Mort de Menma confirmée...

par Keysapocalypses

Chapitre 19 : Mort de Menma confirmée…

Kimi « Kimimaro » Kaguya n’était pas heureuse. Du sommet de la cascade, elle observait le contrebas où son ennemi avait été happé. Après plusieurs minutes, il ne réapparut pas à la surface de l’eau, ce qui confirma sa mort. Elle se sentait extrêmement… Insatisfaite, quelque chose qui l’étonnait elle-même. Elle avait échoué dans sa mission de ramener l’eau des héros à son maître, Orochimaru. Non seulement cela, mais l’adversaire qui avait causé son échec n’était même pas un shinobi de son calibre. Il avait été tué si facilement, si ridiculement facilement, qu’elle ne parvenait pas à ressentir la moindre satisfaction à son élimination. Au contraire, elle se sentait… Frustrée. Oui, c’était le bon mot.

Après encore une minute à regarder le bassin en contrebas, où toujours aucune trace du garçon n’était visible, elle finit par se détourner, dépitée et confuse. Honnêtement, Kimi ne comprenait pas l’origine des émotions qui déferlaient en elle. Jamais auparavant elle n’avait ressenti cela et cela la frustrait d’autant plus. Le fait que la source de ces émotions soit déjà morte ne faisait que rendre la situation pire pour elle. Elle voulait comprendre. Elle voulait savoir. Qu’est-ce qui avait été différent chez ce garçon pour la faire se sentir ainsi ? Qu’avait-il de si spécial pour la faire réagir ainsi ? C’était troublant. Et maintenant, elle ne pourrait jamais en découvrir la raison, ce qui la remplissait d’un profond sentiment de désarroi. Elle n’était, après tout, pas habituée à avoir des désirs personnels ou égoïstes.

A l’origine, Kimi était née dans le clan Kaguya, provenant de Mizu no kuni. Malheureusement pour elle, son clan se révéla être très patriarcal et ne reconnaissait pas les femmes comme de possibles combattantes. Ce ne fut donc pas sans ironie qu’elle découvrit être porteuse de la lignée Shikotsumyaku. Cette capacité, qui donnait à son utilisateur la capacité à manipuler sa propre structure squelettique, était rare. Si rare, en fait, que le patriarche du clan en était le seul autre possesseur. Sans erreur possible, on pouvait en conclure qu’il s’agissait d’une lignée récessive et puissante. Pour de nombreux clan, l’apparition d’un enfant avec un tel potentiel serait une bénédiction. Pas pour le clan Kaguya.

Il était certes vrai qu’elle était porteuse du Shikotsumyaku, mais elle était également une femme… Eh bien, plutôt une fille, et une jeune à cette époque-là. En raison de sa lignée, sa puissance de combat était immense, même si elle n’avait aucune expérience. Elle pouvait vaincre sans grande difficulté plusieurs hommes adultes de son clan simultanément. Seul le patriarche du clan était meilleur qu’elle, parce qu’il possédait la même capacité qu’elle, bien que beaucoup plus faible, et qu’il avait l’expérience pour l’utiliser avec efficacité. Kimi, pour sa part, n’avait reçu ni entrainement, ni même une instruction de base sur la nature de ses pouvoirs. Elle n’était, après tout, rien de plus qu’une femme dans un clan qui prônait la suprématie des hommes.

Le problème était que, grâce à sa lignée désormais active et utilisable, elle était devenue en un instant la deuxième meilleure combattante du clan. Elle. Une fille. De nombreux membres du clan virent cela comme une hérésie. Cependant, aucun ne pouvait apporter une solution à leur dilemme. Ils étaient un clan de sauvages archaïques et assoiffés de sang et de batailles. Leur intelligence, cependant, faisait grandement défaut. Dans leurs traditions, lorsqu’un enfant était du Shikotsumyaku, il devenait par défaut candidat pour devenir le futur patriarche du clan Kaguya. En général, il y avait un enfant par génération qui éveillait leur héritage ancestrale. La nouvelle génération se battait alors à mort avec l’ancienne génération et le vainqueur devenait le nouveau patriarche. Cependant, de toute leur histoire, jamais une femme ne fut choisie. Ce fut d’ailleurs l’une des raisons pour laquelle le clan était aussi patriarcal.

Naturellement, l’existence même de Kimi provoqua la peur au sein du clan. La peur du changement. Ils voulaient se débarrasser d’elle, mais leurs propres traditions et lois les en empêchaient. Elle était candidate pour devenir le prochain patriarche. Seul le patriarche de la génération actuelle était autorisé à la tuer, et seulement si elle réclamait le duel en question. De toute façon, seul le patriarche était assez puissant pour la vaincre, à cette époque-là. Malheureusement pour eux, la jeune fille était intelligente, plus que n’importe quel homme du clan, et avait compris ce qu’elle devait ou ne devait pas faire pour survivre. Dans ce cas, et même si cela allait à l’encontre de toute la logique du clan, elle ne réclama pas l’affrontement que tout le monde attendait. Pas jusqu’à ce qu’elle soit assez puissante pour être certaine de gagner. Son auto-préservation l’emportait sur sa soif de bataille, typique de son clan, qu’elle apprit à apprivoiser et à ignorer.

Pour ne pas arranger les choses, Kimi n’était pas seulement porteuse du Shikotsumyaku et intelligente. Elle était également très douée. Dans d’autres clans, Kimi serait considérée comme un génie ou un prodige. Dans le clan Kaguya, cependant, elle était synonyme de changement et d’inconnu. Ils avaient peur d’elle, de ce qu’elle représentait. Devait-elle vaincre l’actuel patriarche, leur clan subirait un bouleversement qu’ils ne voulaient pas voir venir. Encore une fois, leurs propres traditions et lois les empêchaient d’agir. Jamais un candidat n’avait attendu aussi longtemps pour réclamer le duel patriarcal. Ils ne comprenaient pas pourquoi.

Et puis, un jour, le patriarche du clan comprit finalement ce que faisait Kimi. Elle s’entrainait à utiliser le Shikotsumyaku et amassait de l’expérience de combat. Elle se préparait pour venir l’affronter et le vaincre. Effrayé par la jeune fille et son potentiel, il la fit enfermé dans une cage, où elle ne pouvait ni s’entrainer ni acquérir plus d’expérience. Il espérait ainsi entraver sa croissance. Elle ne fut autorisée à en sortir que sous une seule condition, qu’elle réclame le duel à mort contre le patriarche. Elle ne le fit pas. Jamais. Ainsi, elle resta dans la cage pendant des jours, des semaines, des mois, peut-être des années. Elle n’avait pas de notion du temps qui s’écoulait. Elle était nourrie on la laissait dormir, mais elle ne pouvait pas quitter sa cage et refusait de réclamer son droit au duel, car elle savait que cela signifierait sa propre mort. Elle n’était pas prête et, désormais, ne le serait jamais.

