Chapitre 9

par jessnal

- Sasuke… répéta Miwa sans pouvoir effectuer le moindre mouvement. Ce fut lui qui dut se retourner et lui faire face. Il ne put s’empêcher de sourire de satisfaction en la découvrant, chancelante, une main sur le cœur.

- Enfin tu trembles devant moi. Lui dit-il simplement d’une voix plate et sombre, mais qui avait un arrière-goût de taquinerie.

Elle était en état de choc, ne réalisant toujours pas que son ami était bel et bien face à elle. Fiction ? Mirage ? Pur délire ? Quelle drogue avait-elle pu inhaler pour la rendre faible au point de voir celui qu’elle considérait comme un frère d’armes, de cœur, et depuis peu de sang ? Elle avança lentement la main vers son épaule pour le saisir par le pull et se cramponner à son bras. À peine ses doigts effleurèrent le tissu que son cœur sembla la lâcher, que toute la force qu’elle avait rassemblée depuis plus d’un an s’évaporait, ne laissant que sa petite âme dans son petit corps, soulagée, rassurée, réconfortée… aucun mot ne serait assez fort pour exprimer ce qu’elle ressentait alors. Elle était sauvée.

- Espèce d’idiot… murmura-t-elle s’accrochant définitivement à lui. Il la soutint alors qu’il la sentait choir. Trop d’émotions ? Elle était soudainement bien pâle…

Kim voulut lui aussi aider la jeune femme. Il ne comprenait pas vraiment la situation. L’étranger l’effrayait mais l’état de Miwaku l’inquiétait davantage. À peine voulut-il faire un pas vers elle que Sasuke leva la main dans sa direction pour le maintenir à l’écart.
- Tout va bien Sasuke, c’est un ami. Soupira la jolie brune en recouvrant ses sens.

L’Uchiha la saisit sous le bras pour lui redonner l’équilibre.
- Tu peux pas t’empêcher d’être malade le jour où on te retrouve ?
Un éclat passa dans les yeux de la jolie brune. Enfin, le feu était rallumé, la vie coulait de nouveau dans son sang et un sourire sincère se dessina sur ses lèvres. Ils étaient là, pour elle. Ils avaient dépassé les frontières du réel pour la retrouver, la ramener. Le cauchemar prenait soudainement fin et il lui sembla qu’elle respirait à nouveau.

En la regardant sourire, Sasuke se félicita d’avoir suivi son instinct et d’avoir forcé la porte d’entrée. Miwaku était telle qu’il l’avait rencontré, belle, solaire… et malade. Il constata alors que sa peau s’assombrissait par endroits, formant de légères ecchymoses. Il soupira.

- Et tu fais chier avec ton chakra de merde.

Il l’entendit rire. Cette petite sœur qu’il avait trouvée savait toujours rire. Et Shikamaru avait préféré fuir ? Quel idiot, quel froussard !

Kim n’osait bouger à nouveau. Il n’arrivait pas à saisir ce qui se déroulait devant lui. Ce Sasuke, quel drôle de nom, était-il une menace ou un ami ? S’agissait-il du prétendu petit-ami de Miwaku ? Quelle attitude devait-il adopter ?

- Qui est avec toi ? Demanda la jeune femme d’une voix presque inaudible à l’Uchiha.

- Naruto et tes deux chiens de garde préférés.

Son cœur se mit à bondir, faisant presque se soulever sa poitrine à chaque pulsation. Pouvait-elle seulement réaliser ? Pouvait-elle seulement y croire pour de vrai ?

~*~

- J’ai renoncé à elle seulement parce que c’était toi !

Les poings serrés et abîmés, Neji faisait face à son compagnon. Ils s’étaient battus auparavant, mais jamais avec une telle violence. C’était en partie parce que Shikamaru ne s’était jamais senti aussi faible et que Neji n’avait jamais ressenti autant de rage à son encontre. Comment pouvait-il s’arrêter là ? Cela le dépassait.

- Tu abandonnes maintenant ? Alors qu’elle est à quelques pas de toi ? Et tu prétends l’aimer ?

Shikamaru se redressa et menaça son coéquipier d’un kunaï qu’il tenait caché dans une des poches de son baggy. Sa détresse était démesurée… Il avait la sensation de perdre Miwaku une deuxième fois et définitivement. Malheureusement, la douleur qui l’imprégnait l’empêchait de réfléchir et le faisait se battre aveuglement et Neji gardait donc un certain avantage. Le Hyuuga l’immobilisa sans mal, son hake le bloquant face contre terre.

