« Je suis une mauvaise perdante.»

par Lorely



CHAPITRE DEUX

« JE SUIS UNE MAUVAISE PERDANTE.»






DOSSIER NUMERO 010124

Séance du 06/09/2016 13:00-13:58

Capitaine Orochimaru YAMAGUCHI, Lieutenant Jiraya GAMMA, de la brigade du Commissaire Hiruzen SARUTOBI.

Docteur Tsunade SENJU.


Remarques : N'hésite pas à dire de qu'elle pense. Impertinente. Réponds trop vite. Semble avoir accepté le décès.

Suspect potentiel.


Retranscription de la première séance.




Qui était Hinata ? Vous me demandez sérieusement qui était Hinata ? Vous croyez sincèrement que je vais vous répondre gentiment. Que je vais vous dire quelle genre fille c'était.

Elle est morte.

Elle est morte il y a moins d'une semaine. Je n'ai pas encore fait mon deuil, vous me balancez qu'elle a sûrement été assassinée, par l'un de mes amis en plus, et je dois vous raconter quelle genre de fille c'était ?

Putain.

Excusez-moi, je suis impolie. Je ne devrais pas m'emporter. Surtout contre vous. Je ne me souviens plus très bien qui vous êtes précisément mais on m'a rapporté que vous faisiez parti de la police, et vous de la médecine, c'est cela ?

De toute façon vous n'allez pas me laisser partir sans avoir eu vos petites informations, alors autant parler. Avec un peu de chance, vous serez convaincu que personne n'a tué Hinata.

Je connaissais Hinata depuis la sixième. On s'est retrouvé ensemble pour un projet d'art plastiques. Il y avait Sakura, aussi. Et voilà, c'est comme ça qu'on est devenues amies, toutes les trois. Parce qu'un prof nous a forcé à travailler ensemble.

Elle paraissait un peu timide et effacée au premier abord mais moi j'ai toujours pensé que ce n'était que de la peur. Elle était vraiment altruiste, et elle préférait se blesser plutôt que de heurter les autres. Alors je crois qu'elle avait toujours peur que ses mots ne plaisent pas à son interlocuteur, qu'elle amorce un geste qui heurte Parce qu'elle le savait ; elle était extrêmement maladroite. Elle ne filtrait pas toujours ce qu'elle disait, et parfois, on avait le droit à de drôles de phrases. Ou même à ses pensées les plus secrètes.

Elle était sincère, aussi. Elle ne m'a jamais menti. Et quand elle disait quelque chose que, justement, elle aurait dû garder pour elle, elle ne le niait pas. Elle se contentait de rire nerveusement. C'était une mimique qui voulait dire : « oui, c'est moi, je m'excuse pour ça ».

Je ne sais pas quoi vous dire d'autre... Hinata, il fallait le vivre au quotidien pour comprendre quel type de personne c'était. Elle vous surprenez toujours. Quand on pensait qu'elle allait se défiler, elle fonçait, et inversement. Elle était une petite explosion parce qu'elle cachait une boule d'énergie au fond d'elle. A nouveau, elle avait peur de laisser cette électricité imploser.


Ça s'est toujours bien passé, entre nous six. Vraiment. Je ne vois pas du tout qui aurait pu lui faire du mal. Qui aurait pu la tuer. A moins d'un accident, mais vraiment je n'y crois pas.

Alors oui, il y a bien eu ces problèmes entre nous depuis que Suigetsu et Sakura se sont mis en couple, mais on s'est réconciliés, on est fort, on va mieux. On s'est soigné.


[SERGENT OROCHIMARU : Pouvez-vous nous parler de ces moments-là s'il vous plaît ? Ceux qui auraient pu vous détruire ?]


Vous savez, c'était des petites histoires d'adolescents. On s'est fait du mal, oui, mais ce n'était rien de bien méchant.

De toute façon vous avez planté quoi ? Une heure ? Quitte à rester une heure ici avec vous autant vous en parler un peu, je suppose. Surtout que, de ce que j'ai compris, Naruto vous aura pris plus de temps que prévu. Je vous jure celui-là !


[Léger rire.]


Comme je vous le disais, une première fracture s'est ouverte lorsque Sakura et Suigetsu sont sortis ensemble. Je crois que je fus celle qui agrandit cette plaie. Je le reconnais, je n'ai pas été très futée sur ce coup-là, ni très sympathique. Je les ai négligé, et je me suis moi-même négligée. Je savais que j'avais porté un coup, mais je ne cherchais pas à panser cette blessure. Je ne voulais pas non plus l'ouvrir. En fait, je m'en fichais.

