Chapitre 1

par Akina-Chan

Chapitre 1



Année 201 de la Quatrième Ère :


« Ouvrez vos grimoires à la page des guérisons »

La professeure ouvrit son propre exemplaire sur la page où figuraient des schémas compliqués, des textes explicatifs et quelques formules magiques complexes.

Sakura feuilleta rapidement son livre et releva la tête vers l'enseignante. Au-dessus d'elle, la devise des magiciens de son académie s'étalait en lettres dorées sur le mur : « Le bâton est au magicien ce que l'épée est au guerrier ! - Sans épée, le guerrier ne peut se battre ! ».

Sakura réprima un soupir et se remit à écouter la femme qui commençait à décrire une opération.

« Lorsque que vous voulez guérir quelqu'un, sur quoi devez-vous vous concentrer ? »

Un élève au fond de la classe leva la main.

« Il faut accumuler notre pouvoir dans notre bâton – Sakura grimaça – et concentrer notre esprit sur la blessure.

- Exactement ! » approuva la femme.

D'un geste machinal, Anko, professeur en magie réparatrice, rejeta quelques-unes de ses mèches brunes derrière son épaule. C'était une belle femme, très douée et très douce. Elle était passionnée par sa matière, qu'elle enseignait avec dévotion et conviction.

« Surtout il faut bien visualiser la blessure, puisque c'est votre esprit qui, en imaginant que le mal se résorbe, fera en sorte que cela devienne réalité grâce à votre pouvoir. Maintenant, avec ces informations, pouvez-vous m'expliquer concrètement pourquoi il est dur de guérir une blessure qui touche les organes vitaux internes ? »

Les élèves se regardèrent, hésitant.

Sakura leva lentement la main.

« Oui ? l'interrogea Anko avec un sourire.

- Il est plus dur de s'imaginer l'intérieur d'un corps, d'où la difficulté à visualiser mentalement la blessure et donc de la soigner ».

La femme hocha vigoureusement la tête, satisfaite de cette réponse, et passa à la suite de son cours.

La Rose savait que sa prof plaçait de grands espoirs en elle. Elle n'était pas la fille de la famille Haruno, famille de grandes magiciennes, pour rien. De mère en fille, toutes les Haruno avaient fait preuve d'un esprit vif et puissant, les destinant à maitriser cet art avec beaucoup de facilité. Sakura n'y échappait pas.

Plus jeune, alors qu'elle allait encore à l'Ecole Générale, elle avait négligé les matières destinées aux autres classes – guerrier, archer et commerçant. Puis, lorsqu'elle avait dû choisir entre l'Académie de la Guerre, l'Académie de l'Adresse, l'Académie du Charisme et l'Académie de la Magie, son choix s'était automatiquement porté sur cette dernière. D'un côté, elle s'était sentie presque obligée, forcée de suivre la voie de toutes ses ancêtres, car dès la naissance, on l'avait destiné à cela ; mais d'un autre côté, elle sentait, au plus profond d'elle-même, que là-bas était sa place. La magie était sa destinée, sa raison de vivre et d'exister. Elle la sentait couler dans ses veines.

Depuis qu'elle avait intégré l'Académie de la Magie, à ses vingt ans, elle avait travaillé sans relâche pour s'améliorer sans cesse. Aujourd'hui, à vingt-trois, tout le monde disait qu'elle suivait les traces de sa mère, magicienne connue et respectée de tous.

Le cours se termina quelques heures plus tard, et leur professeur les encouragea à s'exercer après avoir répété la fameuse phrase : « N'oubliez pas votre bâton, car sans lui, on ne peut faire de magie ! ». Sakura rangea ses affaires, prit donc son bâton – un magnifique bâton, presque aussi grand qu'elle, en bois noir au sommet duquel un quartz rose était emprisonné dans des branches artistiquement tordues – et sortit.

Elle laissa les autres élèves partirent vers les pièces de détente et tourna dans un petit passage plus sombre et moins large. Au fond de ce couloir, elle déboucha dans une petite salle, une sorte de bibliothèque miniature, où la lumière entrait à travers les vitraux colorés qui décoraient les murs de pierres grises. Elle s'avança dans le rayon des légendes magiques, puis se baissa, releva le coin d'un tapis, sous lequel elle aperçut enfin la trappe qu'elle cherchait. Elle ouvrit le pan de bois et entra dans le trou avec souplesse, avant de refermer le socle sur elle.



L'année dernière, Sakura avait trouvé cette galerie par hasard, un jour de pluie où elle n'avait pas pu s'exercer dehors. Furetant dans tout le château qui constituait l'Académie de la Magie, elle avait trouvé ce couloir, presque dissimulé aux yeux de tous. Et, bizarrement, personne ne semblait prêter attention à ce passage. Puis, en l'explorant, elle était entrée dans cette bibliothèque, remplie d'ouvrages uniques, disparus de toutes les autres bibliothèques du monde, souvent très complexes mais décrivant des sorts puissants et très rarement utilisés. Elle avait lu ces livres avec une curiosité dévorante, et, alors qu'elle avait voulu s'attaquer aux ouvrages contenant les légendes perdues et oubliées, elle avait découvert l'existence de cette trappe, sous un lourd tapis rouge rubis.

