Nouveaux maîtres

par Mysteriousdeer

Quand Temari arriva au lycée le lendemain matin, elle découvrit toutes les personnes qu’elle avait dénoncé la veille, la police avait dû les relâcher puisqu’ils s’étaient fait manipuler par les quatre ennemis de Chiyo. Mais Naruto, Choji et Kiba étaient là aussi, on ne pouvait pas les arrêter avant le retour de la vieille dame. Ils avaient l’air très inquiets, ce qui n’était pas dans leurs habitudes. Elle se cacha derrière un platane pour écouter leur conversation :

 

« Ce matin j’ai téléphoné chez lui, dit Naruto, je suis tombé sur sa mère complètement affolée. Il n’est pas rentré de la nuit.

-Il n’a pas son portable sur lui, comment le joindre ? Se lamenta Choji.

-Bordel ! Je donnerai un million de yens pour savoir où il est ! » S’exclama Kiba toujours impulsif.

 

Le Nara avait disparu ? Temari réfléchit : Chiyo rentrait ce soir, elle irait certainement porter plainte contre lui pour avoir saccagé sa maison. Il s’était peut-être simplement enfui pour éviter de subir une sanction méritée.

 

Quel lâche, il reviendra certainement quand la police aura oublié cette histoire. Qui se préoccupe sincèrement qu’on dévaste la maison d’une personne âgée ? 

 

Elle rejoignit Tenten et Lee qui devisaient sur les bienfaits du régime végétarien :

 

« Personnellement je ne pourrai pas me passer de protéine, il y’a des éléments essentiels à l’intérieur pour nos cellules. Je pense à l’actine, aux enzymes, à...

-Je suis moins matérialiste, je pense à la possibilité que les animaux soient capable de ressentir des sentiments et de réfléchir par eux-mêmes. Il me semble dans ce cas despotique de les tuer pour les manger.

-Je t’accorde à la rigueur que tuer plus qu’il n’en faut, soit 45 milliards par an, est fondamentalement déplacé.

-Et dire qu’un tiers de la population mondiale subit la disette, voilà bien la preuve de l'individualisme humain. »

 

La jolie blonde sourit, elle les trouvait tellement différents des autres lycéens qui parlaient à côté, les garçons :

 

« Ce soir je la baise, ses vieux sont pas là, on aura toute la soirée.

-Tu verrais la voiture de mon frère, une bombe roulante !

-Je vise le coin de la cage, je lui fais un poteau rentrant, il a rien vu venir !

-Le nouveau Naruntoo ? Mortel, j’ai explosé mon record !

-Tu savais qu’il va sortir en film ? Avec la belle Paku Romi à l’affiche ! »

 

Et les filles :

 

« Un tatouage coquin sur le ventre, si mon père l’apprend il me tue.

-Oui, même si Naruntoo c’est pour les mecs je vais aller voir le film, rien que pour le plaisir de voir Morikubo !

-Il paraît qu’il va jouer l’amoureux de la chanteuse Paku.

-Hein ? Alors qu’ils peuvent pas se voir dans la vraie vie !

-Je suis sûre qu’ils sortent ensembles.

-Le rouge à lèvres Rubis, ça m’a coûté les yeux de la tête, mais il est si pulpeux. »

 

Elle soupira, Tenten avait bien raison quand elle disait que ce n’était qu’un monde individualiste. Les seuls qui ne s’occupaient pas de leur nombril c’était les trois garçons qu’elle détestait le plus après le Nara, étrange la vie parfois.

 

******

 

Shikamaru fut réveillé par un terrible tremblement de terre, il eu l’impression que la batterie complète de cuisine de sa mère lui tombait sur la tête. Il ouvrit les yeux et s’aperçu qu’il était encore dans la poubelle, que ses mains étaient toujours des pattes de chat. Il n’avait pas rêvé, il s’était réellement transformé.

Il déguerpit, le tremblement de terre c’était les éboueurs ramassant les poubelles, il ne comptait pas finir en lamelles dans le broyeur du camion. Il faisait grand jour, Osaka était rempli de gens allant au travail, il ne s’était jamais rendu compte à quel point il y’avait du monde. Maintenant il aurait pu compter le nombre de souliers, talons aiguilles et chaussures. Il bifurqua dans une rue moins animée et s’arrêta devant une vitrine pour voir un peu à quoi il ressemblait. La glace lui renvoya l’image d’un vulgaire chat de gouttière marron, une petite touffe entre les deux oreilles rappelait étrangement son catogan. Il était très sale, couvert de boue et de détritus.