Autant en venir aux faits, parce que c'est ce qui vous intéresse, et non mon ressenti.

On avait ce petit jeu, Sasuke et moi. Il est tombé amoureux de moi au collège, lorsqu'on s'est rencontré. Il disait que c'était parce que je n'avais rien à voir avec les autres filles, que j'étais jolie non pas grâce à du fond de teint mais grâce à mon charisme, que j'avais du caractère et que ça lui plaisait qu'on le refuse. Mais, avec le temps, ses sentiments se sont éteints et il continuait de prétendre m'aimer juste par défi. Il insistait toujours, même trois années plus tard, attendant que je flanche, que je m'accorde un moment de faiblesse, et que je tombe dans ses bras pour le regretter plus tard.

En Terminale, justement, une petite semaine après que Sakura et Suigetsu décidèrent de former le couple le plus immature qu'on ait jamais connu, on se préparait pour la fête de Noël, organisée le vingt-trois décembre. J'étais seule avec Sasuke, chez moi. En jean et t-shirt, j'attendais dans la salle de bain que mon fer à lisser chauffe. Un thé fumait sur le bord du lavabo – on ne doit pas vous l'avoir dit, mais je bois vraiment beaucoup de thé, juste à côté d'une tasse de café au lait, accompagnée de trois sucres. Sasuke, prenant toute la place devant le miroir, tentait de nouer sa cravate. Il était plutôt élégant ce jour-là, et c'était rare. Il n'y avait plus cette mèche sombre de collégien en période de rébellion sur son front puisque ses cheveux s'entremêlaient entre elles sur son crâne, plaquée par du gel qu'on discernait à peine. Le visage dégagé, on percevait enfin la finesse de ses traits et la tranquillité qui émanait de son regard. Avec son col de veste couleur de la nuit et son teint pâle d'hiver, il me rappelait le cliché qu'on peut avoir sur les vampires.

Il me fit la remarque que je le détaillais sans gêne et un sourire malicieux naquit sur ses lèvres peut-être trop fines pour être désirables.

Je t'attires ? Me demanda-t-il.

Tu es élégant, c'est vrai. Mais je profites surtout d'être la seule à apprécier le spectacle du délicieux Sasuke Uchiwa tentant de nouer sa cravate depuis un petit moment.

Il poussa un râle grognon avant d'abandonner l'affaire. De bonne humeur, je m'approchais de lui afin de l'aider dans sa tâche. Il profita de la proximité pour se rapprocher de moi. Je n'ai pas reculé.

Parce que oui, il n'y avait pas que Sasuke qui jouait.

Et je suis une mauvaise perdante.

Elles arrivent quand Sakura et Hinata ?

Ce fut quand il se mit à parler que je réalisais à quel point nous étions proches. Son souffle chaud caressait mes paupières baissées sur son col de chemise.

D'ici une demi-heure. Tu es arrivé trop en avance.

On se demande pourquoi...

Ses mains sur ma taille, il me voulait comme sa captive. Et c'était un peu la sensation que j'éprouvais. Ce contact contre le tissu de mon t-shirt, avec un ou deux doigts qui se faufilèrent dessous pour goûter de mon dos.

Tu es comme un beau Lys, Temari...

Je relevais le visage et, dans le mouvement, le bout de mon nez frôla le sien. Plus puissant qu'un baiser, nos deux regards s'enlacèrent. Quelque chose naquit de ce contact. Pas une électricité, plutôt une chaleur. Oui, une chaleur nous irradiait, nous compressait, nous empoisonnait.

Et parce qu'il n'osait plus avancer, j'ai levé mes lèvres qui effleurèrent à peine les siennes.

Dommage que je sois fanée.

Et je m'écartais de lui.

Ce n'était pas le meilleur comportement entre deux amis, et je n'en suis pas fière. Je n'aurais pas dû flirter ainsi avec lui, le laisser croire qu'un jour je tomberais sous son charme, que je me livrerais entière et complète à lui.

J'étais repartie dans ma chambre pour enfiler ma robe avant de revenir dans la salle de bain. Sasuke était assis sur le rebord de la baignoire. Une mèche s'échappait de sa coiffure. Il m'offrait une mine boudeuse et, ainsi voûté, il m'évoquait un enfant à qui une mère aurait refusé un jouet. Un jouet qu'elle lui avait promis.

