konoha.

Sasuke se raidit, et se retira de moi rapidement.

- Orochimaru, souffla t-il, incrédule.

Orochimaru et…le nécromant légendaire. Jiraiya ? Je n’en croyais pas mes yeux.

Que se passait-il encore ?

 

POV Hinata

 

Les kunais filaient vers moi, pour me couper la tête, je le savais. La mort. Je poussai un hurlement. Fermai les yeux. Attendis le trou noir.

Qui ne vint pas.

Je sentis un bras fin mais musclé se refermer autour de ma taille, et eut l’impression de sombrer dans le néant. Des hurlements retentirent tout autour de moi. Je hurlai aussi.

 

POV Ino

 

Elle venait de disparaître. Sous nos yeux. La petite princesse.

- Où est-elle ? rugirent Anko et Temari en chœur. Où est-elle ?

Elles se regardèrent, et chacune dédia à l’autre un sourire cruel.

Ces deux là venaient de se trouver.

- Ton neveu…souffla Temari, et Anko se tourna vers un Kiba – Kiba, n’est ce pas ? je n’étais plus sûre – tétanisé.

- Où est-elle ? aboya t-elle.

« Faîtes dans des répliques différentes. » songeai-je, en tentant en catastrophe de joindre Shikamaru.

Je sentis sa stupéfaction. Bienvenue au club, cher patron.

- Je ne sais pas ! s’écria ce dernier. L’était là…et elle est…plus là !

- Il y a eut une vapeur, dit Shino. Quelqu…

- quelqu’un ? Mais personne est suffisamment rapide pour m’échapper ! aboya Anko.

- Et tu crois quoi ? Qu’on lui a sauvé la mise ? répliqua Kiba, furieux. Je connais mon devoir !

- t’aurais jamais dû l’amener ici, crétin ! répliqua Anko.

- Vous auriez dû la zigouiller y a perpète, abruti ! renchérit Temari.

Deux âmes sœurs. J’en aurais presque eu la larme à l’œil, mais il était temps de se hâter.

- ça part en couille, chuchotai-je, et tous les regards se tournèrent vers moi. Dame Anko, faîtes fouiller le château, et…

- qui me dit que c’est pas vous ? répliqua t-elle, les ailes de nez palpitantes.

- répète ? aboya Temari, en déployant son éventail.

Rupture ?

Non, car Anko parut se calmer.

- Ouais…vous êtes des nécromanciennes…Kiba ! rugit-elle. Fais fouiller le château. Shino, retourne chez Kimimaro et Deidara…

- quoi ? fit Kiba.

- boucle la, sale clebs ! Kiba, retourne chez Kimimaro et Deidara, et dis leur que la princesses s’est volatilisée. Et que je vais botter le cul des Vampires de Suna. Je me fiche que ce soit des Rebelles ou des Youkais qui m’aident.

Je retins un petit sourire satisfait.

Bon, maintenant, il fallait trouver Hinata.

 

Hors POV

 

- qui…êtes vous ?

Hinata était allongée sur un tapis de feuille morte, dans une sorte de cercle tracé à la craie. Elle était sur une falaise. Une chute impressionnante se tenait juste devant ses yeux, encadrée par deux statues monumentales, taillées dans le roc, scintillant sous le ciel étoilé. Elle reconnaissait Uchiha Madara. Mais ne reconnaissait pas l’autre personne.

- Senju Hashirama, fit la femme devant elle.

Une femme superbe, aux cheveux blonds coiffés en deux nattes, à la poitrine généreuse. Hinata avait l’impression floue d’avoir déjà vu quelqu’un qui lui ressemblait…

- Senju…H-Hashirama, bégaya Hinata.

Ce nom ne lui disait rien. La femme lui sourit.

- Exact, dit-elle. Mon ancêtre.

- oh…

Elle déglutit.

- Il…connaissait Uchiha Madara ?…c’est la raison pour laquelle…vous m’avez…sauvée la vie…car vous m’avez sauvée la vie, n’est ce pas ?

- Oui, dit tranquillement la femme. Et non, Uchiha Madara ne connaissait pas Hashirama Senju. Mon ancêtre a vécu il y a trop longtemps pour qu’il en soit autrement.

Hinata ne comprenait plus rien.

- A-alors…quoi ? bégaya t-elle.

- c’est un ancien temple youkai, avec deux de leurs grands ennemis. Uchiha, dont il leur reste à exterminer le peuple. Senju, dont ils ont quasiment exterminé le peuple – après avoir précipité sa chute.

- alors vous voulez…vous associer à nous pour…fit Hinata, dans un louable effort de comprendre.

- Je préfère les Youkais aux Vampires, dit calmement la femme, et elle se tassa sur elle-même. Même si ce n’est qu’une différence infime. Je pense que le monde se passera volontiers de vos deux peuples…du mien aussi, mais comme nous ne sommes plus que deux…trois…quatre, enfin bref.

Elle soupira.

- Ce n’était pas un geste altruiste, dit-elle d’une voix douce, et rien ne me dit que je ne te tuerais pas, Hyuuga. C’était un acte calculé, et même très calculé. Ma future quiétude…soupira t-elle, en laissant son regard dériver sur le ciel qui commençait à s’éclaircir. As-tu déjà vu le soleil se lever, Hyuuga ?

- n…non…je…je…bafouilla cette dernière, en panique.

- je pourrais faire en sorte que tu le vois sans mourir…mais je ne le ferai pas. Shizune.

Une petite brune apparut de nulle part, à côté de la femme.

- Tsunade-sama ? fit la femme.

- Hatake ?

- Il suit le fils de Minato. Après qu’il ait fait mine de partir pour la forêt, les deux jinchuuriki se sont lancés. Ils se dirigent par ici.

Hinata se raidit. Le fils de Minato ?

« Naruto. » songea t-elle.

La femme – Tsunade – lui lança un regard dur.

- déplace la Vampire, ordonna t-elle avant de se volatiliser.