Apparition, disparition

par Mysteriousdeer

Temari s’installa sur son lit, ouvrit le tiroir de son bureau qu’elle fermait habituellement à clé et sortit une cassette. Elle se tourna vers Cheira en souriant :

 

« Ça va te plaire ! Je suis tombée sur cette vidéo enfant, bien que Chiyo la cachait et je suis restée hypnotisée. Je l’ai revu des centaines de fois, si bien qu’elle a fini par me la donner. »

 

Elle inséra la cassette dans le vieux lecteur et alluma sa télévision. Shikamaru se doutait que ça parlerait de geishas, mais il s’installa tout de même avec Temari pour regarder. Une geisha aux longs cheveux noirs apparut, filmée par un illustre inconnu qui avait une bonne technique. À en juger par les costumes et le décor, c’était dans un salon chic d’avant-guerre que se déroulait la scène. La geisha était d’une beauté à couper le souffle, elle devait avoir la vingtaine, sa chevelure ressemblait à une cascade de geai, ses yeux clairs scindaient la foule d’un air froid et aguicheur en même temps. Elle était grande, de la taille de Temari et lui ressemblait un peu de visage, son sourire surtout était similaire. Elle était vêtue d’un kimono blanc et avançait sur l’estrade avec grâce et légèreté. Elle entama une danse de l’Ombrelle, un mouvement rythmique parfait, d’une élégance inégalable, Shikamaru avait devant lui la reine des geishas. Tout comme Temari il était subjugué, c’était encore plus beau que les nuages, il ne regrettait même pas que ce fut en noir et blanc. Temari lui montra alors un homme assis au second rang :

 

« Lui c’est le Président Iwamura Ken. Il est beau, n’est-ce pas ? C’est pour lui que ma tante Chiyo est devenue geisha. »

 

Shikamaru manqua de s’étrangler de stupeur ! La geisha sur l’estrade, la femme grande et belle c’était Mlle Chiyo ! Où retrouver la vieille dame acariâtre et laide dans cette représentation même de la beauté des geishas ?

 

« Elle l’a aimé depuis qu’elle était enfant, bien qu’il soit plus âgé qu’elle. Il est mort quelques années après qu’ils se soient enfin déclarés leur flamme. Elle n’a plus jamais aimé un homme après ça et le chagrin l’a fait renoncé à sa vie d’artiste. »

 

Elle éteignit la télévision et fouilla sous son lit pour en tirer une longue boite en carton. Elle l’ouvrit et Shikamaru put admirer de superbes kimonos en soie peinte. Il semblait y’en avoir un blanc, un rose, un bleu, un doré etc. Tous des chef-d’œuvres de tissus, effectivement dignes des belles geishas.

 

« Un jour c’est moi qui les porterai ! J’ai inventé une danse pour chacun ! »

 

Dire que Chiyo ne portait plus que des kimonos de toiles, elle avait donné tous ceux de sa jeunesse à sa nièce chérie. Elle remontait décidément dans son estime.   

Temari se coucha finalement après tout avoir soigneusement rangé et s’endormit très vite. Shikamaru descendit dans la cuisine boire un peu d’eau. Il était presque 03h00 du matin, ils avaient veillé très tard. Le minuteur affichait 574 heures restantes, la moitié de son temps lui filait entre les doigts. Il songea alors que cette nuit il avait vraiment très envie de redevenir un garçon. Oni apparu devant lui :

 

« 24 heures pour une minute Shikamaru.

-Je voudrais cinq minutes.

-Vraiment ? Tu joues avec le feu, pourquoi faire ça ?

-J’ai la flemme de répondre à vos questions Yugito-sama. »

 

Il songeait qu’il pourrait réveiller Temari et lui tout expliquer, il lui semblait que c’était le moment pour le faire. Oni déclara simplement qu’il faisait bien ce qu’il voulait avec sa vie. Un battement de cils de sa part et ce ne fut plus Cheira le chat, mais Shikamaru qui se retrouva dans la cuisine...nu comme un ver.

