« Et puis Ino m'a rencontré »

par Lorely



CHAPITRE QUINZE

«ET PUIS INO M'A RENCONTRÉ»




DOSSIER NUMERO 010127

Séance du 17/09/2017 09:00 - 10:25

Capitaine Orochimaru YAMAGUCHI, Lieutenant Jiraya GAMMA, de la brigade du commissaire Hiruzen SARUTOBI. Docteur Tsunade SENJU.

Remarque(s): Affecté psychologiquement. Rien d'inquiétant pour autant.



Retranscription de la troisième séance.



Bonjour.

J'ai fait un rêve cette nuit. C'était un souvenir, un beau souvenir. Je suppose que vous n'avez jamais vu Hinata patiner et pourtant ça en vaux la peine. Ce rêve était la retranscription de la première fois que je voyais Hinata sur ses patins. On avait quatorze ans, et elle nous avait invité à assister à son entraînement.

Je me souviens d'elle, dans sa tenue de sport ; un short en lycra qui mettait en valeur ses formes naissantes. Ses cuisses débordaient de l'élastique, pulpeuses et gourmandes. Une veste de sport blanche s'ouvrait sur son débardeur fleurie. Ses cheveux poussaient lentement à l'époque, alors elle avait tenté d'attacher son carré brun en deux couettes basses mais des mèches, pourtant rarement rebelles, s'échappaient de ses élastiques colorés.

Dans mon rêve, et dans mon souvenir, je la revois encore nous faire signe de la main alors qu'elle sur la glace. Sa frange est séparée en deux par une multitude de barrettes, lui faisant une raie-au-milieu assez laide. Surtout que dévoiler comme ça son front, avec ses joues rebondies, ça lui filait des airs d'intellos. Ce qu'elle a toujours été, en fait.

Et puis la musique s'est lancée dans les hauts-parleurs. C'était un morceau de piano, et Hinata a commencé à virevolter. On aurait dit qu'elle était sur les touches de ce piano et qu'elle glissait sur les notes. La mélodie venait enlacer sa taille afin de la porter lors de son premier lancer. Sa réception était maladroite et on a tous cru qu'elle allait tomber mais elle a poursuivie, une jambe tendue, le dos plat, les bras écartés. Elle a ri, gênée, mais positionnée ainsi elle ressemblait à un ange déployant ses ailes.

Elle accompagnait alors les notes, avant de tourner sur elle-même, puis de retenter la même figure que précédemment. J'en ai eu des étincelles dans les yeux. A croire qu'elle allait s'envoler.

Dans mon rêve, elle n'a jamais rechuté.


[DOCTEUR SENJU : Voulez-vous parlez de ce rêve ? Des émotions que cela vous a procuré ? Votre analyse personnelle ? Faites-vous beaucoup de rêve de ce genre ces derniers temps?]


Non, pas vraiment. Je vous ai juste raconté ça parce que j'avais envie de vous parler d'Hinata. Des fois, quand je suis hors de moi, je repense à Hinata qui s'échappe dans un univers parallèle en patinant, et je me sens un peu plus apaisé.

Je me demande comment on va prendre cette séance, parce que la dernière fois c'était le fouillis. Y'avait tout ce bordel monstre autour de Temari et j'ai discuté avec vous, mais en vrai, j'étais pas à fond dans mon monologue. Je pensais à Temari, à ce que vous alliez lui dire et surtout à ce que vous alliez entendre.

Elle avance votre enquête ?


[LIEUTENANT GAMMA : Ce n'est pas vraiment quelque chose que vous devez savoir.]


Haha, ça, ça veut dire qu'on ne vous aide pas du tout.

Désolé, mais y'a une psy parmi vous, et aujourd'hui j'vais plutôt essayer de guérir mon cœur blessé. J'en peux plus des insomnies, des crises d'angoisses nocturnes. Vous devriez me voir me réveiller en sursaut à trois heures du matin, à me tenir la poitrine comme pour l'empêcher d'exploser. A respirer à l'allure d'une course de Ferraris. Dans ces cas-là je marche, et marche. Je fais les mêmes ronds dans mon salon. Et puis quand ça se calme pas j'appelle Naruto. En général il n'est pas couché, ou alors ça ne le dérange pas d'être réveillé. Il n'arrête pas de cauchemarder. Il dit qu'il voit la glace se fissurer, et Hinata tombe dans l'eau glacé. Et une ombre est penchée par dessus le trou, c'est sûrement celui qui l'a poussé. Et lui il regarde tout, et il ne fait rien.