Et puis, un jour, le clan commença une guerre. C’était une période de paix et, pour un clan comme le clan Kaguya qui ne vivait que pour le sang et la mort sur le champ de bataille, une telle époque était insupportable. Le clan, dans son ensemble, décida de s’attaquer à leur propre pays pour montrer leur férocité et leur puissance. Mais tout cela n’intéressait pas Kimi, car elle ne pouvait toujours pas sortir de sa cage. Ce qui était au-delà de sa portée n’était d’aucun intérêt pour elle. Ce fut donc une véritable surprise pour elle lorsque, pour une raison inconnue, le patriarche du clan vint à sa rencontre. Elle ne l’avait plus vue depuis qu’elle avait été enfermée dans cette cage, alors pourquoi maintenant ?

Il s’avéra que le clan était sur le point d’attaquer Kirigakure no sato. Cependant, malgré la stupidité générale du clan, le patriarche lui-même admit qu’ils pourraient ne pas gagner. Au contraire, il aurait besoin de rassembler toutes les forces de son clan dans cette bataille. Ce qui incluait Kimi. Le patriarche lui proposa donc un accord : en échange de son aide pour la victoire, elle serait autorisée à quitter la cage de manière définitive. Cela montrait à quel point le clan avait besoin d’aide et devait reconnaitre son talent et sa puissance, même si à contrecœur. Elle savait évidemment que c’était un mensonge et que, sitôt la victoire obtenue, elle serait de nouveau enfermée dans la cage. Et pourtant, malgré cela, elle accepta.

Et ainsi, Kimi se prépara à la guerre en tant que Kimimaro. Tel était le nom par lequel tous les membres du clan l’appelaient. Ils refusaient de reconnaitre qu’elle était une fille, utilisant ainsi un nom de garçon pour se référer à elle. C’était leur façon d’essayer de la dénaturer pour que son existence soit compatible avec ne serait-ce qu’un minimum à l’idéologie du clan. Personnellement, elle ne s’en souciait pas. Ce serait bientôt terminé, de toute façon. Elle en était persuadée.

Le jour de l’attaque, le clan Kaguya partit à l’assaut de Kiri à leur manière habituelle, soit de front et avec un mélange sanglant de sauvagerie et de barbarie. La stratégie n’avait aucun sens pour eux et la notion même de tactique leur était étrangère. Naturellement, contre un village shinobi qui avait compris et maîtrisé ces deux notions, en plus d’avoir un nombre de combattant supérieur et une vaste gamme de jutsus, ils n’eurent aucune chance. Cependant, aucun ne recula, même alors qu’ils se faisaient tuer les uns après les autres. Encerclés et complètement surclassés, ils n’eurent même jamais l’idée d’abandonner. Au contraire, ils souriaient et riaient devant leur mort évidente, comme s’ils ne s’en souciaient même pas. Seule leur soif de sang comptait. Ce jour-là marqua le début de la purge des clans de Kiri. Le clan Kaguya fut le premier à être totalement décimé, ne laissant aucun survivant, pas même de femmes ou d’enfants.

Sauf Kimi.

Elle ne participa jamais à l’attaque sur Kirigakure, profitant de la première occasion à sa disposition pour s’enfuir. Elle était intelligente et, parce qu’elle l’était, elle savait que c’était sa meilleure chance pour une nouvelle vie… Ou même une vie du tout. Ce fut ainsi que, sans réelle surprise, elle assista au massacre de son clan de loin. Elle ne ressentit ni joie, ni satisfaction, ni intérêt. Même la mort du patriarche, qui l’avait enfermé parce que sa maîtrise du Shikotsumyaku était considérablement supérieure à la sienne, ne l’avait pas fait réagir. Pour elle, ce passé était déjà loin derrière et n’avait plus aucun lien avec elle. Elle était vivante. Elle était libre. Elle était… Sans but ni objectif.

Ce fut quelques jours après le massacre de son clan qu’elle prit conscience de ce fait. Elle avait passé tellement de temps dans la cage, à chercher un moyen de s’enfuir que, maintenant que ce fait cet objectif avait été accompli, elle ne savait plus quoi faire. Comment devait-elle vivre sa vie ? Elle ne connaissait rien du monde extérieur. Son clan, barbare et ignorant, y avait veillé. Elle ne savait pas comment vivre, seulement comment survivre et, alors que cela pourrait suffire à court terme, cette compréhension soudaine sembla engourdir ses sens. Sans un but à atteindre, elle était comme une coquille vide, elle qui avait rejeté tout ce qu’elle avait appris. Malheureusement, elle ne pouvait rien faire pour changer ce fait.

Et puis, peut-être un mois après le massacre de son clan, Kimi fut trouvée par Orochimaru, qui vit son potentiel et la recruta. Sous ses ordres, elle trouva finalement un but dans sa vie : assurer la réussite des rêves et des ambitions de son nouveau maître. Cela ne la rendait pas spécialement heureuse, mais elle n’était pas vraiment malheureuse non plus. En fait, la plupart de ses émotions avaient été fortement émoussées pendant son temps dans la cage. Elle ne ressentait pratiquement plus rien et, le peu qu’elle ressentait, elle était incapable de l’exprimer. Son visage demeurait désespérément stoïque. Malgré cela, elle n’essaya pas de changer. De toute façon, elle ne savait pas comment faire.

Ainsi, elle était devenue l’une des personnes les plus fidèles d’Orochimaru. S’il le demandait, elle tuerait pour lui, même si elle n’appréciait pas la violence. S’il le désirait, elle mourrait pour lui. Ce fut pour cette raison qu’elle accepta sereinement la décision de son nouveau maître de faire d’elle une future hôte pour son immortalité, s’accaparant par ce fait son corps et assimilant son âme. L’homme était celui qui avait donné un sens à sa vie, s’il la réclamait, elle ne s’opposerait pas. Elle lui devait tout et ferait ce qu’il faudrait pour le rembourser.

Peu après, Kimi fit la connaissance de Juugo, un berserker à la personnalité instable, pouvant passer d’un tempérament calme et doux, tout comme elle-même, à un tempérament agressif et sanguinaire, plus commun au reste du clan Kaguya. En lui, la jeune fille découvrit un ami et un petit frère. Il fut la première, et la seule personne, à qui elle put exprimer le peu d’émotion qu’elle avait. Sa présence, en outre fut bénéfique à Juugo, l’aidant à mieux se contrôler et diminuant ses accès de rage incontrôlable.

En réaction à son amitié avec le garçon, Orochimaru décida de tester sur Kimi une toute nouvelle expérience. Elle n’en connaissait pas tous les détails, mais il semblerait que cela était basé sur le pouvoir de Juugo, à savoir une augmentation des capacités physiques, la densification et le renforcement du chakra et la transformation corporelle. Le tout serait lié à quelque chose appelé senjutsu. L’homme estimait que, en raison de la proximité et de l’intimité entre elle et son frère de cœur, elle serait capable de supporter et d’utiliser le sceau qu’il comptait lui appliquer. Il s’avéra qu’il avait raison.