 

« DÉGAGE DE LÀ TOI !!! »

 

Il sursauta et évita de peu une fourche de cuisine que lui envoya un gros bonhomme en tablier. Il s’était arrêté sans s’en apercevoir devant la vitrine d’un petit boui-boui qui étalait ses plats avec leurs prix et le chef devait penser qu’il cherchait un moyen de les dérober. Il s’enfuit sans demander son reste. Il passa devant une horlogerie et regarda l’heure, il était 10h00, ça faisait donc déjà huit heures qu’il était dans la peau d’un chat. Son estomac gronda, il commençait effectivement à avoir faim et la vision de ces plats alléchants lui revenait à l’esprit. Il avait déjà vu des films où un animal, canin ou félin, se plaçait devant une échoppe et quémandait sa nourriture.

 

Essayons...

 

Il choisit une vaste poissonnerie, se plaça devant la porte et miaula en prenant ce qu’il pensait être un air attendrissant. Le résultat ne se fit pas attendre, le propriétaire du magasin le délogea d’un coup de botte dans les reins en hurlant qu’il ne voulait pas de chat errant ici.

 

Je savais que le cinéma c’était du pipeau !

 

Shikamaru décida de s’y prendre autrement et se dirigea à l’arrière de la boutique. Comme prévu un commis était en train de jeter les poissons qui commençaient à dater. Le Nara attendit patiemment qu’il ait fini, puis souleva le couvercle de la poubelle. Beuh, il aimait les suchis, mais ce poisson-là lui apparaissait assez écoeurant car effectivement plus très frais et surtout pas lavé. Un chat normal aurait vu cet amas de fritures comme un véritable festin, mais Shikamaru était resté délicat et mordit difficilement dans le premier. Il fut assez surpris de trouver ça passable, pas excellent (n’exagérons rien), mais passable. Il s’apprêtait à mordre un deuxième coup quand un énorme matou au pelage blanc sale se planta devant lui en montrant les dents. Shikamaru sentit son poil se hérisser et il se mit à cracher presque malgré lui, son nouveau corps réagissait à l’approche du danger.

 

« Toi partir...nourriture à moi ! »

 

Le langage d’un chat lui était peut-être accordé, mais il trouvait leur conversation assez peu riche...en même temps il n’avait que le corps d’un animal, pas l’esprit. Pourtant, si cet ennemi-là n’avait pas son intelligence il faisait facilement le double de son poids et Shikamaru lui laissa la poubelle, évitant une bagarre où il aurait fini perdant.

Quelle déchéance, chassé par les hommes et les animaux, perdu dans une jungle urbaine, où régnaient les plus forts, affamé et n’ayant plus que 41 jours à vivre. Et comment retrouver celle qui l’avait maudit dans une ville comptant trois millions d’habitants ?

Il ignorait qu’il était surveillé, à l’autre bout de la ville, sur son mur au soleil, Miss Oni fermait les yeux et ronronnait :

 

« Alors...hum, il est encore assez éloigné de chez elle...bon, donnons-lui un coup de main. »

 

Deux gamins aperçurent le Nara qui se lavait sous une gouttière (parce que lécher son poil crasseux pas question !) Ils s’approchèrent de lui et lui sautèrent dessus. Insensible à ses cris et ses coups de griffes, ils attrapèrent une vieille casserole dans les détritus et la nouèrent à sa queue avec une ficelle. Puis ils le lâchèrent et se mirent à le poursuivre avec des bâtons, en cherchant à leur échapper, Shikamaru allait se diriger vers l’habitation de la Sabaku. Mais en attendant il souffrait le martyr avec cet ustensile accroché à sa queue et faisant un bruit pas possible.

 

« MAIS QUE FAIT LA SPA MENDOKUSE ?!! »

 

Oni éclata de rire, voilà qui le ferait changer d’avis sur les chats.

 

******

 

Temari sortit de cours et décida de passer chez Mlle Chiyo pour la consoler. Elle l’avait prévenue en téléphonant à l’hôtel de Tokyo où elle se trouvait, mais elle se doutait bien que le choc serait encore pire en arrivant. Quand elle entra elle trouva la vieille dame assise sur une chaise dans sa maison, ses chats autour d’elle et Miss Oni sur ses genoux. Elle avait l’air un peu hagarde, un peu choquée par l’immense désordre qui régnait.

