Retour au temple d'Osaka

par Mysteriousdeer

À l’heure de la récré au lycée Konoha, Temari jeta un coup d’œil vers Choji, Naruto et Kiba. Vu leurs têtes, Shikamaru n’avait pas réapparu. D’ailleurs la rumeur commençait à courir dans le lycée avec les idées les plus extravagantes les unes que les autres, Ino et Sakura, peu rancunières, s’imaginaient qu’il s’était enfui avec un amour impossible. Certains mecs le voyaient plutôt mort dans un égout après avoir croisé des mafieux. Les plus raisonnables penchaient pour la fugue. Kiba se tourna vers la Sabaku qui avait repris sa conversation avec Tenten et fronça les sourcils :

 

« Après tout elle était dans le jardin et il s’est lancé à sa poursuite, elle doit savoir quelque chose.

-Non, soupira Naruto, sinon elle nous aurait averti.

-Baka ! Elle déteste Shikamaru ! Ça doit lui faire plaisir de savoir qu’il s’est volatilisé ! »

       

Et si effectivement Temari y était pour quelque chose dans la disparition du Nara ? Après tout elle avait deux frères dont un costaud, elle pouvait très bien avoir enlevé un flemmard qui n’aurait même pas eu la force de se défendre.

 

« On pourrait lui poser la question ? » S’exclamèrent t’ils en faisant craquer leur jointure.    

 

Mais Choji les retint, d’abord on n’accusait pas sans preuve, ensuite Lee venait d’arriver vers Temari et discutait avec elle. Les deux garçons auraient du mal à s’en prendre à Temari si elle avait un baraqué comme ami. Sans compter ses frères qu’on voyait de temps en temps avec elle, ils semblaient avoir un petit côté psychopathe, surtout quand on s’en prenait à leur sœur. Un garçon avait essayé de s’en prendre à Temari l’année dernière, non seulement la demoiselle l’avait déjà bien corrigé, mais il avait aussi été pris à part à la sortie par les deux frangins qui s’étaient chargé de le rendre irregardable pour trois semaines. En se souvenant de ça, les deux excités ne se sentir plus aussi téméraires. Naruto soupira :

 

« Si ces malades mentaux s’en sont vraiment pris à lui, le pauvre Shikamaru ne doit plus ressembler à grand-chose.

-Déjà qu’il était pas beau, déclara le narcissiste Kiba, comparé à moi je veux dire...

-FERMEZ-LA !!! » Beugla Choji qui n’aurait pas supporté d’imaginer son ami réduit en chair à pâtée.        

 

******

 

Shikamaru allait pourtant parfaitement bien, il avait décidé après une matinée de sieste qu’il était temps pour lui de redevenir humain. Il avait fouiné un peu dans l’appartement...ce qui ne lui avait pas demandé beaucoup d’effort étant donné la petitesse des lieux et venait de trouver ce qu’il cherchait : des décorations de Noël. Il attrapa une guirlande luminescente dans sa gueule et l’extirpa du carton, puis remonta dans la chambre de Temari. Bondissant de meubles en meubles, il la suspendit avant de la brancher. Parfait ! Cela serait du plus bel effet une fois que la nuit tomberait. Il passa sous le lit, poussa la caisse des fournitures scolaires et attrapa quelques feuilles de couleurs. Trempant ses griffes dans un encrier rose, il traça les kanjis Amour, Beauté et Passion. Il n’était pas très sincère, mais qu’importe puisque c’était elle qui devait tomber amoureuse et pas l’inverse ? De toute façon, deux trois compliments dans ce genre et elle allait se jeter dans ses bras, les filles fondaient pour ce genre de trucs et la Sabaku n’y ferait sûrement pas exception. Il descendit dans la cuisine et ouvrit le frigo avec quelques difficultés. Il y’avait du jus d’ananas, il en remplit un verre et en répandit pas mal sur le sol. Si on lui avait dit qu’un jour il trouverait lourd un pack d’un litre...il déchira une boite de gâteaux qu’il posa sur une assiette et réussit à emmener le tout dans la chambre en tenant entre ses dents. Son poil fut trempé par le jus et devint tout poisseux.

 

Beurk ! J’espère que ça va lui plaire avec tout le mal que je me donne.

 

Voilà, il n’avait plus qu’à faire un brin de ménage et de toilette et d’attendre sagement le retour de Temari. Il imaginait déjà son regard émerveillé quand elle verrait tout ce qu’il avait fait pour elle.

Kankurô rentra le premier et s’enferma dans sa chambre, sans doute pour continuer ses marionnettes. Enfin il entendit claquer la porte de l’appartement version Temari, elle allait monter dans sa chambre, vite il alluma la guirlande et mit en route sa chaîne sur une chanson bien romantique. Temari entra et écarquilla les yeux devant les papiers, les gâteaux et son chat miaulant gaiement sur son bureau. La lueur de plaisir dans son regard n’échappa pas au Nara.

