« S''il était là, je fumais. S'il n'était pas là, je fumais encore plus. »

par Lorely



CHAPITRE QUATRE

« S'IL ETAIT LA, JE FUMAIS. S'IL N'ETAIT PAS LA, JE FUMAIS ENCORE PLUS. »






DOSSIER NUMERO 010126

Séance du 07/09/2016 10:01-11:11

Capitaine Orochimaru YAMAGUCHI, Lieutenant Jiraya GAMMA, de la brigade du Commissaire Hiruzen SARUTOBI.

Docteur Tsunade SENJU.


Remarque(s) : Fragile émotionnellement. Santé mentale à surveiller.



Retranscription de la première séance.



Bonjour.

Je suis Sakura Haruno. Je suis la meilleure amie d'Hinata.



[CAPITAINE OROCHIMARU : Bonjour Sakura. Comme tu le sais ton amie a été probablement assassinée et, sans rentrer dans les détails, tout porte à croire que l'un de vous est son meurtrier.

Avant toute chose, as tu quelque chose à dire qui pourrait, selon toi, nous être utile pour notre enquête?]


Euh, non pas vraiment. Je ne sais pas trop quoi vous dire. J'imagine mal l'un d'entre nous faire du mal à Hinata. C'est une perle, cette fille. Elle est très gentille, peut-être un peu trop. Toujours prête à tendre la main, même si celui en face d'elle au lieu de la serrer, pourrait... je ne sais pas... La mordre. Toujours prête à pardonner. Elle est un peu l'opposée de Naruto, en fait. Lui, il fonce tête baissée alors qu'elle va d'abord réfléchir posément, et ensuite agir. Ils sont tout deux de grands optimistes.

Je ne sais vraiment pas quoi vous dire, je suis vraiment désarçonnée...


[LIEUTENANT JIRAYA GAMMA : Nous avons rencontré Naruto Uzumaki, Temari Sabaku No et Suigetsu Hozuki. Aucun d'entre eux nous a raconté cette nuit où Hinata Hyûga a perdu la vie. En général ils nous évoquent la période de Noël de cette année. Il y a eu une fissure entre vous, c'est cela ? C'est à partir de là que l'un d'entre vous aurait pu vouloir tuer mademoiselle Hyûga?]


C'est vrai que ce n'était pas la fête... Mais c'est pousser le bouchon un petit loin que de vouloir faire du mal à Hinata pour ces petites raisons. Surtout que ce n'est pas vraiment à cette période là qu'on a commencé à se faire du mal les uns les autres, à se perdre entre nous et se perdre nous-même. Non, ça c'est plutôt le début. Le commencement, le « début de la fin », comme certains disent.

Et, en y réfléchissant, ce n'est pas idiot de débuter notre récit par-là. J'aime l'idée de replonger dans le passé même si je ne suis pas une très bonne nageuse, pour poursuivre la métaphore.

C'était une chouette période. On riait beaucoup, on fumait beaucoup aussi. Sauf moi. Enfin si. Ça dépendait de si Sasuke. Si il était là, je fumais. Si il n'était pas là, je fumais encore plus.

Vous savez, je suis tombée amoureuse de Sasuke comme si j'avais reçu une claque. Ce n'était pas un coup de foudre, c'était un véritable coup de tonnerre. C'est tout bête, mais j'avais peut-être quatorze ans, je pensais surtout à perfectionner mon style vestimentaire et aux bonbons que j'allais acheter pour ma pyjama party. Je m'en fichais pas mal des garçons. D'ailleurs, j'avais toujours été amies seulement des filles, et depuis que j'avais rencontré Hinata et Temari, ils n'y avaient qu'elles dans ma vie. Je suis très possessive avec elles. Naruto, ça ne compte pas. Je le considère presque comme une copine aussi. Ma première discussion avec lui a commencé sur un « bonjour ça va ? » et s'est terminé trois heures plus tard sur un débat sur l'avortement. D'ailleurs, c'était assez drôle parce qu'on partageait le même point de vue mais un regard extérieur aurait eu l'impression qu'on s'engueulait. C'est une pipelette, comme moi. Naruto m'a changé d'Hinata qui préfère hocher la tête plutôt que de dire « oui » et de Temari qui est dans l'économie de salive.