[Il s'arrête, embarrassé.]


Mh, ce n'était pas à moi de parler de tout ça, désolé.

Dites, madame Senju, il y a truc que j'aurais dû faire il y a bien longtemps ; guérir de ma rupture. Je vais essayer de replongez un peu plus dans le passé, et avec un peu de chance je n'aurais plus jamais à le faire. Je vais vous dire ce que j'ai dit à Naruto, à Suigetsu et à Hinata, alors qu'on repartait de l'école ensemble...



J'avais quinze ans. Je rentrais en seconde. J'avais passé l'été avec la bande. Un jour dans le jardin, l'autre à la piscine, le week-end dans des parcs. J'avais un peu bronzé, et j'avais aussi renoncé à Temari. Je me souviens le lui avoir dit alors qu'on allait commander des milk-shakes. Elle a souri et m'a dit qu'elle était contente pour moi. Moi, j'étais un peu triste. OK, je n'étais pas amoureux d'elle, mais elle me plaisait quand même, et ses rejets avaient blessé mon égo.

Cet été-là on s'était préparé à notre entrée au lycée. Cet été-là on a commencé nos stratégies pas très discrètes pour rapprocher Naruto et Hinata et ainsi les confronter à leurs sentiments. Cet été-là Sakura m'a expliqué comment prendre soin de sa peau et on a fait des masques ensemble. Cet été-là Naruto a voulu se mettre au sport. Cet été-là Suigetsu a pris vingt centimètres, s'est teint les cheveux, et a déclaré une nuit que les filles c'était trop chiants et qu'il ne tomberait jamais amoureux. Cet été-là on a passé une nuit entière dehors, à crier dans les rues vides et à rêver, la tête dans les étoiles. Cet été-là Naruto a arrêté le sport. Cet été-là on a mangé un Mc Do à deux heures du matin.

A partir de cet été-là, on a commencé à grandir, à réfléchir, à imaginer, à s'aimer pour de vrai. Je suis donc rentré en seconde en me disant que l'amitié c'était cool, et qu'il n'y avait que ça de vrai.

Et puis Ino m'a rencontré.

Naruto, Suigetsu et moi sortions du bureau des surveillants, eux qui nous avaient salement collés. On rigolait quand même, malheureusement fier de nous.

Ils abusent ! Si on ne peut même plus s'amuser, fit Suigetsu avec une moue, une canette de Coca Cherry dans les mains (c'était forcément ça, il ne buvait que ça en seconde).

Ha, ma mère va me faire la fête, râla Naruto, les bras croisés derrière la tête. J'vois déjà son discours : « Ça fait un mois que tu es rentré au lycée et tu te fais déjà remarquer ! Et c'est quoi ça ?! Une cigarette ?! Tu essaies d'être cool mais attraper le cancer ce n'est pas une mode mon fils ! »

J'suis sûre qu'elle va dire que c'est de ma faute, j'ai répondu. Elle va encore te dire que je suis une mauvaise fréquentation, et que... Elle dit quoi de moi déjà ?

Que t'as changé, que tu étais mieux avant, que l'adolescence a cette fâcheuse tendance de tout changer chez les jeunes.

C'est ça ce qui est drôle ! Dit Suigetsu en roulant des yeux.

De toute façon mon père va me faire la morale aussi. J'entends déjà le doux son de la comparaison avec Itachi.

Mon frère à moi était un gros nul, alors j'ai pas ce soucis, rit Suigetsu. On est juste collés pour avoir fumer dans les chiottes alors que Mangetsu, lui, a été viré de son premier lycée au bout de trois jours parce qu'il entretenait une relation avec une prof.

Il est hardcore ton frère.

Naruto a mimé de vomir et a piaillé comme quoi les vieilles c'était vraiment pas son truc. Puis j'ai sûrement dit quelque chose comme quoi moi les filles c'était fini même si j'avais eu un crush sur Temari et que Sakura me faisait les yeux doux depuis un sacré moment. Puis j'ai reçu un texto de Temari, justement, qui me précisait qu'Hinata allait recharger toute seule sa carte de cantine. J'avais bien reçu le code et alors sur le ton d'un mauvais acteur, j'ai changé de sujet de conversation :

Hé, Naruto, je dois remettre des sous sur le compte de la cantine, on se rejoint là-bas ?