Kimi acquit le sceau maudit de la terre. Elle apprit plus tard que, de toutes les variantes existantes du sceau maudit, il s’agissait de l’une des deux plus puissantes, l’autre étant le sceau maudit du ciel. Ces deux sceaux maudits étaient les deux plus proches du pouvoir original de Juugo. Le type de sceau maudit appliqué à quelqu’un était aléatoire et semblait dépendre de l’individu lui-même. Il n’était pas non plus modifiable après apparition, ce qui en faisait une sorte de loterie. Cela dit, même un sceau maudit de moindre puissance était déjà puissant en soi.

Kimi, cependant, ne se souciait pas de tout cela. Pour elle, recevoir le sceau maudit, indépendamment du type de sceau en question, n’était qu’un moyen de se sentir plus proche de Juugo, de partager un peu de son fardeau. Grâce à cela, le garçon devint effectivement plus calme et avait encore moins d’accès de rage. Même lorsque cela arrivait, il reconnaissait la jeune fille et était suffisamment rationnel pour ne jamais tenter de l’attaquer, indépendamment de sa soif de sang. Elle considéra cela comme un énorme progrès.

Par la suite, elle fut intronisée à une escouade d’élite et gardes du corps personnels d’Orochimaru nommée Quartet du Son. Malgré son nom, cette étrange équipe était composée de cinq personnes. Cependant, deux d’entre eux, des jumeaux appelés Sakon et Ukon, partageaient techniquement le même corps. Les autres se nommaient Tayuya, Kidomaru et Jirobo. Destiné à les rejoindre Kimi fut ordonné de les affronter tous pour déterminer sa position au sein du groupe. Elle vainquit chacun d’eux… Avec une seule main. Elle devint ainsi le nouveau chef de cette unité qui fut rebaptisée Quintet du Son.

Malheureusement, les choses commencèrent à dégénérer pour Kimi à partir de ce point, littéralement. Le corps de Kimi commença à s’affaiblir sans raison. Au début, elle ignora simplement les symptômes, les considérant comme bénins ou simples une maladie passagère. Cependant, ceux-ci, loin de s’apaiser, s’aggravèrent. Aucun traitement classique ne parvint à la guérir. Kabuto, une des rares autres personnes à qui Orochimaru faisait confiance et un médecin extrêmement performant sans la moindre morale, diagnostiqua son cas comme étant incurable.

Son corps mourrait de l’intérieur. Son organisme était rongé par la maladie inconnue. Malgré tous ses efforts, Kabuto avoua son impuissance. Le médecin n’avait tout simplement pas assez d’information médicale sur le clan Kaguya, et encore moins à propos du Shikotsumyaku qui donnait une structure unique au corps de Kimi. Tout ce qu’il pouvait faire à présent était de tenter de prolonger l’espérance de vie de la jeune femme le plus longtemps possible, dans l’espoir qu’il puisse découvrir un remède dans le futur. Orochimaru avait convenu, si bien qu’elle avait accepté.

Ainsi, elle fut déchue de son poste de chef du Quintet du Son, qui redevint le Quartet du Son. Les circonstances l’exigeaient et elle ne pouvait rien y faire. Ce qui fit le plus mal à Kimi, cependant, était d’apprendre que, en raison de sa maladie, elle n’était plus un hôte viable pour son maître. Ce jour-là, elle pleura pour la première fois de sa vie. Son utilité diminuait un peu plus chaque jour, la faisant devenir une charge pour l’homme qui avait donné un sens à son existence. En désespoir de cause, elle demanda une dernière mission, une dernière preuve de sa fidélité, avant de finir ses jours alités sur un lit d’hôpital. Après quelques minutes de réflexion, Orochimaru avait estimé la demande raisonnable et l’avait envoyé chercher l’eau des héros à Taki.

Et elle en était là désormais.

Elle n’avait eu aucune difficulté à infiltrer le village. Les circonstances avaient été d’une grande aide, puisqu’elle arriva à peu près au moment où une invasion commença. Tout ce qu’elle avait eu à faire fut de suivre l’équipe de Konoha présente sur place pour aider, se cacher et attendre le bon moment. Elle les avait laissé se battre entre eux et récupérer la précieuse eau des héros une fois tout le monde épuisé. Ainsi, elle ne faisait pas elle-même de victimes, ce qui lui convenait parce qu’elle n’aimait pas la violence excessive, et ne forçait pas son corps à combattre au-delà du raisonnable, ce qui était également une bonne chose puisque cela réduirait sa déjà faible espérance de vie.

Cependant, les événements l’obligèrent à changer son plan d’action. Un genin de Konoha, aux cheveux rouges et dont la moitié gauche de son visage était dissimulée sous un demi-masque, parvint à abréger brusquement le conflit en éliminant le chef de l’invasion dans un mouvement d’assassinat remarquable, même s’il fut principalement aidé par la chance, ainsi que l’arrogance et la négligence de son adversaire. N’ayant pas d’autres choix, Kimi se décida à agir, et rapidement. Tout comme le garçon l’avait fait auparavant, elle l’élimina par derrière en utilisant son propre humérus comme d’une épée, ce qui était possible pour elle grâce au Shikotsumyaku.

Elle avait ensuite affronté le chef de Taki. Il était un relativement bon épéiste, bien que fortement sous-entraîné et plutôt inexpérimenté. Elle avait fait en sorte de n’utiliser que le minimum d’efforts pour le combattre, juste assez pour le surclasser et le vaincre sans danger pour elle-même. Finalement, elle parvint à le faire se soumettre et à prendre possession de l’eau des héros. Sa mission avait été accomplie. Les adversaires potentiels étaient tous incapacités, morts ou emprisonnés en raison de l’invasion désormais avortée. Oui, tout aurait dû être terminé.

Jusqu’à ce qu’une attaque surprise lui avait rappelé que les choses n’allaient jamais comme on aimerait qu’elles aillent.

Elle était parvenue à parer le coup de justesse, qui l’avait néanmoins forcé à reculer de plusieurs mètres. De nouveau en garde, elle avait fait face à son nouvel adversaire… Qui se révéla être un ancien adversaire, le genin qu’elle avait tué plus tôt, pour être précis. Elle n’avait pas compris, et ne comprenait toujours pas, comment il avait fait pour survivre à un coup mortel. Elle ne l’avait pas loupé, elle en était certaine. Elle voyait d’ailleurs le cadavre de sa victime dans le lac, ayant déjà à moitié coulé. Etait-ce des jumeaux ? Non, elle se souvenait clairement qu’un seul genin aux cheveux rouges était entré dans le visage. Elle les avait suivi, après tout. Un multiclonage ? Peut-être… Couplé avec un kawarimi et avec un excellent timing, il aurait été possible de la tromper.

