Les secrets de Temari

par Mysteriousdeer

« Où vas-tu Shikamaru ? »

 

Il sursauta en reconnaissant Oni qui faisait sa toilette entourée de ses chats, il explosa :

 

« C’est ÇA votre bonne âme ?!! Une dingue qui se mutile et prépare je-ne-sais-quoi de dangereux !!!

-Tu parles de Temari ?

-ELLE EST DÉMENTE !!! COMMENT POUVEZ-VOUS PROTÉGER UNE FUTURE CRIMINELLE !!! SA PLACE EST À L’ASILE !!! QUI VOUS DIT QU’ELLE N’A PAS DÉJÀ COMMIS UN MEURTRE ?!! ATTENDEZ QUE JE RACONTE À TOUT LE MONDE CE QU’ELLE FAIT !!! VOUS LA RETROUVEREZ AU CABANON AVEC UNE CAMISOLE DE FORCE !!! »

 

Les autres chats crachèrent dans sa direction car il n’aimait pas son ton agressif qui les effrayait et qu’ils ne comprenaient pas, mais la déesse conserva son calme habituel. Elle tourna la tête vers les jardins du temple. Shikamaru vit trois formes qu’il connaissait bien qui s’enfuyaient : Choji, Naruto et Kiba ! Il comprit qu’eux aussi avaient vu la Sabaku effectuer ses mouvements étranges, sa réputation allait en prendre un sacré coup.

 

« Tu vois, tu n’es pas le seul à vouloir à tout prix la détruire, d’autres vont très bien s’en charger.

-Elle n’aura que ce qu’elle mérite !

-Vraiment ? Décidemment j’avais entendu dire que tu étais intelligent, mais tu n’as pas plus de réflexion qu’un chaton orgueilleux en ce qui concerne Temari. »

 

Elle lui indiqua la maison de Chiyo, ses chats formèrent une haie d’honneur pour le laisser passer.

 

« Tu connais le chemin, retourne auprès d’elle.

-Pas question !

-Tu risques de le regretter si tu n’y vas pas. »

              

Il soupira et obéit pour ne pas subir les foudres de la déesse. Il sauta par la fenêtre et atterrit dans la pièce principale. Temari avait rangé ses armes et sourit en le voyant :

 

« Cheira, tu arrives à temps, j’allais justement attaquer une de mes plus belles créations. »

 

Création ? Il la vit se diriger vers un placard et en sortir...une ombrelle ! Après le couteau et le katana il s’attendait à tout sauf à une ombrelle. Elle l’ouvrit et alluma la vieille radio de Chiyo qui diffusa une musique traditionnelle douce.

 

« Pour la danse de l’ombrelle, mieux vaut un peu plus se mettre dans l’ambiance. »

 

Le cœur de Shikamaru rata un battement. De la danse !!! Elle avait bien dit de la danse !!! Et soudain la vérité éclata en lui comme une bombe, faisant vibrer son cerveau et ses oreilles. Il revit tous, tous les éléments qui lui avaient manqué depuis le début : le tableau colorié par Sai, les échauffements de Temari dans le parc, son goût pour faire ressurgir du passé les choses anciennes comme les livres, son casque toujours sur les oreilles qui devait lui répéter ses enchaînements, son rituel de la toilette, les kimonos, la danse du couteau, celle du sabre, maintenant celle de l’ombrelle ! Temari n’était pas folle, ni aliénée, ni dingue, ni malade, ni masochiste ! Elle était normale, sensée. Elle avait un rêve simple, un rêve merveilleux qu’elle gardait enfoui au fond d’elle comme un jardin secret ! Son corps était un art, elle était artiste, la plus belle, la plus talentueuse des artistes ! Tout ce qu’il croyait savoir était faux, son jugement était injuste, cruel et barbare ! Elle ne projetait pas de tuer, occire, abattre, démantibuler, vivisecter quelqu’un !

 

Temari s’entraînait juste...aux danses des geishas.   

 

******

 

Réunion au sommet ! Ou plutôt, chez Choji. Quand on voulait se remettre d’une journée harassante on allait chez Shikamaru, quand on voulait regarder des films X ou trouver des magazines féminins on allait chez Kiba, quand on voulait se marrer un bon coup on allait chez Naruto et quand on devait discuter longuement on allait chez l’Akimichi qui avait des réserves de chips et de soda.

