Oh ! Naruto !

par tookuni



Oh ! Naruto !



Il se nommait Uchiha Sasuke. Il avait hérité de la fortune familiale après que son frère ait outrageusement attenté à l'honneur de sa famille en devenant il ne savait quoi. Évidemment, au sortir de ses brillantes études, il était donc devenu PDG d'une entreprise d'armement à la suite de son père, qui profitait depuis d'une retraite bien méritée.

Il menait ainsi une vie plutôt calme, loin des frasques d'une société qu'il abhorrait, entouré par de rares et supportables amis.

Il avait même une copine. Pas tout à fait de sa propre volonté mais, au vu du harcèlement généralisé sur sa personne, se « caser » fonctionnait comme une sorte de protection rapprochée. Il emmenait sa compagne dans toutes ces horribles soirées mondaines auxquelles il était forcé de se rendre. Elle y brillait par sa beauté et son intelligence, lui évitant ainsi d'être convoité par d'autres. Elle remplissait également cette fonction officielle de « première dame » qui mettait ses parents en joie et lui évitait les boutades paternelles sur son ancien statut de célibataire endurci.

En somme, tout allait merveilleusement bien pour Uchiha Sasuke.

Cependant, et comme dans la vie de tout un chacun, il existait un parasite, une petite chose qui clochait, de celles que l'on aime quand même parce que, sans elles, on s'ennuierait.

Et ce petit parasite, chez lui, n'était autre qu'un certain Uzumaki Naruto. Au poste de secrétaire.


Mon secrétaire s'appelle Naruto


Naruto était un secrétaire génial. Il était aimable avec tout le monde, il se mettait en quatre pour résoudre les problèmes des employés comme des clients et il débordait d'énergie. Il faisait un travail merveilleux. Il rattrapait même à peu près toutes ses bévues de patron renfrogné.

Il devait reconnaître que, même en dehors de la sphère professionnelle, il éprouvait beaucoup de plaisir à se trouver en sa compagnie. Cette sorte de naturel opposé compensait son caractère à la perfection et, malgré leurs différences, ils s'adoraient sans se l'avouer.

Mais Naruto avait un affreux défaut qui pouvait parfois s'avérer très conséquent : il était distrait.


Il n'a qu'un seul défaut

C'est d'être un peu distrait, oui


A titre d’exemple, il était en ce moment occupé à discuter avec la charmante Hyûga Hinata, raisonnable directrice de leur partenaire fournisseur de têtes nucléaires. En poseur qu'il était, le jeune homme tentait de se donner l'air cool, assis dans un fauteuil de velours rouge, jambes croisées, coude soutenant son menton en direction du beau visage de nacre.

Il était pourtant obligé d'intervenir : en se tortillant de la sorte, Naruto était en train de violenter sauvagement un Borsalino hors de prix.

« Naruto, tu pourrais pousser tes fesses, s’il-te-plaît ? »

L'idiot lui jeta un coup d’œil surpris.

« Qu’est-ce qu’elles t’ont fait mes fesses ? »

Allait-il vraiment être obligé de continuer cette conversation stupide ?

« Elles ont massacré mon chapeau… » se résigna-t-il à articuler, les dents serrées.


Oh, Naruto !

C'est sur mon chapeau

Que tu es assis


Hinata était si rouge que Sasuke devina parfaitement la qualité gênante du sujet. Si, de prime abord, c'était lui, le placide Uchiha, qui attirait le regard, Naruto séduisait lentement mais sûrement, grâce à son comportement solaire, son enthousiasme et sa tolérance à toute épreuve. Il se doutait bien que la jeune Hyûga avait, elle aussi, jeté son dévolu sur ce personnage si charismatique. Les fesses de Naruto, pour lesquelles il éprouvait lui-même un intérêt des plus limité, ne la laissaient pas indifférente…

Quoi qu'il en soit, elles avaient achevé ce pauvre couvre-chef : impossible de ravoir la structure quand un poids pareil s'était consacré tout entier à jouer au rouleau-compresseur sur la feutrine... Il soupira :

« Tant pis, allez, va draguer ailleurs. »

Hinata rougit de plus belle tandis que Naruto ricanait, s'éloignant en sa compagnie.

« Désolé, vraiment, j'avais pas vu ! »


Oh, oh, oh, Naruto !