Elle avait sérieusement envisagé de combattre. Peut-être une partie de son sang Kaguya s’était-il réveillé à ce moment-là. Finalement, cependant, Kimi décida que c’était inutile. Sa mission avait déjà accomplie, alors pourquoi risquer de la compromettre ? Le risque, aussi infime fût-il, n’en valait tout simplement pas le coup. Pour cette raison, elle décida de fuir. A ce moment-là, elle s’était trouvée en suspension à la surface du lac. Elle n’avait eu qu’à cesser d’utiliser son chakra pour plonger et se diriger rapidement vers la sortie submergée. Même si elle ne regarda jamais en arrière, elle avait su tout le long de la traversée du labyrinthe sous-marin que le genin la suivait à la trace.

Ce garçon… Il y avait quelque chose à son sujet. Elle ne savait pas quoi, mais elle ne pouvait s’empêcher de penser à lui. Au début, elle avait simplement pensé que c’était parce qu’il l’avait pris en chasse, un acte courageux, téméraire plutôt, étant donné leur différence évidente de puissance. Cependant, à mesure qu’elle fuyait, elle n’était plus aussi certaine de ce qu’elle devait penser de lui. Il avait le potentiel pour être puissant, elle pouvait le sentir à son chakra, à la fois immense et dense. Etait-il possible pour un humain d’avoir une telle quantité de chakra ? C’était ridicule. Et ce chakra… Pour une raison quelconque, il titillait le bord de ses sens, comme si elle était censée comprendre quelque chose de lui, mais en était incapable. C’était frustrant.

Distraite par ses pensées, elle s’était tardivement rendu compte qu’il l’avait presque complètement rattrapée. Voyant qu’elle ne pourrait plus le semer, pas sans risquer de réduire drastiquement son espérance de vie, elle s’était finalement décidée à l’affronter. Peut-être ainsi pourrait-elle comprendre un peu mieux le mystère qu’il représentait pour elle. Entendant le vrombissement de l’eau, elle s’était dirigée dans cette direction. Elle arriva rapidement sur place, qui se révéla être le plateau supérieur d’une cascade. Le garçon lui fit alors face. Certains diraient qu’il s’apprêtait à combattre de front, mais elle l’avait vu à l’œuvre, bien que brièvement. Il avait la ruse et l’intelligence pour s’adapter et profiter de toute occasion pour faire ce qu’il devait faire. Il était adaptable, ce qui était une énorme qualité pour un shinobi. Et cela ne le rendait que plus dangereux.

Son sang Kaguya s’était légèrement agité en elle. Cela n’était plus arrivé depuis la cage. Pourtant, ce garçon avait su provoquer cela deux fois déjà depuis qu’elle l’avait rencontré pour la première fois, plus tôt dans la journée. Kimi ignorait si c’était une bonne ou une mauvaise chose mais, bizarrement, elle ne trouvait pas la sensation désagréable pour le moment. Malheureusement, elle savait qu’elle ne pouvait pas se permettre de s’y complaire, si bien qu’elle avait fait de son mieux pour l’ignorer.

Après une très brève conversation, le combat débuta. Après une rapide salutation à coup de kunaïs, il prit son épée en main. Kimi ne pouvait pas dire s’il était effectivement un épéiste ou non. L’arme, cependant, était évidemment trop lourde pour lui pour qu’il puisse l’utiliser efficacement. Du hachoir géant, cependant, elle avait pu sentir une légère soif de sang, ce qui avait stimulé un peu plus son sang Kaguya, maintenant partiellement réveillé. Le refrénant une fois de plus, elle se concentra sur le combat, ignorant la sensation tenace que quelque chose manquait à chaque fois que leurs lames s’entrechoquaient. Sans surprise, elle commença à le dominer. Il devint bientôt évident qu’il n’avait aucune expérience avec cette arme particulière. Ses chances de victoire, déjà infimes, se réduisaient encore davantage. Elle avait déjà gagné, le résultat était déjà visible.

Et puis sa maladie l’avait soudainement rattrapée.

Sans avertissement, elle avait craché un peu de sang. Profitant de son moment d’inattention, le garçon avait été en mesure, grâce à un étrange mouvement acrobatique, de frapper la gourde d’eau des héros, qu’elle avait tenu à la main, ce qui la projeta inévitablement dans les airs. Comprenant ce qui allait se passer, Kimi avait essayé de l’en empêcher, elle avait vraiment essayé. Malheureusement, elle fut trop lente. Le genin aux cheveux rouges avait lancé un kunaïs dans la gourde, la brisant, ce qui provoqua toute l’eau des héros de se déverser sur le sol avant d’être rapidement absorbé.

Sa mission était ainsi passée de réussite totale à échec monumental.

Elle avait fait une erreur. Le garçon n’était pas simplement adaptable, il était aussi imprévisible. Ses tactiques et ses stratégies n’étaient pas du tout orthodoxes, si bien que s’en protéger relevaient presque que de l’instinct, de l’expérience ou de la chance. Hébétée, elle ne put que regarder fixement l’endroit où le précieux liquide avait disparu et où la végétation avait commencé à se développer à l’œil nu. Elle était resté ainsi, son regard fixe, jusqu’à ce qu’un craquement ne détourne son attention. C’était le garçon, le genin. Il avait essayé de s’en aller, de fuir, mais avait échoué à être discret.

La fureur s’empara d’elle. Tout était de sa faute ! C’était à cause de lui que sa mission avait été un échec. Kimi avait juste voulu montrer qu’elle pouvait être utile une dernière fois, mais prouva à la place que son inutilité empirait. Elle avait été vaincue par un adversaire moins puissant grâce à la ruse de celui-ci. La rage au ventre, elle l’avait attaqué, ne prenant même plus la peine de se retenir. Cela n’aurait servi à rien, de toute façon. A quoi bon économiser le peu d’espérance de vie qui lui restait quand revenir en vie à Orochimaru n’était plus nécessaire ? Elle n’avait plus l’eau des héros, qui était perdu de manière irrévocable. Tout ce qu’elle pouvait faire, à présent, était de se venger sur celui qui était responsable de cela.

Et se venger, elle l’avait fait. Utilisant toute la puissance que possédait encore son corps, elle avait noyé le garçon sous une véritable pluie de coups d’épée. Le genin n’avait pu que se protéger derrière son énorme épée, incapable de répliquer. Cependant, même cette maigre défense n’avait finalement été pour lui qu’un simple sursis, car elle parvint à briser la lame de l’arme dans son assaut. Sans perdre de temps, elle profita de l’ouverture soudaine pour lancer sa dernière attaque. Elle n’avait pas voulu lui laisser le temps d’utiliser une de ses tactiques imprévisibles qui pourraient potentiellement renverser la situation. Ainsi, elle l’empala avec son humérus, transperçant son estomac.