 

« Je suis sûr que c’est elle, s’exclama Naruto, elle a dû le découper en morceaux ! Vous avez vu son sabre ? En fait c’est une ninja moderne, elle doit appartenir à une mafia !

-Pour la mafia j’ai des doutes, déclara Kiba, mais ce qui est sûr c’est qu’elle sait manier une arme !

-Attendez, intervint Choji, on n’a pas de preuve ! »

 

Il refusait toujours de croire que son ami était mort et enterré. Naruto poussa un profond soupir :

 

« Il était trop flemmard...il a dû se laisser faire... 

-On la punira ! » Promit Kiba.

 

Ils comptaient bien dévoiler à la face du monde les horribles manigances de Temari no Sabaku, ils vengeraient leur ami en s’en prenant à celle qui l’avait certainement fait disparaître.

 

******

 

720 heures, affichait le minuteur. La famille Sabaku dînait, Kankurô avalait ses nouilles goulûment, mais il finit par reposer ses baguettes avec fracas et désigna le chat assis sur le canapé :

 

« J’en ai assez ! Il n’arrête pas de nous fixer !

-Il trouve peut-être que tu manges comme un porc. Se moqua Gaara.

-Je suis désolée, soupira Temari, mais depuis dimanche il me suit partout et il me fixe avec un air bizarre.

-On dirait qu’il est tombé de la lune. » Rit Yashamaru.  

  

Effectivement, depuis dimanche Shikamaru n’arrivait toujours pas à se remettre de ce qu’il avait vu : geisha ! Temari s’entraînait à devenir geisha ! Voulait-elle devenir une demi-mondaine convoitée, un objet d’art vivant, avoir son damna ? C’était étrange pour une féministe qu’il traitait de ganguro naturelle. Qui aurait cru qu’elle était aussi traditionaliste ?

En servant le thé vert, Temari déclara gaiement :

 

« Chez tante Chiyo, j’ai...

-Oh ! S’exclama Kankurô. Le film Arsène Lupin à Tokyo va commencer ! »

 

Les trois garçons se jetèrent sur le canapé et allumèrent la télévision, laissant la jeune fille coupée au milieu de sa phrase, le plateau de thé encore entre ses mains. Shikamaru s’étonna de cet intérêt si soudain pour ce film qui n’avait même pas encore commencé. Temari sembla chercher ses mots et parla un peu plus fort :

 

« Tante Chiyo m’inquiète...elle est très fatiguée en ce moment...

-Kankurô, t’es qu’un gros tas, cria Gaara, tu prends toute la place !

-...je crois qu’on devrait aller chez elle plus souvent...

-Si t’es pas content Gaara, tu peux dégager !

-...je sais que vous n’aimez pas ça, mais j’aurai besoin d’aide pour faire le ménage...

-Allons les garçons, ne vous disputez pas. »

 

Shikamaru était abasourdi, les trois hommes à côté de lui faisaient délibérément semblant de ne pas entendre Temari, ils agissaient comme si elle n’existait plus. Une ombre de tristesse passa sur son joli visage, elle déposa le plateau de thé sur la table et s’éloigna :

 

« ET PUIS MERDE !!! »

 

Elle monta dans sa chambre et s’y enferma, Shikamaru la suivit et passa de justesse. Un peu plus et elle lui coupait les moustaches en deux. Il eu le temps de voir le remord s’afficher sur le visage des trois hommes, bien fait pour eux ! Il sourit intérieurement, voilà qu’il défendait Temari maintenant. Elle était assise sur son lit, respirant à fond pour se calmer, les yeux noirs de colère :

 

« Egoïstes ! Tout ça parce qu’elle...

-Miaou ?