 

« Galère, j’avais oublié ce détail. »

 

Mais ce n’était pas le plus important, il n’était pas très pudique puisqu’il pensait que l’être humain avait inventé la pudeur pour se compliquer la vie, en revanche cela lui sembla étrange d’être sur deux jambes et de ne plus avoir de poils. Le minuteur affichait maintenant 454 heures, mais il le regarda à peine et se dépêcha de sortir de la cuisine. En montant l’escalier, il prépara mentalement sa phrase :

 

Temari...je suis Cheira, il faut que tu tombes amoureuse de moi...non, c’est nul ! Oh belle demoiselle, votre peau est une pèche dorée...ça ne marchera jamais et en plus c’est pas sincère...quoique c’est vrai qu’elle une belle peau.

 

Il entra dans la chambre et s’avança vers le lit...mais fut incapable de réveiller la jeune fille. Eclairée par un rayon de lune, les cheveux dorés éparpillés sur l’oreiller, un sourire d’enfant sur son visage angélique, elle lui sembla être l’apaisement même. Il se rendit compte qu’il ne l’avait jamais regardé dormir depuis qu’il vivait chez elle. Il se couchait tous les soirs au pied de son lit, cette fois-ci il s’allongea à côté d’elle. Une petite voix ressemblant à celle de la déesse chat lui murmura à l’oreille : « N’es-tu pas sensé la réveiller ? » Mais il la chassa, ce qu’il avait en face de lui était mille fois plus important en cet instant. Il attrapa la main de la jeune fille et la posa contre son torse :

 

« Temari...j’ai un cœur humain. Tu le sens ? »

 

La jeune fille sembla répondre à son appel et se colla contre lui. Oni les observant par la fenêtre écarquilla les yeux, ça c’était...imprévu. La Sabaku étendit le bras, enlaça le Nara et le serra fortement contre elle, sa poitrine contre son torse, son bassin contre son entrejambe, ses jambes enroulées aux siennes. Heureusement qu’elle avait son pyjama, mais Shikamaru déglutit tout de même. Si on lui avait dit un jour qu’il tiendrait Temari contre lui d’une manière aussi charnelle, il aurait bien rigolé. Il répondit à son étreinte et l’enveloppa de ses bras pour la serrer, la serrer contre lui avec vigueur. Il y’avait en lui une reconnaissance qu’il voulait lui transmettre, elle lui apprenait ce qu’était le courage, la force et lui avait donné une part de sa vie. Il voulait lui témoigner qu’il n’était pas un ingrat, en cet instant il ne pensait plus du tout qu’il risquait sa vie, que dans moins d’un mois il serait mort. Il était avec elle, il aurait pu mourir dans ses bras, tout ce qui comptait c’était qu’il la tienne, que leurs peaux se touchent, se cherchent et apaisent en lui une envie qu’il ne faisait rien pour retenir. Comme le visage de la Sabaku se trouvait enfoui dans son cou, il pouvait lui sentir la vanille de son shampoing. Il aurait voulu qu’elle s’éveille et qu’ils s’embrassent, qu’ils se touchent. Il passa en lui plus d’images érotiques en quelques minutes qu’il ne lui en était passé durant des années. Il s’aperçu alors que ce n’était pas de l’amitié qu’il ressentait pour la Sabaku, c’était aussi du désir. Et loin d’avoir honte, il câlinait ses hanches, ses jambes et son dos. Il était si bien ainsi.

Mais Oni veillait et perçu ce qui grimpait en lui, le bouillonnement qui allait exploser. Ce n’était pas encore le moment, il ne méritait pas encore ce plaisir, il ne goûterait pas les lèvres et le corps de Temari. Ce qu’il croyait être de l’affection et de la reconnaissance, elle le voyait autrement. Il n’était pas prêt, il n’y avait pas encore d’abandon total de soi pour l’être aimé, au contraire ce n’était que sa propre passion qu’il nourrissait. Il aurait voulu mourir dans les bras de la jeune fille, mais parce qu’il les trouvait doux, point !