Sans surprise, le corps du garçon devint mou. Sa fureur toujours aussi intense, Kimi lui avait dit que sa mort était le prix à payer pour avoir provoqué la colère d’un Kaguya. En réaction, il avait fait une sorte de commentaire spirituel. Inconsciemment, ou presque, le genin aux cheveux rouges posa sa main droite contre son épaule dans une tentative vaine de la repousser. Cela dit, elle pouvait au moins reconnaître son effort. Et puis, il avait souri, ce qui l’avait fait se méfier. Cela dit, au vu de sa situation, ce n’était pas comme s’il pouvait effectivement faire quelque chose…

Et ce fut lorsqu’elle avait eu cette pensée qu’elle avait senti quelque chose percer la chair de son épaule et cogner contre l’os. Immédiatement, elle avait lâché son humérus-épée et saisi le poignet du garçon, avant de le repousser d’un mouvement vif, ce qui provoqua un bruit d’acier se brisant parce qu’elle avait utilisé son Shikotsumyaku pour modifier et renforcer sa structure osseuse de façon à immobiliser la lame intrusive, ce qui provoqua sa rupture en raison de la pression exercée.

Arrachant ensuite le morceau de métal de son épaule, Kimi l’avait inspecté, puis avait cherché d’où il provenait. Là, juste sous le brassard d’avant-bras du garçon, se trouvait l’autre partie de la lame. D’un coup d’œil, elle comprit qu’il s’agissait d’un compartiment secret. C’était… Une lame d’assassin. Une arme faite pour la discrétion et le meurtre furtif. S’il avait placé sa main ailleurs que sur son épaule, sur son cœur par exemple, elle aurait pu se faire tuer sans comprendre ce qui lui arrivait. Elle ne pouvait que remercier le manque de lucidité du genin en raison de son agonie.

Ce n’était apparemment pas tout. La lame qu’il avait utilisée était légèrement recouverte de chakra. La quantité était faible, plus un résidu qu’un véritable recouvrement, mais il y en avait. Elle pouvait également en sentir quelque trace dans sa plaie. La sensation, bizarrement, n’était pas vraiment désagréable, si l’on excluait la douleur de la blessure elle-même. S’il avait converti son chakra en chakra élémentaire, fuuton en particulier, elle aurait pu perdre son bras. Pour une raison quelconque, le visage de Kimi avait pris une légère teinte de ros. Une fois de plus, elle ne n’avait pu s’empêcher de se sentir intriguée. Elle ne le comprenait tout simplement pas. Ce garçon était comme un mystère ambulant. Même vaincu, il avait été capable d’une dernière action pour se venger. En ce sens, son comportement reflétait celui de Kimi un peu plus tôt. Elle s’était surprise à aimer cette pensée, sans comprendre pourquoi.

Malgré tout, et en dépit de sa fascination renouvelée pour le garçon, elle laissa la colère et la vengeance agir en premiers. Elle avait planté le morceau brisé de la lame du garçon dans sa propre épaule, provoquant ainsi une blessure miroir à celle de Kimi. Il s’agissait également d’une sorte de marque de respect. Pour le clan Kaguya, une blessure était comme un trophée, et elle lui avait donné une copie du sien. L’idée qu’ils auraient ainsi un autre point commun pourrait avoir motivée cette décision, cela dit. Après tout, elle avait rejeté pratiquement tout ce qui était lié à son clan.

Ignorant le soudain cri de douleur du garçon, elle avait ensuite repris son humérus en main et, tenant fermement son os-épée, avait frappé le genin d’un violent coup de pied, désempalant ainsi l’arme et projetant son adversaire dans la rivière, où il avait rapidement été happé par le courant et aspiré par la chute d’eau. Elle savait que, alors que les blessures qu’elles lui avaient infligées n’étaient pas mortelles sur le moment, quoique très douloureuse, surtout dans l’estomac où les sucs gastriques allaient se répandre et ronger sa propre chair, il lui faudrait des soins immédiats pour ne pas mourir. Ajoutés à cela sa chute d’une cascade et plusieurs minutes sous l’eau, probablement repoussé au fond du bassin par la pression de l’eau tombant de ladite cascade, Kimi était désormais certaine qu’il était bel et bien mort.

Et c’était où en était sa situation actuelle.

Maintenant, que sa rage s’était dissipée et que son esprit était de retour à sa pleine lucidité, la jeune femme ressentait un léger regret à avoir tué le garçon de cette façon. Elle aurait voulu… En fait, elle ne savait pas vraiment ce qu’elle aurait voulu. Emmener le garçon avec elle à Orochimaru ? Non, cela n’aurait eu aucun sens. Son maître n’aurait sans doute pas trouvé d’intérêt pour lui, en dehors de ses grandes réserves de chakra. Quoi alors ? Le garder pour elle ? Ce genre de comportement égoïste ne lui ressemblait vraiment pas. De plus, c’était d’un humain dont on parlait, pas d’un animal de compagnie. Non, en toute honnêteté, elle ne voyait pas ce qu’elle aurait pu faire avec le genin. Peut-être était-ce mieux ainsi, lui mort et elle sur le point de le rejoindre…

Grimaçant, elle réintégra son humérus dans son bras, notant distraitement que le chakra de son adversaire recouvrait l’os en question et palpitait agréablement à l’intérieur de son corps. Avec un soupir, elle jeta un dernier regard à l’endroit où l’eau des héros s’était répandue. Il ne restait désormais plus qu’une parcelle de terre stérile. Toute la verdure s’était fanée, son énergie vitale consommée par l’eau des héros. Secouant la tête de dépit et d’amertume, elle commença à faire demi-tour. Elle devait signaler son échec à Orochimaru… Si elle était capable de revenir avant de mourir.

**********

- Je ne suis pas sûr d’avoir bien entendu… Déclara Hiruzen d’une voix dangereusement calme. Peux-tu répéter ?

- Oui, Hokage-sama… Déglutit Kakashi, son visage dégoulinant de sueur en raison de la pression qu’il subissait. Le genin Menma, membre de l’équipe 7 sous mon commandement, est tombé au combat lors de sa dernière mission.

- Et comment, je te prie de me dire, est-ce arrivé ? Demanda le Sarutobi d’une voix parfaitement contrôlée, seulement démentie par son aura glaciale. Comment ce genin, ou même tout autre genin, aurait-il pu mourir à Taki alors que sa mission était de faire un échange de produits défectueux ?

- Il… Il semblerait qu’il y ait eu une invasion à Taki peu de temps après que vous m’ayez rappelé. Expliqua le Hatake en se dandinant légèrement. Parce que mon équipe se trouvait en zone alliée, j’ai estimé qu’ils seraient en sécurité le temps que je fasse l’aller-retour. J’aurais été de retour le soir même, ce qui était plus rapide que si j’avais emmené mon équipe avec moi. Je… Je ne pouvais pas savoir ce qui allait se produire.

Kakashi, ainsi qu’une bonne partie des juunins, avaient été convoqués à Konoha par Hiruzen en vue de parler des préparatifs pour la mise en place des examens genins. Parce qu’il était un juunin-sensei, le Hatake avait été nécessaire. Et parce qu’il s’était trouvé dans le périphérique de retour immédiat et qu’il devait se présenter rapidement à la réunion, il avait laissé son équipe à Takigakure no sato… Ou en tout cas juste à côté, puisqu’ils n’avaient jamais effectivement pénétrés à l’intérieur de la ville. Eh bien, ses genins semblaient y être entrés par la suite, mais ce n’était pas l’important.