-Cheira ! »

 

Elle l’attrapa et le posa sur son lit :

 

« Si tu savais ce que j’endure quand ils se mettent à jouer les sourds, il suffit que j’essaye d’aborder le sujet Chiyo pour qu’ils s’enfuient. Quels lâches ! Tu sais pourquoi ils sont comme ça ? Ils prétendent que ce n’est pas vrai, mais moi je suis sûre du contraire ! C’est parce qu’elle est de la famille de mon père ! Depuis la mort de maman, Yashamaru nous a pris sous son aile, mais il refuse qu’on parle aux autres Sabakus ! Si ça se trouve j’ai des tonnes de cousins au Japon dont je ne connaîtrai jamais l’existence ! Et mes frères suivent ce mouvement ! J’en ai marre ! »

 

Ça il le sentait qu’elle en avait marre, elle le griffait plus qu’elle ne le caressait. Elle le lâcha finalement et s’étendit de tout son long sur le lit, les yeux rivés au plafond :

 

« Et sais Cheira, ma vraie passion c’est la danse...ça peut paraître cliché, mais c’est comme ça. »

 

Il secoua la tête, il ne trouvait pas qu’aimer la danse traditionnelle des geishas soit un cliché, au contraire.

 

« Après le bac je voudrais aller dans une grande école de danse. J’ai déjà choisi : l’école Odori. J’ai envoyé une cassette avec une de mes créations et ils ont adoré ! Si je continue d’avoir d’aussi bonnes notes, à la rentrée je serai dans cette école ! J’ai même travaillé comme une dingue l’année dernière, j’ai enchaîné les petits boulots pour avoir de quoi payer mon inscription et mes livres ! Et celle qui m’enseigne la danse des geishas, la musique, le port du kimono, celle qui a envoyé une lettre de recommandation au directeur, c’est tante Chiyo ! Elle m’aidait déjà avant que mes parents meurent, elle a continué ensuite. Elle m’enseigne tout ce qu’elle sait depuis que j’ai cinq ans ! C’était une grande geisha avant la Seconde Guerre Mondiale. »

 

Shikamaru avait du mal à croire que la laide et vieille Chiyo, aux dents gâtées, à la peau flétrie, grosse et tassée ait pu un jour être geisha. Mais il était passionné par ce que racontait Temari, ses yeux verts brillaient si fort :

 

« C’était la plus belle, la plus enviée de toutes ! Je voudrais danser avec autant de poésie qu’elle, lorsque je serai à Odori, je pourrai m’y consacrer entièrement ! »

 

Elle s’arrêta pour reprendre son souffle et lui sourit :

 

« Donc...avec tout ce que je lui dois...comment pourrai-je me forcer à ne pas l’aimer et ne pas avoir envie de la remercier ? »

 

Evidemment vu comme ça...oui, si son père avait découpé sa femme en rondelles et rendu ses enfants orphelins, Chiyo elle n’y était pour rien. Mais le Nara commençait à connaître Temari à force de l’observer, il avait l’impression que la jeune fille cachait un autre secret bien plus lourd encore.

 

******

 

Le lendemain il se décida à suivre la jeune fille, les paroles d’Oni lui revenait en mémoire et il craignait qu’effectivement la Sabaku n’ait à subir des brimades et des accusations injustes. Pas qu’il veuille devenir son ange gardien, mais il se sentait un peu coupable...un peu seulement.

Temari retrouva Tenten et Lee, elle discuta avec eux, puis ils rentrèrent en cours. Bon, rien d’alarmant, Shikamaru se plaça sur un muret et s’endormit. Il fut étonné à la récré suivante de constater à quel point Temari avait peu d’amis, lui-même n’avait jamais cherché à en avoir tant que ça, mais elle on semblait carrément l’éviter. Certainement à cause de cette rumeur du père fou dangereux, il admirait le fait que Temari s’en fiche royalement, la compagnie de Lee et Tenten lui suffisant. Les deux la laissèrent d’ailleurs pour aller chercher des sandwichs à la cantine et, comme le redoutait Shikamaru, trois garçons en profitèrent. Ils entourèrent la Sabaku qui lisait contre un arbre, Choji était réticent, Naruto remonté, Kiba menaçant. Temari grimaça, la veille déjà ils lui tournaient autour comme des mouches à miel, qu’allaient-ils faire cette fois ?

 

« Sabaku, faut qu’on te cause !

