Il venait d'avoir dix-huit ans

par tookuni



Il venait d'avoir dix-huit ans



Il venait d'avoir dix-huit ans

Il était beau comme un enfant

fort comme homme


Lors qu'elle avait rencontré le jeune homme, elle s'était demandé ce qui lui était passé par la tête. Elle l'avait trouvé beau.

Il était là pour une cérémonie quelconque, sans doute la énième fête de sa nomination... Tout Suna avait visiblement dû se déplacer à la demande des fous du conseil, toujours à cheval sur les principes, toujours vivant bien trop dans leurs anciennes peurs et leurs idées dépassées.

Elle les avait pardonnés pour une seule raison : toute la journée, toute la nuit, elle avait pu admirer ce magnifique garçon aux cheveux de feu.


C'était l'été évidemment

et j'ai compté en le voyant

mes nuits d'automne


Naruto, bien plus observateur qu'il n'y paraissait, avait remarqué cette soudaine passion et, goguenard, lui avait donné un grand coup de coude en chuchotant :

« Trop jeune pour toi la vieille ! »

Elle n'avait pas relevé la pique et s'était contentée de lui donner une bonne pichenette sur le front. Malheureusement, son protégé était trop résistant à présent pour affecter le moindre choc. Cela en devenait frustrant.

De toute façon, pourquoi aurait-elle pris en compte un tel commentaire ? Elle avait cinquante ans, bien sûr, mais cela ne se voyait pas. Peut-être, au regard des œillades intéressées de bien des adolescents sur sa poitrine saillante, avait-elle une chance...

Il l'avait observée, lui aussi. Il arborait ce visage d'une neutralité absolue, impossible à déchiffrer. Pourtant, dans ses yeux vert d'eau, elle avait reconnu le trouble. Elle savait ce qu'il étudiait, sans doute surpris de sa propre audace, comme intrigué par une chose dont il ne savait rien.

Elle était trop heureuse qu'il ait jeté ce dévolu lubrique sur elle pour protester ouvertement. Et puis, leur rang ne leur permettait pas beaucoup d'esclandres.

Fidèle à son caractère, Naruto avait alpagué de son enthousiasme ce frère de cœur gagné à sa cause et tout contact avait été rompu.


J'ai mis de l'ordre à mes cheveux

un peu plus de noir sur mes yeux

ça l'a fait rire


Cette année-là, Tsunade était plutôt satisfaite que le conseil ait insisté au sujet de la réception. Elle avait bien peu d'occasions, en dehors des meetings officiels, de s'amuser en toute tranquillité face à l'éphèbe.

Elle en avait tant rêvé qu'elle avait commis cette folie d'étudiante : se maquiller un peu plus que d'ordinaire, changer de coiffure, et espérer que personne ne devinerait ce qui se tramait dans son esprit.

Si son cher Naruto n'avait pas tout à fait compris le but de la manœuvre, il s'en amusa sans retenue. L'autre, le kazekage, se contenta d'un sourire condescendant avant de la faire danser.

Elle profita de cet instant plus que de tout autre, comme si une nouvelle flamme se développait en elle, purifiant tous ses démons. Elle prit ce moment comme s'il allait être le dernier.


Quand il s'est approché de moi

j'aurais donné n'importe quoi

pour le séduire


Elle lui offrit son plus beau sourire, unique preuve de son émerveillement. Il le lui rendit gentiment, distant, désintéressé. Elle fondit.

Ce garçon devait être accoutumé aux frasques séductrices des femmes de son village. Il avait dû comprendre qu'elle aussi, était tombée sous son charme.

Elle n'avait aucune chance. Elle était trop âgée, trop décalée. Malgré son corps trop bien conservé pour être en bon état, elle aurait aimé être de ces jeunes personnes dont il prenait certainement l'innocence à l'envi.

Pourtant, elle ne put s'empêcher de s'y essayer, elle aussi. Elle n'avait rien à perdre...

Dire que le conseil avait soutenu qu'il fallait absolument renforcer les relations entre le pays du vent et le pays du feu... Ils n'imaginaient pas à quel point elle se chargerait volontiers de leur donner satisfaction.


Il venait d'avoir dix-huit ans

C'était le plus bel argument

de sa victoire


Après le repas, elle dut le raccompagner en personne jusqu'à ses appartements. C'était un piège. Cela ne pouvait en être autrement. Chacun s'était ligué contre elle pour la pousser dans ses bras. Ou bien le destin lui jouait-il un de ces mauvais tours dont on ne sait jamais s'il doit être combattu à bras le corps, ignoré ou respecté.