La zone de retour immédiat faisait référence à un périmètre autour de Konoha dans lequel il était possible de contacter tout shinobi du village en toute sécurité et de telle façon à ce que, le temps que le message lui parvienne et qu’il rentre, moins d’une demi-journée ne se soit écoulée. Naturellement, la taille de la zone de retour immédiat variait selon qu’un shinobi était un genin, un chuunin ou un juunin. Dans ce dernier cas, cette zone couvrait jusqu’à Taki. L’ironie voulait que, si Kakashi s’était retrouvé de l’autre côté du village, une dizaine de kilomètres plus loin, le message ne lui aurait pas été transmis et il serait resté avec ses genins… Et Menma serait encore vivant.

- … Que s’est-il passé exactement ? Demanda finalement Hiruzen, après avoir pris une profonde inspiration pour se calmer.

- Ce n’est pas très clair. Avoua Kakashi, penaud. Sasuke et Sakura semblaient un peu confus et troublés par ce qui est arrivé. De ce que j’ai pu comprendre de leurs propos, tous les deux auraient été capturés au cours de l’invasion, qui a été menée par un nukenin de Taki. Un certain Suien. Shibuki-san aurait été récupérer l’eau des héros pour la protéger et Menma serait resté avec lui pour le protéger lui. Suien aurait ensuite utilisé les villageois ainsi que Sasuke et Sakura comme otages pour forcer Shibuki-san à lui donner l’eau des héros. La suite est encore moins claire mais Shibuki-san et Menma auraient été en mesure de vaincre Suien ainsi que ses subordonnés et à mettre un terme à l’invasion.

- Dans ce cas, comment Menma est-il mort ? Interrogea le sandaime Hokage d’un ton froid.

- Il semblerait qu’il y avait un tiers. Avoua le Hatake, mal à l’aise. Un shinobi sans marque ou indication d’affiliation semblait avoir également été à la recherche de l’eau des héros. C’est lui qui aurait tué Menma avant de s’emparer de l’eau des héros et de s’enfuir.

- Ton rapport semble être étrangement incertain. Commenta Hiruzen, un sourcil levé.

- Mes excuses pour cela, Hokage-sama. S’excusa piteusement Kakashi. Je ne fais que transmettre ce que j’ai compris de mes genins. Sasuke n’a pas été très bavard sur les événements, si bien que Sakura est celle qui m’a informé de pratiquement tout. Cependant, Sakura est… Eh bien… Sakura.

- Je comprends… Apaisa le Sarutobi sans pour autant changer d’attitude.

La personnalité de la Haruno n’était pas vraiment un secret pour Hiruzen. Outre Kakashi, Naruto lui avait souvent rapporté son comportement. Elle était essentiellement juste un peu moins qu’une fangirl et ne faisait que très peu d’efforts pour s’épanouir dans sa carrière de kunoïchi. C’était assez triste, en fait. Elle était pratiquement obsédée par Sasuke, presque jusqu’au point de idolâtrer. C’était grâce à cette obsession qu’elle avait réussi à devenir genin. Depuis, cependant, elle n’avait quasiment pas évolué.

- Quant à Sasuke, la seule chose qu’il a décidé de signaler est comment est mort Menma et comment. Informa Kakashi. Cela semblait être la seule chose de l’invasion qui l’avait intéressé assez pour qu’il le mentionne.

- Je vois… Commenta Hiruzen, fronçant les sourcils.

L’Uchiwa avait une relation complexe avec la mort. D’une part, il la détestait parce que tout son clan avait été massacré, sauf lui-même. D’autre part, il l’aimait parce qu’il désirait plus que tout tuer de ses propres mains le responsable de ce massacre, à savoir Itachi, son propre frère. A cela s’ajoutait son complexe du survivant complètement biaisé et qui semblait parfois dévié sur le chemin du vengeur. Honnêtement, le Sarutobi n’était pas sûr que le laisser devenir shinobi soit une bonne idée. Si tôt, en tout cas. Il semblait avoir une sorte de fragilité mentale dangereuse. Malheureusement, certaines personnes avaient voulu qu’il intègre les rangs le plus tôt possible. Au moins était-il motivé. Dommage que ce fut pour de mauvaises raisons…

- Je vais vouloir entendre le rapport complet plus tard. Annonça le sandaime Hokage, son ton revenant à celui qu’il avait habituellement, quoique teinté de tristesse. Pour le moment, je pense qu’il serait préférable de s’occuper de l’enterrement de Menma.

- Oui… Commença lentement Kakashi, véritablement mal à l’aise. A ce propos… Voilà l’autre problème.

- … Tu n’as pas son corps ? Comprit Hiruzen, plissant les yeux dangereusement.

- Non… Admit le juunin à contrecœur. Le corps de Menma n’a pas été retrouvé.

- Explique. Ordonna le Sarutobi d’une voix qui exigeait l’obéissance.

- Bien, Hokage-sama ! Répondit le Hatake, par réflexe. Comme je l’ai dit plus tôt, ce n’est pas très clair. De ce que j’ai pu comprendre des explications de Sakura et de la courte intervention de Sasuke, Menma, qui se tenait à la surface d’un lac, aurait été abattu dans le dos par ce shinobi tiers et aurait coulé. Le shinobi tiers aurait ensuite volé l’eau des héros après un court affrontement avec Shibuki-san et se serait ensuite enfui en plongeant dans le lac. La seule conclusion que je peux en tirer est que, pour une raison ou une autre, ce shinobi tiers aurait emporté le corps de Menma avec lui.

- Cela n’a aucun sens. Fit Hiruzen, qui paniquait intérieurement pace qu’il connaissait la véritable identité du genin et de son statut particulier. Pourquoi voler le corps de ce garçon en plus de l’eau des héros.

- Ce ne sont que des hypothèses, mais je pourrais avoir une idée à ce sujet. Informa prudemment Kakashi.

- J’écoute. Acquiesça le Sarutobi, toujours agité.

- Merci. Apprécia le juunin-sensei. Je pense que Menma, quand il a été abattu sur le lac, n’est pas mort sur le coup et le shinobi tiers l’aurait emmené pour cette raison ou une autre. Cette théorie semble être confirmée par des éléments que j’ai trouvés plus tard. Grâce à mes invocations, j’ai été en mesure de trouver la piste de ce fameux shinobi tiers et de la suivre. L’odeur de Menma collait à celle du shinobi, suivant le même parcours, même si je n’ai étrangement trouvé aucune trace de sang malgré la gravité de sa blessure. Continuant à suivre la piste, je suis finalement arrivé à proximité d’une cascade où les odeurs s’arrêtent en raison de la chute d’eau qui les a effacées. Là, j’ai trouvé des traces de luttes et du sang, appartenant vraisemblablement à Menma et au shinobi inconnu. De plus, j’ai trouvé sur place l’eau des héros, ou plutôt sa gourde brisée et une partie du sol complètement stérile. Je pense donc qu’à cet endroit Menma, qui bien que blessé était toujours vivant et conscient, a été en mesure de briser la gourde d’eau des héros et blesser son kidnappeur dans le processus, ce qui aurait entraîné sa mise à mort d’après la grande quantité de son sang, ou à tout le moins une certaine forme de torture. J’ai également trouvé sur place un morceau brisé de son épée, de sa lame pour être plus précis.

