Si j'étais Hokage

par tookuni

 

 

 

Si j'étais Hokage

 

 

« Iruka-sensei ! Iruka-sensei ! »

 

Iruka mangeait tranquillement un bol de nouilles à Ichiraku. Lorsqu’il entendit son nom prononcé avec tant d’enthousiasme, il eut un immense sourire et se retourna pour faire face à Konohamaru, Moegi et Udon, comme il s’y attendait.

Ils avaient seize ans mais restaient des enfants et étaient chuunins tous les trois. Ils passaient souvent le voir à l’académie ou à l’échoppe de nouilles où il se rendait dans l’espoir de croiser un certain ninja blond bien connu, mais si occupé qu’il n’avait même plus le temps de s’offrir ses ramens préférés. Iruka voyait en Konohamaru une réplique un peu moins triste de Naruto, ce que le blondinet aurait été, certainement, s’il n’avait pas vécu des heures si sombres par le passé.

Les trois coéquipiers s’assirent autour de lui et lui demandèrent des nouvelles. Il en donna. Pas grand chose, juste quelques garnements dans leur style qui lui jouaient des tours, mais il en avait tellement bavé avec eux que plus rien ne l’étonnait et qu’il parait tous les coups avec une aisance parfois déconcertante.

Partant sur ses souvenirs, il en vint forcément à l’époque où il avait Naruto pour élève. C’était le seul enfant à avoir jamais réussi à lui faire perdre véritablement tous ses moyens et à le surprendre à chaque fois.

 

« Vous savez, il était pire que tous mes garnements actuels réunis ! Et quelle tête de mule ! Le seul mot qu’il avait à la bouche c’était « Hokage » ! s’exclama le professeur en riant.

 

        Iruka-sensei… commença tout à coup Konohamaru, repensant à son grand frère, et au rêve fou qu’il avait eu si jeune.

        Oui ? » demanda l’instructeur en remarquant le sérieux de son ancien élève.

        Comment Naruto a-t-il décidé qu’il deviendrait Hokage ? Il vous a confié que c’était parce que c’étaient les plus forts, mais s’il n’a pas eu de famille et qu’il ne suivait pas les cours, comment a-t-il pu connaître assez bien ce sujet pour vouloir aller si haut ? » lança le petit brun de sa moue boudeuse.

 

Iruka réfléchit. Il était vrai que Naruto n’avait jamais véritablement suivi ses cours. Il était vrai aussi qu’il était le seul professeur à qui il acceptait d’obéir malgré tout. Le maître dut se creuser la tête plusieurs minutes avant de trouver quelque part, au fin fond de ses souvenirs, quelque chose, une image, comme un rêve, qui lui avait échappé jusque là…

Sans s’en rendre compte, il fredonna un air en tapotant, de l’une de ses baguettes, une légère mesure, et commença à raconter à ses élèves attentifs ce qui avait décidé Naruto à devenir la plus grande fierté de Konoha.

 

« Il était une fois à l'entrée des artistes, un petit garçon blond au regard un peu triste…

Je le revois à la prote de l’école, le premier jour de la première rentrée des classes… C’était le seul gosse dont les parents n’étaient pas venus, le seul enfant qui baissait les yeux. Je ne savais pas encore qui il était. A vrai dire, je ne l’avais pas reconnu parce que le petit baissait les yeux. Il semblait si triste que je n’ai pas pu résister à tenter de lui arracher un sourire. Il attendait de moi une phrase magique. Lorsque je m’étais approché, il m’avait regardé, les yeux pleins d’espoir, comme si j’étais un magicien qui allait transformer ses cauchemars en rêves et le silence de sa solitude en cris et en rires amicaux. Je lui dis simplement : Si j'étais Hokage »

 

Konohamaru écoutait avec la plus grande attention. Iruka avait continué à frapper sa baguette en rythme sur le comptoir et sa voix prenait à présent quelques intonations variées et formait un air doux qui pressentait déjà une suite plus vive et passionnante. Iruka avait toujours été doué pour raconter les histoires. Alors le rythme s’envola.