 

« Je suis désolée tante Chiyo. » Prononça simplement Temari.

    

Comme la vieille dame ne bougeait pas, la Sabaku posa son sac et enfila une tenue de femme de ménage, enroula un torchon autour de ses cheveux et prit un balai. Elle commença par nettoyer les détritus, puis ramassa les vases émiettés dont elle mit les morceaux dans des sacs plastiques.

 

« Veux-tu que je les rapporte chez moi ? J’ai un certain don pour réparer les choses cassées.

-Tu es bien gentille ma petite.

-Lee a promis de passer après son entraînement de foot, il remettra tes meubles en place. »

 

On sonna à la porte, Chiyo alla ouvrir et découvrit Yoshino en larmes sur le palier :

 

« Madame, pardonnez-moi de vous déranger, mais je voudrais savoir si vous n’aviez pas vu mon fils.

-Non, pourquoi ?

-Il a disparu depuis hier, j’ai appelé la police, ses amis ont retrouvé ses vêtements dans le bois... »

 

Temari était dans la cuisine, elle entendait tout sans que Yoshino ne puisse la voir, elle serra les poings. Non content de dévaster la maison de sa grande tante, Shikamaru trouvait aussi amusant d’effrayer ses parents en disparaissant subitement. Elle ne sortit pas de sa cachette pour dire ce qu’elle pensait de lui, Yoshino lui faisait de la peine, et c’était à Chiyo de décider si elle allait le dénoncer ou non au sujet d’hier soir. La vieille dame n’en fit rien et referma la porte en promettant de les prévenir si elle le voyait. Temari lui dit :

 

« Tu devrais quand même aller porter plainte.

-Non, c’est inutile.

-Mais...il faut bien que tu sois remboursée, tu veux que ce...ce sale type s’en tire !

-La mauvaise conscience sera la pire des punitions.

-Il n’a pas de conscience, ce n’est qu’un sale petit égoïste qui ne pense qu’à lui !

-Ne t’inquiète pas, je crois que cette fois-ci il reviendra dans le droit chemin. »

 

Temari ne voyait pas où elle voulait en venir, mais elle avait appris à se taire et à laisser parler les personnes plus âgées et plus sages qu’elle. De plus, Chiyo ne tolérait pas qu’on contredise ses paroles, même venant de sa petite nièce chérie. La blonde reprit donc son chiffon et essaya de faire partir une tâche qui persistait sur le tatami. Ensuite elle se rendit dans la chambre pour changer les draps qu’elle jeta dans un sac de toile.

 

« J’irai faire une lessive après. »

 

Elle remarqua l’écrin posé sur la coiffeuse, lui aussi avait été changé de place. Prise d’un doute affreux elle se dépêcha de l’ouvrir et retint un cri de rage : le somptueux collier de sa tante avait évidemment disparu. Peut-être la vieille dame s’en était rendu compte et c’est pour ça qu’elle était en état de choc et si attristée. Elle tenait à ce collier, pas parce qu’il avait une grande valeur commerciale, mais parce qu’il lui avait été donné dans sa jeunesse par un riche monsieur qu’elle estimait énormément. Qui parmi les invités avait commis ce vol ? Ça pouvait être n’importe qui. Tristement, elle referma le coffret en maudissant Shikamaru Nara, c’était lui le responsable ! Jamais elle ne lui pardonnerait une telle faute !

 

******

 

Elle quitta sa tante assez tard et emporta avec elle le ballot de linge sale.

 

« D’abord passer à la laverie, ensuite le minimarcket... »

 

Elle déposa son linge dans une machine, mis de la lessive et se dépêcha d’aller acheter ce qu’il fallait. Depuis la mort de ses parents elle était devenue une vraie petite femme au foyer, une seconde maman, car leur oncle ambulancier travaillait très dur pour les nourrir tous et n’avait pas beaucoup de temps pour le ménage et les courses. Elle acheta du pain, quelques légumes, du café et des conserves. Heureusement que le service du lait était assuré par un laitier, elle n’aurait pas pu porter plus. Elle paya ses achats, récupéra son linge et se rendit vers les immeubles où elle vivait. Un clang attira son attention, elle s’approcha du buisson où elle avait entendu le bruit et découvrit Shikamaru.