- Je… Je vois… Murmura Hiruzen, mordillant l’ongle de son pouce dans un rare moment affiché de faiblesse et d’incertitude. Dans quelle direction le shinobi se dirigeait-il avant que tu ne perdes sa trace, Kakashi ?

- La direction générale qu’il a prise semble indiquer qu’il se rendait à Ta no kuni, le pays du riz. Informa le Hatake, après un instant de réflexion.

- Le pays… Du riz ? Répéta faiblement le sandaime Hokage, faisant de son mieux pour paraître impassible.

Le nom de ce pays revenait souvent à ses oreilles, ces derniers mois. Il semblerait qu’un village shinobi ait récemment vu le jour-là-bas. Il le savait parce que ledit village, nommé Otogakure no sato, avait fait la demande de participer aux prochains examens chuunins, qui se dérouleraient à Konoha. Plus important encore, Jiraya, un ancien élève du Sarutobi, l’avait informé que ce village pourrait éventuellement avoir des liens avec Orochimaru, mais rien n’avait été confirmé. En conséquence, la demande avait été acceptée. Si rien d’autre, il pourrait faire surveiller la ou les équipes envoyées par ce village et essayer de comprendre leurs intentions.

- Y a-t-il quelque chose de particulier à propos de Menma qui pourrait avoir justifié ce kidnapping ? Demanda Kakashi d’une voix prudente, même s’il se parlait à lui-même plutôt qu’à son Hokage.

- Eh bien… Menma a une particularité génétique… Disons inhabituelle. Expliqua Hiruzen à demi-mots, faisant de son mieux pour dissimuler l’identité de Naruto. Il possède une grande quantité de chakra, trop grande pour quelqu’un de son âge, et il n’y a aucune explication à ce phénomène. Un médecin qui s’est penchée sur la question a émis l’hypothèse qu’il pourrait s’agir d’une sorte de lignée spontanée. Cela pourrait expliquer pourquoi il s’est fait kidnapper mais pas comment quelqu’un aurait été au courant de cette information au préalable. Actuellement, seulement trois personnes à Konoha savent cela. Il y a nous deux et le médecin, une personne dont tu as évidemment déjà entendu parler, puisqu’il s’agit de Tsunade.

Toute cette dernière partie était, bien évidemment, un mensonge. L’origine de la quantité anormale de chakra de Menma, ou plutôt de Naruto, était double. D’une part, il y avait sa lignée Uzumaki qui possédait naturellement de très grandes réserves de chakra, donc cette partie-ci était au moins en partie la vérité. D’autre part, en tant que jinchuriki du Kyubi, ses réserves de chakra croissaient constamment et régulièrement grâce à un réglage particulier du fuinjutsu utilisé par le yondaime Hokage, Minato Namikaze. De petites quantités de chakra du Kyubi étaient régulièrement prélevées et purifiées par le sceau et absorbé par Naruto ce qui, lorsque ses réserves de chakra étaient pleines, avait pour effet de les faire se développer.

Tsunade n’avait jamais diagnostiqué médicalement l’Uzumaki… Eh bien sauf une fois, mais c’était dans la première année après sa naissance en raison de ses bobines de chakra altérées. C’était d’ailleurs remarquable comment il était parvenu à devenir shinobi en prenant en compte son état seulement un an auparavant. Il ne pouvait même pas utiliser correctement son chakra. Naturellement, Hiruzen ne pouvait rien dire de tout cela à Kakashi, puisqu’il ne connaissait pas la véritable identité de son élève.

- Dans ce cas, je ne peux que supposer que le shinobi aura, d’une façon ou d’une autre, déduit la vérité en observant les combats de Menma pendant l’invasion et décidé spontanément de le kidnapper. Conclut le Hatake, mal à l’aise.

- Peut-être… Consentit le Sarutobi, malheureux.

Actuellement, la seule chose que voulait le sandaime Hoage était de se retrouver seul et de pleurer. Il venait après tout d’apprendre la mort, ou tout comme, de son petit-fils de cœur. Cependant, il ne pouvait pas se permettre de le faire. Pas encore. Il devait au moins aller au fond des choses et comprendre exactement la raison pour laquelle il avait été kidnappé. Le shinobi inconnu aurait-il découvert qui était vraiment Naruto ? Ou peut-être son statut de jinchuriki ? Au vu des circonstances, il savait que l’Uzumaki serait bientôt mort, si ce n’était pas déjà le cas. Les événements s’étaient passés deux jours plus tôt, après tout. Néanmoins, pour sa mémoire, il voulait tout comprendre et, si possible, récupérer son corps. Il le lui devait.

Il allait également falloir annoncer la nouvelle à Konohamaru et… à Haku. Non, Hiruzen n’avait vraiment pas hâte.

- Qu’en est-il de Shibuki-san ? Interrogea le Sarutobi, d’une voix concernée. Qu’a-t-il pu nous dire à propos de tout ce… Ce gâchis ?

- Je ne sais pas. Avoua Kakashi, penaud. Suite à l’invasion, il n’a pas quitté le village. Les habitants avaient besoin de lui pour les soutenir et reconstruire Taki, je n’ai donc pas pu le voir. J’aurais pu éventuellement trouver le moyen d’entrer dans le village, mais cela aurait été plutôt déplacé, surtout juste après une invasion. Tout ce que j’ai pu faire a été de laisser un message l’informant de la disparition de Menma et de la destruction de l’eau des héros.

- Laissons-leur une semaine. Décida le sandaime Hokage, réfléchissant. Après cela, j’enverrai une équipe d’Anbu demander de plus amples informations auprès de Shibuki-san. Maintenant, Kakashi, je suis prêt à entendre ton rapport complet sur ce que tu as pu comprendre de ce qui s’est passé là-bas. Je veux tout savoir. Tout !

**********

Dans une forêt de Taki no kuni, une silhouette se déplaçait. Son rythme n’était pas particulièrement rapidement mais ses déplacements étaient énergiques. En raison de l’heure avancée, c’était le milieu de la nuit, il était difficile, voire impossible, de donner une description précise de cette personne. S’arrêtant soudainement, l’individu claqua des doigts apparemment sans raison. Cependant, moins de quelques secondes plus tard, de nombreuses lucioles apparurent d’un peu partout dans les arbres, se rassemblant autour de cette personne et voletant paresseusement. Un rire féminin put alors être entendu.