 

« PAS DE ÇA SHIKAMARU !!! »

 

Les affaires scolaires sur le bureau de Temari s’envolèrent au moment où elle criait, et se répandirent brusquement sur le sol, la jeune fille se réveilla en sursaut. Elle se retrouva dans des bras, contre un corps visiblement peu vêtu et la lune éclaira un instant le visage de Shikamaru Nara.

 

« AAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAHHHHHHH !!! »

 

Elle hurla de terreur, Shikamaru se détacha d’elle et tomba sur le sol dans un empêtrement de draps. Temari, tout en continuant de crier à l’aide, cherchait sa lampe de chevet. Elle l’alluma et la pièce lui offrit une meilleure visibilité. Mais son ennemi juré avait disparu, retransformé en chat, il venait de se cacher sous le lit. Bien entendu les frères et l’oncle arrivèrent :

 

« Temari ! Que t’arrive t’il ?

-SHIKAMARU NARA !!! IL ÉTAIT LÀ !!! IL ÉTAIT DANS MON LIT !!! »

   

Les garçons échangèrent un regard d’incompréhension, Yashamaru s’approcha de sa nièce et toucha son front :

 

« Tu es un peu chaude.

-EVIDEMMENT !!! IL ÉTAIT COLLÉ À MOI !!!

-Temari, ricana Kankurô, tu as des rêves de plus en plus hot.

-JE N’AI PAS RÊVÉ !!! C’ÉTAIT LUI !!! IL A DÛ RENTRER DANS L’APPARTEMENT !!!

-On n’a vu personne, et je te rappelle que tu es au dernier étage de l’immeuble. »

 

Temari était énervée et furieuse qu’on ne la croit pas, pourtant elle avait sentit son odeur, son corps contre le sien et sa respiration sur son visage. Elle regarda sous le lit, mais ne vit que Cheira, qui miaulait d’un air navré.

 

« Tu fais même peur à ton chat. »

 

Si Shikamaru était navré ce n’était pas à cause du ton de Temari, non il était désolé que sa transformation lui fasse cet effet et qu’elle ait l’air si choquée et en pétard à l’idée qu’il ait pu l’approcher. La haine était revenue sur son visage, lui qui croyait avoir progressé s’aperçu qu’il n’avait en réalité pas bougé d’un pouce. Elle ne souhaitait pas le revoir.

Les trois hommes quittèrent la pièce, Yashamaru en consolant sa nièce, les frères en râlant qu’elle les ait réveillé à 03h00 du matin. Temari se rallongea et éteignit sa lumière, puis tapota sur son coussin pour que le chat vienne près d’elle.

 

« Comme ça si Shikamaru réapparaît, tu le griffe ! Je suis certaine qu’il était là, je crois que je ne fermerai pas l’œil cette nuit. Comment a-t-il pu entrer ? Et où est-il passé ? »

 

Le Nara lâcha un ronronnement très doux en guise de réponse, puis il se coucha à côté d’elle. Il regarda ses poils marron qui avaient repoussés, sa queue, ses oreilles pointues. Temari le voyait comme un chat, un simple chat. Il n’était encore rien d’autre à ses yeux, et le Shikamaru humain n’avait encore aucune grâce.

 

M’aimeras-tu un jour ? 

  

Quelques larmes tombèrent sur l’oreiller, mais Temari ne les vit pas. Elle fixait le plafond, la tête rongée de questions et de peur. Pourquoi aurait-elle prit ses ronronnements pour autre chose que du bien-être ? Les petites perles de douleur que déversait Shikamaru, pourquoi les aurait-elle vu ? Sa peine, comment pouvait-elle la comprendre ? La déchirure qui s’agrandissait dans son cœur, le manque qu’il ressentait, pourquoi y aurait-elle pensé ?

 

Après tout, les chats ne pleurent pas.