Alors voilà, jusqu'en troisième j'avais ma petite bande de copines. Et Sasuke a débarqué. Je ne sais même plus quels sont les premiers mots qu'il m'a adressé, ni la couleur du t-shirt qu'il arborait. On traînait ensemble parce que c'était l'ami de Naruto. Mais je me souviens qu'un jour, on était assis à côté pour le cours de Physique-Chimie, et il a râlé parce que Suigetsu était absent et que Naruto avait voulu s'asseoir avec Temari et Hinata. Alors on était juste lui et moi sur la paillasse. Et pour la première fois depuis le début de l'année, on se retrouvait juste tous les deux. Il a levé les yeux vers moi. Son regard était plus doux qu'aujourd'hui. Sa frange plus grasse aussi. Et il n'avait pas cette peau de bébé qu'il vante à ce jour. Mais il avait cette profondeur dans le fond de ses yeux, il dégageait quelque chose de différent. Il n'avait pas cette aura réconfortante, cette aura de sécurité, il était hors de cette zone de confort étriquée dans laquelle je m'étais confinée avec mes trois amis. Il m'inspirait un ailleurs, un voyage dans un territoire inconnu mais non sans intérêt. Il attisait ma curiosité.

Et puis, évidemment, parce que c'est Sasuke Uchiwa, le charme dangereux qui l'enveloppait tendrement fut rompu par ses mots.

Ça fait quoi d'avoir un front plus large que ses seins ?

Et c'est là que je reçus la gifle. Au lieu de me picoter la joue, c'est tout mon ventre qui s'enflamma. Parce que à cet instant je sus que je n'aurais jamais Sasuke. Qu'il me serait inatteignable. Que je ne serais pas assez bien pour lui.

Alors au lieu de lui faire du rentre-dedans, de me valoriser, de toute faire pour qu'il soit aussi attiré que je le suis de lui, j'ai joué la carte de la bonne copine. Aujourd'hui, on dirait que, si je quittais ma zone de confort avec lui, c'était uniquement pour aller me cacher dans la Friendzone.

Je ne sais pas ce qui est pire entre moi qui n'ait pas de seins, ou toi qui en as plus que moi ?

Il a pouffé, visiblement surpris que je ne me vexe pas. Il m'a demandé si je m'y connaissais en Physique-Chimie, j'ai hoché la tête et on a passé l'heure a travailler.

Et voilà, aussi simplement que ça, j'étais amoureuse.



Et je comptais taire mes sentiments. Les garder au chaud pour moi. Parce que si je les avait offert à Sasuke, il les aurait blessé. Alors j'étais très bien à le désirer dans mon coin, à supporter ses tentatives de drague vers l'une de mes meilleures amies, à supporter ses sourires lubriques, à supporter ses déboires, à supporter les éloges qu'il se faisait envers lui-même quand il avait ramené une fille chez lui, à supporter d'être mise de côté, à me supporter moi-même. Être la bonne copine inutile, qui le console quand ça ne va pas, qui se contente de lui dire « je serais toujours là pour toi » quand lui te dis « t'es gentille ». Ça me tuait d'être ce genre de fille, mais ça me convenait. C'était ma place.

Mais pourtant...

Je n'ai pas pu m'en empêcher...

C'était juste avant que je ne sorte avec Suigetsu (on a dû vous le raconter ça, non ?). La veille.

On s'était tous dit au revoir, et je comptais prendre le bus, écouter des chansons d'amour désespérées, la tête collée contre la vitre, mais Sasuke s'est tourné vers moi et a bousculé mes plans.

Tu veux venir chez moi ?

J'ai été un peu surprise. J'ai regardé autour de moi. Il n'y avait plus que nous deux.

Pourquoi ? Tu as besoin d'aide dans tes devoirs ?