A la lumière des centaines de lucioles, il était désormais possible de voir l’apparence de ce qui n’était jusqu’alors qu’une simple silhouette dans l’obscurité. Il s’agissait d’un… D’une… D’une personne. En raison de son apparence totalement androgyne, il était impossible de déterminer s’il s’agissait d’un garçon ou d’une fille. Cependant, à sa voix, on pouvait supposer qu’il s’agissait du second choix. Elle avait la peau tan et était d’une taille légèrement inférieure à la moyenne. Ses cheveux étaient vert-menthe et étaient retenus sur la droite, juste à hauteur du front, par une petite barrette orange, couleur qui correspondait également à celle de ses yeux.

La jeune femme portait une courte chemise de midriff blanche, sans manche, sous laquelle il était possible de voir une armure de maille, bien que son ventre soit pour la plus grande partie visible et non protégé. Elle était également habillée d’une courte jupe blanche, sous lequel se trouvait un short de maille, ainsi qu’une paire de longs brassards en tissu assortis au reste de sa tenue. Un bandeau frontal à l’effigie de Taki, signe qu’elle était une kunoïchi, était clairement visible sur son bras droit. Dans son dos, tenu à la manière d’un sac, se trouvait un objet d’apparence cylindrique dissimulé dans un emballage rouge.

Son nom était Fu. Elle était la jinchuriki du Nanabi.

Actuellement, elle souriait et riait avec bonheur, regardant les lucioles voler autour d’elle avec plaisir et amusement. Elle aimait les insectes. Cela n’avait rien d’étrange, étant donné que son Biju en était un. Elle aimait également leur diversité et, surtout, leur liberté. Ils pouvaient aller où ils voulaient, sans restriction. Personne ne se souciait d’eux, ne faisait même attention à eux. Elle enviait leur anonymat, aimerait être comme eux. Malheureusement, elle ne pourrait jamais avoir la même liberté. Après tout, elle était une jinchuriki. Alors qu’elle ne vivait pas au sein de son village, fait très rare, voire même unique pour un jinchuriki, elle ne pouvait pas traverser la frontière de son pays.

Ce n’était pas que quelqu’un serait capable de l’en empêcher, elle était techniquement la kunoïchi la plus puissante de Taki, c’était simplement qu’elle n’aurait nulle part où aller. Elle ne connaissait que les forêts de son pays. C’était sa maison et les insectes qui y résidaient également étaient ses amis. Elle ne demandait rien de plus. Elle ne voulait rien demander de plus. Elle ne voulait pas espérer et subir l’amertume d’une déception. Sa vie était déjà assez cruelle comme elle l’était. Exilée de son propre village, elle ne pouvait compter que sur elle-même. Et ses amis les insectes.

Soudainement, plusieurs dizaines de lucioles, qui jusque-là avaient flotté autour d’elle paresseusement, s’envolèrent soudainement avant de planer à un point au-dessus de la rivière qui se trouvait à une dizaine de mètres de l’emplacement de Fu. Curieuse, elle s’approcha de la rive et plissa les yeux. Là, elle vit quelque chose flotter, visible grâce à la lumière que projetaient ses petits amis. C’était… Un corps ? Un humain flottait dans la rivière, lentement emporté par le courant.

Fu grogna et se détourna, sa bonne humeur entièrement disparue. Elle détestait les humains. Elle les haïssait. A cause d’eux, elle avait été exilée de son village natal, la seule chose qu’elle avait connu, et jeté dans la forêt. Eh bien, pas littéralement. Elle avait été escortée hors de Taki no sato et poliment demandé de ne plus retourner dans le village, mais de ne pas trop s’éloigner non plus ou de quitter le pays. Pour sa propre sécurité, avaient-ils dit. Ces hypocrites ! Les seules fois où l’un d’eux venait la voir, c’était pour accomplir une mission soit jugé trop dangereuse, soit pour s’assurer qu’elle était toujours là. Ils ne subvenaient même pas à ses besoins. Sa nourriture, son logement, elle avait dû prendre cela en charge elle-même.

Et les humains de l’autre côté des frontières ne valaient pas mieux ! C’était de leur faute que tout avait commencé. C’était eux qui avaient tenté d’envahir le village, il y avait de cela quelques années. A cause d’eux, son unique bienfaiteur, Hisen, était mort. A cause d’eux, Shibuki, son ami d’enfance, s’était détournée d’elle, avait dit que tout était de la faute de Fu et l’avait abandonné. A cause d’eux, le peu qu’elle avait eu dans la vie avait été ruinée. Alors oui, elle haïssait les humains.

Dégoutée par la vie du corps humain, elle se détourna et s’éloigna. Cependant, avant qu’elle ne puisse faire deux pas, un bruit d’éclaboussure suivit immédiatement après par un bruit métallique se fit entendre derrière elle. Incapable de réagir à temps, elle ne put que se retourner avant que son bras droit ne soit capturé par une chaîne dorée qui luisait faiblement dans l’obscurité. Immédiatement, elle sentit ses forces la quitter dans le membre en question. Instinctivement, elle essaya de s’en dégager, mais elle ne pouvait rien faire pour se libérer. Dès qu’elle touchait la chaîne, la partie de son corps en contact perdait toute son énergie, avant de la retrouver lorsque le contact était rompu.

Grimaçant, elle entreprit de reculer, entraînant la chaîne avec elle et, par extension, le corps flottant qui semblait être accroché à l’extrémité opposée. En raison de l’absence de force dans son bras, elle utilisa un arbre à proximité comme d’un levier, déterminée à en finir au plus vite et à se débarrasser de cette nouvelle nuisance. Finalement, après environ une minute entière d’efforts, elle parvint à ramener le cadavre sur la rive. Elle ne quitta jamais des yeux la cause de sa mauvaise humeur de toute la procédure, au cas où un autre événement imprévu se produirait.

Kunaï en main, Fu s’approcha du corps. La chaîne étrange semblait provenir de son dos. Chose étrange, et qui ne manqua pas de l’intriguer, était qu’elle brillait légèrement dans l’obscurité, tout comme les lucioles autour d’eux. Elle l’avait bien sûr déjà remarqué quand la chaîne lui avait attrapé le bras, mais son attention avait alors été sur autre chose. Réduisant prudemment la distance avec le cadavre, elle put désormais mieux l’observer. Il s’agissait d’un garçon. Il tenait fermement dans une main la garde d’une épée dont la lame, qui avait dû être immense, était désormais brisée.

Physiquement, il ne pouvait pas vraiment être considéré comme banal non plus. Il avait trois marques en forme de moustaches sur chaque joue ainsi que des cheveux blonds, quoique partiellement et inégalement teinté de rouge. Il avait une paire d’oreilles de renard sur le sommet de sa tête, ainsi que deux queues de renard, inertes sur le sol, une de chaque côté du mort. L’ensemble de ces attributs vulpins étaient de couleur assortie aux cheveux du garçon, soit d’un magnifique or brillant.

Oh, et sa poitrine montait et descendait irrégulièrement. Il respirait.