 

« Qu’est-ce que tu fais là toi ? »

 

Il sursauta en la reconnaissant. Temari, là, devant lui ! Et si elle l’identifiait ? Après tout il n’avait pas de preuve qu’elle n’était pas la complice de Yugito Nii. Elle tendit les bras et l’attrapa, il ne put s’enfuir, la ficelle et la casserole s’étaient entortillées dans une branche. Elle dénoua le tout et le prit dans ses bras, elle remarqua qu’il paraissait à bout de force, à tel point qu’il ne fit aucun geste pour se libérer de son étreinte.

 

« Pauvre minou, qui a bien pu te maltraiter de la sorte ? »

 

Il miaula faiblement, elle ne l’avait pas reconnu, elle n’était donc pas au courant du maléfice dont elle était responsable. Elle s’arrangea pour attraper ses courses et son linge dans une main pour le garder dans ses bras.

 

« Attends, je vais m’occuper de toi. »

 

Elle avait une voix si douce...Sabaku la méprisante, Sabaku la beauté froide était si gentille avec un animal en détresse qu’il en restait ahuri. Elle l’emmena vers un immeuble décrépi, mais propre. L’ascenseur fonctionnait, heureusement car la demoiselle vivait au dernier étage. Elle sortit ses clefs et ouvrit la porte en mauvaise imitation de chêne. L’appartement n’était pas très grand : un salon, une minuscule cuisine, une chambre en bas et une salle de bain. Un petit escalier très raide montait sous les combles, mais Shikamaru ne vit pas ce qu’il y’avait en haut. Assis sur la table du salon, un garçon roux de 15 ans faisait ses devoirs, Gaara le benjamin de la famille.

 

« Tu rentres tard Temari.

-J’ai été voir tante Chiyo. »

 

Shikamaru retint un miaulement de surprise : Chiyo était la tante de Temari ! Voilà pourquoi elle avait pris sa défense avec autant de fougue et pourquoi il la voyait souvent traîner dans les environs ! La vieille Chiyo était la grande tante de Temari ! Vivement qu’il retrouve sa forme humaine et qu’il l’annonce aux autres. Un grand garçon brun sortit de la chambre, le visage couvert de peinture.

 

« Tu veux voir ma nouvelle marionnette ?

-Plus tard Kankurô, j’ai des trucs à faire.

-C’est qui lui ?

-Un pauvre minou qui a dû en voir de belles. On a encore un peu de lait dans le frigo ?

-Oui, je crois. »

 

Elle emmena Shikamaru dans la cuisine et lui versa la fin de la bouteille dans un bol, puis lui donna une assiette de boulettes de viande qu’il avala rapidement.

 

« Tu es si adorable !            

-Si tu savais qui je suis tu ne me trouverais pas si adorable.

-Moi je le trouve moche. Déclara Kankurô sans pitié.          

-Moi pas. »

 

Shikamaru lâcha un soupir, quelle importance qu’on le trouve laid ou beau ? Il devait absolument trouver un moyen pour que la Sabaku tombe sous son charme afin de retrouver sa forme humaine.

 

Galère...au moins je suis entré chez elle, mais le reste risque d’être compliqué. Me voilà obligé de jouer les chats parfaits et de faire du lèche-botte à Sabaku. Attendez que je retrouve mon apparence véritable...je dénoncerai la vieille Chiyo et sa chatte maléfique !  

 

La porte de l’appartement fut poussée une seconde fois par un homme d’environ trente ans, ressemblant beaucoup à Temari, encore habillé de son uniforme d’ambulancier. C’était Yashamaru, le petit frère de la mère des trois Sabakus. Kankurô fonça sur lui en bramant :

 

« Yashamaru, Temari a ramené un chat !

-Bonjour Kankurô, oui j’ai passé une bonne journée, et toi ?

-Mais viens voir, il est trop moche !

-Même pas vrai ! » S’exclama Temari en attrapant Shikamaru et en l’amenant dans le salon.

 

L’oncle sourit, il avait l’habitude de voir sa nièce, si difficile avec le genre humain, se dévouer corps et âme pour les animaux. Le couple de bouvreuils sur le toit qu’elle nourrissait, les restes de légumes qu’elle jetait dans le jardin de l’immeuble pour les lapins. Sans compter qu’elle avait travaillé dans une animalerie l’année dernière pour se faire de l’argent de poche. Elle leva sur son oncle ses grands yeux verts qui auraient fait fondre un pavé :

 

« Je peux le garder ?