-Je n’ai rien à vous dire, bande de zinjanthropes !!! »

 

Aucun des trois ne devait franchement savoir à quoi ressemblait un zinjanthrope, mais ils perçurent clairement l’insulte. Sentant la bagarre arriver à toute allure, les élèves tournaient la tête vers eux. Kiba pointa un doigt vers elle :

 

« Où est Shikamaru ?!!

-Comment veux-tu que je le sache ?!!

-Fais pas l’innocente, s’exclama Naruto avec un air de policier interrogeant un suspect, tu es la dernière à l’avoir vu, vous avez dû vous disputer plus fort que d’habitude et tu t’en es débarrassée !

-N’importe quoi !!!

-Avoue que tu le détestais quand même. Murmura Choji.

-Evidemment que je le déteste ! C’est un prétentieux, un flemmard et un irrespectueux qui a saccagé, avec VOTRE aide, la maison de ma tante !!!

-La vieille est ta tante ?!! »

 

Les trois garçons demeurèrent abasourdis par cette information, Temari en profita :

 

« Et puis c’est illogique ! Pourquoi j’aurai ôté ses habits au Nara ?!!

-Comment tu sais qu’il n’avait plus ses habits ?!! Demanda le blond triomphant.

-Baka !!! Tout le monde le sait, c’était même au journal télévisé !!! »

 

Mais ils ne l’écoutaient plus, les lycéens commençaient à parler entre eux, la plupart trouvant les excuses de Temari assez piètres. Shikamaru était révolté, ils étaient tous contre elle et leurs accusations étaient saugrenues. Kiba s’adressa aux autres élèves :

 

« Je crois que nous avons la preuve que Temari a quelque chose à voir dans la disparition de Shikamaru !!! Et sachez que cette miss pratique des rituels de magie noire et le maniement des armes blanches !!!

-ÇA N’A RIEN À VOIR !!!Hurla la jeune fille en désespoir de cause.

-Pourquoi pas ? Entre une tante sorcière et un père foutraque, y’a pas de raison que tu ais échappé à ça. »

 

Il y’eut des sifflements et des ricanements, mais ils ne durèrent pas longtemps. Shikamaru sauta de son muret, fonça vers son ami et lui griffa férocement la jambe. L’Inuzuka poussa un beuglement de douleur, il avait le mollet en lambeaux. Temari ouvrit des grands yeux surpris :

 

« C...Cheira ?

-C’EST TON CHAT ?!! TU ES COMME TA TANTE, TU DRESSES LES CHATS POUR QU’ILS NOUS ATTAQUENT !!! » Brama Naruto apeuré.

 

Enervé par ses cris, Shikamaru sauta sur lui et lui mordit méchamment la main. Le blondinet joignit ses cris à ceux de Kiba. Choji croisa le regard du chat et resta tétanisé, ses yeux ébène lui envoyèrent un regard de reproche si intense qu’il sentit la honte l’envahir, comme lorsque Shikamaru lui disait qu’il mangeait assez salement, le seul qui n’avait jamais réussi à le raisonner. Temari sentit le regard effrayé et colérique des autres élèves, préférant ne pas attendre d’autres réactions elle attrapa son chat et s’enfuit du lycée.

Elle couru jusqu’au parc le plus proche, Shikamaru contre elle et ne s’arrêta que lorsque le souffle lui manqua. Elle se laissa tomber dans l’herbe, essayant de reprendre sa respiration malgré le rire qui lui montait à la gorge :

 

« Cheira...tu...tu as été...magnifique ! »

 

Malgré le fait qu’il ait blessé deux de ses meilleurs amis, Shikamaru ne regrettait rien, et puis comme ça la Sabaku ne les maudirait pas eux aussi. Elle s’assit et caressa sa tête :

 

« Tu es venu pour me protéger, merci du fond du cœur.