 

******

 

Temari eu du mal à s’endormir les soirs suivants, puis elle finit par penser qu’elle avait rêvé, ainsi que son oncle et ses frères lui répétaient. Elle se confiait de plus en plus à celui qu’elle croyait être son chat, elle lui avait même un jour montré les morceaux de photos de son père qu’elle avait sauvé des ordures quand Yashamaru les avait déchiré. Shikamaru regardait cet homme brun souriant, difficile de croire que c’était un fou à double personnalité. La philosophie de Temari lui plaisait, il était mort alors pourquoi continuer de le maudire, et elle avait encore le souvenir du papa qui la faisait sauter sur ses genoux.

Au lycée on fichait la paix à la jeune fille, plutôt par peur de voir débarquer un autre chat griffes dehors. Mais on chuchotait encore pas mal sur son passage, surtout les trois amis de Shikamaru, ils la regardaient avec animosité, cherchant un moyen de prouver qu’elle était pour quelque chose dans la disparition du Nara.

 

« Introduisons-nous chez elle pendant la nuit, proposa Kiba, je sais où elle habite. »

 

C’était une infraction punie par la loi, mais pour le Nara ils auraient fait n’importe quoi. C’est pourquoi la nuit suivante, ils se rendirent à l’immeuble où vivaient les Sabakus. Ils traversèrent le par cet entrèrent dans le vieux bâtiment tagué et mal entretenu. Choji ressentit un élan de pitié pour la jeune fille, sa famille ne devait pas avoir beaucoup d’argent pour vivre dans ce genre d’appartements.

 

« On ne devrait pas...

-Si on devrait ! »

 

Choji avait encore en tête le regard plein de reproches du chat marron, il avait vraiment eu l’impression d’avoir son ami en face de lui. Ils avaient tort de faire ça et il le savait, mais il suivait quand même au cas où ils trouvent quelque chose. Un ronflement leur parvint, Yashamaru dormait dans son canapé-lit.

 

« Kuso, c’était pas prévu ça !

-T’es sûr que c’est bien ici ? Demanda Naruto. Y’a marqué Yashamaru Ikon sur la sonnette.

-Baka, Ikon c’est le nom de famille de la mère de Temari, c’était marqué dans son carnet de correspondance.

-Tu as fouillé dans son carnet ? S’indigna Choji.

-Non seulement j’ai fouillé, révéla l’Inuzuka sans honte, mais j’ai découvert qu’elle a bien deux parents décédés et que c’est le frère de sa mère son tuteur.

-Le type qui ronfle dans le salon...au moins il ne nous entendra pas. » Ricana Naruto.

 

En haut, Shikamaru venait encore de céder deux jours de sa vie contre une transformation humaine. Le minuteur dans la cuisine passa donc de 382 heures à 334 heures. Il s’allongea prêt d’elle, mais cette fois-ci suffisamment à l’écart pour ne pas être tenté de la reprendre contre lui. Il prenait un air de protecteur, d’ange gardien à la regarder ainsi dormir. Il caressa tout de même sa joue avec tendresse :

 

« Tu es si jolie... »

 

Il lui sembla qu’on remuait en bas, était-ce Yashamaru ? Non, il l’entendait encore ronfler à faire s’écrouler l’immeuble, et les deux frangins étaient allés dormir chez des copains. Des voleurs cela lui semblait assez saugrenu, on ne cambriolait un minuscule appartement dans un immeuble décati. Des voyous dans ce cas ? Comme il connaissait l’oncle, il se doutait qu’un tremblement de terre ne le réveillerait pas.

 

« Galère... »

 

Il ramassa un drap blanc sous le lit et s’enveloppa dedans, il descendit en bas alors que les garçons terminaient de forcer la serrure. Dans le noir complet, alors qu’ils poussaient la porte, ils entendirent comme le bruissement d’un tissu rêche, le grincement d’un vieux volet à l’extérieur et les ronflements de Yashamaru. Shikamaru lui les reconnu et chuchota :

 

« Naruto...Kiba...Choji... »

 

Les garçons levèrent la tête, le drap blanc était la seule chose qu’ils devinaient à peu près, mais ils ne remarquèrent pas l’escalier de bois sombre et crurent que la...chose qui venait de les nommer flottaient dans l’air.