- Tu es juste mort de peur. Lâcha dédaigneusement le jeune homme aux yeux pâles. Tu es tellement effrayé de ne plus avoir de place dans son cœur que tu fuis lâchement. Je ne peux pas te laisser avoir cette attitude. Je ne peux pas te laisser partir, pour elle. Parce que je me suis promis de la rendre heureuse quoiqu’il arrive et que j’ai compris que son bonheur ne pouvait s’accomplir que tant que tu serais près d’elle…
Sa voix avait soudainement pris un ton bien triste. Il lâcha son emprise et recula de quelques pas.

- Redresse-toi, Shikamaru Nara ! Cria-t-il à son ami, toujours étendu au sol.

~*~

Aki était restée immobile en pleine rue. La pluie s’abattait violemment sur elle et ne la faisait pas fléchir. Elle avait peur de s’effondrer si elle effectuait le moindre mouvement, le moindre petit geste. Elle regardait simplement droit devant elle, le regard vide, comptant les battements douloureux de son cœur, luttant contre ce mal logé au fond de sa gorge.
Elle avait tout perdu. Elle n’avait rien pu dire, rien pu faire… et les shinobis l’avaient toisée avec tant de mépris qu’elle était certaine de ne jamais se remettre de leurs regards. Surtout du sien. Les yeux nacrés de Neji avaient reflété tant de dégoût pour sa personne qu’ils l’avaient transpercée jusqu’à la moelle.

Sa respiration saccadée commença à la ranimer et elle cligna des paupières. Shikamaru s’était mépris. Il avait dû la surprendre avec Kim. Quelle idiote elle faisait ! Elle serra tellement les poings que ses ongles se plantèrent dans la paume de ses mains.
Elle ne pouvait pas ignorer ce qu’il se passait, elle devait arranger les choses d’une manière ou d’une autre, avertir Miwa de leur présence ! Mais comment faire ? Chaque fois qu’elle essayait d’en parler, les mots restaient bloqués dans sa gorge. Quelque chose l’empêchait de prononcer la moindre parole et semblait lui arracher une part d’elle-même.

De longues minutes s’étaient écoulées depuis que les shinobis l’avaient quittée et elle se reprit enfin. Elle s’élança à toute vitesse, trébuchant parfois afin de retrouver Miwaku. Elle devait tout tenter pour réparer sa terrible erreur. Et tant pis si cela lui arrachait la gorge de lui dire la vérité, tant pis si elle devait en souffrir et si Miwa refusait de lui pardonner.

Elle trébucha pour de bon et s’affala de tout son long dans une immense flaque d’eau. Les genoux écorchés, légèrement assommée, elle jura de désespoir lorsqu’une main inattendue apparut devant ses yeux.

Naruto se tenait devant elle, un franc sourire sur les lèvres et lui proposait son soutien. Perdue, elle saisit la main ouverte et se remit sur pied.

~*~

Miwa n’osait se décrocher de Sasuke. Elle avait trop peur qu’il disparaisse.

En retrait, Kim se massait douloureusement les tempes. L’étranger examinait le corps de son amie, tel un médecin en quête de maux.

En effet la peau de la jeune femme bleuissait par endroits. Mais rien ne semblait perturber la flamme de vie qui brûlait dans ses yeux. Rien ne ternissait son regard, non, rien ne pouvait atteindre son cœur présentement. En un éclair, le ténébreux avait rechargé les batteries de la belle, par il ne savait quelle magie.

L’Uchiha effleura un hématome maintenant nettement visible sur l’avant bras de Miwaku, une ride soucieuse apparaissant sur son front.

- Ne commence pas à vouloir jouer au docteur. Sourit doucement la brune. Il faut que tu m’expliques…

Un peu brusque, Sasuke attrapa le bras de celle qu’il considérait comme sa sœur et le pressa légèrement. Cette dernière ne put retenir un gémissement de douleur.

Hors de lui, ne comprenant pas cette violence soudaine, Kim voulut se ruer une nouvelle fois vers son amie. Vainement bien sûr. Car il n’eut pas le temps de faire un pas qu’il se trouvait déjà à plusieurs centimètres du sol, l’Uchiha le suspendant à bout de son bras libre par le col.

- Sasuke ! Intervint la jeune femme en voulant faire redescendre le pauvre Kim qui luttait. Lâche-le tout de suite !

Il eut un soupire méprisant et le laissa tomber à genoux devant lui.

- Qu’est-ce qu’il te prend ? S’indigna-t-elle en secourant le pauvre impuissant.

- C’est qui lui ?

Miwa leva les yeux au ciel. Sasuke n’était pas réputé pour sa délicatesse.