 

« Si j'étais Hokage du village de Konoha, jamais plus un enfant n'aurait de pensée triste. Si j’étais Hokage, lui avais-je dis, si j’étais Hokage il n’y aurait plus un seul enfant comme toi, je ne supporte pas de voir les enfants tristes, tu sais, je voudrais les voir tous en train de rire, jouer et s’amuser… C’est ce que j’imposerai en premier, si j’étais Hokage… Je nommerais bien sur Kakashi premier ministre, de mon gouvernement, si j'étais Hokage ! Je lui avais demandé s’il avait des camarades, des amis avec lesquels jouer de temps en temps, s’ils avaient des tares, des petits défauts ou des spécificités, et j’avais enchaîné, après qu’il m’ait raconté, en nommant un certain type masqué qu’il trouvait louche premier ministre… Puis je crois que j’ai un peu forcé la dose mais au moins…

 

        Dites professeur ! Dites ! le coupa Konohamaru.

        Vous me promettez de ne pas le répéter hein ? Ils me tueraient tous actuellement…

        Promis Iruka-sensei ! répondirent les jeunes gens avec des airs de chiens battus qui n’offraient aucune possibilité de résistance.

        Bien… repris alors gentiment Iruka. Chouji à la culture me semble une évidence ! Il disait qu’au moins la gastronomie serait au point, son visage s’était un peu éclairé, il était encore ironique quand même alors j’ai continué… Sakura la police et Ino aux finances ! Là, il avait ricané d’un air taquin en imaginant les gangsters se faire courser par une Sakura en furie et la ruine totale de Konoha à la suite d’une razia d’Ino sur les boutiques… Kiba à la justice, Sasuke à la danse ! Il n’avait rien dit pour Kiba, je n’avais pas été très inventif… Mais quand il avait entendu les mots Sasuke et danse dans la même phrase, il avait éclaté de rire. Vous ne pouvez pas imaginer ce que ça m’avait fait du bien de voir ce gosse perdu rire aux éclats grâce à moi. J’étais fier, vous savez… Je crois que c’est lui qui m’a poussé à rester enseignant, parce que je voulais entendre au moins encore une fois un rire comme celui là… Est-ce que tu serais content, si j'étais Hokage ? Il m’avait répondu « Oh oui alors ! » avec cet enthousiasme et cette candeur incroyables qu’il a toujours un peu gardées… J’avais enchaîné encore, hypnotisé par ce rire… Shino serait ministre de l'écologie ! Hinata au commerce, Shikamaru à l'industrie ! Il avait continué à se tordre de rire en imaginant la rougissante petite Hinata discuter avec de hauts fonctionnaires et signer des contrats de millions, plus encore en voyant Shikamaru courant à droite à gauche, telle une abeille butineuse… On peut encore se les figurer aujourd’hui d’ailleurs. Je déclarerais publiques toutes les pâtisseries ! Opposition néant, si j'étais Hokage ! »

 

Les enfants pleuraient de rire en imaginant les scènes. Iruka, fier de son effet, s’emporta et continua sa chanson comme il l’avait fait des années auparavant…

 « Si j'étais Hokage du village de Konoha, j'écrirais mes discours en vers et en musique !

        Ah ! Vous auriez vraiment du succès alors Iruka-sensei ! lança Konohamaru sans remarquer que son maître était perdu dans ses souvenirs.

        Peut-être Naruto, peut-être… murmura le concerné avant de reprendre encore : Et les jours de conseil on irait en pique-nique. On ferait des trucs marrants, si j'étais Hokage… Ca te plait gamin ? Tu pourrais aller y faire plein de farces ! J’imagine bien ces vieux décrépis du conseil essayer de s’asseoir par terre et se choper un tour de rein ! Mais le troisième y arriverait parfaitement bien sûr ! C’est un Kage tu sais Naruto !

        Ahaha ! Il faudra proposer ça à Shichidaime-sama ! Je suis sûr qu’il trouvera que c’est une bonne idée ! rit Moegi tandis qu’Iruka continuait sa chanson.

        Je recevrais, la nuit, le corps diplomatique dans une super disco à l'ambiance atomique ! On se ferait la guerre à grands coups de rythmique, rien ne serait comme avant, si j'étais Hokage !

        Sûr ! J’imagine les ninjas se battre à celui qui plaira le plus à la foule ! Vous auriez du être artiste Iruka-sensei !

        Au bord des fontaines coulerait de l'orangeade ! Itachi notre ministre de la rigolade !

        Ahahaha ! Vous voulez nous tuer Iruka-sensei ! commenta Konohamaru en se rappelant d’Itachi comme du pire croque mort de la planète, juste avant son cadet.

        Je verrais bien Gai-sensei alors… chuchota Moegi en gloussant.

        C’est bon l’orangeade… murmura Udon d’un air absent.