Il a haussé les épaules. Et puis il a enfourché son vélo. Il a tapoté la cage de fer derrière le siège, là où il met son sac de cours d'habitude et je m'y suis assise. Je me suis cramponnée au grillage, m'interdisant de me retenir tout contre lui. Il a laissé son sac sur les épaules et il a pédalé. Je m'en voulais un peu d'être là, derrière lui. Je me sentais comme un poids. Au roulement de ses épaules et à l'entente de son souffle, je savais que la route était plus difficile à parcourir avec moi.

C'était toujours plus facile sans la petite Sakura.

Et pourtant... J'avais ce vent mordant contre mon visage, qui s'engouffraient dans mes cheveux, sous ma veste, et sous la sienne aussi. Il glissait le parfum de Sasuke tout contre mes narines. Son parfum chaud, celui de toutes les bougies qu'il aime allumer, ce pyromane refoulé. Et puis il y avait les illuminations de Noël au dessus de nos têtes qui brillaient tout contre notre poids. Le jaune des ampoules rendait nos doigts gelés plus lumineux. J'ai eu soudainement envie de rejeter la tête en arrière et de rire aux éclats, le cœur débordant de ce sentiment de bien-être mais je me suis retenue.

On est arrivés chez lui. Il a dit un truc naze comme « ton front, il pèse son poids ». J'ai ravalé mon manque de confiance en moi et puis on est entré chez lui. Et là j'ai réalisé pourquoi Sasuke m'avait invitée.

Itachi, son frère aîné, était parti le week-end dernier. Il n'était pas mort, n'interprétez pas mal mes mots. Il avait juste déménagé, comme n'importe quel jeune adulte.

Et cette maison était soudainement vide sans Itachi.

Sasuke devait être sacrément vide lui aussi. Ils étaient très proches tous les deux...

Chocolat chaud ? M'a-t-il proposé.

J'ai hoché la tête et on s'est dirigé vers la cuisine. Il y avait cette photo de lui et de son frère accrochée sur le frigo que j'ai longtemps dévisagé. Pendant que deux mugs chauffaient au micro-ondes, je ne quittais pas du regard les bouilles amusées des deux gamins.

Et puis Sasuke a arraché la photo, l'a froissée avant de la jeter à la poubelle.

Pourquoi t'as fait ça ?

C'était de trop.

Qu'est-ce que tu racontes ? Elle est superbe cette photo.

C'est pas tes oignions.

Le micro-ondes a sonné mais Sasuke n'a pas bougé. Et moi non plus.

Ton frère te manque ? Tu te sens abandonné ?

Il me tournait le dos. J'étais derrière lui. Il ne disait plus rien alors j'ai poursuivi.

Sasuke, je sais que tu t'es senti abandonné quand Naruto a changé de classe. Et quand ton père a été contraint de vivre la semaine à Paris. Et quand Ino t'as quitté. Je sais que tu as souvent l'impression que le monde s'écrase sous tes épaules et que tu as peur de la solitude. Mais ce n'est pas une raison pour nier toutes ces personnes.

Je me suis baissée et j'ai repris la photo. Je l'ai dépliée et et j'ai cherché un aimant pour la raccrocher sur la porte du frigo mais la voix de Sasuke m'a frigorifié ;

Va-t-en.

Je me suis retournée vers lui. J'avais le cœur dans les tempes.

Je ne t'ai pas invité pour subir tes sermons de miss-je-sais-tout. Si tu as envie de jouer les psychologues, va voir quelqu'un d'autre.

C'est faux, je voulais juste-

Et bien arrête de vouloir, Sakura, m'a-t-il coupé. Va-t-en.

Et ça recommençait. C'est toujours comme ça avec Sasuke. Quand ça ne va pas, il devient capricieux, et immature. Il se renferme en pensant n'avoir jamais été aussi malheureux de toute sa vie et que personne ne pourra l'aider. Il tenait à son frère, je le savais, mais tout de même... Il poussait le bouchon un peu loin, encore une fois.

Très bien, je m'en vais.