Il est fichu

Mais restons bons amis


Puis, tout à ses réflexions, Sasuke se rappela à quel point il haïssait cet effet. Déjà, il n'aimait pas les chapeaux. Si ce dernier n'avait pas été un cadeau absolument indispensable de cette vieille tante riche à millions que lui et Naruto avaient affectueusement surnommée Onibaba, il l'aurait jeté depuis longtemps...

Quel merveilleux prétexte que cette incartade de son second pour faire disparaître l'affreux tissu marron ?

Avec Naruto, il y avait toujours du bon.


J'avais deux lettres

J'ai dit à Naruto

De les poster très vite

Car c'était pressé

Oh, oui


Pour une fois, il demanda à son cher ami de poster pour lui deux lettres extrêmement urgentes. Précautionneux, il prit bien garde à lui préciser les adresses. Il s'en serait bien débrouillé si n'avait pas été forcé d'aller en réunion. Malheureusement, ces deux courriers ne pouvaient pas attendre : il avait des impôts en retard et cela faisait un mois qu'il n'avait pas pu voir sa petite amie.


Deux jours plus tard, Sakura déboulait dans son bureau, furieuse, une lettre à la main.

« Uchiha ! Tu te fiches de moi ? On s'est pas vu depuis des jours et tout ce que tu trouves de spirituel à m'envoyer, c'est ta déclaration d'impôts ! »

Il la regarda comme si elle venait de lui annoncer que Shikamaru quittait la boite. Ce serait la faillite.

« Tu espères peut-être que je vais te la payer ? »

Lorsqu'elle était furieuse, elle révélait sa véritable personnalité, irascible, puissante. Il adorait ça. Alors il décida que le mieux à faire dans une situation où, quoi qu'il en soit, elle n'écouterait rien de ses explications, était de la prendre dans ses bras et de lui faire oublier cette stupide incartade.

Il ne savait pas combien d'employés avaient été dérangés par sa façon de régler ses problèmes de couple mais il était certain d'une chose : la moitié d'entre eux écoutait aux portes. La chef d'accueil, Yamanaka, qui tentait de le séduire sans succès depuis son arrivée, accompagnée de son armée de commères, le directeur marketing Inuzuka, apparu un court instant à la fenêtre avant de s'écraser un étage plus bas dans le parterre de fleurs, Naruto qui l'avait poussé pour mieux voir...

Au moins, il pouvait sauter sur l'occasion, sans faire de mauvais jeu de mot, pour faire une déclaration officielle à Sakura. La jeune fille, rassérénée, éclata de rire lorsqu'il s'aperçut qu'il avait demandé son percepteur, un type dégoûtant à la langue pendante, en mariage. Ce serpent pervers risquait même de le prendre au sérieux, tout en voulant quand même qu'il casque un maximum...

Derrière la porte, Uzumaki demanda à ses complices d'espionnage de se tenir prêts à le protéger au cas où son patron déciderait de l'éviscérer. Heureusement, avoir enfin l'occasion de croiser Sakura et d'obtenir satisfaction empêcherait Sasuke de commettre un meurtre.


Pour le téléphone j'ai prié Naruto

De dire que je ne suis pas là

Pour ne pas me déranger


Uchiha Sasuke avait également un énorme problème de ligne directe : il était harcelé par toutes ses clientes, et il avait déjà assez à faire avec les employées. Sans compter la représentante de ses partenaires de « Suna Corp. » qui débarquait à l'improviste dans son bureau, vêtue de façon bien trop légère pour être honnête et qui s'était même une fois cachée dans sa penderie...

Il avait donc finit par dire à Naruto de le déclarer absent quel que soit l'appel. Au moins, il ne serait pas dérangé.

Cependant, un jour, lors d'un voyage d'affaires, il dut téléphoner à Naruto pour savoir si la boite ne coulait pas sans lui.