 

Allez, viens me serrer dans tes bras !

 

Elle s’approcha du bureau, lu les petits mots qu’il avait eus du mal à écrire et sourit. Shikamaru soupira intérieurement, elle allait certainement vouloir l’embrasser alors il tendit le museau vers elle...mais elle attrapa un gâteau et sortit de la chambre, laissant le chat légèrement désarçonné. Est-ce que l’émotion était trop forte pour elle ? Où allait-elle ? Il la suivit et la vit entrer dans la chambre de son frère. Le Sabaku sursauta quand il la vit devant elle, les sourcils froncés :

 

« Kankurô, tu as quelque chose à te faire pardonner ?

-Kuso ! Comment elle a deviné pour son walkman ? Je vais tout t’expliquer soeurette...

-Pas grave ! Tu es si mignon et si gentil ! »

 

Et elle se jeta dans ses bras. Shikamaru et Kankurô eurent en même temps la mâchoire fracassée sur le sol, l’un indigné, l’autre se demandant si Temari n’avait pas pris un coup sur la tête. Mais autant profiter de l’incroyable chance qui lui était offerte, il décida donc de continuer à sourire bêtement en tapotant son dos. Elle ressortit pour aller décrocher la guirlande et manger ses biscuits. Le jeune homme allait continuer d’assembler les morceaux de sa nouvelle création quand il aperçu le chat qui entrait dans sa chambre.

 

« Hey le moustachu, t’as pas compris qu’ici c’était privé ?!! »

 

Sans le regarder, Shikamaru s’approcha et s’assit devant la marionnette posée sur le sol, la fixant longuement, avec une extrême attention.

Et puis soudain...

 

« MIAAAROUF !!! »

 

Il donna un violent coup de griffes sur la poupée qui tomba en morceaux. Bien fait pour ce sale profiteur qui ruinait ses efforts ! Kankurô beugla comme si c’était lui qu’on venait de découper :

 

« SALE VERMINE !!! TU L’AS FAIT EXPRÈS !!! JE VAIS T’EMPAILLER !!! »

 

Shikamaru se sauva, poursuivit par l’artiste brimé qui comptait sérieusement mettre ses menaces à exécution.  Il se précipita vers Temari qui allait remonter et plongea dans ses bras.

 

« Cheira ! »

 

Elle referma ses mains sur lui quand elle vit arriver son frère armé d’un coussin, avec l’air d’Attila envahissant un pays. Mais le sien était bien plus terrible, c’était celui d’une grande sœur, ce qui fit que Kankurô freina.

 

« Tu ne peux pas laisser ce pauvre chat en paix ?!!

-Ce pauvre chat vient de démolir ma marionnette !!!

-Tu as laissé traîner un fil et il a voulu jouer voilà tout.

-Non ! Il...il est arrivé vers elle d’un air décidé et il l’a cassé d’un seul coup, comme s’il savait où était son point faible.

-Pas difficile à deviner, c’est forcément une pièce du milieu puisque tu ne l’avais pas encore collée.

-Temari !!! Il n’est pas normal ton chat !!!

-Kankurô tu es ridicule, c’est un chat !!! Je crois que tu deviens parano parce que tu n’aimes pas les bestioles à poils !!! Il a certainement agi par instinct !!! »

 

Le Sabaku ne trouva rien à répliquer, doutant lui-même de ce qu’il avait vu. Il était vrai qu’il n’aimait pas trop ce qui avait des poils car il détestait en retrouver sur lui et que ça le grattait. Mais ce chat décidemment, sans savoir pourquoi, il n’arrivait pas à accepter sa présence. Il rendit les armes :

 

« Okay, je suis désolé. Mais toi fais gaffe à ce qu’il n’entre plus dans ma chambre !

-Dans NOTRE chambre ! » Précisa Gaara en arrivant.    

 

Temari éclata à nouveau de rire et reposa Shikamaru sur le sol. Ce dernier alla se coucher sur une chaise et soupira, sa tentative de séduction avait totalement foirée, la Sabaku était une épouvantable septique qui n’aurait jamais imaginé qu’un chat puisse écrire ou préparer un goûter.

 

« Cheira ! » Appela la voix de Temari venant de la cuisine.

 

Il se leva et alla voir. Elle tenait dans ses mains un paquet de Crocminette des croquettes !!! Il leva les yeux au ciel, mais qu’est-ce qu’il avait fait à la fin pour mériter un tel sort ?!! Détruire la maison d’une vieille dame, envoyer injustement des gens au poste et traiter une âme innocente de dégénérée ça ne suffisait quand même pas pour qu’il subisse tout ÇA !!! 

 

Si ?