Je détachais mes cheveux et entreprit de les boucler dans ce silence morbide avant que Sasuke ne se remette à parler ;

Pourquoi tu ne veux pas de moi ? Non, pourquoi tu ne veux de personne ? Il n'y a personne d'assez bien pour toi ?

Ce n'est pas ça. Je te l'ai déjà expliqué un milliards de fois.

Rien. Pas un mot. Alors j'ai repris la conversation, même si ce genre de sujet ne m'enchantait pas.

Tu devrais te trouver quelqu'un, Sasuke. Te trouver une fille qui voudrait vraiment de toi. Qui t'accepterait pour tes défauts, pour tes mauvaises manies, et pour ton haleine matinale. Surtout pour ton haleine matinale.

La seule nana qui voulait bien de moi a fini par se lasser et s'est barré avec un de mes meilleurs amis.

C'est de ta faute aussi, tu l'as laissé attendre. Tu ne peux t'en prendre qu'à toi-même.

En même temps elle ne m'a jamais intéressé, moi, Sakura.

Je comprenais un peu sa réaction. J'agissais avec Sasuke comme lui agissais avec Sakura. On jouait avec l'autre. On abusait de l'autre. Je vous l'ai dit ; un comportement de bébé.

Ma première boucle n'était pas vraiment réussie. Parce que je suis plutôt garçon manqué, je n'ai pas l'habitude d'essayer d'être jolie dans ma démarche, dans ma coiffure, dans mon style vestimentaire. Je privilégie le confort avant tout, et si je suis d'humeur, alors pourquoi pas ajouter un peu de coquetterie.

Ce soir-là j'avais envie d'être jolie.

Alors que j'étais fière de ma seconde mèche, aux courbes rebondies, Sasuke revint à la charge avec son pessimisme.

Je te souhaite de trouver quelqu'un. Quelqu'un qui te décontenancera. Quelqu'un qui te sortira de tes idées reçues, qui te donnera envie d'être quelqu'un d'autre, qui te fera changer du tout au tout, et que tu perdes la tête. Je te souhaites de perdre la tête.



Avant de vous parler de cette petite fête de Noël j'aimerais vous parler de moi, pour que vous compreniez ma réaction.

Je déteste l'ennui. Non, j'en ai peur. Je ne supporte pas l'attente, le fait de rester assise sur une chaise à ne rien faire. Je vais me coucher seulement quand mon corps ne supporte plus d'être éveillé, quand j'ai la sensation de perdre mon temps en cours je travaille sur autre chose. Je suis tout le temps à réfléchir, à m'activer, à travailler. Et ce comportement là, on ne l'a jamais compris. Attention, je ne suis pas en train de me plaindre, ou de me marginaliser. Je vous explique juste que, par rapport à cela, je me sentais seule parfois. Heureusement il y a toujours eu Suigetsu et Naruto qui sont increvables, Sakura et Hinata qui acceptent de me suivre si je les intéresse, et Sasuke qui, si on sait le motiver, accepte de faire quelque chose. Alors je ne me souviens pas m'être souvent ennuyé. Du moins avec eux.

Rencontrer Shikamaru ça a été comme rencontrer la même façon de penser mais la manière opposée de faire. Je vais vous expliquer tout ça, parce que ça doit être un peu flou.

On était donc à cette soirée. Il y a avait ce qu'on trouve partout ; des zones sombres de temps à autre éclairées par les stroboscopes, des gens, de la sueur, des basses puissantes et destructrices, de l'euphorie et de l'adrénaline. Les tenues séduisantes avaient la particularité d'avoir une petite touche de Noël tout de même. A vrai dire, de mon petit coin, j'avais l'impression d'être à un congrès de Père Noël, avec tout ces bonnets.

Comme c'était organisé dans le cadre du lycée alors c'était dans le gymnase et il n'y avait pas d'alcool, et des surveillants étaient là pour superviser, mais à mon avis quelques rigolos avaient dû en ramener.

Et je m'ennuyais. Bon sang qu'est-ce que je m'ennuyais ! J'étais là depuis peut-être une heure et c'était un véritable calvaire. Le temps était si long, les minutes s'étiraient et se transformaient en heures. Et toutes les chansons se ressemblaient. J'avais mal à la tête. J'étais tellement rabat-joie, ça m'attristait. Et même avec toute la bonne volonté du monde je n'arrivais pas à me mêler à la foule de danseurs. Parce que j'étais toute seule. Une amertume s'était créée entre moi et Sasuke depuis tout à l'heure. Et Naruto gigotait sur la piste avec lui. Et j'avais envie d'adresser la parole ni à Suigetsu ni à Sakura. Et Hinata avait disparu de la circulation.