- T’es sourd ou quoi ? Kim est un ami !
Miwaku aida l’ami en question à se remettre sur pieds en grimaçant elle-même de douleur. Elle le tourna vers elle, le regardant fixement dans les yeux.

- Pardonne-moi. L’implora-t-elle le plus sérieusement du monde.

- Qu’est-ce que…

Mais il n’eut pas le temps de l’interroger davantage, il s’écroula dans ses bras. Elle avait été assez maline pour l’assommer à son insu. Il ne pouvait pas assister d’avantage à cette scène. Le pauvre allait être suffisamment traumatisé.
- Kim, siffla l’Uchiha avec tout le mépris dont il était capable. Tu n’as pas plus d’affinité avec ce type ?
Elle lui jeta un regard las.

- Je ne sais pas ce qui se trouve être le plus vain. Te laisser avoir de tels soupçons ou me justifier inutilement…

Il retrouva son regard froid et apaisé, la colère avait disparu de ses yeux. Elle s’amusa de son comportement, tout en tirant le coréen dans le salon pour l’allonger sur le canapé.

- Tu nous fais quoi là ? Le grand frère protecteur ? En quoi ça te regarde pour commencer ?

- Moi ? Tiqua-t-il agacé, en rien. Tu fais ce que tu veux avec qui tu veux. C’est pas à moi qu’il pose problème…

La jeune femme arqua un sourcil tandis qu’elle installait le jeune homme inconscient.
- Qu’est-ce que tu veux dire ? Demanda la jolie brune en se redressant douloureusement.
- Il l’a vu et il est parti. Vexé.

Miwaku porta sa main à son front en souriant nerveusement.

- Quel imbécile…

- Y’a pas de quoi en rire. Il était fou de jalousie.

Le visage de la jolie brune prit une douce expression… ses pensées vagabondèrent. Il avait été si près d’elle et avait fui… le crétin ! Comment pouvait-on avoir un QI cent fois plus élevé que la moyenne et penser qu’elle l’avait oublié ?
Devinant son empressement à aller le retrouver, Sasuke prit les devant. Elle était déjà en condition de faiblesse. Il devait reformer le sceau sans tarder et lui éviter plus de brûlures sur sa peau de plus en plus bleue.

- Laisse-moi vérifier l’état de ton sceau et après on ira le voir.
Elle se planta devant lui, déterminée comme au premier jour.

- Je ne peux pas attendre, Sasuke.

Il plongea ses yeux sombres dans les siens, l’intimidant presque.

- C’est moi qui décide.

- Je ne crois pas, non. S’entêta-t-elle en soutenant son regard.

- Tss… T’as pas changé. Toujours aussi stupide.

- Il paraît que c’est de famille. Répliqua-t-elle.

Les mains sur les hanches, elle se hissa sur la pointe des pieds pour se mettre à sa hauteur. Elle n’était pas particulièrement petite, mais elle n’atteignait pas le bon mètre quatre vingt de l’Uchiha.
Ce dernier ne put s’empêcher de sourire. Qu’essayait-elle de faire ? De l’intimider ? C’était peine perdue. Pour commencer, elle était trop maigre, ça ne collait pas avec la Miwaku dont les formes étaient devenues aussi légendaires que la poitrine de Tsunade. Cela lui donnait l’air faible. Et puis, elle n’était pas franchement convaincante avec autant d’étoiles dans les yeux, il n’y avait aucune trace de colère… juste une profonde impatience, une excitation particulière… pour une chose dont elle n’osait plus rêver quelques minutes plus tôt.

La faire attendre davantage était cruel. Mais la laisser crapahuter avec les blessures qui apparaissaient sur sa belle peau dorée était de l’inconscience pure et simple. Comment la dissuader tout en faisant croire que la bonne idée viendrait d’elle ?

- D’accord. Feignit-il tandis qu’un immense sourire naissait sur le visage de Miwa. À peine avait-elle commencé à l’esquisser qu’il regretta de se jouer d’elle.

- Où est-il allé ?

- J’en sais rien.

- Tu n’as pas une idée ? Une piste ? Vous n’avez pas une sorte de planque ou de point de rendez-vous ?

- Non.

- Menteur ! Sasuke dis-moi ou il est allé ! S’impatienta la jeune femme.

- J’en sais rien ! Mentit-il à nouveau.

Il fit mine de réfléchir quelques secondes.

- Naruto pourrait le retrouver facilement grâce au mode Sennin.

Le cœur de Miwaku bondit soudainement lorsque l’idée de retrouver son tout premier ami à Konoha. Naruto était une sorte de pile électrique… Lorsque la jauge d’énergie était au plus bas, il avait le don de la recharger en un sourire. Sa présence suffisait pour rendre le monde autour de lui heureux. Il émanait la joie de vivre, le bonheur dans toute sa simplicité. Naruto et sa maladresse légendaire, sa loyauté à toute épreuve, sa naïveté quant à l’être humain, sa confiance absolue… Oui, Naruto était Naruto. Elle avait plus que hâte de le retrouver.