-Miaou... »   

 

Il faisait beau, presque doux après ces journées de pluie. Temari étendit ses jambes et soupira :

 

« Ce qu’on est bien ici. »

 

Oui, c’est vrai qu’ils étaient bien. Elle ouvrit son déjeuner et lui donna une belle sardine à l’huile :

 

« Pour te remercier. »

 

Shikamaru avala le poisson, puis regarda autour de lui. Ils étaient seuls, l’arbre sous lequel ils s’étaient allongés les cachait assez bien des autres personnes. Il pouvait redevenir Shikamaru pour une minute, ça valait le coup. Si la demoiselle était un peu coite, il pourrait s’excuser et lui faire comprendre qu’il avait besoin d’elle pour briser la malédiction. Il allait sacrifier 24h quand une voix claire résonna :

 

« Temari ! »

 

C’était un garçon roux, aux yeux noirs et au sourire doux, Sasori ! Shikamaru pesta, il choisissait vraiment mal son moment celui-là ! Puis il se souvint que Môssieur avait un petit faible (sans retour) pour la jeune fille.

 

« Ça va ?

-Oui très bien.
-Je suis content de te voir ! Tu sais, je trouve que ces trois mecs sont vraiment des minables !

-Merci, ça fait plaisir d’avoir un allié.

-Et moi alors ? Je sens le fromage ?

-Et puis c’est ridicule, comment tu pourrais avoir tué Shikamaru Nara ?

-Carrément mort pour lui ! Ben merci, ça fait plaisir !

-C’est vrai, tu es si... »

 

Il s’arrêta et devint aussi rouge que ses cheveux, Temari ne l’encouragea pas à continuer, en fait elle ne l’écoutait pas vraiment et fixait le lointain d’un air concentré, Shikamaru en aurait parié sa fourrure qu’elle pensait à ses enchaînements de danse. Le rouquin en serait pour ses frais, il se leva et s’éloigna sans leur accorder un regard. Les tentatives de dragues timides ne l’intéressaient pas le moins du monde.

Le portable de Temari sonna alors qu’elle quittait Sasori à son tour, c’était Tenten :

 

« Allo ?

-Dis donc miss, en voilà une façon de quitter le bahut ! Très jolie sortie, tu as été le point de discussion des élèves pendant toute l’après-midi !

-Ah...

-Dis, c’est vrai qu’un chat est intervenu pour clouer le bec aux trois crétins ?

-Oui, c’est Cheira, je t’en avais parlé. Il me suit de plus en plus.

-C’est drôle, un chat ce n’est pas sensé porter secours à sa maîtresse qui se fait insulter.

-Il m’a l’air très intelligent.

-Ça confirme ma théorie ! S’exclama la végétarienne triomphante. Les animaux possèdent une âme et ressentent des sentiments.
-N’importe quoi, il a dû agir par instinct. »

 

Elle parlèrent encore un petit moment, puis Temari rentra chez elle. Elle avait du mal à croire ce que disait sa meilleure amie, un chat restait un chat, c’était des créatures adorables, mais tout de même de simples animaux qui ne devaient penser qu’à leur survie.

 

******

 

« Un, deux, trois...un deux, trois...un, deux, trois ! »

 

Le dimanche suivant, retour chez Mlle Chiyo. Comme la semaine dernière Temari commença par nettoyer les lieux, puis alla au sauna pour se laver selon le rituel des geishas et revint avec un kimono sombre. Elle avançait, reculait, sur des semelles compensées qui devaient être une torture pour les pieds et le dos, Shikamaru se demandait par quel miracle elle parvenait à rester droite. Chiyo ne laissait rien passer, son entraînement était sévère et rigoureux, mais sa nièce était une excellente élève. La vieille dame battait la mesure en frappant dans ses mains :

 

« Un, deux, trois...un deux, trois...un, deux, trois ! » 

 

Shikamaru avait bien sûr suivit la jeune fille, il commençait à prendre l’habitude de l’accompagner partout. Chiyo ne lui accorda pas un regard, sans doute habituée à voir des chats entrer et sortir de chez elle. Plusieurs assistaient d’ailleurs aux répétitions de Temari. Allongés sur et sous les meubles, Shikamaru lui se tenait un peu à l’écart, il n’avait pas envie de se mêler à eux, il pouvait être considéré comme un intrus. Alors qu’il l’admirait, leurs regards se croisèrent et Temari manqua de se casser la figure, sa tante la réprimanda :

 

« Pas de distraction Temari !