 

******

 

La porte claqua, Temari retournait en cours. Il soupira et se leva, le même train-train reprenait. Son premier échec l’avait laissé si amère qu’il n’avait rien tenté d’autre le lendemain, ni le jour d’après. Il avait retenté quelques mots doux, mais Temari prenait ça pour un canular de ses frères et les jetaient sans même plus y faire attention. Il essaya alors de lui écrire une lettre où il expliquait qu’il était un prince charmant (s’il s’était nommé elle lui aurait arraché les poils) transformé et que seul un doux regard d’amour le re-transformerait. Le résultat fut le même que d’habitude, Temari éclata de rire et alla voir son frère en lui conseillant de ne jamais se faire écrivain car il ne faisait que réécrire des classiques. L’autre n’avait évidemment rien compris, mais il avait accepté ce conseil quand même et Shikamaru s’était à nouveau vengé sur une des marionnettes, cette fois-ci en piétinant sa tête de bois très tranquillement et consciencieusement. Il avait pourtant accepté l’évidence, Temari ne croirait jamais son histoire de transformation.   

 

Le minuteur dans la cuisine affichait 779 heures.

 

Il faisait beau, Shikamaru décida de sortir un peu, il commençait à étouffer dans cet appartement. Il sauta sur le balcon, puis descendit en passant de terrasse en terrasse, de toit en toit, de gouttière en gouttière, émerveillé par l’agilité de ses pattes. Dehors il faisait doux, les jeunes partaient étudier, les personnes âgées prenaient le soleil. Une fille de primaire brune avec des nattes l’aperçu et s’écria :

 

« Ooooh un petit chat ! »

 

Shikamaru vit arriver vers lui deux mains qui l’attrapèrent et le serrèrent à l’étouffer. Ravie par ses miaulements qu’elle prenait pour des appréciations, la fillette resserra son étreinte avec la force d’un catcheur professionnel :

 

« T’es mignon !

-Je suffoque !!! Et personne pour m’aider !!! Mais on assiste à un meurtre en direct là !!! »

 

Il réussit à se dégager et courut se réfugier dans un jardin, si plus tard il avait une fille JAMAIS il ne lui donnerait d’animaux ! Il se cacha derrière le portail et attendit qu’elle passe. Bon, elle s’éloigna en chantonnant, il était hors de danger.

 

« Qu’est-ce que tu fais là toi ?!! »

 

Une voix bien moins chaleureuse et vibrante de menace, le Nara sursauta et se retourna pour faire face à un chien. Et pas n’importe quel chien, un doberman aux dents aiguisées. Mendokuse ! Décidemment il avait le chic pour se mettre dans des situations compliquées ! Lui qui était le roi pour éviter les galères quand il était humain, non seulement il était un chat, mais en plus il avait la poisse !

 

« Tu ne sais pas que c’est propriété privé ici ?!!

-Désolé, je...Hey ! Vous parlez comme moi ?

-Oui...

-Vous êtes un humain transformé vous aussi ?

-Paulo Kirikiri.

-Le célèbre tueur en série disparu l’année dernière ?

-Tu es bien informé, je suis condamné à rester un chien jusqu’à la fin de ma vie pour mes fautes...que je ne regrette pas du tout d’ailleurs. »

 

Shikamaru frissonna, non seulement c’était un doberman, mais en plus il avait un passé de meurtrier sanguinaire. Alors il devait aussi exister un dieu pour les chiens, il ne se trompait pas. Paulo avait été condamné pour avoir tué bien des humains et des animaux. Sa malédiction venait d’un vieil homme dont il avait tué le chien, son seul compagnon, il en était devenu un à son tour, sans possibilité jamais de redevenir humain. Adopté par un vétérinaire philanthrope, il passait ses journées dans son jardin, ne bougeant qu’au moment de la pâtée. Il ne se plaignait pas, cette vie lui convenait, quel policier aurait soupçonné un chien d’être un ancien malfaiteur ? Et puis lui il n’était pas condamné à mourir dans un mois.

 

« J’ai toujours envie de tuer, mais constamment attaché à cette chaîne...le goût de la chair sous mes dents me manque.

-Je crois que je vais y aller...

-Oh non !!! Tu es entré sur ma propriété, tu dois en payer le prix !!! »       

 

Shikamaru vit le doberman foncer sur lui, crocs sortis. Mais il avait prévu le coup, esquiva son attaque et sauta dans un arbre à proximité. Le chien était enchaîné, il ne pouvait rien lui faire. Mais quand même le Nara avait eu une belle peur, une de plus. Furieux, il lança à Paulo :

 

« Pauvre crétin, je vis chez des mabouls alors un sac de puces ça ne me fait rien à côté !!!