Bah, on ne peut pas y aller ensemble ?

J'dois d'abord chier.

Ça marche, tu viens Sui ?

Suigestu qui avait bien saisi la situation haussa nonchalamment des épaules après avoir bu bruyamment sa dernière gorgée sucrée.

Nope, en tant que meilleur ami je dois accompagner Sasuke.

Pas la peine de vous préciser qu'on était nul à ce jeu.

Il plaisante, ais-je tenté de rattraper. Il a flashé sur une nana et c'est seulement maintenant qu'il peut lui parler.

Ha ouais, c'est pas con ça. Ouais j'ai plutôt flashé sur une gonzesse.

Sérieux ? S'enthousiasma Naruto. Elle s'appelle comment ? Elle ressemble à quoi ? Tu l'as rencontré comment ? Qu'est-ce que t'aimes chez elle ?

Je te le dirais plus tard !

On s'est séparé, Naruto non sans grimacer et j'esquissais un sourire. Le bon vieux temps, comme je pourrais le dire aujourd'hui. L'insouciance, l'honnêteté, rien de plus important que les potes.

Sasuke Uchiwa ?

Je me suis retourné, interpellé par une voix dans mon dos. Pas besoin de vous faire un dessin ; c'était Ino. Elle n'avait que quinze ans, son corps se construisait encore et pourtant elle était si belle. Le soleil glissait sur sa longue chevelure blonde et elle savait déjà se mettre en valeur. C'était la première fois que je voyais une fille qui savait le faire, se mettre en valeur. Juste sur le point du maquillage ; Temari et Hinata n'en mettait pas et quand Sakura essayait c'était toujours moche. Et les autres filles de la classe s'en étalait trop. Ino, elle, elle dosait. Elle ne se modifiait pas ; elle se valorisait. Elle était tellement belle avec ses lèvres brillantes et ses longs cils, et surtout avec son débardeur laissant une vue sur son timide décolleté... Elle était dans ma classe et je l'avais trouvé tout de suite hyper sexy, mais sur le moment j'ai fais semblant de ne pas la connaître.

Ouais ?

Je suis Ino. On est dans la même classe.

Ha ? Possible.

Je me la suis jouée cool et détaché. Je lui ai répondu mais je n'ai pas cherché à alimenter la conversation, avec l'air de celui qui était au dessus d'une fille aussi belle.

Bon, elle ne s'est pas laissée démonter puisqu'elle a fait un pas vers moi.

Je fais une soirée samedi. Tu veux venir ?

Et là, ça a dégringolé dans ma tête. Une soirée ? Genre une vraie de vraie ? Avec de l'alcool et de la musique forte ? Comme dans les films américains ?

J'ai enfoncé mes mains dans mes poches et j'ai fait genre de réfléchir.

Samedi-ci ?

Euh oui, pas samedi dans dix ans.

Si ça avait été le cas, tu aurais été sûre que je sois libre.

Pourquoi ? Tu as un emploi du temps de ministre ?

J'suis plutôt demandé, ouais. 'faut se battre pour m'avoir, tu vois.

Me battre contre qui ? Je ne vois pas d'adversaire.

J'ai rougi, piètre menteur, avant de bafouiller.

Bah, euh... J'suis assez demandé.

Tu l'as déjà dit...

Elle a rit tout bas avant de faire un nouveau pas. Whoa, depuis combien de temps était-elle aussi proche de moi ?

Y'a des tas de nanas, et de gens en fait, genre qui trouvent que je suis incroyable, et je le suis. Donc tu vois...

Je te contacte sur facebook pour te donner les infos. Tu peux amener tes amis.

Elle est partie sans me toucher et pourtant son parfum laissé derrière elle m'avait caressé sans pudeur. Je me suis retourné pour la regarder s'éloigner. Même son dos était splendide.



Notre première soirée. C'était un truc de malade. Je nous revois encore tous les six devant la grande table, celle avec toutes les boissons alignées. On ne connaissait le goût d'aucune d'entre elle. J'avais acheté une veste en cuir dans la semaine et un nouveau paquet de cigarettes pour l'occasion. Je me sentais immortel.