-Pardon tante Chiyo. »

 

Shikamaru admirait sa patience et son courage, jamais il n’aurait pu faire des exercices aussi éprouvants aussi longtemps. La jeune fille quitta ses chausses pour attraper ses éventails et se mit à danser toujours sous les yeux attentifs de Chiyo.

 

« Tu ne te retournes pas assez vite ! Plus souple le poignet ! »

 

Oni suivait aussi les mouvements de la jeune fille, mais ses yeux jaunes viraient parfois vers le Nara, elle souriait. Il pensa qu’elle voulait encore lui donner une leçon, mais elle resta assise à sa place sans remuer. Temari salua enfin le publique des chats dans une révérence gracieuse et sa tante lui accorda un sourire :

 

« Parfait, ta danse de l’Eté est prête.

-Merci tante Chiyo. »

 

Elle remit son uniforme scolaire, elle était partie tellement vite ce matin que c’était tout ce qu’elle avait pensé à mettre. Visiblement elle serait de plus en plus acharnée au fur et à mesure que la rentrée dans cette école de danse approcherait. Elle nouait son nœud rouge et Chiyo versait le thé dans des tasses pour la pause quand le portable de la jeune fille sonna.

 

« Allo ?

-Temari, gronda la voix de Kankurô, qu’est-ce que tu fous ?!!

-Qu’est-ce qui se passe ?

-Ne me dis pas que tu as oublié quel jour on est !!! »

 

Son petit frère paraissait vraiment furieux, Shikamaru se demandait pourquoi, elle avait pourtant tout préparé ce matin comme à son habitude. Petit-déjeuner, vaisselle, linge...ils auraient pu la lâcher ou bien faire aussi une partie des tâches avec elle. Il s’aperçu alors qu’il était en train de penser tout à fait contrairement à ses habitudes de macho. Bon, d’accord la place d’une femme était dans une cuisine...mais un homme se devait de l’aider un peu...et puis elle avait tellement de talent, de passion dans son art que c’était franchement idiot de ne pas lui laisser plus de temps. Pourtant Temari ne s’énerva pas, au contraire elle se mordit la lèvre et prit un air coupable qui ne lui ressemblait pas.

 

« Kuso ! Je suis désolée ! J’arrive immédiatement !

-Tu as intérêt !!! »

 

Elle raccrocha et s’inclina devant Chiyo :

 

« Je dois partir !

-Je m’en rends compte, au revoir.

-Pardon de te quitter aussi vite. »


Elle lui offrit une autre révérence de geisha qui fit sourire la vieille dame et s’enfuit en toute hâte, Shikamaru sur ses talons. Il peina à la suivre tant elle courait vite, pourtant sur ses quatre pattes il était plus rapide que sur deux, mais il se fatiguait plus vite. Temari ne s’arrêta pas pour l’attendre, preuve qu’elle était vraiment très pressée. Contrairement à ce que pensait le Nara, ils ne retournèrent pas à l’appartement, mais traversèrent un morceau de la ville, il finit par comprendre où ils allaient et il frissonna.

 

Temari poussa le portail du cimetière.

 

L’endroit était calme, totalement vide comme si les gens ne souhaitaient pas gâcher leur dimanche dans la prière aux morts...et puis il y’avait rarement des enterrements ce jour-là. Ils zigzaguèrent entre les stèles, Shikamaru connaissait bien l’endroit pour y être venu souvent. Asuma Sarutobi, un ami de la famille qu’il appréciait beaucoup, était mort d’un cancer des poumons lorsque le garçon était au collège. C’était depuis cette tragédie que Shikamara avait commencé à mal virer et à suivre Naruto et Kiba dans leurs bêtises, il s’était totalement désintéressé de ses études et avait recommencé à dormir en cours au lieu de travailler comme Asuma lui répétait souvent. Une manière à lui d’oublier et de se protéger du chagrin.

Les trois hommes patientaient devant une stèle, ils venaient de déposer un bouquet de roses rouges. Ils froncèrent les sourcils en voyant arriver Temari, Gaara déclara froidement :

 

« Tu n’es qu’une égoïste, tu t’en fous que ce soit l’anniversaire de maman, tu ne penses qu’à ta danse et à tante Chiyo.