-Tu es sûre qu’il n’a pas un maître ?

-S’il a un maître il s’occupe mal de lui ! Répliqua t’elle catégorique.

-Moi je n’y suis pas opposé, déclara Yashamaru qui passait beaucoup à sa nièce, du moment qu’il est propre et qu’il ne saccage pas tout.

-Et je ne le veux pas dans ma chambre ! Affirma Kankurô moins généreux.

-Dans NOTRE chambre ! » S’exclama Gaara sans lever les yeux de son cahier.

 

Temari éclata de rire et promit qu’il ne dormirait que dans la sienne. Shikamaru lâcha un bâillement, on allait encore tergiverser sur lui longtemps ? En tout cas la présence de cet homme prouvait qu’il ne s’était pas trompé : les parents Sabakus étaient morts. Il jeta un rapide coup d’œil autour de lui, plusieurs photos montraient les enfants à tous les âges et sur certaines il y’avait aussi leur mère. Mais celles qui auraient dû contenir aussi l’image du paternel étaient déchirées.

 

Génial, je vais vraiment vivre chez des cinglés...

 

Et si la Sabaku était comme son père ? Si elle éventrait les chats comme il avait éventré sa mère ? Les rumeurs avaient donné des détails assez gores, on ne savait pas ce qui était vrai et ce qui était faux, alors Shikamaru se préparait au pire. Yashamaru s’étira et se dirigea vers la cuisine :

 

« Je vais faire le dîner, les garçons mettez la table. »

 

Temari emporta son chat dans l’escalier, sa chambre était au grenier. Shikamaru sauta sur le lit avec une souplesse qui commençait à lui plaire. Qu’elle essaye de l’approcher avec un couteau, il la sèmerait immédiatement. 

 

« Je vais t’appeler Cheira.

-Quelle imagination ! (Cheira veut dire brun)

-Ma chambre est petite, mais tu seras mieux que dehors. »   

 

Effectivement elle était minuscule, le lit prenait presque toute la place, son bureau était exigu, il n’y avait pas beaucoup de décoration, surtout du fait main, pas d’armoire, mais des caisses sous le lit pour ses vêtements. Ce n’était pas le Palace Hôtel, mais il devait reconnaître qu’elle était propre et colorée.    

 

« Viens, il faut que je te montre quelque chose. »

 

De nouveau dans ses bras, il la vit se diriger vers le velux, se hissant sur son bureau pour l’ouvrir ! Il aurait dû se méfier ! Elle allait le balancer par la fenêtre ! Même un chat ne pouvait survivre à une chute de plusieurs étages. Mais Temari ne lui fit passer que la tête par la fenêtre, elle siffla et deux bouvreuils se posèrent devant eux. Elle sortit de sa poche un sachet de graines qu’elle versa sur la gouttière.

 

« Ce sont Apollon et Daphné, il ne faut pas que tu les mange, tu as compris ?

-J’ai une tête de chasseur ? »  

 

Elle prit son miaulement bougon pour un oui et sourit. Elle referma la fenêtre et Shikamaru retourna sur le lit, elle lui réservait quoi encore ? Des souris dans ses tiroirs ? Elle sortit de sa besace un livre ancien qu’elle avait dû acheter aujourd’hui dans un quelconque bazar. Elle commença par enlever la poussière, puis sortit une des caisses se trouvant sous son tiroir : un vrai atelier du parfait-petit-restaurateur. Elle remit les pages dans le bon ordre, puis commença à prendre les mesures du livre, Shikamaru comprit rapidement pourquoi : elle allait lui faire une couverture. Bon, nourrir des piafs et restaurer des vieux bouquins n’étaient pas vraiment considérés comme des actes de dangereuse aliénée.

 

« Temari, on mange ! »

******

 

Shikaku et Yoshino s’étaient rendu au commissariat afin de prendre des nouvelles sur l’enquête qui venait de s’ouvrir. Main dans la main, l’autre tenant des gobelets de café non entamés, ils attendaient l’inspecteur chargé des disparitions. Kiba, Choji et Naruto étaient avec eux, ils avaient tenu à venir, pour une fois ils étaient sages, incapables en vérité d’échanger une parole tant ils avaient l’estomac noué. Déjà presque 24 heures que Shikamaru avait disparu. Un grand homme couvert de cicatrices entra :

 

« Inspecteur Morino, se présenta t’il, vous êtes les parents de Shikamaru Nara ?