J'ai soupiré. J'ai posé la photo sur la table. J'ai saisi mon sac par la lanière mais sa main m'a soudainement attrapé le poignet, me stoppant dans ma démarche. J'ai relevé les yeux vers lui. Il ne me regardait pas. Il tremblait un peu. Il avait l'air perdu, si perdu... On aurait dit un petit enfant, perdu dans les rayons du Supermarché, qui recherche sa mère disparue.

J'ai eu envie de le prendre dans mes bras et de ne pas le laisser s'échapper. Mais je me suis retenue.

C'est juste que...

Il essayait de s'expliquer avec des mots qui n'avaient aucun sens. Il marquait des pauses. Il bafouillait. Il n'avait plus toute l'assurance qui le rendait charismatique. Cette assurance qui m'avait fait craqué quelques années auparavant.

C'est que ce n'est pas juste mon frère qui est parti. Il a pris notre enfance, nos jeux de gamins. Tu sais, des fois, quand on était tout petits, et qu'on prenait nos peluches dans le jardin et on leur inventait une vie. Tu vois le gros nounours dans ma chambre, à côté de ma bougie blanche, et bien c'est un grand Ninja. Et même qu'il peut se transformer en serpent, et en invoquer. Et c'est con parce qu'on a plus jamais joué au Ninjas depuis des années, mais quand je l'ai vu partir j'ai réalisé qu'on ne jouerais plus jamais. Désormais on se verra trois fois dans l'année, pour son anniversaire, le mien, et pour Noël. Et on aura juste des conversations barbantes d'adultes.

Il n'avait toujours pas lâché mon poignet. Je me suis demandé si il retenait Sakura ou si il imaginait retenir Itachi. Je me suis demandé à qui il adressait son discours.

Il n'était plus le Sasuke que j'avais connu. Il avait une brèche, là, dans son cœur. Fragile. Il fallait prendre soin de lui mais comme il jouait l'assuré, personne ne cherchait à s'occuper de lui.

J'aime pas ça ; être presque adulte. J'ai pas envie de devenir responsable. J'ai pas envie de me presser de me trouver des études, et un métier. J'ai pas envie de devoir chercher un appart, ou une résidence, et de quitter ma maison. J'ai juste envie d'avoir de nouveau six ans, d'avoir comme seule peur de déborder quand je colorie. J'ai pas envie d'avoir peur comme aujourd'hui, de continuer d'oser et de découvrir.

Il n'était plus celui que j'ai rencontré, mais je ne l'ai jamais autant aimé qu'à cet instant.

Je t'aime.

Les mots on traversé ma bouche sans que je ne le réalise. Et je n'ai pas eu le temps de les rattraper parce que Sasuke a enfin croisé mon regard. J'ai tout de suite su que j'étais fichue. Mais, étrangement, je m'en fichais pas mal. Enfin, sur le moment.

Je n'avais plus envie de me retenir.

Quoi ?

Quoi ? J'ai bafouillé à mon tour, un peu paniquée malgré tout.

Tu... Quoi ?

Oh ça va, tout le monde le sait, et toi aussi tu le sais.

Mon cœur n'était plus juste dans mes tempes. Il vrombissait dans tout mon corps. C'était le chaos et pourtant j'étais apaisée.

Mais Sasuke a lâché mon poignet.

C'est pas le moment de blaguer, Sakura.

Là, juste à cet instant, j'avais l'occasion de ravaler tout ça, d'inventer une excuse. Mais je vais vous apprendre quelque chose ; je suis une piètre menteuse.

Alors Sasuke a reculé d'un pas. Je lui avait créée une nouvelle peur.

Je ne plaisante pas. Je suis amoureuse de toi. Mais je sais que ce n'est pas réciproque. Je sais que tu ne voudras jamais de moi, et ça me convient.

Mais si tu sais que je ne t'aimerais jamais, pourquoi est-ce que tu te déclares?!

Je me suis sentie un peu honteuse mais j'avais tout de même envie de me défendre.

Je ne sais pas... C'est sorti tout seul. Je voulais juste... Je me disais que ça te ferais plaisir de le savoir.