 

« C’est...c’est quoi ça ? S’effraya Choji.

-Un fan...fanfan...fantôme ? Paniqua Naruto.

-Non, on dirait Shikamaru ! S’exclama Kiba.

-Les gars, supplia le Nara en tendant les bras, c’est... »

 

Mais sa transformation prit fin à cet instant et il disparu dans le drap devenu trop grand pour lui. Les garçons hurlèrent :

 

« IL A DISPARU !!!

-LE FANTÔME DE SHIKAMARU A DISPARU !!! TEMARI L’A VRAIMENT TUÉ !!!

-FUYEEEEZ !!! »

 

Lorsque Shikamaru parvint à se dépatouiller de ce drap, les trois garçons quittaient déjà l’immeuble en sprintant. Il n’avait pas compris ce qui s’était passé, il lui semblait qu’ils avaient hurlé quelque chose, mais quoi ? Bien sûr avec tout ce bastringue Yashamaru et Temari s’étaient quand même réveillés. La jeune fille descendit l’escalier après avoir allumée la lumière et débarrassa son chat du drap :

 

« Qu’est-ce qui s’est passé ?

-Il semblerait que des voyous aient essayé d’entrer, mais ils sont repartis en hurlant. Dommage que je n’ai pas vu qui c’était. »

 

Il inspecta la serrure et grommela :

 

« J’espère qu’il ne faudra pas la changer, ça coûte une fortune.

-Décidemment, soupira la jeune fille, on n’a pas de chance. »

 

Depuis la disparition de Shikamaru Nara il n’arrivait que des choses étranges. Elle commençait à se demander s’il n’y était pas lié finalement. Heureusement les intrus avaient fuit avant de causer plus de dégâts qu’une simple serrure forcée. Souriante, elle embrassa le chat sur la tête :

 

« C’est toi qui a fait fuir les cambrioleurs ?

-Miaou ! 

-Mon courageux petit défenseur. »

 

Shikamaru rougit de plaisir, puis il se dressa et apposa ses deux pattes avant sur les épaules de Temari pour la regarder droit dans les yeux. Un héros on lui donnait bien une récompense, n’est-ce pas ? Il avança la tête et colla son museau sur les lèvres fines de la jeune fille, elles avaient un goût sucré, comme un cocktail de fruits. Yashamaru éclata de rire :

 

« Ma parole, voilà un chat qui fait des bisous maintenant !

-Oh, ne te moque pas ! Il est si mignon !

-Il n’est vraiment pas comme les autres ! »

 

Pas plus de réaction qu’un rapide et simple attendrissement, ce n’était pas un vrai baiser, c’était une câlinerie, rien de plus. Shikamaru, cruellement déçu, soupira et descendit des bras de sa maîtresse, il n’y avait pas encore d’amour en elle pour lui, pas comme une jeune fille pour un jeune homme, il n’y avait que de l’affection pour un animal.

  

******

 

Yoshino leva les yeux vers le ciel, depuis quelques jours il pleuvait souvent. Pourtant son mari était dehors, dans le gazon et tentait de réparer tant bien que mal l’arrosage automatique du parc. Elle mit son manteau et sortit, Shikaku était en tee-shirt et jean malgré les trombes d’eau qui se déversaient sur lui. Il essayait de dévisser un joint avec une clé, mais il résistait férocement.

 

« Allez !!! Allez !!! »

 

La clé lui échappa des mains et il se griffa, un long filet de sang coula le long de sa paume. Il se releva et donna un coup de pied rageur dans l’arrosage :

 

« SALOPERIE !!! MATÉRIEL DE MERDE !!!

-Shikaku...rentre, tu vas attraper froid. »

 

Il se retourna et fusilla sa femme du regard, manifestement il était en train de péter un plomb.