Une fois faufilée dans l’ouverture, on se retrouvait dans une sombre caverne qui menait ensuite à deux embouchures. L'une d'elle s'arrêtait quelques mètres plus loin. Quant à l'autre, elle débouchait sur une lourde porte en bois, couvert de dessins, de runes et de formules provenant d'une langue ancienne que Sakura n'avait pu déchiffrer. Elle avait tout de même tenté de pousser le lourd battant et s'était rendu compte, avec joie, que la porte n'était pas verrouillée. Derrière celle-ci, il y avait une pièce circulaire au centre de laquelle trônait un magnifique autel circulaire de pierre polie. Sur les rebords de cet autel, on avait tracé des dessins mystiques et aussi incompréhensibles que les écritures sur la porte. Elle s'était demandé qui avait pu faire cela. Puis elle s'en était détournée. Qu'importe, puisqu'en réalité, Sakura venait là pour apprendre, pour lire et pour s'entraîner. Elle trouvait en ces lieux un calme qu'il n'y avait pas à la surface. Et elle aimait ce calme. Il avait quelque chose de surnaturel qui l'attirait. Comme si, dans cette pièce caverneuse, éclairée par la lumière incandescente des feu follets qu'elle invoquait, elle appartenait à un autre monde, un monde rien qu'à elle.



Elle posa son bâton et son sac au sol, s'accroupit, son livre de magie sur ses genoux, et entreprit de lire la section consacrée aux blessures magiques. Au bout de longues minutes, elle reposa son livre sur le sol et ferma les yeux pour se concentrer. Puis elle les rouvrit et lentement, tendit la main vers son livre. Tout doucement, celui-ci se décolla du sol, puis s'éleva dans les airs. Elle fit un geste de la main et les pages du livre se tournèrent d'elle-même.

« Le bâton... » soupira Sakura.

Elle abaissa sa main et le livre s'écrasa au sol dans un bruit de papier froissé.

La rose tourna son regard vers ledit bâton.

« ''Le bâton est au magicien ce que l'épée est au guerrier ! Sans épée, le guerrier ne peut se battre !'' imita-t-elle d'une moue moqueuse. Mensonges... »

Elle leva à nouveau la main et cette fois-ci, c'est le bâton qui se mit à léviter. Sakura fronça les sourcils et le bâton, en réaction, se brisa net. Puis Sakura inspira profondément, fit quelques signes avec ses mains et, lentement, les deux bouts de bois noir se réunirent et s'entremêlèrent pour reprendre leur forme initiale.

Sakura soupira. Elle avait découvert ce don l'année dernière, au cours de ses entraînements. Elle s'exerçait, ici-même dans cette caverne, à la lévitation. Elle avait réussi à faire voler son sac mais quelque chose – elle n'avait jamais su quoi – l'avait fait sursauter et elle avait lâché son bâton des mains. Au ralenti elle avait vu son sac, rempli de fioles et d'objets fragiles, se rapprocher dangereusement du sol rocailleux. Elle avait alors tendu les mains d'un geste instinctif et la sacoche avait repris sa douce lévitation. Ce jour-là, elle comprit que cette obligation de toujours utiliser le bâton pour pratiquer la magie n'avait aucun sens. On prétendait en effet qu'un magicien faisant de la magie sans bâton s'exposait à des influences mauvaises, vicieuses, qui s'emparaient de son esprit jusqu'à ce qu'il en devienne fou, cruel et inhumain. Il y avait eu quelques cas dans le passé, ce qui dissuadait les plus téméraires de tenter leur chance. Mais Sakura constata que, au contraire, sans bâton, sa magie n'avait plus de limite : elle était plus forte quand son pouvoir sortait directement des pores de sa peau, sans passer par un quelconque intermédiaire.



Elle avait néanmoins caché cette découverte à ses camarades et surtout, à ses professeurs. Elle l'avait fait, parce qu'elle sentait que c'était la meilleure solution. Une intuition, un pressentiment. Et Sakura écoutait toujours ce que son esprit lui disait de faire…

La vraie question qu'il fallait se poser maintenant était : pourquoi l'Académie cherchait-elle à brider la magie de ses élèves ?



Combien de temps elle resta plongée dans ses pensées, Sakura ne le sut pas. Mais elle sentit brusquement un changement dans l'air, léger mais pas imperceptible. De la magie. Elle leva la tête, scruta la pièce, la porte, mais ne vit rien. Ses yeux passaient d'un endroit à un autre, cherchant la moindre trace de mage, mais rien ne vint.

Il n’y avait rien d’autre qu’elle en ces lieux.