-TOI TU REGRETTERAS TES PAROLES !!! JE TE CRÈVERAI !!! »

 

Shikamaru releva la queue et sauta sur un muret pour s’enfuir. Il crânait, mais en vérité son poil avait quintuplé de volume et ses pattes tremblaient comme de la gelée anglaise. Il s’arrêta quelques maisons plus loin et tenta de reprendre possession de son calme.

 

Inspire...ex...

 

Il s’arrêta net, quelque chose le gênait dans la gorge. Quelque chose qui le grattait et menaçait de l’étouffer. Un champignon ? Une nourriture qu’il n’aurait pas digérée ? Une allergie ? Son corps se tendit, il cracha et essaya de se faire vomir pour essayer de sortir cet importun qui n’avait rien à faire en lui. Il ne voulait pas mourir bêtement étouffé comme ça ! Il réussit à se faire vomir et ce qui le gênait se retrouva sur le trottoir. Il l’observa et manqua de faire un arrêt cardiaque :

 

Une boule de poils.

 

Il avait craché une boule de poils !!! Voilà que ce putain de corps de merde lui faisait cracher des boules de poils !!! Quelle humiliation pour l’ennemi acharné des chats !!! Ce fut la goutte d’eau qui fit déborder le vase, il fonça tête baissée dans une poubelle qu’il renversa. Puis il attrapa un sachet plastique et le déchira. Il aurait souhaité qu’un autre chat le provoque afin qu’il puisse lui démolir le portrait, qu’il paye pour tous les autres.

 

« MERDE, MERDE, MERDE !!! RAS-LE-BOL DES CHATS !!! RAS-LE-BOL DE SABAKU ET SA FAMILLE !!! RAS-LE-BOL DE CETTE DÉESSE !!!

-On parle de moi ? »

 

Il se retourna et aperçu Oni sur un banc qui se faisait dorer au soleil en ronronnant de plaisir. Non seulement elle était responsable de tous ses malheurs, mais en plus elle avait le culot de venir le narguer. Il fonça sur elle, griffes sorties, dans le but de la mettre en charpie. Mais il passa à travers elle et se cogna violement la tête contre le banc. Elle éclata de rire :

 

« Shikamaru, ce n’est que mon esprit, mon corps est toujours chez Chiyo. Je suis immatérielle. »

 

Il se releva et la foudroya du regard, ce qui n’eut pour effet que d’augmenter son rire :

 

« Tes yeux sont restés les mêmes, et je lis à l’intérieur que tu me détestes profondément. Dommage que tu ne puisses me jeter un sort.

-Rendez-moi ma forme humaine !!!

-Pourquoi ? Temari t’aime t’elle enfin ?

-Je peux vous dire qu’en tant que chat elle m’adore !!!

-Oui, comme une maîtresse aime son animal, moi je ne veux pas ça. Je pensais que tu l’avais compris.

-C’est déloyal !!! Je ne peux même pas lui parler, elle ne croit pas à mes messages...comment voulez-vous qu’elle tombe amoureuse de moi !!!    

-SUFFIT !!! »

 

Elle s’était redressée, terrible :

 

« Même si elle savait que tu es humain, crois-tu qu’une âme comme Temari se satisfait d’une vile flatterie ?!! Crois-tu qu’elle ne mérite que des propos hypocrites et mielleux ?!! J’ai observé ce que tu as fait, les mots que tu as écris, tes pensées aussi je les connais !!! Si je pouvais je te transformerai en araignée puisque le fiel est ce que tu craches de mieux !!! Tu as causé le mal dans son cœur Shikamaru, tu as causé le mal et tu voudrais encore malmener ses sentiments, les sucer comme un vampire pour arriver à tes fins égoïstes ?!!

-Je vais mourir dans moins d’un mois !!! Rappela t’il furieux.

-Il y’a des souffrances pire que la mort ! L’amour vient avec une affection sincère et un oubli de soi pour l’autre, je n’ai rien vu de tout cela en toi Shikamaru. Que sais-tu de Temari ? Rien, pourtant tu t’es permis de la juger et de la condamner. Quand tu auras compris le sens de mes paroles, alors seulement tu auras une chance. En attendant tu resteras ce que tu as été à ses yeux : un être sans émotion. Que ce soit sous forme d’humain ou de chat n’y changera rien. »

 

Shikamaru ne comprenait rien, pourtant son intelligence était toujours la même, mais il ne voyait pas où Oni voulait en venir. Elle s’étira et sauta du banc, elle commençait à devenir translucide, sans doute l’esprit allait rejoindre le corps.

 

« Bon, je vais quand même t’accorder quelque chose. En échange de 24h du temps qu’il te reste, tu auras la possibilité de redevenir un humain pendant une minute.

-C’est peu et ça ne vaut pas le coup ! Ronchonna t’il.