Quand j'appelle Naruto

Pour avoir des nouvelles de la journée

Il me dit, Naruto

Que je ne suis pas là et me raccroche au nez


A peine la sonnerie avait-elle retentit qu'une voix criarde rétorquait sur un ton de répondeur :

« Bonjour, vous êtes bien à Konoha Army Inc., notre si sexy et adoré PDG Uchiha Sasuke à l’amabilité légendaire... »

Une quinte de toux vint compléter le commentaire désobligeant avant que le timbre ne reprenne :

« ...est absent. Veuillez rappeler ultérieurement ou prendre rendez-vous à l’accueil où vous serez renseignés par une ravissante hôtesse sans petit ami. Si vous êtes une femme, adressez-vous directement à son secrétaire, c’est à dire moi, blond, yeux bleus, vingt ans d'arts martiaux. Merci de votre appel ! »

Le bruit caractéristique de la coupure se fit entendre, suivi de l'agaçant signal de fin d'appel. Il allait écorcher vif ce foutu branleur d'opportuniste. Par contre, il comprenait un peu pourquoi la majorité de ses clientes restait tout à fait enchantée de collaborer, malgré son comportement glacial...


Les appartements des responsables et employés très impliqués se trouvaient au dernier étage de l'immeuble où ils travaillaient. Une idée de sa chère mère pour faciliter les trajets et augmenter la productivité et la disponibilité des concernés. Une idée de génie, si l'on omettait certains inconvénients de harcèlement qu'il avait dû régler personnellement à coups de serrures doubles et d'ascenseur privé.

Seul Naruto avait accès au même étage que lui. Parfois, au vu des nombreuses stupidités de son camarade, il s'en mordait les doigts. En général, en revanche, il était plutôt satisfait d'avoir pareil joyeux luron à ses côtés.

Un soir, alors qu'il rentrait pour une fois tôt d'un dîner morbide avec des émissaires du gouvernement, il eut pourtant la plus désagréable surprise de toute son existence. Sauf peut-être si l'on comptait le jour où Itachi lui avait laissé la boite sur les bras pour jouer au déserteur...

Naruto était dans son lit. S'il avait été seul, il aurait déjà supposé quelque confusion... Mais Sakura dormait à côté de lui. Sakura. Dormait. Avec Naruto.


Un soir que je rentrais tôt

J'ai trouvé Naruto

Couché dans mon lit

Avec ma petite amie


Il écarquilla les yeux si grand qu'il crut qu'ils allaient sortir de leurs orbites. Il ressentit un étrange frisson à l’absurde pensée que cela ferait sans doute très plaisir à un certain nombre de psychopathes, dont son frère, son doyen et son oncle. Sa famille était remplie de fous...

« Naruto... Qu’est-ce que tu fais là ? »

La parole glaciale éveilla le jeune homme qui marmonnait dans son sommeil.

« Hein ? Sasuke ? Je te retourne la question ! »

Visiblement, il n'avait pas réalisé où il se trouvait. En revanche, Sasuke pointait un doigt accusateur sur la silhouette profondément endormie à ses côtés.

« Naruto…

— Ben, quand je suis rentré j’ai trouvé ta copine qui dormait dans mon lit alors comme je ne voulais pas la réveiller je l’ai laissée là… » expliqua-t-il comme s'il s'agissait du comportement le plus naturel du monde, se grattant la tête.

Sasuke soupira et se retint de hurler. Il ne valait mieux pas réveiller sa future femme dans des circonstances aussi absurdes.

« Mais c’est mon lit ! C’est mon appart', Naruto !

— Pardon ?!

— Heu… Naruto… Ne me dit pas que tu t’es trompé de pieu ?!

— Bein…

— Et d’appart' ! »

Il était sidéré par tant de distraction. Etait-ce seulement humainement possible ?

« Bein… On dirait ! »

Il se grattait encore le crâne et on lui aurait donné le bon dieu sans confession, malgré la situation confuse.

Il avait l'air fin... Et l'autre qui se marrait bêtement. Il devait trouver ça drôle, lui !


Oh, Naruto

Je n'ai rien dit pour tes étourderies

Mais, mais, mais Naruto

Je n'ai rein dit pour tes étourderies

Mais, mais, mais Naruto

Tu pourrais ne pas te tromper de lit !


Il l'avait renvoyé chez lui à coups de pieds aux fesses. Son chapeau, paix à son âme corrompue, était en quelque sorte vengé.

Enfin installé dans son antre, il se prit pourtant à réfléchir : Sakura avait le sommeil lourd, mais tout de même... Et puis, surtout, comment diable avait-il bien pu avoir les clefs ?

« Naruto ! »

Il déboula dans cet appartement confortable et bordélique dont le blond ne fermait jamais la porte, trop distrait et trop confiant.

« Naruto !

