Chapitre 2

par Akina-Chan

Chapitre 2 :


Année 201 de la Quatrième Ère :


« Le bâton est au magicien ce que l'épée est au guerrier ! Sans épée, le guerrier ne peut se battre ! »


Un sursaut. Une respiration. Un gémissement de douleur.

Il eut l'impression de respirer pour la première fois depuis très longtemps. Sa tête le faisait tellement souffrir qu'il se demanda si une armée de guerrier ne lui avait pas marché dessus. Il tenta d'ouvrir les yeux mais il n'y parvint pas. Il tendit alors l'oreille mais n'entendit rien. Pas un bruit. Il était seul. Il tâta de ses mains engourdies la surface sur laquelle il était allongé : de la pierre.

Mauvais souvenir.

Tentant une seconde fois, il réussit à entrouvrir les yeux et constata qu'il se trouvait toujours dans la grotte, mais dans une obscurité quasi totale. Etouffant un juron, il se releva douloureusement. Ses yeux s'habituant lentement aux ténèbres, il scruta les alentours et vit qu'il était toujours au centre de l'immense autel, là où l'Archimage avait lancé son sort. Qu'était-il arrivé ensuite ? Sa mémoire lui faisait cruellement défaut. Il ne se souvenait plus de rien, si ce n'est le visage tordu de jalousie et de colère d'Orochimaru. Si Sasuke avait su que tout cela se terminerait ainsi…


Assis sur la pierre dure, il regarda ses mains, tâta ses bras et ses jambes. Bonne nouvelle : il semblait être vivant et en un seul morceau. Il s'étira, passa une main dans ses cheveux bruns et entreprit de quitter cet endroit lugubre avant qu'un autre sorcier complètement fou ne le retrouve et ne lui jette à nouveau un sort. D'ailleurs, quel sort lui avait lancé Orochimaru ? Peu importe. Il devait sortir d'ici, et vite.

Se relevant difficilement, il tenta de reprendre son souffle une fois debout. Bon sang ! Lui, ce magicien si puissant, essoufflé parce qu'il se levait ?! La colère et l'humiliation bouillaient dans ses veines. Ce satané magicien ne perdait rien pour attendre.

Relevé sur ses deux genoux, il distingua en face de lui une grande porte en bois brun. Tiens, il ne lui semblait pas avoir vu de porte la dernière fois… S'avançant près du rebord de l'autel, il s'apprêtait à sauter sur le sol en contrebas quand une douleur fulgurante à la tête le tétanisa. Il tomba en arrière, se tenant le crâne comme s'il allait exploser, et poussa un long gémissement de douleur.

« Bon sang ! » jura-t-il entre ses dents tandis que la douleur refluait.

Il passa une main sur son visage et, à sa surprise, ne distingua pas son pouvoir.

« Je n'ai plus de… magie ? » balbutia-t-il.

Il leva la main, la rabaissa. Rien. Il l'approcha à nouveau du rebord. La même douleur le plia en deux et lui arracha un cri tant de souffrance que de frustration. Il n'avait plus de pouvoir et quelque chose comme une barrière invisible l'empêchait de quitter sa place ! Comment était-il arrivé là ?

Par mesure de précaution, il s'éloigna du bord et s'accroupit au centre de la structure en pierre. Il réfléchit longuement jusqu'à en venir à la conclusion très simple : Orochimaru avait bridé sa magie et l'avait tenu – et le tenait toujours – enfermé dans cette caverne, par un sort dont il ne pouvait se défaire sans magie. Autrement dit, il était bloqué. Il ne sut pas exactement combien de temps il resta immobile à méditer, mais un bruit indistinct l'arracha de sa léthargie. Il entendit un bruit sourd, puis quelque chose qui ressemblait à des pas. Enfin, il sursauta quand il vit la lourde porte, en face de lui, s'ouvrir lentement, laissant passer un rayon de lumière. Etait-ce Orochimaru qui revenait lui faire subir d'autres horreurs ?

Il se leva d'un bond et fut satisfait de constater qu’une fois ses forces revenues, il avait conservé sa souplesse et sa réactivité d’antan. Malheureusement, sans magie et sans pouvoir sortir de cette cage invisible, cela allait être compliqué de se défendre.

Les yeux fixés sur l'ouverture, il vit une tête passer par l'entrebâillement. Une tête avec… des cheveux roses ?

« Kohada ? » s'exclama le jeune homme.

Mais la rose ne sembla pas l'entendre. Pire, elle ne sembla pas le remarquer ni le voir…

« Suis-je également invisible ?! » rugit-il.