-Qui sait...bonne chance ! »

 

Et elle disparue. Shikamaru resta quelques instants à réfléchir, puis descendit du banc et repartit. Les mots résonnaient dans sa tête, il cherchait un sens à l’oubli de soi pour l’autre, mais n’en trouvait pas. Qu’est-ce qu’Oni attendait de lui exactement ?  

 

******

 

En rentrant dans sa chambre ce soir-là, Temari fut assez surprise de ne trouver ni Cheira, ni de papiers. Ses frères avaient dû comprendre que ça ne l’amusait plus du tout. Elle posa son sac, son écharpe, son bonnet et alluma son petit téléviseur. Il ne diffusait que trois chaînes, mais c’était suffisant pour regarder les informations. Sur l’écran, un présentateur en costard présentait le journal d’Osaka :

 

« Disparition : un adolescent de 17 ans s’évapore dans la nuit du 14 au 15 février sans laisser aucune trace, détail étonnant : ses vêtements sur le sol qui laisseraient penser qu’il a disparu nu. Enlèvement, viol, meurtre ou simple fugue ? Aucune empreinte ou trace de combat. Nous avons une photo de ce lycéen à Konoha School : Shikamaru Nara. Si vous l’apercevez, merci de prévenir les services de polices. L’inspecteur Ibiki Morino déclare n’avoir encore aucune piste et... »

 

Temari attrapa la télécommande et se dépêcha d’éteindre avant qu’ils ne lui présentent une reproduction de cette tête d’ananas, elle s’en fichait royalement de l’endroit où pouvait se trouver Shikamaru Nara et aurait bien aimé qu’on la laisse en paix avec ça. Déjà qu’au lycée les trois amis du brun commençaient à la regarder d’un sale œil...ils ne pousseraient quand même pas la bêtise jusqu’à l’accuser de meurtre quand même ?!! D’accord elle souhaitait que Nara endure les pires trucs, mais ce n’était pas pour autant qu’elle allait le tuer. Prise dans ses réflexions, elle n’entendit pas son chat pousser la porte. Ce ne fut que lorsqu’il sauta sur son lit qu’elle remarqua sa présence.

 

« Cheira, tu étais sorti ? »

 

Elle l’attrapa et le posa sur ses genoux, le grattant derrière les oreilles et caressant son pelage brun. Shikamaru ronronna presque malgré lui, il fallait reconnaître que la Sabaku avait un don pour trouver ses points sensibles, mieux qu’un massage. Comme il était toujours en pétard contre Imo, il trouvait cela très relaxant. Avec la sieste et la grasse matinée, c’était le seul avantage à se retrouver dans la peau d’un chat. Le portable de la jeune fille sonna, elle décrocha et un sourire apparut :

 

« Tante Chiyo, comment vas-tu ? Tu pars chez une amie demain ? Oui...»

 

Shikamaru tendit l’oreille pour écouter à demi-mot, bon la vieille dame s’absentait, mais (pour une raison qu’il ignorait) Temari devait quand même passer chez elle. Pourquoi donc ? Il pensa alors qu’il pourrait l’accompagner, ainsi il trouverait certainement un moyen pour se rapprocher d’elle.

******

 

Dimanche, ils étaient dimanche, mais ça n’empêcha pas la jeune fille de se lever à 7h00 pour partir chez sa grande tante. Elle passa une jupe et des bottes noires, ainsi qu’un pull lilas. Elle était très jolie ainsi. Elle mit dans sa sacoche une boite à déjeuner remplie de suchis faits main, de tranches de pain et d’une pomme. Si elle emportait son repas c’est qu’elle comptait passer toute la journée chez Chiyo. Allait-elle faire le ménage ?

 

Elle est bien serviable, même si on me payait je préfèrerai faire la sieste que tuer mon seul jour de repos dans le lessivage.

 

Elle croisa Yashamaru qui revenait de son service de nuit, il paraissait exténué. Temari l’embrassa sur la joue et sourit :

 

« Il y’a du poisson au frigo avec de la salade de chou et j’ai nettoyé l’appartement hier.

-Tu es un ange. Où vas-tu comme ça ?

-Chez tante Chiyo. »

 

Shikamaru perçu la petite grimace de l’oncle. Tiens, il ne semblait apprécier l’idée que sa nièce passe son dimanche chez la vieille dame. Encore quelque chose de bizarroïde.

Ce ne fut que dans la rue que Temari remarqua qu’il la suivait toujours, elle sourit :

 

« Tu veux venir avec moi ? »

 

Pour confirmer, le Nara se frotta contre ses jambes en ronronnant. Elle le caressa et reprit sa marche, mais s’arrêta assez vite et il comprit pourquoi : le vétérinaire faisait sortir Paulo. Personne n’aimait ce chien dans le quartier et la Sabaku en premier. Le doberman tourna la tête vers eux et grogna en direction de Shikamaru, heureusement son propriétaire le tenait et il avait une muselière. Shikamaru se cacha derrière les jambes de Temari, Paulo gronda :

 

« Jolie maîtresse ! Tu préfèrerais que je la bouffe elle, petit lâche ! » 

 

 Shikamaru ne répondit pas et se cacha encore plus derrière la jeune fille qui ne paraissait pas non plus très rassurée. Le vétérinaire tira plus vigoureusement sur la laisse, ne comprenant pas pourquoi son animal semblait si obnubilé par ce chat.