Plaisir ?! J'ai l'air d'être heureux là ?!

Je ne comprends pas Sasuke. Ça n'a pas de sens. C'est moi qui devrait être confuse. Pourquoi tu réagis comme ça ?

Parce que même si tu sais très bien que je ne ressens pas la même chose, et même si tu le vis bien, moi je ne le vis pas bien ! Parce que tu es mon amie, et qu'au fond, tu le sais très bien, tu vas souffrir de mon rejet !

Tu n'as qu'à pas t'en préoccuper...

Je ne vois pas comment, puisque je vais être incapable d'oublier ce qui vient de se passer.

J'ai posé la lanière de mon sac sur mon épaule. Je n'étais plus la bienvenue et je ne comptais pas rester.

Alors je suis partie.

Et il ne m'a pas retenue.


Étonnement j'ai très bien dormi cette nuit-là. Peut-être parce que j'étais vraiment épuisée, comme si dire simplement aux personnes qu'on aime ce qu'on ressent à leur sujet était éreintant. Et puis j'avais le cœur léger. Ce puissant sentiment amoureux cessait de peser en secret dans mon cœur.

Mais quand je me suis réveillée... de l'inquiétude, de la culpabilité et puis finalement un tourbillon de différents degrés de peur me tortura l'esprit. J'ai été incapable d'avaler mon muesli et mon yaourt du matin. J'ai été incapable d'appliquer du mascara sur mes cils. J'ai même pleuré en découvrant mon reflet. Je me suis dit : « cette fille, là, avec ses longs cheveux roses et ses tristes yeux verts, elle ne vient pas de gâcher une amitié? » .

J'aurais pu envoyer un message à Hinata ou Naruto, mais on avait prévu de les laisser seuls tous les deux ce matin-là. J'aurais pu prévenir Temari mais elle n'était jamais sur son portable. Il ne me restait plus que Suigetsu.

Et là j'ai honte. Mais je me suis confiée à lui. J'ai raccourci l'histoire, je crois. Ou légèrement modifiée. Je ne voulais pas que Suigetsu sache que Sasuke souffre. Et là, il m'a embrassé. J'ai failli le repousser mais finalement, ce baiser aspira cette lourdeur qui pesait dans mon esprit. Oui, les baisers de Suigetsu me libéraient au fur et à mesure. Alors j'ai décidé qu'on sortirait ensemble, lui et moi. Parce que j'avais besoin de quelqu'un pour remplacer le vide laissé par Sasuke.

Personne n'approuvait cette relation. Tenez, quelques jours plus tard, avant la fête de Noël, on était à la sortie des cours, devant les grilles du lycée. Je ne fumais pas. Hinata non plus.

Suigetsu était contre le mur, et j'étais contre lui. Il avait ses bras autour de ma taille. Et c'est lorsqu'il déposa un baiser sur le haut de mon crâne que Temari jeta son mégot et leva les bras, comme si elle capitulait.

Vous savez quoi ? J'en peux plus de votre petite comédie. Je m'en vais, et je ne reviendrais que lorsque vous accepterez de grandir.

Elle nous a tourné le dos mais je l'ai rattrapé. On était un peu à l'écart.

Attends, Temari ! Ne t'en vas pas !

Elle s'est retournée vivement, son index accusateur pointé contre ma poitrine. La buée cristalline qui s'échappait de ses lèvres me glaçait l'échine.

Toi ! Il va falloir que tu m'expliques pourquoi tu sors avec Suigetsu parce que franchement... C'est ridicule !

Parce que j'avais besoin de quelqu'un. J'avais besoin qu'on donne un retour à mes sentiments. J'avais besoin de cette fausse atmosphère amoureuse. J'avais besoin d'avoir la sensation d'être importante.

J'ai réalisé que Suigetsu me plaisait...

T'es pathétique quand tu mens.

J'étais pathétique au quotidien.

Il s'est passé un truc et tu ne veux pas nous le dire, a-t-elle affirmé.

Et c'était vrai.