        Imposerai des manèges sur toutes les esplanades, on s'éclaterait vraiment, si j'étais Hokage ! »

 

Iruka avait chanté plus fort et rameuté Chouji, qui rêvait de pâtisseries publiques et de fontaines orangées, les professeurs, qui se fendaient la poire en pensant au conseil incapable de se relever de son pique-nique et Tsunade en train de jouer à colin-maillard et finir dans l’étang, et puis d’autres encore, qui écoutaient depuis le début, passionnés, l’aventure superbe que le jeune enseignant avait fait vivre à un gamin seul au monde.

Puis Konohamaru, voyant qu’Iruka reprenait ses esprits et rougissait légèrement, se fit un devoir de le soutenir, rapidement aidé par ses deux coéquipiers et chanta :

« Si t'étais Hokage du village de Konoha, pour nous, tes p'tits copains, ça s'rait super pratique, on pourrait rigoler et chahuter sans risques ! On serait bien contents si t'étais Hokage ! »

Un immense éclat de rire parvint aux oreilles de la foule rassemblée et Iruka acheva, un peu nostalgique :


 « J’s'rais jamais Hokage du village de Konoha… Vous les petits malins vous êtes bien sympathiques…

        Héhé, je savais qu’en fait tu aimais bien nos blagues ! lança la voix à qui appartenait le rire.

        Mais ne comptez pas sur moi pour faire de la politique…

        Dommage Iruka, tu te défendrais très bien je t’assure ! » continua la voix enjouée, emplissant de soleil les cœurs et l’atmosphère.

 

Ce fut un chœur qui acheva le chant, deux voix mêlées, l’une douce et claire touchante de sincérité, et l’autre pure et grandiose remplie de candeur qui avait semblé souffler en même temps un immense « Merci » à celui qui lui avait donné son rêve.


 « Pas besoin d'être Hokage, pour aimer les enfants ! »

 

Naruto, dans sa cape d’Hokage, éclata d’un rire tonitruant une fois de plus, des enfants coururent dans ses jambes et il les fit voler dans ses bras, Konohamaru se jeta sur lui et le Shichidaime fit exprès de tomber au sol, riant, souriant toujours.

Iruka était fier, bien sûr, il n’avait pas besoin d’être Hokage, il avait eu mieux que cela : sa bonté avait ramené de l’ombre un enfant perdu, la force de ses mots lui avaient donné l’envie d’être un grand homme. Iruka avait donné à Konoha bien plus qu’un merveilleux Hokage qui portait encore les rêves qu’il lui avait sans s’en rendre compte donnés. Il avait offert à Konoha un rire immortel, un rire qui jaillissait tel un flot de bonheur, un soleil véritable. Il avait eut raison de faire rêver ce garçon.

L’Hokage se releva, portant accrochés à lui une dizaine de gosses qui prenaient le même rire que lui, et il lança à Iruka :

 

« Tiens, c’est vrai, je n’ai toujours pas commandé l’orangeade pour la fontaine commémorative du Quatrième ! »

 

Un immense silence s’installa. Naruto se gratta la tête, embarrassé, et demanda d’un air innocent :

 

« Bein quoi, c’est pas une bonne idée ? »

 

Soudain, une flèche rose vint lui donner un magistral coup de poing et hurla :

 

« Alors c’était pour ça le discours sur l’hommage au Quatrième et tout le tralala ? Crétin ! »

 

Naruto, qui avait écopé d’une superbe bosse sur le haut du crâne se le frota douloureusement et acheva la scène sur un magnifique coup d’éclat, en riant :

 

« C’est dans son testament Sakura-chan ! Il voulait vraiment une fontaine d’orangeade en son honneur ! »

 

 

 

FIN

 

 

 

J’aime bien, c’est tout léger^^…

Je ferais peut-être un petit épilogue… Ce délire sur la fin était inspirant…

Ca vous a plu ?

 

Edit : J’ai corrigé les fautes et refait la mise en page en quelque chose de moins bordélique et plus conventionnel. L’esprit de cette song-fic m’émeut toujours autant. Je ne saurais dire si c’est parce que cette chanson a bercé toute mon enfance et que j’aime l’idée qu’elle puisse atteindre un enfant blessé comme Naruto, ou si c’est parce que je ressens pleinement le bonheur qu’Iruka peut ressentir lui-même a avoir pu donner du rêve à un gamin qui n’y avait pas droit. J’espère que ces sentiments sont partagés même par ceux qui ne connaissent pas l’ode aux enfants qu’est cette chanson inspiratrice. Si vous avez l’occasion de l’écouter, faites-le en essayant de retomber en enfance, je pense que n’importe qui peut en être ému.