-Pardon... »

 

Shikamaru les trouvait injuste. Il était certain que la peine de la Sabaku était sincère, mais elle ne vivait pas dans le passé comme eux. Ils n’avaient pas le droit de la juger et de juger Chiyo sous prétexte qu’un membre de sa famille avait détruit une partie de leur vie. Temari souffrait autant qu’eux, ils auraient dû la soutenir, pas l’enfoncer. La soumission de la Sabaku l’étonna, cela ne lui ressemblait pas, elle semblait éprouver un remord terrible, alors qu’elle était irréprochable. Ils prièrent quelques minutes devant la tombe de Karura no Sabaku, puis les garçons rouvrirent les yeux et demandèrent à la blonde qui ne bougeait pas :

 

« Tu restes là ? Tu vas attraper froid.

-Je voudrais prier un peu seule.

-Fallais arriver plus tôt, prononcèrent aigrement ses frères, tu vas pas te rattraper avec une prière minable de dernière minute ! Maman n’aurait pas apprécié ! »

 

Shikamaru vit les yeux de la jeune fille se remplirent de larmes alors qu’elle tournait le dos aux garçons pour qu’il ne la voit pas. Yashamaru leur jeta un regard sévère :

 

« Ça suffit ! C’est indigne de vous et Karura serait très heureuse que Temari reste plus longtemps ! On rentre ! »

 

Shikamaru leur barra le passage, le regard noir de reproches, plus intense que face à Choji. Kankurô grogna :

 

« Qu’est-ce que tu nous veux toi ?

-Bandes d’ingrats ! Vous devriez avoir honte !

-Il est vraiment étrange ce chat. »

 

Il secoua la tête, puis rejoignit Temari. Elle referma les yeux et recommença à prier, il pensait que cela durerait assez longtemps, mais il s’aperçu d’une chose étrange : elle ne priait pas vraiment ! Un œil à moitié ouvert elle s’assurait que sa famille se dépêchait de quitter les lieux. Pourquoi avoir mentit ? Que comptait-elle faire ?

Il la vit se baisser et choisir une belle rose d’un rouge éclatant parmi le bouquet apporté pour Karura.

 

« Pardon maman. » Chuchota t’elle.

 

Elle s’éloigna de la stèle, mais au lieu de ressortir du cimetière, elle s’y enfonça un peu plus. Shikamaru la suivit, de plus en plus intrigué. Elle avançait d’un pas rapide, manifestement ce n’était pas la première fois qu’elle faisait ça, elle savait parfaitement où aller. Elle s’arrêta enfin devant une tombe d’aspect bien plus modeste que celle de Karura. Si la précédente était assez grande, d’une pierre blanche étincelante, celle-ci n’était qu’une vieille pierre grisâtre à peine entretenue. Le prénom avait été effacé, mais le nom de famille et l’âge figuraient encore. Le mort était un no Sabaku décédé à l’âge de 37 ans.

 

Le sang de Shikamaru se figea, il se tenait devant la tombe du père de Temari.

 

Une surprise en entraînant une autre, il vit la jeune fille déposer sa rose devant la stèle, puis s’agenouiller pour prier. Temari rendait hommage au dément qui avait éventré sa mère ! Le Shikamaru d’il y’a quelques jours l’aurait insulté, traité de folle, il se serait enfui pour ne pas se mettre en danger avec elle, mais il changeait. Maintenant il ne jugeait plus au premier regard, il attendait, il patientait, il écoutait. La jeune fille lui sourit :

 

« S’ils me voyaient faire ça ils ne me pardonneraient jamais. »

 

Ils c’étaient évidemment Gaara, Kankurô et Yashamaru. Elle avait raison, déjà qu’il avait dû mal avec Chiyo, mais voir Temari rendre hommage au tueur qui les avait privé de Karura les aurait rendus furieux.

 

« Moi aussi je regrette maman, et puis...je l’ai vu moi...étendue sur le sol dans une mare de sang, mon père l’ouvrant comme on ouvre un porc, lui arrachant les boyaux, les piétinants...je n’avais que 8 ans. »

 

Elle avait vu son père le faire ! Des images passèrent devant les yeux du Nara, la vision d’une femme agonisant, le père tenant un couteau de charcutier en main et l’éviscérant, lui coupant les membres un à un...et le pire, une enfant de 8 ans cachée dans un coin, n’ayant même plus la force de se cacher les yeux ou d’appeler à l’aide.