Bon, j'inaugure, hein, a fait Suigetsu en saisissant la bouteille de Vodka.

Tout le monde se servait si aisément, on aurait dit qu'ils avaient fait ça toute leur vie. Certains jouaient avec des shots, d'autres avec des bières et des cartes, certains dansaient, d'autres discutaient. On était pas hyper nombreux, peut-être une vingtaine dans l'appartement d'Ino. Et c'était pourtant si bruyant.

On n'est pas obligé de faire comme tout le monde. On peut s'amuser sans boire, a commenté Hinata en prenant une part de pizza.

J'suis plutôt d'accord avec Hina, a hoché la tête Naruto.

Pareil. J'aime déjà pas cet endroit, a rechigné Temari, les bras croisés.

Je la sens pas, cette Ino, a poursuivi Naruto.

On a trinqué avec Sui, et Sakura nous a suivi pour le prochain verre. C'était dégueulasse et je me demandais comment les gens pouvaient aimer ça. J'étais un peu nul à l'époque donc j'ai bu plusieurs verres à la manière dont on boit des verres d'eau. Au bout d'une heure j'étais ivre. Les sons étaient amplifiés, les gens étaient beaux et amusants et...

Et puis Ino m'a invité à danser, et c'est ce qu'on a fait. Toute la nuit on s'est collés l'un à l'autre, on a valsé sur de la techno et on s'est déchaîné sur un slow. On s'est marré, et quand l'aube a pointé son nez, elle m'a embrassé. C'était la première fois que j'embrassais une fille, alors j'étais hyper tendu. J'essayais de comprendre cette sensation, de saisir l'émotion, et puis je me suis laissé porter. C'était vraiment incroyable.


Félicitations Sasuke ! Vous êtes trop mignons tout les deux !

Naruto tu m'étouffes !

Sasuke est amoureux, il est amoureux !

Hé, c'est pas Hinata là-bas ?

Où ça ?

Quand il a réalisé qu'il n'y avait personne dans le couloir, il m'envoya un regard qui se voulait meurtrier mais qui me fit surtout rire. Il rougit et marmonna des trucs inintelligibles.

Voilà le séducteur.

Temari venait de faire son entrée. Rayonnante et ironique, elle me tapota le haut de la tête, comme un maître félicitant son chien.

Il a une petite-amie le Sasuke, c'est bien.

Tu as toujours une place dans mon cœur Tem, la taquinais-je.

Non merci, je sens que je serais à l'étroit là-dedans.

Elle a tiré la langue. Tout allait bien.


Je m'étais allongé dans le lit d'Ino. Dans ses draps de soie. Sa chambre était bizarre. Elle était beaucoup trop... Beaucoup trop Ino Yamanaka. Je ne sais pas comment vous expliquer ça. Disons qu'il y avait son petit coin beauté, avec vraiment une tonne de produits de maquillage. Et puis son dressing rempli, et des pages de catalogue de mode arrachées et collées sur les murs. Vous voyez, ça ressemblait beaucoup trop à Ino. Moi dans ma chambre j'ai des bougies. C'est un truc de hipster, ou de bobo, selon mes potes. Ce que je n'étais pas. Et pourtant c'était dans ma chambre. Et bien Ino, il n'y avait pas ses « bougies ».

Bref, elle était dans mes bras, on parlait de tout et de rien. On s'écoutait vivre.

Pourquoi tu m'as laissé t'embrasser Sasuke ?

C'était une drôle de question, mais j'avais décidé d'être honnête.

Parce que j'étais un peu bourré.

Elle a rit contre mon t-shirt. J'adorais son rire. Bruyant mais pas crade. Un rire franc, un rire qui venait du fond de ses poumons.

D'accord, alors pourquoi as-tu accepté de venir à ma soirée ?

J'ai pas vraiment accepté, tu m'as forcé.

Tu aurais pu ne pas venir.

Bon, disons que je te trouvais hyper mignonne.

Et là ?

Quoi là ?

Elle s'est relevé, sa main sur mon torse, sa poitrine en apesanteur au dessus de la mienne et ses longs cheveux blonds qui dégringolaient sur ma peau, devant ses yeux, sur nos mains. Je lui ai écarté une mèche pour croiser ses prunelles bleues. On dit souvent qu'on peut se noyer dans un regard ; j'aurais pu mourir sans hésiter dans le sien.

