Chapitre 7

par jessnal

Sasuke arpentait les ruelles sombres avec l’allure d’un chat de gouttière. Il ne marchait pas, il glissait comme une ombre sur les pavés. Derrière lui, les pas de Naruto plus lourds et moins gracieux raisonnaient à cette heure tardive. Ce coin-là de Paris dormait et ce n’était pas désagréable de profiter d’un peu de calme.

L’ex-jinchuriki n’osait adresser la parole à son coéquipier et meilleur ami de peur de troubler ses pensées. Naruto et Sasuke avaient la faculté de se comprendre mieux que quiconque et ce grâce aux épreuves qu’ils avaient traversées. Leur relation était passée par bien des statuts : rivalité, amitié, fraternité, haine, trahison, rivalité à nouveau, amitié, fraternité… Comment cela avait-il pu être possible ? Le destin, répondraient-ils. Mais ce dont ils étaient certains, c’était que la roue avait cessé de tourner et que plus rien ne leur nuirait plus jamais.

Et Naruto savait cette nuit-là que Sasuke avait besoin d’être seul. Il savait quelle peur étreignait son cœur et de quel manque il souffrait.

Pour Sasuke, participer à la mission de sauvetage de sa nouvelle sœur avait été une évidence. Miwaku avait tant fait pour lui, pour Sakura… Et bien qu’il détestait avouer qu’il nouait des liens avec qui que ce soit, il aimait sincèrement la jolie brune. Jamais il n’aurait pu se pardonner de vivre sans avoir tout tenté pour la ramener. Et Sakura avait accepté son départ sans protester. Car la jeune femme savait elle aussi qu’elle devait son bonheur présent grâce à la détermination de son amie.

Accepter le danger et la séparation n’avait pas été le problème majeur pour le jeune couple. Le réel souci était survenu sans prévenir, arrondissant jour après jour le ventre de la rose, faisant pousser des cheveux blancs au ténébreux.

Lorsque Sakura lui avait annoncé sa grossesse, Sasuke avait eu la sensation que quelque chose de nouveau se matérialisait dans ses entrailles. Comme si son cœur avait soudainement doublé de volume pour y insérer un nouvel amour, une nouvelle fierté, mais aussi de nouvelles craintes.

Si cet enfant était ardemment désiré, il ne pouvait s’empêcher d’éprouver une réelle frayeur quant aux menaces qui le guettaient déjà. Il y avait une forte probabilité qu’il hérite du sharingan, pouvoir tant redouté et convoité.
Il se réveillait chaque nuit en sursaut, émergeant d’affreux cauchemars dans lesquels il retrouvait sa jeune épouse éventrée. Il redoutait plus que tout que l’on ne s’en prenne au fœtus tant qu’il était vulnérable et tant qu’il n’était pas là pour veiller sur Sakura.

Si il devait arriver quoi que ce soit à sa femme ou à l’enfant à naître, Sasuke ne répondrait plus de rien. Déjà, dans cette ruelle, il serrait violemment ses poings en pensant que quelqu’un puisse les atteindre et une aura meurtrière presque palpable se matérialisait autour de lui.

Naruto pressa le pas pour marcher auprès de son meilleur ami et déposa une main réconfortante sur son épaule.

L’onyx rencontra l’azur et en un éclair, il sentit une dose de réconfort infiltrer son corps et détendre ses muscles. Il repoussa la main de son compagnon dans un soupir las.

Naruto avait, avant leur départ, chargé plusieurs de leurs amis de veiller sur la rose et le ‘petit machin’ comme il s’amusait à l’appeler. Si Sasuke avait trouvé une sœur en Miwaku, Naruto lui était son petit frère. Et il lui tardait de réunir sa famille au complet à Konoha.

~*~

Perché au sommet d‘un lampadaire en position accroupie, un jeune homme jetait au loin son mégot consumé. Après un bref regard au travers des vitres sales de l’appartement qu’il était censé inspecter, il soupira et se laissa tomber de son perchoir. Il glissa ses mains dans ses poches et s’enquit de rentrer. Toutes les adresses visitées s’étaient révélées inexactes. Il n’y avait nulle trace de Miwaku.

Il leva lentement les yeux vers le ciel qui ne lui offrit pas le réconfort qu’il cherchait. La nuit était bien présente, mais aucune étoile ne brillait. Un violent frisson s’empara de son corps, réveillant le mal qu’il essayait d’enfouir au fond de lui. Chaque fois qu’il se retrouvait seul, la douleur s’emparait de son âme, de son corps, dévorant toute sa sensibilité, le rendant alors si vulnérable.

Il frappa impulsivement un mur de pierre de son poing et fut contraint de cesser sa marche. Lorsque le manque d’elle surgissait, il était inutile de lutter davantage. Il s’appuya sur cette même paroi et se laissa glisser jusqu’au sol. Comme un enfant abandonné, il cacha son visage dans ses mains et réprima tant bien que mal les larmes qui tentaient de s’échapper de ses yeux noirs. Il mordit un instant son poing pour évacuer la détresse.