— De quoi ? »

Il s'était levé en sursaut.

« Depuis quand tu couches avec ma fiancée ?! »

Il rougit. Il ne pouvait plus se cacher.

« Heu…

— J’écoute ! »

Sasuke l'aurait tué immédiatement s'il n'avait pas souhaité comprendre les raisons de ce qu'il considérait comme une trahison, davantage de la part de son meilleur ami que de celle de Sakura, dont il attendait bien moins de choses. Un Uchiha n'accordait pas sa confiance si aisément.

« Ben... hésita le jeune homme. Quand je suis passé dans le couloir elle a ouvert la porte comme une furie et elle s'est jetée sur moi ! Je suppose qu'elle croyait que c'était toi... Mais ensuite quand elle s'est aperçue qu'elle s'était trompée de personne, elle a lâché un truc genre "Oh et puis merde, j'en peux plus". Ça fait bien deux mois que vous habitez ensemble pourtant ! C’est vrai que tu bosses comme un malade mais… »

Il n'osa pas répondre. Il comprenait mieux la détresse de Sakura. Il savait quels étaient ses appétits, comparés aux siens somme toute presque absents, tout du moins accessoires.

Naruto, à son grand soulagement, ne semblait effectivement pas au courant de cette affaire-là. Le blond se récria :

« Tu ne vas pas me dire que vous ne l’avez pas fait depuis tout ce temps ! »

— Ça doit faire six mois… C’est la saison pleine en ce moment… Tout le monde se frite la gueule… »

Il était si désespéré qu'il ne comprit pas pourquoi Naruto sembla parfaitement soulagé.

« Ah. Bon, alors j’ai secouru une jeune fille en détresse ! Tout va bien ! s’exclama-t-il, fier de lui.

— Naruto… Tu la touches encore une seule fois, je t'émascule. »

Il protesta vigoureusement :

« Ah non alors ! Qui va consoler toutes les clientes que tu rejettes ? »

Il était estomaqué. Il aurait cru plus puérile raison, ou bien au moins l'évocation d'une certaine Hinata. Ou alors, sa future horripilante descendance.

« Ok, je crois qu'il y a des trucs dont je ne suis pas au courant... commença-t-il, hésitant. Tu va me raconter ça. »

Il s'avéra que Naruto n'avait pas sauvé que Sakura du manque de libido et de temps de son patron.

Il comprit soudain pourquoi cette fameuse Temari avait cessé de le harceler. En revanche, le blond n'avait jamais craqué pour Hinata. Il semblait passablement amoureux d'elle et très sensible à sa réserve. Il ne devait pas vouloir la brusquer. Malgré cela, il ne s'était pas retenu en présence de bien d'autres, et même lui, Sasuke frigidaire, savait qu'il était impossible pour tout autre que lui de résister à pareilles femmes.


Naruto avait fini par se caser avec Hinata et c'était Kiba qui avait repris le flambeau de sauveur de ces dames, à sa plus grande joie. En voilà au moins un qui aurait autre chose à faire que de l’espionner quand il calmait les ardeurs de sa femme dans son bureau...

Ah. Il venait de comprendre pourquoi ce boite marchait aussi bien. Tous des pervers...

Il rentra dans son bureau. Il s'attendait à ce que l'autre ait encore inventé une nouvelle stupidité.

« Non mais vous gênez pas surtout ! »

Naruto et Hinata s'étaient barricadés dans son bureau pour... Ahem, il ne voulait pas savoir jusqu'où cela aurait été s'il n'était pas arrivé à temps.

« Naruto ! Sors d’ici tout de suite ! »

Naruto protesta vigoureusement :

« Mais ! Y a pas de serrure à la porte de mon bureau !

— T’aurais pu me le dire ! Crétin ! Filez d'ici et plus vite que ça ! Et n’oublie pas de dire que personne ne vienne me déranger, je suis crevé ! »

Il n'avait pas fermé l’œil depuis la veille. Il voulait juste faire une petite sieste. Dormir. Seul.

Il ronflait enfin lorsqu'une splendide jeune femme aux cheveux roses, jupe sexy et porte-jarretelles, utilisa sa clef pour entrer…

« Sasuke... Pourquoi tu n'es pas passé au loft ? Naruto m’a dit que tu avais besoin d’un remontant... »

Il allait tuer Naruto...