 

« Navré mademoiselle, d’habitude il a un minimum de retenue. Ne vous inquiétez pas, il ne peut rien vous faire avec cette muselière. »

 

Temari et Shikamaru filèrent sans demander leur reste, ils ne s’arrêtèrent de courir que deux immeubles plus loin. La blonde s’énerva :

 

« Ce genre de trucs c’est des machines à tuer ! Je n’arrive pas à croire qu’on puisse avoir ça chez soi ! »

 

Le Nara agita vigoureusement la tête, bien d’accord avec elle, et encore elle ne connaissait pas le passé de ce chien. Elle le caressa et lança d’un ton taquin :

 

« Tu devrais te calmer, on dirait que ton poil est passé dans une centrale nucléaire. »

 

Encore ces poils marron qui se hérissaient et lui donnaient la tête d’un hérisson. Il en aurait pour une heure à dégonfler, mais était-ce sa faute si on le martyrisait à la fin ? (Ne répondez pas à cette question). Ils repartirent en direction du temple, Temari fut assez surprise qu’il s’entête ainsi à la suivre, mais pas mécontente, un peu de compagnie ne pouvait lui faire que du bien.

Ils arrivèrent au temple, croisèrent même Shikaku qui ratissait les allées comme d’habitude. Temari le salua :

 

« Bonjour Mr Nara.

-Bonjour jeune fille. »

 

Shikamaru cru qu’elle allait lui demander des nouvelles de lui, mais elle n’en fit rien et repartit immédiatement. Pourquoi aurait-elle demandé de ses nouvelles au fond puisqu’elle le haïssait ? Il se retourna et observa son père, son regard était vide et accablé, il s’appuyait sur son râteau, ses gestes lents ne remuant pas beaucoup la terre. Il s’approcha de lui :

 

« Miaou !

-Bonjour toi, sourit difficilement Shikaku, tu es un nouveau pensionnaire ?

-Shikaku ! »

 

Yoshino arriva, son tablier noué autour de sa taille et un plateau avec une tasse de thé pour son époux. Shikamaru sentit son cœur se briser, si son père avait l’air accablé, sa mère était terriblement pâle et épuisée par le poids de l’inquiétude et du chagrin. Elle qui était la force, la vie même autrefois. Il leur manquait donc à ce point ? Il se mit à bondir autour d’eux, cherchant à les appeler « papa » et « maman », il voulait les réconforter, leur faire comprendre qu’il allait bien.

 

« Miaou ! Miaou ! » Les implora t’il en espérant qu’ils le reconnaissent.

 

Yoshino lui sourit à son tour et caressa sa tête, elle soupira :

 

« Je dois être vraiment être fatiguée, mais je trouve que ce chat à des points communs avec Shikamaru.

-Oui, approuva Shikaku, il a ses yeux. »

 

Bon sang ! Pourquoi ne pouvait-il pas leur parler ? Il songea à user 24 heures pour se retransformer et les rassurer, mais il ne pouvait pas. Pour survivre il devait rester auprès de Temari, et peut-être qu’Oni le punirait s’il dévoilait son secret à trop de personnes. Cette réflexion l’affligea, il aurait tellement voulu les serrer contre lui. Pour la première fois depuis qu’il était chat, il regrettait amèrement ses actes, il s’aperçu qu’il n’avait jamais songé à eux en faisant ces bêtises, il n’avait pas pensé aux conséquences qu’il leur infligerait.

Temari revint, étonnée de ne plus être suivie par son chat. Elle trouva les deux Naras avec lui et l’attrapa :

 

« Cheira, tu veux t’installer ici ?

-Ah mademoiselle, s’exclama Yoshino, vous ne seriez pas la petite nièce de Mlle Chiyo.

-Si, enchantée.