On est ensemble depuis un mois Sasuke, ce n'est pas grand chose et pourtant pour moi c'est énorme. Est-ce que tu es toujours là, avec moi, parce que tu me trouves « hyper mignonne » ?

J'ai ouvert la bouche, incapable de répondre. Puis lentement, dans la sueur de ses couvertures, je me suis soulevé pour presser ma bouche contre la sienne. Elle a souri tandis qu'on s'embrassait puis m'a répondu avec plus de ferveur. Elle a accroché ses bras autour de ma nuque, et on s'est embrassé, encore et encore. On ne reprenait même plus notre respiration car si nos lèvres se quittaient c'était uniquement pour sentir l'odeur de l'autre. Ma bouche aimait bien se perdre sur sa peau.

Et dans un souffle, elle a dit qu'elle m'aimait. J'étais fou d'elle, mais j'ai fait semblant de ne rien entendre.


N'empêche qu'à partir de ce moment, on est devenus inséparables. On était Ino et Sasuke. Un peu comme Roméo et Juliette ou Boule et Bill. On était un duo. Non, on était une seule âme dans deux corps.

Un jour, j'accompagnais Sakura dans une séance shopping. Elle voulait absolument un nouveau manteau pour l'hiver.

J'adore les doudounes, m'a-t-elle dit, mais c'est tellement moches. Mais c'est si confortables... Mais à part les esquimaux et Hinata, personne ne portent de doudoune.

Alors ne prends pas de doudoune.

Peut-être un imperméable ? Non pas d'imper'. T'as froid, ça te vieilli, t'as l'air d'une comptable, d'avoir un mari avocat et deux gamins qui ont toujours dix à l'école. Et puis c'est plutôt pour l'automne.

Alors ne prends pas d'imper'.

Il me faut tellement un imper' !

Si t'as envie d'avoir le look d'Inspecteur Gadget...

Elle a tiré la langue dans une mimique de dégoût avant de reposer son manteau. Elle parcourut les rayons. Elle avait perdu un peu de poids ces derniers temps, et elle restera maigrichonne longtemps. Je m'amusais souvent à lui dire au collège qu'elle n'était qu'une planche à pain en me disant que de toute façon on en rigolerait dans plusieurs années, quand elle aura un corps de femme, avec une poitrine ferme. Mais on en a jamais ri.

On sortit du magasin et Sakura claqua des doigts sous mon nez.

Oh, Sasuke, t'es avec moi ou t'as rencard avec ton téléphone ?!

Hein ?

Arrête tes sextos, tu coucheras avec ta copine ce soir. T'es avec moi pour l'instant.

Tu laisses pousser tes cheveux Sakura ?

Elle a eu un mouvement recul, figée, avant de nerveusement toucher ses mèches devenues plus longues et de rougir. Sur le moment, je pensais qu'elle essayait juste d'être plus féminine, ou plus coquette. J'étais un peu con. Et surtout, je n'ai pas lâché mon téléphone pour autant.


Tu ne me donnes pas de surnoms, Sasuke.

J'ai arqué un sourcil. Ino sortait ça de nulle part. On venait de coucher ensemble. Vraiment. Genre elle venait à peine de se détacher de moi qu'elle me disait ça, comme ça, sans préambule.

Euh, ok mon petit chaton en sucre ?

Elle a ri avant de me taper sur le torse. Je me suis tourné vers elle pour la voir. Je détaillais chaque trait de son visage, passionné par l’œuvre d'art que j'avais sous le nez.

Elle, elle fixait le plafond.

J'veux dire on est un couple depuis quatre mois Sasuke, on a fêté Noël ensemble, et tu ne me donnes pas de surnom. J'ai l'impression que tu ne m'aimes pas.

Tu sais, les parents de Naruto sont ensembles depuis la préhistoire et je crois qu'ils ne se sont jamais donnés de surnoms. Ça ne veux pas dire qu'ils ne s'aiment pas.

Mais moi je ne suis pas les parents de Naruto. J'ai besoin d'avoir un surnom. Un vrai.

Si tu veux, ais-je soufflé.

Je n'avais pas envie de me disputer.

Tu veux que je t'appelles comment ?

Ne me le demande pas. Ça doit te venir naturellement !

Je suis nul aussi.

Tu m'étonnes.