Le truc c'est que Sasuke ne m'adressait plus la parole, et qu'il avait été triste comme lorsqu'Ino l'avait quitté. Et on savait tous qu'il ne s'en était jamais vraiment remis. Et je l'avais abandonné quand il recherchait de l'aide, quand il se trouvait seul. J'ai vraiment été conne sur ce coup-là.

Parce que je restais muette, Temari a tourné les talons. J'étais à rien de fondre en larmes quand Hinata est arrivée, posant doucement une main sur mon épaule.

Hinata, j'ai fais une connerie, me suis-je plainte d'une voix craquelée.

Tout le monde en fait.

Toi tu n'en as jamais fait.

Et c'est ça ma plus grande bêtise.

J'ai reniflé avant de fondre en larmes dans ses bras. Elle est tellement apaisante...

De loin, j'ai vu Suigetsu partir, sans se préoccuper de mes sanglots, et Sasuke m'oppresser de son regard sombre. C'était vraiment... Ne cherchez pas à comprendre. On était juste perdus.

Hinata s'est détachée de moi, elle a glissé sa main contre ma joue. J'ai contemplé son visage. Elle était si belle à cet instant... Et même lorsqu'elle a eu sa cicatrice, plus tard, elle était belle.


[ LIEUTENANT JIRAYA : Excusez-moi de vous couper mais, de quelle cicatrice parlez-vous ? Hinata Hyûga n'avait pas de cicatrice au visage.]


Oh non, c'était juste une blessure qui a pris plus de temps à partir que prévu.


[ LIEUTENANT JIRAYA : Comment se l'est-elle faite?]

[Long silence de la patiente. Signes de stress : se triture les doigts et n'ose pas nous regarder.]


Ha, ça... Je ne sais plus... Ça devait être … Hinata est très maladroite vous savez. Sûrement une chute lors d'un de ses entraînements de patinage.

Sinon, pour poursuivre l'histoire, le soir de la fête de Noël, Sasuke a explosé. Un peu. Pas trop. Le silence, sa souffrance... Il n'arrive pas à tenir longtemps. Il est fragile, c'est un petit poussin des fois.

Il revenait de l'extérieur avec Naruto. Moi je dansais toute seule parce que j'avais perdu Hinata de vue. J'essayais d'être jolie, de faire voler les broderies de ma robe, de rayonner sous les projecteurs. Je voulais que mes lèvres soient brillantes, ma poitrine mise en valeur, je voulais être désirée. Alors je roulais des hanches, et je suis sûre que le spectacle devait être comique parce que c'était évident que je n'étais pas à l'aise. Seule, parmi cette foule, à me la jouer à être quelqu'un que je n'étais pas.

Et puis Sasuke a foncé vers moi, il a saisit ma main. Je me suis sentie électrifiée. Il m'a tiré vers la sortie sans me laisser rechigner.

Il est temps qu'on parle, Sakura. Comme des adultes.

Cette fois-là il n'y avait pas de vent pour se glisser sous nos vêtements et m'apporter le parfum de Sasuke. Il était beau, lui. Je ne sais pas vous expliquer pourquoi. C'était juste... Je l'aimais tellement à cet instant ...

Sa cravate se tordait sur sa chemise. J'avais envie de la remettre en place.

Écoute Sakura, ça ne peux plus durer. J'ai mal réagi la semaine dernière, je suis désolé. Est-ce qu'on peut discuter de ça ?

Je ne comprends pas...

J'veux dire que... Tu t'es confiée à moi. Ca a dû te prendre un courage monstre pour m'avouer tes sentiments, et moi je les ai écrasé égoïstement. C'est juste que j'aimerais que tu saches que je n'ai pas envie de te faire de mal. Tu es fragile, et la dernière chose que je veux faire c'est te blesser. Pourtant c'est inéluctable, en refusant tes sentiments, je te ferais mal. C'est ça ce qui m'a dérangé.

Il a saisi mon visage entre ses mains. La brise était là, concentrée sous ses doigts, parce que ma peau s'est soudainement refroidie. Pourtant, j'avais toujours chaud quand Sasuke était présent. C'était vraiment étrange d'être ainsi mal à l'aise.