-Je vois que vous aimez les chats vous aussi, contrairement à mon... »

 

Elle s’arrêta et ses lèvres tremblèrent, Shikaku s’était détourné, soudainement très intéressé par un tas de mauvaises herbes contre une statue. Le règlement du temple exigeait que ses deux jardiniers n’importunent pas les visiteurs, mais comment cacher leur inquiétude alors que l’inspecteur leur rappelait chaque jour qu’il y’avait de moins en moins d’espoir que ce ne soit qu’une simple fugue et qu’on retrouve leur fils vivant ? Temari haïssait Shikamaru, elle avait encore en mémoire son mépris pour elle, ses mots si durs et ce qu’il avait infligé à sa tante. Mais devant un chagrin si sincère, elle ne put rester muette :

 

« Je...je suis sûre qu’on retrouvera Shikamaru sain et sauf, vous n’avez pas à vous en faire ! »

 

Elle avait parlé très vite, elle avait presque crié ces mots. Ses yeux verts exprimaient une certitude et une compassion si vraie que Yoshino en fut touchée et que son affliction s’allégea quelque peu. Temari se sauva avant qu’elle ait eu le temps de revenir de sa surprise et de la remercier, Cheira serré contre son coeur. Elle gravit les marches menant au temple et entra, enfin elle déposa son chat...autant bouleversé qu’elle. Shikamaru ! Elle l’avait appelé Shikamaru ! Il savait bien que cette bonté n’était pas pour lui, mais pour ses parents. Cependant il était touché, est-ce que lui aurait pu faire preuve de tant d’intérêt pour autrui ? Ses parents au fond, elle ne les connaissait pas personnellement, elle aurait pu se foutre éperdument de leur détresse. S’il était arrivé quelque chose à la jeune fille, le chagrin de ses frères il n’en aurait rien eu à faire lui, ça ne l’aurait pas empêché de dormir.

 

Temari, tu agis toujours de manière si étrange...as-tu un cœur de pierre ou d’or finalement ?    

 

Elle s’avança jusqu’à l’autel des offrandes, que comptait-elle faire ? Un vieux moine était là, il la salua :

 

« Que viens-tu faire ici de si bon matin belle enfant ?

-Une offrande, pour deux personnes en bas qui souffrent trop. »

 

Elle défit son écharpe et la lui donna, Shikamaru savait qu’elle en avait d’autres, mais ce geste le toucha. Malgré tout ce qu’il avait fait, pour Shikaku et Yoshino elle était prête à prier pour qu’il revienne. Il était impressionné, admiratif, il commençait à la voir un peu différente...il secoua la tête. Qu’est-ce qui lui arrivait ? Temari était responsable de ses malheurs, si elle était aussi gentille, aussi généreuse qu’on ne cessait de le répéter elle n’aurait pas cet affreux caractère, elle n’aurait pas ce mépris froid pour lui et ses amis, elle ne l’aurait pas maudit.

Elle fit une rapide prière sous les yeux attentifs du bonze :

 

« Que ce crétin de Nara revienne, puisque visiblement des personnes ne peuvent se passer de lui... »

 

Elle semblait ne pas vraiment comprendre qu’on puisse avoir besoin de lui, mais elle alla jusqu’au bout de sa demande, puis se sauva. Galère ! Elle ne s’arrêtait jamais de courir cette fille ? Evidemment son oncle n’avait pas de quoi se payer une voiture, alors elle avait l’habitude d’aller à pied, mais c’était vraiment à croire qu’elle ne prenait jamais le temps de vivre, qu’elle avait toujours quelque chose à faire. Bon, c’est vrai qu’entre s’occuper de sa grande tante, de ses frères, du ménage, de la vaisselle, des courses, de la lessive et de ses cours ça ne laissait pas beaucoup de temps libre, mais elle devait en avoir un peu. Alors comment remplissait-elle ses dimanches ?

Elle trouva la clé de la porte de Chiyo sous le paillasson, Shikamaru en entrant fut surpris de voir que, malgré un nettoyage intensif, l’endroit restait assez endommagé. C’était encore plus visible en plein jour, beaucoup de décoration avait disparu, sans doute celle qui était trop abîmée pour être exposée. Comme elle le faisait chaque fois qu’elle venait ici, Temari noua un torchon sur ses cheveux et enfila un vieux kimono de domestique trop grand pour elle. Evidemment Chiyo était trop vieille pour faire un ménage convenable, frotter le sol par exemple lui aurait bousillé le dos, alors c’était Temari qui s’en chargeait. Un sentiment de honte l’envahit quand il la vit essayer d’effacer une tache qu’il avait lui-même fait avec Choji en renversant du saké.

 

« Rien à faire, soupira t’elle, je pourrai revenir tous les jours certaines marques ne partiront pas...un si beau tatami... »

 

Shikamaru bailla et alla s’allonger sur le sol, près d’une fenêtre au soleil...avant de bondir de dégoût et de revenir vers elle en poussant des miaulements indignés.

 

« Qu’est-ce qui t’arrives Cheira ? »

 

Elle aperçu dans quoi il s’était involontairement roulé, une tache blanche et visqueuse, plus sèche maintenant, qu’elle n’avait pas vu la dernière fois.

 

« Oh non ! Y’a vraiment des porcs quand même ! »

 

Elle se dépêcha de la faire disparaître, puis se retourna vers son chat pour assister à un spectacle assez inattendu : il avait commencé par se lécher le poil, par réflexe, mais il venait de se rendre compte de ce qu’il allait absorbé et maintenant sautait partout en crachant de dégoût. Elle éclata de rire, c’était tellement comique de le voir prendre cette mine qu’aurait eu un humain.