- Quant à l’autre… poursuivit Sasuke sur un ton faussement méprisable, il pourrait servir aussi.

La jeune femme devina aussitôt qu’il parlait de Neji. Visiblement, ces deux là n’avaient toujours pas résolu leurs conflits. Elle inspira doucement, comme pour laisser le temps à son esprit lors d’une courte respiration de vagabonder un peu. Jamais elle n’oublierait l’aube qui lui avait amené le plus doué des Senseï, le plus fidèle des protecteurs et le meilleur des amis. Un soleil pâle s’était levé, étendant ses rayons sur un vieux terrain en bordure de Konoha. Doucement le village sortait de l’obscurité, la nuit était chassée seconde après seconde. À contrejour, deux yeux pâles s’étaient posés sur elle avec une arrogance qui lui avait glacé le sang. Le Hyuuga avait pris un malin plaisir à la torturer. Mais au fil des jours, à force de s’accrocher, elle avait réussi à trouver une faille dans son armure, s’invitant dans son cœur, découvrant un jeune homme empli d’amour. S’attacher à lui avait été si naturel, elle n’avait rien contrôlé. Il avait été son repère, sa seule compagnie, son modèle durant toute sa formation de kunoïchi. Si l’occasion se présentait, elle donnerait sa vie pour lui.
- Ok, se calma la jeune femme, ou êtes-vous supposés vous retrouver ?

- Ici.

Vaincue. À peine s’étaient-ils retrouvés qu’il s’amusait déjà à la taquiner, à prendre le dessus. Lutte fraternelle infernale, complicité sans égal… Voilà comment résumer la relation que les deux jeunes gens entretenaient. Elle lui jeta un regard lourd de reproches tandis qu’il afficha un sourire plus que satisfait.

- Maintenant, montre-moi ce qu’il reste de ton sceau.

~*~

Assise sur le même lit dans lequel elle et Neji s’était aimé si fort plus tôt dans la journée, Aki fixait le sol, vide, perdue, incroyablement seule. Non loin d’elle, Naruto dessinait d’étranges symboles à même le sol. Mais elle n’y prêtait que peu attention. Elle avait entendu de vagues paroles telles que « scellement », « libération »… mais elle n’y pensait déjà plus. Son esprit était envahi par une émotion bien plus prenante, bien plus pesante. La culpabilité qui émanait d’elle était palpable, respirable, presque toxique pour le ninja blond non loin d’elle. Il jeta un œil derrière son épaule pour constater les larmes qui ravageaient le visage de la jeune femme, laissant couler son maquillage sombre le long de ses joues. Larmes silencieuses, mais ô combien douloureuses. Naruto ignorait ce que l’on pouvait ressentir lorsque l’on avait trahi un ami. Il ne l’avait jamais fait. La seule idée lui donnait le vertige. Mais la coupable ignorait encore que ce qui l’avait poussée à agir de la sorte avait été plus fort que sa seule volonté. C’était le poids qu’il voulait lui enlever.

Il lui tendit à nouveau la main, un sourire bienveillant au coin des lèvres. Elle la prit, machinalement, automate, corps dénué d’âme et se laissa guidé au centre d’un cercle. Un peu brute, le jeune renard lui saisit les mains pour y tracer des kanji qu’elle ne pouvait ni identifier, ni lire. Comme elle fixait toujours le sol il lui releva la tête en la saisissant par le menton. Son regard azur lui fit soudainement se rendre compte que non, elle n’était pas si seule et que quelqu’un se démenait pour l’aider. Avait-elle été toujours si égoïste ? Centrée sur elle-même ? Elle ne se souvenait plus… Elle avait eut tort de croire qu’elle était essentielle au bonheur de Miwaku. C’était Miwaku qui l’était pour elle. Arrachée à son amie par la plus perfide des trahisons, elle n’avait plus la sensation d’exister, il lui sembla qu’une part d’elle s’était partiellement détachée de son corps, mais tenait encore par on ne sait quel artifice, juste un peu, en équilibre, tenue par un fil fin et solide à la fois.

- Sais-tu ce que je prépare ?

Comme une enfant, Aki hôcha négativement la tête, l’observant de ses jolies yeux noisettes, qui même inondés de larmes, gardaient tout leur charme.

- Laisse-moi te raconter l’histoire des lignées maudites du Rikudô Sennin…

 

~*~