 

« Mais il n’était pas vraiment responsable...il avait des crises...quand il est redevenu lui-même il m’a vu et il a eu l’air si désespéré que j’ai compris...j’ai compris ce que Gaara et Kankurô et Yashamaru ne comprendront jamais...j’ai compris qu’il n’avait pas voulu la tuer. Il m’a fait sortir, très calmement, puis il a essayé de s’ouvrir les veines. La police l’a arrêté, l’a soigné et enfermé dans un asile. Il s’est suicidé peu de temps après...il paraît qu’il criait mon nom et qu’il me demandait pardon, une infirmière me l’a dit. Alors...j’ai pardonné. »

 

Elle en parlait si normalement ! Shikamaru était estomaquée par son calme. Mais pourquoi avait-elle pardonné si aisément pour son père et le haïssait-elle lui dans ce cas ? Il n’avait pourtant pas fait quelque chose d’aussi grave. Il laissa la jeune fille terminer, et se rendit à la tombe d’Asuma. Il venait souvent autrefois pour parler avec lui...et puis depuis deux ans plus trop.

 

« Salut Asuma, ça fait un bail pas vrai ? Désolé, je crois que j’étais trop mal dans ma peau pour venir...remarquez, je ne me sens pas super à l’aise dans celle-là non plus. »

 

Il rit doucement, il avait l’impression que l’homme barbu qui fumait un peu trop était là, en face de lui, apaisant et souriant.

 

« Vous devez bien vous marrer si vous me voyez de là où vous êtes. Dire que dans quelques jours je vous rejoindrai peut-être...quoique je n’abandonne pas si facilement. Ma vie j’y tiens quand même un peu. »

 

Il tourna la tête vers Temari, il la trouvait belle dans cette lumière du soir, le soleil couchant faisait un peu comme une auréole l’enveloppant. C’était peut-être pour ça que Oni l’appelait « âme pure », à cause de sa grande beauté.

 

« Mais il y’a d’autres filles qui sont très belles et qui ont meilleur caractère. En tout cas, quand je serai redevenu chat je vous jure que je ferai ami-ami avec elle. Finalement elle est sympa, même si elle est galère. Et puis vous la verriez danser... »

 

Il baissa la tête et rougit comme si on pouvait l’entendre :

 

« Elle est vraiment forte, si vous saviez la vie qu’elle mène...entre les brimades au lycée, les injustices de sa famille et ses cauchemars. Elle reste souriante, confiante, elle est capable d’aimer fidèlement, elle est loyale dans ses sentiments, alors c’est pour ça que je me dis que j’ai une chance...je dois avouer que...jamais je n’avais rencontré une fille pareille. Elles ne sont pas toutes pleurnichardes et mièvres, il y’en a qui valent la peine qu’on les fréquente. »

 

Si Asuma avait pu le voir il aurait sourit devant cette tirade, la première tirade sincère, sortie tout droit du cœur du Nara. Il était en train de s’enfoncer dans quelque chose de doux, de tendre et de sucré, il se laissait envelopper par la gaieté et le sourire de Temari. Le fiel qu’Oni lui reprochait allait devenir du miel, du miel doré comme la chevelure lumineuse qui revenait vers lui.

 

« Cheira, tu as quelqu’un toi aussi ici ? »

 

Elle lut les mots sur la pierre, puis soupira, encore un qui était mort avant l’âge. Elle fit quelque chose qui plut beaucoup au Nara, elle alla chercher une autre rose sur le bouquet de sa mère et la déposa. Elle lui caressa gentiment la tête et demanda :

 

« C’était ton ancien maître ?

-On peut dire ça comme ça. »

 

Elle s’éloigna et il la suivit, ensembles ils quittèrent le cimetière et rentrèrent. L’esprit d’Oni sortit de sa cachette et les regarda partir, puis ses yeux jaunes vrillèrent vers les tombes aux roses rouges et elle sourit. Shikamaru changeait, et ce n’était encore que le début.