Comme pour lui répondre à l'affirmative, la jeune femme avança dans la pièce et passa près de lui sans même le regarder. Il vit alors que ce n'était pas la Kohada qu’il connaissait, mais une créature tout aussi belle. De longs cheveux roses, retenus en une tresse négligée posé nonchalamment sur son épaule, et un visage harmonieux, tout en courbe et en finesse, au teint de poupée. Elle portait une robe de magicienne d'un vert profond dont manches laissaient ses épaules dénudées et tombaient sur ses bras dans un joli effet drapé qui rendait le tout incroyablement sensuel. Du moins, à ses yeux, mais il savait qu'il ne pouvait s'empêcher de s'extasier devant une jolie femme. Mettant de côté ses pensées déplacées, il l'entendit murmurer quelque chose et Sasuke tendit l'oreille pour l'entendre.

« Où est-ce qu'elle est ? Pourquoi faut-il toujours que je perde mes affaires dans des endroits improbables ? »

Elle secoua la tête, puis s'arrêta et se concentra. Sasuke devina sans peine ce qu'elle faisait : elle usait de son pouvoir de perception pour trouver ce qu'elle avait perdu. Le brun savait à quel point il était dur de maîtriser ce pouvoir, mais une fois réussi, il y avait tellement de façon de l'utiliser. S'approchant prudemment du rebord, sans toucher la barrière – il avait compris où s'arrêtaient les bornes de ce sort – il l'observa de plus près.

Brusquement, elle sursauta et tourna son regard en sa direction, comme si elle le voyait enfin. De surprise, elle lâcha un cri et, en reculant, trébucha et s'écroula, dos contre le mur.

« Aie ! l'entendit-il s'exclamer, le visage crispé par la douleur. Puis elle rouvrit les yeux et sembla le regarder droit dans les yeux : Qu'est-ce que c'est que ça ?

- Drôle de façon de me qualifier... soupira Sasuke. Je suis un humain, comme toi, et je…

- On dirait… une grosse boule de magie... » le coupa-t-elle, sans prêter attention à lui.

Elle se releva d'un mouvement souple et s'avança, la main tendue vers lui. L'espace d'un instant, il voulut lever la sienne pour pouvoir la toucher mais se reprit rapidement en se rappelant que la barrière était toujours là.

La jeune fille continuait de s'approcher dangereusement de lui et surtout, de sa prison magique.

« Stop ! Arrête-toi tout de suite, c'est dangereux ! »

Mais encore une fois, elle ne parut pas l'entendre. Elle arriva finalement au bord de l'autel et rapprocha sa main de lui… et un incroyable sentiment de plénitude l'assaillit. Il cligna des yeux : elle ne le touchait même pas et pourtant, il eut l'impression qu'elle venait de le libérer de tous ses maux. A présent, peu lui importait qu'il y ait une barrière ou que l'intensité de la douleur le fasse tomber dans les pommes, il leva la main sans hésitation et la posa sur celle de la jeune femme. Lorsque leur paume se joignirent, un long frisson le parcourut et il la vit frémir elle aussi. Elle papillonna des cils et une émotion traversa ses pupilles vertes.

« Oh mon dieu ! » s'écria-t-elle.

Pour la deuxième fois en quelques minutes, elle recula et… tomba.

« Vraiment maladroite...

- Qu-Qu'est-ce que c'était que ça ? Il y a quelqu'un ? »

Sasuke cilla.

« Tu m'entends ? demanda-t-il, pleins d'espoirs.

- Mon dieu, qui ou quoi que tu sois, je t'entends, oui ».

Elle s'agenouilla et regarda fixement en sa direction. Il discerna la peur et l’inquiétude dans ses prunelles d'émeraude et l'admira pour son courage. D'autres se seraient enfuis depuis bien longtemps...

« Je suis un humain, expliqua-t-il.

- Je n'ai jamais vu ''d'humain'' comme ça, excuse-moi.

- Comment ça ?

- Et bien… Elle sembla chercher ses mots. Vous ne vous voyez pas ? »

Le brun resta muet quelques instants, se passa une main sur le visage, et baissa la tête pour observer son corps.

« Oh, fit-il enfin. Vous n'avez jamais vu quelqu'un d'aussi beau ? » plaisanta-t-il.

Elle émit un petit rire mignon.

« Désolé. Vous êtes la plus belle boule de magie bleue que j'ai jamais vue » rétorqua-t-elle avec un sourire narquois.

Boule bleue ?

« Hein ? »

La situation était encore pire qu'il ne l'avait imaginé...