« Cheira, je ne savais pas que tu étais un délicat ! »

 

Il lui lança un regard noir qui la fit rire encore plus fort, mais il ne put rester fâché devant un tel spectacle : comme elle était à la lumière du soleil, il vit ses cheveux scintiller comme un champ de blé en été, ses yeux étincelaient tels deux émeraudes, sa bouche lui paru plus rose, ses dents blanches plus éclatantes. Jamais il n’avait vu de fou rire plus sincère, c’était incroyable comme cela la rendait belle. Il ressentit une petite fierté en se disant que c’était lui qui avait provoqué ce rire. Elle redevint finalement sérieuse :

 

« Allez, on a encore beaucoup de travail. »

 

En fait de « on », ce fut surtout elle car Shikamaru alla se réinstaller à sa place devenue propre et s’endormit. Temari le regarda en souriant, il était vraiment incroyable comme chat, plus intelligent que la moyenne, ça c’était certain.

Quand il s’éveilla, la jeune fille avait rangé son matériel de nettoyage et avait disparu. Il la retrouva dans une curieuse salle qu’ils n’avaient pas réussi à ouvrir lors de la fête car elle était solidement verrouillée. Dommage d’ailleurs qu’ils n’aient pu y entrer car c’était un sauna. Temari s’était déshabillée, elle se baignait dans une cuve d’eau chaude relaxante. Shikamaru devint écarlate ! Nue ! Elle était nue devant lui ! Mais elle n’avait donc aucune pudeur cette fille, songeait-il avant de se rappeler qu’il n’était qu’un chat pour elle, on est rarement pudique devant un animal. Elle enduisit son corps de crème, il trouva d’ailleurs étrange ce rituel de toilette alors qu’elle s’était douchée il y’a quelques heures. Elle sortit et s’enveloppa dans un drap blanc. Avec toute cette fumée autour d’elle, elle ressemblait à une déesse...et elle avait un corps superbe. Fin, gracieux, légèrement musclé, une poitrine délicieusement opulente...il se gifla intérieurement, il devenait encore plus pervers que Naruto et Kiba ! Pas à dire, être chat avait ses avantages, franchement s’il était resté humain ses chances de voir Temari nue étaient absolument nulles. Et il aurait manqué un spectacle encore plus beau que des nuages moutonneux dans un ciel bleu.

 

« Tu saignes du nez. »

 

Elle attrapa un pan de sa serviette et essuya son museau en sang. Il se dégagea, heureusement qu’elle ne pouvait pas se douter qu’il était simplement excité de l’avoir vu ainsi. Elle sortit de la penderie de Chiyo un autre kimono, noir et confortable cette fois-ci. Quelle surprise lui réservait-elle encore ? Elle retourna dans le salon, se plaça au milieu du tatami et tendit un bras devant elle, les yeux fermés.

Elle commença à se mouvoir, avec la grâce d’un serpent, ramenant ses bras, reculant, avançant sans vraiment bouger de sa place. Elle recommençait ses mouvements bizarroïdes ! Elle enchaîna à la suite plusieurs actions de gymnastique compliquées, mais Shikamaru sentit son sang se glacer quand elle attrapa un couteau de cuisine et commença à faire de grands mouvements avec dans le vide, comme si elle voulait tuer quelqu’un.

J’avais raison ! Elle est complètement folle !

 

Temari fit soudain mine de se planter le couteau dans l’estomac et se laissa tomber sur le sol, recroquevillée sur elle-même. Sa bouche s’entrouvrit dans une grimace de douleur silencieuse, mais si vrai que Shikamaru crut un moment assister à une automutilation. Il se réfugia derrière un meuble. Elle se releva et fit glisser le couteau le long de son bras, de son poignet, de son ventre et enfin de sa cuisse. Puis l’arme tomba sur le sol. C’était incompréhensible et effrayant à regarder, que se passait-il dans la tête de cette aliénée ! Elle s’approcha du mur et tira un katana de son fourreau. Ses mouvements recommencèrent, plus amples, plus violents, mais toujours silencieux. Son visage n’exprimait rien, ses yeux grands ouverts ne suivaient pas la lame, ils regardaient droits devant eux. Une seconde fois elle fit mine de recevoir un coup et alors seulement exprima la surprise et la souffrance. Elle retomba sur le sol, le front posé contre le bois froid. C’était plus que ce que Shikamaru pouvait en supporter, il s’échappa par une fenêtre ouverte. Folle ! Temari était complètement folle ! Préparait-elle un meurtre ou revivait-elle la mort de sa mère ? Il ne savait pas quelle idée le terrifiait le plus.