 

« NON !!! JE NE RENTRERAI PAS TANT QUE CETTE SALOPERIE NE SERA PAS...

-CE N’EST PAS EN RESTANT SOUS LA PLUIE QUE SHIKAMARU REVIENDRA !!!

-JE N’EN PEUX PLUS D’ATTENDRE !!!

-ET MOI ALORS ?!! TU CROIS QUE JE N’EN AI PAS ASSEZ DE PLEURER ?!! »

 

L’inquiétude les rongeait, maintenant ils s’en voulaient à l’un et l’autre, ils ne pouvaient plus se voir sans se crier dessus. Yoshino reprochait à son mari d’avoir été trop neutre avec son fils et Shikaku qu’elle avait été trop sévère. Leurs scènes de réconfort devenaient des crises de colère, de larmes, leur couple ne tenait plus et ils s’en moquaient. Shikaku n’encourageait plus sa femme à manger un peu plus, et elle en venait à se ficher qu’il dorme dehors. Yoshino fit demi-tour et regagna la maison, Shikaku la regarda partir et jura. Il s’en voulait, il lui en voulait, il en voulait à Chiyo, à la police, à la Terre entière. À quoi ça servait que le monde continue de tourner si lui et Yoshino se détruisaient mutuellement et que leur fils n’était plus auprès d’eux.

La voisine avait été témoin de la scène, elle secoua la tête et tira les rideaux. C’était si triste de voir cette famille détruite, ils ne méritaient vraiment pas ça.

 

« Pourvu que Shikamaru réussisse à revenir. » Soupira t’elle.

Elle se dirigea vers la cuisine et prépara du thé, mais lorsqu’elle voulu prendre la bouilloire, celle-ci se déversa sur le sol car les mains de la vieille dame tremblaient trop.

 

« Que...que m’arrive t’il ? »

 

Elle ressentit une violente douleur au niveau de la poitrine, comme milles aiguilles qui se plantaient soudain dans son cœur. L’air commençait à lui manquer, elle voyait trouble et ses genoux s’affaissaient sous son poids. Elle tenta de sortir de la cuisine pour se diriger vers le téléphone, mais ne réussi qu’à le faire tomber sur le sol où il se brisa.

 

« À...à l’aide... » Souffla t’elle de sa voix agonisante.

 

Elle se laissa tomber à côté du téléphone brisé, personne ne lui viendrait en aide si elle ne pouvait appeler et qu’elle n’avait pas la force de sortir de chez elle. Oni entra à cet instant et aperçu sa maîtresse évanouie sur le sol, son poil se hérissa.

 

« CHIYO !!! »

 

Elle attrapa le téléphone qui, entre ses pattes, se répara miraculeusement, puis elle composa le numéro des urgences. L’infirmier décrocha immédiatement et elle lui expliqua la situation, il promis d’envoyer une voiture dans les plus brefs délais sans se douter qu’il parlait à un chat.

Oni raccrocha le téléphone et sonda la vieille personne de ses yeux jaunes, un halo de fumée dorée l’enveloppa. La déesse des chats chuchota doucement :

 

« Ne t’en fais pas, tu vivras car une âme pure se sacrifiera pour toi. »     

 

******

 

Temari plongea son visage entre ses mains, désespérée. Kankurô et Gaara se tripotaient les doigts sans rien dire. Yashamaru s’approcha de sa nièce et posa sa main sur son épaule :

 

« Tout ira bien ma puce, elle va s’en sortir. »

 

Prévenus une heure après le malaise de Chiyo, les trois Sabakus avaient appris qu’elle était à l’hôpital, dans un état grave. Le premier train attrapé et ils étaient maintenant devant sa chambre dont on ne leur avait toujours pas autorisé l’accès. Shikamaru, qui avait suivit le mouvement, jeta un regard compatissant vers Temari, elle semblait vraiment abattue. Profitant du fait que les trois hommes aillent chercher des sodas, il s’approcha d’elle et posa sa patte sur ses genoux, poussant son menton avec sa tête pour qu’elle le regarde. Ses beaux yeux verts étaient remplis de larmes, c’était comme deux petits océans profond et mystérieux. Elle parut assez surprise par son regard sérieux.