Alors Sasuke a posé son front contre le mien. Et j'avais juste envie de lui dire de partir, d'arrêter de me montrer sa souffrance. J'avais envie de lui crier que j'en avais marre d'être son amie, la seule par ailleurs, qui écoutait ses douleurs. Je n'en pouvais plus de le subir. Je n'en pouvais plus de l'entendre souffrir, parce que quand son cœur saignait, le mien subissait une hémorragie. Et son étreinte à cet instant c'était comme si il encerclait mon cœur, comme si il me l'étouffait.

Et alors j'ai réalisé que je devais faire quelque chose. Je ne m'étais jamais sentie aussi bien que lorsque j'avais délivré mes sentiments. Pas parce que Sasuke savait enfin que je l'aimais, mais parce que j'avais agis pour la première fois. Sortir avec Suigetsu me plaisait parce que c'était moi qui avait décidé de ma propre bêtise.

Mon rôle était celui de la bonne copine qui subissait les événements ? Qui épongeait les douleurs de ses amis ? Qui était trop gentille pour oser s'affirmer ?

Très bien. J'allais arrêter d'être la potiche, et j'allais changer tout cela. Mais avant de changer de rôle je devais détruire l'ancien, et donc casser en un milliers de fragments la pathétique Sakura que j'étais.

Je me suis autorisée un dernier craquage. Là. Avec mon visage brûlant de larmes entre les mains de Sasuke. Mon visage qui appartenait à Sasuke. Mon âme qui lui était offerte.

Dis, Sasuke...

J'ai eu un peu pitié de moi en m'entendant. Ma voix s'était craquelée, c'était le même bruit que lorsqu'on marchait sur un plaque de glace. Crac. Crac ma voix.

Si cela te fait si mal, si tout cela est beaucoup trop, on peut très bien faire comme si je ne t'avais rien dit.

Crac mes larmes. Crac dans mes sanglots.

Dis, tu veux bien, s'il te plaît, prétendre que je ne t'ai jamais dit que je t'aime ?

Il a reculé d'un pas.

Et puis, en découvrant mon visage ruisselant de tristesse, il m'a saisi dans ses bras. Ma poitrine a heurté brutalement la sienne. Ses doigts se sont accrochés à mes épaules.

Crac mes os.

Qu'est-ce que tu racontes ?...

C'est trop difficile d'être amoureuse de toi Sasuke. Mes sentiments sont un poids pour toi. Je ne veux pas t'être un fardeau. Je ne veux plus jamais être un fardeau, alors s'il te plaît, est-ce que tu peux prétendre que je ne t'ai jamais rien dit ?

Il a caché son visage dans mon cou. Il y avait son souffle chaud contre ma nuque.

Crac ma peau.

Je n'ai jamais rendu son étreinte.

Réponds-moi. Est-ce que tu peux faire comme si ma déclaration n'avait jamais existé ?

Il a hoché la tête maladroitement contre mon visage.

Crac mon cœur.


***


J'ai remarqué, dans ma relecture, que ce chapitre est du point de vue de Sakura mais il reste très centré sur Sasuke … Ca en dit long sur la petite Haruno, non ?

Bref, j'espère que ça vous a plu ! J'ai remarqué qu'on est à quasi 800 vues pour seulement quatre petits chapitres qui sont encore, plus ou moins, un prologue, et ça c'est chouette o D'ici deux chapitres les choses avanceront un peu plus côté enquête, on va avancer dans les coins sombres de cette amitié qui promettait pourtant des paillettes, ça va être fun niark niark (quoique, niveau enquête, Sakura elle a un peu bourdé là, oups :x)

Ha oui et je m'excuse pour les potentielles fautes, et les problèmes de syntaxe, etc... J'ai été malade toute la semaine et j'ai donc relu le chapitre plusieurs fois mais j'ai la sensation de ne pas avoir assez relu...:o

Bref, j'espère que vous allez bien, je compte sur vous pour laisser un commentaire, et surtout, j'vous bisouille tout plein ♥