J'ai froncé les sourcils tandis qu'elle me tournait le dos. Elle a remonté la couverture sur son épaule nue et parce que j'avais terriblement besoin qu'elle m'aime, j'ai posé un baiser sur cette épaule, et j'ai pensé à toutes les plantes qui envahissaient son salon. La suite est venu d'elle même.

Je t'aime, ma belle rose.


Vous le voyez sûrement venir là, non ? Ino. Vous le sentez venir à des kilomètres. Ino et son grand besoin d'affection. Ino la jalouse. Ino la possessive. Et moi beaucoup trop amoureux pour réaliser qu'elle me menait en bateau. Je n'étais pas son copain, j'étais juste un beau garçon, un garçon qui devait lui donner l'affection excessive qu'elle quémandait.

Il y a eu cette fois, par exemple, où on jouait aux jeux vidéos chez Naruto. Des paquets des chips, des pyjamas, des blagues salaces, la nuit dehors. Hinata venait de remporter une partie alors, victorieuse, elle se réfugia dans mes bras. Elle me demanda si j'étais fier d'elle et j'ai ébouriffé ses cheveux.

Niquez vos mères ! Gueula Temari.

Temari est non seulement une mauvaise perdante, mais également une mauvaise joueuse. Elle ré-attaquait contre Naruto, qui est très nul aux jeux. Il lui arrive très souvent de faire exprès de perdre pour faire plaisir aux gagnants, ou alors de ne pas comprendre les règles.

Ta grand-mère en rut putain !

C'est la première fois qu'elle nous la sort celle-la, non ? Demanda Suigetsu qui s'amusait à nous créer sur Tomodachi Life, des chamallows collants ses dents.

On devrait faire un pot où elle mettrait un euro à chaque fois qu'elle sort une insulte, proposa Sakura.

Allez vous faire foutre !

Ta défense est tellement pathétique, Tem !

Il était deux heures du matin, on s'éclatait comme jamais, heureux de se retrouver quand mon téléphone se mit à sonner. Je le saisit aussitôt, ignorant le juron discret d'Hinata, le soufflement de Suigetsu et les yeux tristes de Sakura.

C'était Ino, bien sûr.

Ino ? Il est deux heures là.

J'ai besoin de toi Sasuke.

Je suis avec les potes. Ça ne peut pas attendre ?

Il y a des filles avec toi ?

Bah oui, Hina, Tem et Sakura.

Il y eu un long silence. Je culpabilisais aussitôt. Alors j'ai légèrement poussé Hinata afin de pouvoir m'éloigner. Je n'avais même pas réalisé que Naruto et Temari avait mit le jeu en pause.

Tu les préfères à moi, Sasuke ? Tu les aimes plus que tu ne m'aime ?

Je n'ai pas su répondre tout de suite. C'était vraiment... Vraiment stupide comme raisonnement. J'aimais mes amis autant que j'aimais Ino, juste ce n'était pas de la même façon.

Je le savais, tu ne m'aimes plus. Tu ne veux plus de moi. Tu n'es même pas capable d'être là pour moi. Pour une fois que je te le demande... A la limite si vraiment tu fais quelque chose d'important je peux comprendre mais je...

Sa phrase s'est éteinte et j'ai capitulé dans un soupir. Lorsque j'ai raccroché, je me suis demandé comment j'allais pouvoir la rejoindre à cette heure-ci. Je me rhabillais en m'imaginant déjà faire quarante minute à pieds au beau milieu de la nuit quand Naruto a attrapé ma manche.

Tu fais quoi là ?

Je rejoins Ino.

Sérieusement ? Tu nous plantes, là, comme ça ?

Elle ne va pas bien.

Elle ne va jamais bien.

Tu comprends pas.

Clairement non. Je ne comprends pas comment tu puisses être aussi con.

J'ai enfilé mon manteau, mis mon sac sur mon épaule avant de dévisager mon meilleur ami.

Et si je te disais que là maintenant je n'allais pas bien, Sasuke ?

Je me suis pincé les lèvres. Évidemment je voulais rester là, avec mes meilleurs amis, rire avec eux, fumer avec eux, jouer avec eux, parler avec eux jusqu'à l'aube.

Mais je ne voulais pas perdre Ino. Je savais que ma relation avec elle était plus fragile que celle qui me reliait à mes amis. Alors j'ai claqué la porte.