-Oui, alors vous avez une piste ?

-Non rien, vous êtes sûr que ce n’est pas une simple fugue ?

-Shikamaru est la dernière personne sur Terre qui fuguerait. Assura Shikaku.

-Nous n’écartons pas cette thèse, mais c’est vrai qu’on ne s’évapore pas dans la nature comme ça. Nos experts n’ont relevé aucune trace de lutte ou de sang. Seulement ses vêtements couverts de poils de chats, mais vous m’assurez que vous vivez entourés de ces animaux alors ça n’apporte rien de plus. »

 

Ce monologue les désespérait plus qu’il ne les réconfortait. Rien, ils n’avaient rien trouvé ! Yoshino se blottit contre son mari et cacha sa tête contre son torse. C’était son unique enfant, même si elle le grondait elle tenait à lui, alors savoir que rien ne progressait la bouleversait.  

 

« Quand je pense...quand je pense que la dernière chose que je lui ai dit c’est qu’il n’était bon qu’à faire des bêtises ! 

-Ne t’en fais pas ma chérie, murmura tendrement Shikaku, on le retrouvera. »

 

Ibiki Morino n’en était pas aussi certain, pour lui s’était un coup parfaitement organisé. Mais ce qui le dérangeait franchement c’était les habits du Nara junior, qu’il se soit enfui ou qu’il ait été enlevé pourquoi s’être entièrement dénudé ?

 

« Je ne peux que vous conseiller de prendre votre mal en patience, je vous appellerai si j’ai des infos. 

-Il y’a une chose que je ne comprends pas, avoua Yoshino, c’est pourquoi on s’en prendrait à Shikamaru, il n’a aucun ennemi. »

 

Les trois garçons échangèrent un regard gêné, ils étaient devenus pâles comme des cachets d’aspirines. Ibiki avait appris à lire sur le visage des gens qui avaient la conscience dérangée. Il se plaça en face d’eux, les poings sur les hanches :

 

« Est-ce que vous savez quelque chose ? »

 

Ce n’était pas une vraie question, ils l’avaient compris. Ils baissèrent les yeux, sauf Naruto qui leva les siens et croisa le regard angoissé de Yoshino, elle avait le droit de savoir :

 

« Shikamaru et nous...on a fait quelque chose de vraiment stupide... »

 

Il raconta rapidement la soirée catastrophique chez Mlle Chiyo, Shikaku et sa femme n’en revenaient pas, elle leur avait dit que c’était un cambriolage et comme ils avaient leur problème ils ne s’étaient pas intéressés plus que ça. Yoshino explosa :

 

« VOUS AVEZ...VOUS AVEZ DÉVASTÉ LA MAISON D’UNE VIEILLE DAME, PETITS MONSTRES !!! »

 

Sa colère était telle que les garçons, et même quelques policiers se trouvant à côté, reculèrent. Ibiki fronça les sourcils, comme la victime n’avait pas porté plainte ils s’étaient contentés de relâcher les invités attrapés le lendemain matin.

 

« Pourquoi votre voisine ne vous a-t-elle pas mis au courant ?

-Elle savait que Shikamaru avait disparu, elle n’a pas tenu à nous infliger ça. » Soupira Shikaku.

 

Yoshino était tellement triste et en colère qu’elle ne savait plus si elle devait pleurer ou hurler, jamais plus elle ne pourrait faire confiance à son fils qui avait commis une faute vraiment grave, et pourtant elle aurait tout donné pour qu’il soit près d’elle.

 

« Bon, nous chercherons plutôt du côté des invités, certains étaient des violents qui ont pu ne pas apprécier une nuit au poste et se venger sur Shikamaru.

-Ça ne tient pas, rétorqua Shikaku, puisque les garçons disent qu’il a disparu la nuit même.

-Alors nous interrogerons ceux qui ne se sont pas fait prendre.

-Et si c’était la vieille dame la coupable ! S’exclama Naruto.

-Bien sûr, ironisa l’inspecteur, une vieille dame de 80 ans, mesurant 1m50 qui s’en prend à un adolescent d’1m72.

