Chapitre 8

par Akina-Chan

Chapitre 8 :



Année 201 de la Quatrième Ère :

Sasuke, assis en tailleur, contemplait la jeune femme en face de lui.

L’un des avantages de son invisibilité forcée est qu’il pouvait la regarder à loisir sans qu’elle s’en rende compte. S’il arrivait à redevenir humain un jour, il faudra qu’il fasse attention aux regards qu’il lui lancerait.

Sans le vouloir, ses pensées dérivèrent vers Kohada. Elle était une fille magnifique, digne de la famille des Haruno, bien qu’un peu trop fière. Elle et lui avaient passé leurs cinq années à l’Académie à se lancer des défis et à tenter de se surpasser l’un l’autre. Elle était sa rivale, une amie que l’on prend plaisir à affronter. Il se souvînt du plaisir qu’il ressentait autrefois à provoquer des grimaces d’agacement sur son visage de poupée. Mais elle avait aussi été une amie dans les moments plus durs. Et ça, il ne lui enlèverait pas. Il regrettait simplement de ne pas avoir eu l’occasion de lui dire au revoir, de la remercier pour tout ce qu’elle avait apporté dans sa vie.

Sakura souffla, et cela le détourna de ses pensées. Elle aussi avait un visage de poupée... Mais elle semblait plus timide, et en même temps plus courageuse.

« Un problème ? » demanda-t-il, car il la voyait froncer des sourcils.

Elle tourna une page puis écrivit quelque chose sur son carnet. Et d’un seul coup, elle se leva d’un air triomphant :

« Je crois que j’ai trouvé comment te sortir de là ! »

Sasuke sentit son cœur bondir dans sa poitrine. Décidément, il n’avait jamais autant ressenti d’émotion depuis bien longtemps.

Il entendit de loin Sakura commencer ses explications.

« En fait, ce sortilège est extrêmement bien rôdé, je dois l’admettre. Il agit comme une serrure et chaque... crochet dirais-je, correspond à un sens que l’on a bridé et... »

Mais il ne l’écouta pas. Il la regarda, darda son regard sur ses lèvres qui remuaient ; sur ses yeux, qui pourraient enfin le voir dans toute sa plénitude ; sur sa peau, qu’il pourrait toucher, afin de voir si elle était aussi veloutée que dans son imagination...

« Libère moi. Maintenant » coupa-t-il, la voix brisée par l’émotion.

Il vit une lueur d’inquiétude passer dans ses yeux verts. Mais il savait que toutes ses journées passer à discuter ensemble avait inévitablement convaincu la jeune femme qu’il n’était pas aussi dangereux que le prétendaient ses foutus grimoires.

« Quelques secondes...

- Je n’en peux plus d’attendre... Sakura »

A l’entente de son prénom, prononcé comme un murmure suppliant, Sakura sentit un long frisson caresser son échine. La boule dans son ventre grossissait, et l’appréhension s’était mélangée à une sorte... d’excitation ?

Elle calma le tremblement de ses mains du mieux qu’elle put et posa bien à plat devant elle le cahier où elle avait répertorié toutes les formules dont elle allait avoir besoin pour libérer le magicien.

Elle baissa les yeux sur son carnet, se concentra et commença sa litanie.

Sasuke eut l’impression d’entendre Sakura réciter ses formules pendant des heures. Puis, il sembla que la voix de la jeune femme s’infiltrait par tous les pores de sa peau. Il se mit à entendre d’autres sons qu’il n’avait jamais remarqué jusqu’à présent : l’écho dans la grotte, le bruit d’une pierre qui s’effrite et tombe au sol, le timbre mélodieux de Sakura...

Puis il sentit une odeur : une odeur de pierre, mais également une odeur subtile, féminine, florale. Sakura.

Il sentit sa force refluer dans chacun de ses muscles, sa magie réintégrer petit à petit chacun de ses vaisseaux sanguins.

Au bout de quelques minutes – quelques heures peut-être ? - il sentit quelque chose se briser près de lui. A tâtons, il posa la main là où se trouvait la barrière magique qui l’empêchait de quitter l’autel. Il ferma les yeux, serra les dents, mais aucune douleur ne vînt. Il était enfin libre !

Silencieux, il sauta de la table de pierre qui l’avait accueilli pendant ses 200 ans de sommeil profond et, les pieds bien ancrés au sol, se redressa de toute sa hauteur. Il se palpa le bras, se toucha la poitrine puis le visage du bout des doigts : il était à nouveau en chair et en os.

Il se dirigea lentement vers Sakura. Celle-ci prononça encore quelques mots, puis s’arrêta. Elle laissa passer beaucoup de temps avant d’oser lever ses yeux. Mais Sasuke patienta, et son visage lorsqu’elle le vit enfin en valut largement la chandelle.