Mais à peine avais-je fait quelque pas dehors que la voix fluette d'Hinata me retint :

Sasuke, attends !

Je n'ai pas fait volte-face, je l'ai laissé venir à moi. Elle est restée dans mon dos. Je l'imaginais bien avec son gilet de mailles resserré maladroitement sur sa poitrine et son pantalon de pyjama qui tombait sur ses chaussons.

Sasuke, Ino te fais du mal. Cette relation te tire vers le bas. Je sais que tu es amoureux. Je sais que tu-

Non, tu ne sais rien.

Je... A la soirée d'Ino j'ai... Il était là, et il m'est arrivé quelque chose qui fait que... Que je sais ce que tu peux ressentir. A quel point tu donnerais tout pour quelqu'un, quitte à y laisser ton âme. Mais je-

Tu ne comprends pas.

Laisse-moi finir mes phrases, geignit-elle tout bas.

Personne ne me comprends.

J'ai voulu avancer mais plus rapide, Hinata se posta devant moi et me gifla de toutes ses forces. Et croyez-moi, de la force, elle en avait. Je me suis tenu la joue, choqué tandis qu'elle me criait dessus avec sa petite voix et ses joues toutes rouges.

Arrête de te la raconter Sasuke ! Arrête tes petites crises d'adolescent rebelle, et arrête de croire que oh mon dieu, personne ne peut te comprendre. Tu n'es pas un incompris Sasuke, tu es un petit égoïste, un petit chien aux pieds de son maître. Tu es aussi un handicapé ; à la fois aveugle et sourd même si la connerie reste ton plus gros problème.

Je n'ai même pas su l'affronter. C'était peut-être la première fois qu'Hinata me tenait un tel discours. J'étais incapable de bouger, incapable de réagir.

On ne t'attendra pas toute la vie Sasuke.

Elle a remballé ses mots, et elle est partie. Je ne l'ai pas suivi. J'ai traversé la nuit.


[Il se lève du fauteuil. Il fait les cents pas avant de se rasseoir en soufflant et en se tenant le visage. Il ne nous regarde plus.]


Par la suite, notre relation a continué ainsi. Je voyais beaucoup trop Ino, j'étais toujours avec mes amis mais ça ne durait jamais longtemps.

Et puis un soir, alors que j'étais seul et que je bossais un examen. Je reçus un coup de fil. C'était Ino. Il était tard, et je l'aimais peut-être comme un dingue mais je n'avais pas envie de l'écouter. Elle m'étouffait. L'air dont j'avais besoin m'étouffait, c'est drôle ça.

J'ai quand même décroché. Je n'ai pas entendu sa voix à l'autre bout du téléphone, juste des froissements. Je compris qu'elle m'avait sûrement appelé sans faire exprès, une fausse manipulation comme cela arrive à tout le monde. J'allais raccrocher quand les bruits de l'autre côté attirèrent mon attention. C'était des respirations. Je les connaissais, ces putains de respirations. J'ai tenté de me raisonner, de me dire que cela pouvait être n'importe qui. Mais il y avait cette voix masculine, puissante, qui jouissait le prénom d'Ino. Et la sienne à elle, de voix, qui prenait plaisir à répéter le nom de Kiba.

Je suis resté une éternité, figé, à écouter leurs ébats. A l'écouter me tromper. A l'écouter me mentir.

Ils éclatèrent de plaisir et moi en larmes.

Je me souviens précisément des dernières secondes de cet appel, cet appel qui m'avait amené tout droit en Enfer. La voix d'Ino qui se rapprochait et qui dit d'une voix taquine : « J'espère qu'il a tout entendu ».



***


J'ai eu du mal à écrire ce chapitre car j'avais les grandes lignes (Sasuke vénère Ino, Ino pas gentille, Ino et le coup de fil) mais pas les détails précis de leur histoire. Mais finalement, en le relisant, je ne suis pas mécontente. Bon, je trouve que tout s'enchaîne un peu trop vite mais je ne voulais pas m'attarder trop longtemps dessus, donc on y va direct.

Voilà, j'espère que ça vous a plu, et que vous n'avez pas trop chaud parce que cette température est anti-productive !

Sinon il y a un ou deux petits indices concernant le côté euh... meurtrier ?, de cette fic. Les avez-vous repérés ?:)

Retrouvons-nous dans les commentaires !

Bisouilles ♥