-Ben...Shikamaru a toujours été un flemmard.

-La ferme, crétin ! S’énerva Kiba.

-Vous devriez avoir honte !!! Se révolta Yoshino. Non seulement vous causez des dégâts chez elle, mais en plus vous l’accusez !!! »

 

Naruto se tut et baissa enfin la tête, mais il aurait parié que Chiyo y était pour quelque chose.

 

******

 

Alors que tous s’inquiétaient, Shikamaru était allongé sur un tapis et regardait tranquillement la famille Sabaku qui terminait de dîner de riz, de lard et d’œufs. Temari faisait le service comme une maîtresse de maison expérimentée, Yashamaru racontait des blagues qui faisaient rire Kankurô, ce dernier recrachant tout dans son assiette, un vrai porc, tout le contraire de Gaara qui aurait pu manger les yeux bandés sans en faire tomber une miette. Une famille banale en somme. Yashamaru tourna la tête vers lui :

 

« J’avais peur qu’il saute sur le canapé, ou déchire les rideaux, mais il semble avoir compris où était sa place.

-Les bâtards sont toujours les plus intelligents. Déclara philosophiquement Kankurô.

-Il t’emmerde le bâtard !

-C’est étrange... » Murmura Gaara.

 

Le chat avait prit un air indigné quand Kankurô l’avait insulté, mais le garçon ne fit aucune remarque, il aurait détesté passer pour un fou devant ses aînés. Ils débarrassèrent la table, ce soir c’était Temari qui était de corvée vaisselle. Alors qu’elle lavait les assiettes, Yashamaru entra dans la cuisine avec son minuteur perfectionné.

 

« Temari, tu t’en es servi récemment ?

-Non, pourquoi ?

-Il affiche 981 heures, je ne savais même pas qu’il pouvait aller jusque là.

-Tu vas le jeter ?

-Non, je vais attendre qu’il soit arrivé à zéro, ensuite je verrai si je peux le réparer. »

 

Shikamaru le regarda poser le minuteur sur le frigo avec angoisse, ce n’était pas un hasard, c’était au contraire un avertissement de Yugito Nii qui lui annonçait que le compte à rebours avait commencé depuis déjà dix-neuf heures. Il suivit Temari dans sa chambre, trouvant que les enfants se couchaient tôt ici, mais il comprit pourquoi en voyant Yashamaru ouvrit le canapé-lit. La nuit ils transformaient le salon en chambre à coucher pour l’oncle. Avant de monter les marches il l’observa allumer son ordinateur portable et commencer à pianoter dessus.

 

« Mon oncle écrit un roman. »

 

Il sursauta, Temari avait-elle vu qu’il regardait l’ordinateur ? Elle s’assit à son bureau pour commencer ses devoirs tandis qu’il se roulait sur le lit. Elle continua de lui parler nonchalamment :

 

« Il n’avance pas vite parce que son travail d’ambulancier lui prend du temps, mais je suis sûre que ça sera un best-seller. »

 

Un sourire triste apparut sur son visage :

 

« Je sais que tu ne peux pas me comprendre, mais j’ai besoin de me confier à quelqu’un qui ne se sentirait pas concerné par mes problèmes. »

 

Il n’avait pas envie de servir de journal intime ou de psy à Temari, mais en la laissant se confier il pénétrerait dans son jardin secret et la faire tomber amoureuse serait un jeu d’enfant. La Sabaku rangea ses affaires et...commença à se déshabiller ! Shikamaru sentit la fumée s’échapper de ses oreilles et ses joues devenir brûlantes. Il plaqua ses pattes sur ses yeux, il n’allait quand même pas l’observer, ça ne se faisait pas...mais il eu le temps d’admirer de beaux sous-vêtements en dentelle pourpre. Ouah ! La froide Sabaku était une coquine en fait...non ! Ne pas regarder ! Sinon elle le tuerait quand il retrouverait sa forme humaine. Elle enfila un pyjama blanc en soie très mignon et brodé avec ses initiales et se coucha dans son lit. Il allait s’endormir quand il sentit qu’elle l’attrapait de nouveau et le plaçait au-dessus de sa tête pour le regarder, elle souriait, jamais il ne l’avait vu sourire comme ça, c’était assez extraordinaire.