 

Elle s’en sortira Temari, Yugito-sama ne permettra pas qu’elle t’abandonne, elle vous aime trop pour cela.   

 

Temari ouvrit la bouche et la referma, c’était comme si les pensées de Cheira étaient entrées dans sa tête. Comme si pendant un court instant elle avait pu le comprendre, mais c’était absolument impossible. Pourtant on aurait clairement dit qu’il cherchait à la rassurer. Le docteur qui s’occupait de Chiyo sortit avant qu’elle ait eu le temps d’approfondir cette question. Temari délaissa complètement son chat pour se ruer vers l’homme en blouse blanche qui la connaissait bien pour l’avoir vu souvent chez la vieille dame :

 

« Comment va-t-elle, Gorō-senseï ?

-Elle s’est réveillée, elle te réclame Temari. Ne la fatigue pas trop surtout. »

 

Le cœur battant à tout rompre, la jeune fille poussa la porte de la chambre et dû faire preuve de beaucoup de courage et d’utiliser toute sa détermination pour ne pas éclater en sanglots. Sa tante, pâle comme les draps du lit, était si faible qu’elle ne pu même pas lever les bras dans sa direction. Le plus effrayant c’était tous ces appareils dont elle ignorait l’utilité et qui la ligotaient. Elle s’assit sur le bord du lit, une infirmière fit se redresser le bout afin que la tante et la nièce puissent se faire face. Temari serra dans sa main, fine et chaude, la main tremblante et fripée de Chiyo. Celle-ci sourit de sa bouche édentée, un vieux sourire un peu triste :

 

« Pleure pas ma chérie. Murmura t’elle.

-Comment tu te sens ?

-Beaucoup mieux depuis que tu es là. »

 

Kankurô, Gaara et Shikamaru n’osèrent pas entrer, mais Yashamaru s’entretenait avec le médecin et tous perçurent les mots qu’il marmonnait dans sa barbe : « artères bouchées », « cœur fragile », « opération compliquée et chère », « pas sûr de pouvoir la sauver ». Une menace de mort planait, l’oncle remerciait et sortit dans le couloir. Temari serait bien restée auprès de sa tante toute la nuit, mais une infirmière la mit gentiment dehors, elle devait se reposer. Elle se dirigea alors vers son oncle qui se servait un autre café. Il eut l’air embêté quand elle lui demanda en quoi consistait le problème :

 

« Il s’agit d’artères bouchées qui empêchent l’oxygène de circuler correctement, d’où son malaise.

-Elle est en danger ?

-Elle peut mourir dans les prochains jours si on ne s’occupe pas d’elle, ou alors rester ici pour le restant de sa vie. »

 

La vision de sa tante à jamais condamnée dans cette chambre, entourée de ballons d’oxygènes terrifia Temari. Connaissant la vieille dame et son amour pour sa maison, elle préférerait mourir que d’y renoncer.

 

« Il n’y a pas d’opération possible ?

-Une opération à cœur ouvert, mais elle est très vieille...

-Mais elle est robuste, s’exclama la jeune fille, et je sais qu’elle préférera courir le risque que finir sa vie dépendante des machines !

-On ne peut pas Temari !

-Pourquoi ? Le docteur l’a interdit ?

-Non, avoua t’il sur le bout des lèvres, il dit même que c’est la meilleure chose à faire.

-Alors où est le problème ?

-C’est trop cher. »

 

Temari se figea, puis elle se souvint des factures de son oncle qu’elle gérait parfois et un sourire apparut sur son visage :

 

« Non ce n’est pas trop cher ! On a des sous, l’assurance-vie de nos parents !

-Pas question de le dépenser ! »

 

La voix de Yashamaru était devenue sévère, il fixait sa nièce d’un air froid et colérique que Shikamaru et elle ne s’expliquèrent pas. Mais il en fallait plus pour démonter la Sabaku qui revint à l’assaut :

 

« Pourquoi ?