Alors je vous laisse imaginer le tableau ; la grande blonde dans un coin du gymnase, dans une de ces fameuses zones sombres dans lesquelles il ne vaux mieux pas rester trop longtemps, un verre de jus d'orange dans la main, à regarder les danseurs sauter sur place sur une chanson qu'elle n'essaie même pas d'apprécier. Je vous assure que je suis plutôt pétillante d'habitude, surtout en période de Noël.

Alors j'ai remonté mes hautes chaussettes rayées de rouge et blanc jusqu'à mes cuisses, j'ai enfilé mon Perfecto, déposé mon verre et me suis éclipsé.

J'ai accueillie l'extérieur les bras ouverts en inspirant profondément. Je me sentais comme libérée d'un poids. La chaleur ambiante, les hurlements bovins, le jus de fruit périmé... Je n'avais plus à subir ça. J'ai alors sorti une cigarette de ma poche, mon corps étant rapidement rattrapé par le froid mordant de ce début d'hiver, rassurée par la flamme de mon briquet.

J'entendais des gloussements sur ma gauche, à part ça le silence complet. J'ai marché en traînant des pieds, m'éloignant de la fête et puis je me suis retournée, parce que j'avais envie de voir à quoi cet ennui que j'avais laissé ressemblait. Et c'est là que je l'ai vu. Assis en tailleur sur le toit plat du gymnase. De la fumée de cigarette autour de son visage. Une écharpe pendue maladroitement autour de sa nuque. Un bonnet rouge et blanc sur le crâne. Il a repéré que je l'avais repéré et m'a fait un petit signe de main.

Qu'est-ce que tu fiches là-haut ?!

Difficile de le vérifier dans cette nuit noire, mais je crois qu'il a haussé les épaules. Sa silhouette dégageait quelque chose d'énigmatique. Il était cerclé par la blancheur de la neige mais auréolé par la pénombre nocturne. Son visage était éclairé par l'éclat brillant de la lune mais son regard était dissimulé par les volutes de nicotine. Il avait l'air chétif dans sa parka kaki mais le peu de sourire que j’apercevais me renvoyait une force écrasante.

D'un signe de la main, il m'intima de le rejoindre. Je communiquais avec lui en regardant autour de moi, lui montrant que je n'avais rien pour le rejoindre. Et parce qu'il finit par s'allonger, ne me montrant de lui que le bout de ses pieds, je décidais de réagir à la provocation et de relever le défi.

A peine ais-je contourné le bâtiment que je trouvais une barrière assez haute pour qu'on puisse atteindre le toit. En dessous de cette barrière, une compilation de deux caisses. Je m'appuyais dessus avant de me hisser là-haut. Je repérais alors le garçon. En entendant mes pas il finit par se relever.

Je pensais que t'avais les chocottes, s'adressa-t-il à moi pour la toute première fois, avec sa voix rauque et craquée par le tabac.

J'ai l'air d'avoir peur de quelque chose ?

Non, mais t'as l'air arrogante.

Il pouffa en voyant mon visage grimacer.

De toute façon, je ne gardais pas cet air bien longtemps. J'avais bravé une règle du lycée. J'étais là, au dessus de tout. Et je sentais le rythme de la fête vibrer sous mes pieds. Une vaste étendue enneigée se découvrait face à moi. Et le lycée, dans mon dos, avait soudainement l'air plus petit. C'était bête, mais j'adorais cette sensation. Je me sentais comme un oisillon venant d'effectuer son premier vol.

T'es pas à la fête ? T'avais l'air de vouloir partir il y a deux minutes.

Je m’ennuyais.

C'est pas cool ça. Tu veux discuter ?

Et ça a toujours été comme ça avec Shikamaru. Il a besoin de se stimuler l'esprit, de réfléchir, de tout remettre en question et de débattre sur la moindre chose, mais sans bouger. C'est en restant allongé que son esprit est plus confortable. Ça m'a toujours foutu en rogne mais ça m'a toujours surprise également. Il est surprenant et avec lui je ne m'ennuie jamais.



***


Ce deuxième chapitre est un peu court mais j'imaginais mal Temari s'attarder dès le début sur les détails, sur ce qu'elle pense vraiment.

Mais c'est le seul chapitre qui sera aussi court, normalement !

J'espère que vous allez bien ! Que ce chapitre vous a quand même plu et qu'on reconnaît rapidement que c'est Temari !

Sinon je vous retrouve dans la case commentaire j'espère !

Bisouilles tout plein !