 

« J’espère que tu ne te sauveras pas ! Je suis tellement heureuse de t’avoir rencontré ! »

 

Il rougit, il était Shikamaru Nara qu’elle détestait...et elle le regardait avec des yeux pétillants de bonheur comme une enfant devant ses cadeaux de Noël, il en était presque gêné. Elle l’autorisa à se coucher à côté d’elle, mais il préféra le pied du lit avec une couverture. Demain il commencerait à chercher comment la séduire et se faire pardonner, ça ne devait pas être trop compliqué étant donné qu’elle semblait beaucoup l’apprécier en tant que chat.

 

******

 

Le réveil de Temari sonna à 06h30, Shikamaru grogna. Elle se levait très tôt alors qu’elle n’habitait pas loin du lycée, lui aurait dormi une bonne heure de plus. Elle se leva à la vitesse de l’éclair et manqua de l’envoyer promener.

 

« Pardon Cheira, j’avais oublié ta présence. Je vois que tu n’es pas parti. »

 

Shikamaru regarda le velux, il pleuvait des cordes dehors, même s’il avait été un vrai chat il n’aurait pas bougé. Temari descendit se laver, revint enfiler son uniforme scolaire, rajouta une écharpe et fit descendre son chat pour le faire manger. Son oncle était déjà parti, il commençait son service à 05h00 du matin. Ses frères, moins matinaux, dormiraient jusqu’à 07h30. Elle prépara du pain grillé avec le reste de lard de la veille et alla chercher le lait sur le palier que le laitier venait de déposer. Elle retourna dans la cuisine et fouina dans les placards :

 

« Yashamaru ne range jamais le thé à sa place, râla t’elle, où est-il ? »

 

Shikamaru l’aperçu la boite sous l’évier, il miaula et la poussa vers la blonde qui afficha un air étonné :

 

« M...merci Cheira. »     

 

Elle déposa le petit-déjeuner dans le salon et versa du lait dans la gamelle de Shikamaru.

 

« J’irai t’acheter des croquettes. Promit-elle.

-Beurk ! »

 

Il profita discrètement qu’elle ne regardait pas pour voler une tranche de lard dans la poêle à frire. La jeune fille avala ses céréales, son pain, but un verre de jus de fruit et attrapa parapluie, manteau et sacoche. Elle frappa à la porte de la chambre de ses frères :

 

« Je me sauve ! N’oubliez pas de vous lever !

-Hum... »

 

Elle éclata de rire et partit, il n’était que 07h15, elle ne serait pas en retard. Shikamaru remarqua qu’elle avait laissé la baie-vitrée du salon ouverte pour qu’il puisse sortir. Mais il se contenta d’aller faire ses besoins sur un pot de fleur sur la terrasse, s’assurant quand même que personne ne le regardait. Pas question de sortir, de toute manière Temari serait au lycée toute la journée. Le temps que les deux frères se lèvent, il attrapa deux autres tranches de lard qu’il plaça sur la poêle encore brûlante, puis il les engloutit avec l’appétit de Choji. En revanche il n’apprécia pas du tout le pain alors qu’il aimait beaucoup ça en tant qu’humain. Certains de ses goûts étaient sûrement modifiés avec sa transformation. Gaara et Kankurô se levèrent enfin et mangèrent ce que leur sœur avait préparé. Kankurô ronchonna en le voyant arriver :

 

« Il est encore là lui ! »

 

En voilà un qui ne le portait pas dans son cœur, mais ce qui fit frémir le Nara ce fut le regard bleu glace que lui jetait Gaara.

 

« Tu ne le trouve pas bizarre ce chat ?

-Nan.

-On dirait qu’il comprend ce qu’on dit.

-Pff, t’es mal réveillé vieux, voilà que tu délires. »

 

Shikamaru se mordit la lèvre, il ne fallait surtout pas qu’il ait l’air humain devant eux, ils pouvaient prendre peur et le chasser. Il aperçu un panier de tricot posé sur la table basse.

 

Parfait !

 

Il attrapa une pelote de laine et commença à la faire aller et venir, sauter autour et s’entortiller dedans. Il se força à pousser des « Miaou » convaincant et sa petite comédie suffit aux deux garçons qui finirent leur déjeuner, enfilèrent leur uniforme et filèrent à leur tour. Shikamaru poussa un soupir et grimpa sur le canapé. Il comptait bien finir sa nuit lui !