Elle lui avait fait quelques clins d’œil, des sous-entendus sur ses relations intimes... Elle avait osé demandé, sous le couvert de beaucoup d'alcool, s'il connaissait quelque chose à l'amour. Elle avait même léché sensuellement sa cuillère à dessert dans l'espoir que cela le stimule. Elle savait bien qu'il était impossible de l'avoir aux sentiments, et elle-même n'était pas certaine qu'il s'agissait d’autre chose que d'un brin de désir incontrôlable.


Il ne m'a pas parlé d'amour

Il pensait que les mots d'amour

sont dérisoires


Lorsqu'il la retint, elle crut rêver. Ils avaient vaguement discuté et elle avait appris que l'expérience de l'adonis était bel et bien limitée. Elle avait vicieusement suggéré qu'elle était capable d'y remédier sans qu'ils n'aient à s'engager. Il avait d'autant plus compris qu'il craignait toujours les réactions exagérées ou trop confiantes d'admiratrices irresponsables. Le désir existait en lui mais, souvent, il considérait qu'il était de son devoir de le refréner. Il avait tellement raison...

Elle, avait juste envie de sexe.


Il m'a dit : « J'ai envie de toi »

Il avait vu au cinéma

« Le blé en herbes »


Elle devinait sans problème dans quel type de roman sulfureux il avait pu lire ce genre de réplique – certainement une suggestion de Naruto, qu'il soit béni –. Cela aurait dû être ridicule mais, susurré au creux de son oreille afin de mieux cacher son embarras, le terme prenait une toute autre ampleur. Cela l'avait excitée.


Au creux d'un lit improvisé

j'ai découvert émerveillée

un ciel superbe


Elle s'était sentie minuscule entre ses bras lorsqu'il l'avait embrassée. Elle avait pris les devants afin de mieux s'assurer que tout lui plaise, afin de l'initier du mieux qu'elle pouvait. Ils avaient roulé sur les tapis comme deux bêtes en chaleur, à peu près conscients qu'ils étaient en train de commettre l'une de ces erreurs que l'on risque de regretter.

Ce goût de l'interdit ajoutait justement à leur extase.

Cette nuit-là, ils s'étaient aimés.


Il venait d'avoir dix-huit ans

ça le rendait presque insolent

de certitude


Il fut fougueux, empressé, sûr de lui. Elle lui fournit les occasions dont il avait besoin pour apprendre et découvrir. Elle l'initia sans qu'il donne l'impression de ne pas savoir ce qu'il faisait. Au contraire, et cela fur divin.


Et pendant qu'il se rhabillait

déjà vaincue, je retrouvais

ma solitude


Puis, leurs corps s'étaient séparés. Il fallait qu'elle rentre. Qu'elle s'en aille.

Ils se rhabillèrent en silence, se jetant de petits coups d’œil interrogateurs. Déjà, la complicité s'étouffait dans la norme. La passade s'achevait et elle retrouvait ses habituels affects.


J'aurais voulu le retenir

pourtant je l'ai laissé partir

sans faire un geste


Il était trop jeune pour elle. Elle n'avait aucune raison de lui suggérer qu'ils pourraient peut-être se revoir. Pourtant, il avait suffi d'un soir pour qu'elle apprenne à aimer à nouveau. Pas lui. Lui devait encore vivre trop de choses pour qu'elle intervienne. Son devoir, c'était de ne pas chercher à l'emprisonner.


Il m'a dit: « c'était pas si mal »

avec la candeur infernale

de sa jeunesse


Elle n'eut pas le courage même de lui sous-entendre qu'elle recommencerait à l'occasion, s'il en avait envie. Au moins, elle pourrait garder cet épisode comme un beau souvenir, satisfaite qu'il ait apprécié ces quelques heures intimes en sa compagnie.


J'ai mis de l'ordre a mes cheveux

un peu plus de noir sur mes yeux

par habitude


Depuis, elle avait gardé la coiffure qu'elle arborait ce jour. Dans l'espoir qu'il apparaisse par hasard et se souvienne de leur étreinte. Depuis, à cause des aléas de leur vie, ils ne s'étaient pas revus.


J'avais oublié simplement

que j'avais deux fois dix-huit ans


Elle ne savait pas si l'âge avait une réelle importance. Elle avait du mal à se départir de l'idée que, comme bien des choses, il ne s'agissait que d'une psychose sociale de plus. Elle ne savait pas non plus quand Naruto avait bien pu les espionner pour savoir mais, avec l'adresse d'un pachyderme et la gentillesse d'un bébé chien, il lui avait montré qu'il n'y voyait rien de mal. Il se contentait d'en rire, trouvant l'idée judicieuse.

Ce que Naruto tolérait était loi. Cette acceptation, si elle devait ne plus jamais profiter d'une idylle avec l'adolescent devenu homme, constituait la plus belle des consolations.