-Cet argent est pour vous trois en cas de problème, pas pour elle !

-Mais nous sommes en pleine forme !

-Temari !!! (Yashamaru perdait visiblement patience) Il est hors de question que je dilapide l’héritage de MA sœur pour aider la tante de son... »

 

Il se tut, mais il était trop tard, Temari avait compris et son visage devint rouge d’indignation et de fureur. Elle se redressa et parut plus grande que son oncle qui ne put s’empêcher de reculer :

 

« ASSASSIN !!! VAS-Y DIS-LE !!! DIS QUE MON PÈRE ÉTAIT UN ASSASSIN !!!

-C’EST-CE QU’IL ÉTAIT !!!

-ET VOUS VOUS VENGEZ SUR TANTE CHIYO !!! POURQUOI ?!! ELLE Y EST POUR QUELQUE CHOSE ?!! QU’EST-CE QU’ELLE A FAIT ELLE POUR QUE VOUS LA JUGIEZ ?!!

-TEMARI !!! JE SUIS TON ONCLE ET TU ME DOIS LE RESPECT !!!

-POURQUOI ?!! TU NE T’INTÉRESSES JAMAIS VRAIMENT À CE QUE JE FAIS !!! TU TE FOUS QUE LA DANSE SOIT MA PASSION ET QUE J’AIME MA TANTE !!! TOUT CE QUI COMPTE POUR TOI C’EST QU’IL Y’AIT UN RESPONSABLE, TU VEUX PUNIR, TE VENGER !!! TU NE CROIS PAS QUE NOTRE FAMILLE EN A ASSEZ VU ?!! TU NE CROIS PAS QUE ÇA SUFFIT TOUT CE SANG ET CETTE HAINE ?!! NOUS VIVONS ENTOURÉS PAR DES GENS QUI NOUS MÉPRISENT, LE MIEUX SERAIT DE SE SERRER LES COUDES !!! MAIS TOI...toi tu ne penses qu’à te débarrasser d’elle...la seule personne qui me comprend et qui m’a toujours aidée. »

 

Elle explosa en larmes et s’enfuit en courant, laissant son oncle bouleversé par sa tirade. Elle sortit, dehors il pleuvait toujours des cordes, mais elle s’en fichait. Elle leva les yeux au ciel et la pluie trempa son visage, se mêla aux larmes. Un miaulement étouffé se fit entendre, elle tourna la tête et vit le chat, un parapluie dans sa gueule.

 

« Merci Cheira. »

 

Elle l’ouvrit et le plaça au-dessus de leurs têtes, ils se regardèrent. Elle songea qu’il avait des yeux vraiment étranges, des yeux d’humains, légèrement bridés. Elle s’accroupie devant lui et posa sa main sur sa joue moustachue, un minuscule sourire au coin des lèvres :

 

« Tu ne serais pas un ange des fois ? Ces poils ne sont peut-être qu’un déguisement.

-C’est pas tout à fait ça, mais t’es pas loin. »

 

Elle l’attrapa et le colla contre elle, comme si elle serrait un humain dans ses bras. Elle recommença à pleurer, à se vider de toute cette peine qu’elle refoulait. Shikamaru ne voyait plus la forte Sabaku, ce n’était plus qu’une enfant qui avait vécu trop de choses, qui souffrait trop, incomprise par ses proches, méprisée par les jeunes.

 

Temari...

 

Elle sursauta, encore cette voix dans sa tête qui résonnait, où avait-elle déjà entendu cette voix masculine ? Elle était pleine de compassion et de compréhension. Elle se redressa et fixa Cheira, puis elle sourit :

 

« Je ne la laisserai pas mourir ! Je sais ce qu’il me reste à faire ! »

 

Elle lui fit signe de le suivre et ils partirent. Shikamaru avait une vague idée de ce que projetait de faire Temari et cela ne lui plaisait pas.