- Putain… mais t’es où bordel…

Ses jurons s’étouffèrent dans la nuit parisienne…

Il lutta pour se remettre sur pieds et expulser le désespoir qui tentait de le ronger. Il ne pouvait se laisser assaillir de la sorte, mais ces émotions-là étaient bien plus fortes que lui. Cette dépendance absolue à Miwaku n’était comparable à aucune autre et s’il avait dû décrire cette sensation, il n’aurait certainement trouvé aucun mot. Être loin d’elle se résumait à de la survie. Il n’existait tout simplement pas sans elle.

~*~

Après un bref regard dans le miroir, Miwaku replaça une mèche fugueuse derrière son oreille et sortit de la salle de bain. À peine sentit-il la douce odeur de miel et de cannelle que la jeune femme embaumait que Kim se retourna vivement, abandonnant le jeu vidéo sur lequel il s’acharnait depuis plus d’une heure. La jolie brune prit place sur le canapé, en veillant toujours à garder ses distances avec ce pervers fini. Il ne l’avait toujours pas lâchée du regard et savait que cela l’embarrassait. Il ignorait d’ailleurs pourquoi la taquiner était si plaisant.

- Quoi ? Tiqua alors la jeune femme, agacée par cette insistance.

- Rien. Tu sens bon.

Elle soupira et voulu se lever. Il saisit aussitôt sa main pour lui intimer de rester.

- Pardon, je ne voulais pas t’embarrasser.

Le sourire faussement innocent qu’il affichait lui fit lever les yeux au ciel. Il mentait de toute évidence. Il lui tendit alors une manette de la console à laquelle il jouait quelques minutes plus tôt.

- Tiens, si tu veux te venger, cogne-moi avec ça.

Miwaku aimait les défis et si elle n’avait que cette manière de le frapper, alors d’accord.

Dès la première partie, ses sens aiguisés lui vinrent en aide et la firent gagner haut la main. Le jeune homme offusqué redoubla de tactiques pour venir à bout de son adversaire, mais en vain.

- Je vais te pourrir ! Grinça-t-il, mauvais perdant et s’acharnant sur sa manette.

- C’est ça. Ricana la jeune femme.

Au bout d’une heure, il se lassa profondément de perdre. Mais Miwaku prenait tellement de plaisir à lui mettre une raclée qu’il n’osa pas mettre fin au jeu.

- J’ai gagné ! Cria à nouveau la jolie brune à la fin d’une énième partie.

À bout, il voulut lui arracher la manette des mains, mais elle se débattit. À force de tirer dessus, Miwa laissa s’échapper un peu de sa force de kunoïchi et attira involontairement le jeune homme contre elle. En le voyant s’approcher, elle se recula instinctivement et tomba à la renverse.

Sans trop comprendre comment ils en étaient arrivés là, elle se retrouva coincée sous son corps, leurs visages bien trop proches. Elle distingua le sourire moqueur de Kim, avant que ce dernier ne plonge lentement vers le creux de son oreille.

- Quelle étrange situation… lui murmura-t-il suavement.

Elle voulut se soustraire de cette position inconfortable et c’est ce moment précis que le jeune homme choisit pour poser ses lèvres sur sa peau. L’étrange baiser lui arracha un frisson désagréable, réveillant en elle une sensation déroutante mais également écœurante. Si une vague de chaleur l’envahit, ce n’était en aucun cas du plaisir. Plutôt de la colère, du mépris quant à ce contact qui était réservé à un autre… et pourtant, il y avait quelque chose de plaisant à cela. Les lèvres pourtant parfaites de Kim embrassaient son cou, c’était doux, il savait s’y prendre, mais cela lui refilait la nausée.

Cette approche de la part de Kim rappela à Miwaku ce qu’elle savait déjà. Jamais elle ne pourrait appartenir à quelqu’un d’autre que lui. Jamais elle ne pourrait consentir à ce qu’un autre la touche. En fermant les yeux, son visage se dessina dans son esprit, son demi-sourire moqueur lui apparut, son regard la percuta. Elle voulut prononcer son nom pour l’appeler, pour le supplier de venir la libérer, mais comme toujours, il resta bloqué dans sa gorge, imprononçable.

Kim, quant à lui, respirait le doux parfum de la jeune femme. Sa peau sucrée électrisa ses sens et fit monter en lui une vague de désir. Comment résister et se refuser le caprice d’embrasser Miwaku. Il poursuivit l’ascension de ses baisers, partant de son cou pour remonter jusqu’à sa mâchoire, lorsqu’il remarqua que l’épiderme de la belle était soudainement devenue humide et salée. Il sursauta et s’écarta pour constater qu’elle avait rabattu son bras sur ses yeux et que des larmes ruisselaient sur son visage. Elle se mordait la lèvre inférieure pour ne pas crier de désespoir.

- Miwaku ?

Paniqué, il crut qu’il était à l’origine des pleurs de sa nouvelle amie et se sépara d’elle.

- Pardon… Miwa ? Ça va ? Je suis désolé…

Elle éclata pour de bon en sanglots, ce qui le désempara davantage. Maladroitement, il redressa le petit corps tremblant et le prit dans ses bras.

- Je ne voulais pas te faire pleurer…

- Ce… ce n’est pas ta faute…

Kim passait souvent pour un beau parleur un peu idiot. Mais en cet instant, il comprit que Miwaku était rongé par un mal qui le dépassait.

- Encore cette question de fidélité ?

Comme elle ne répondit pas, il sût qu’il avait vu juste.

Blottie contre lui, Miwaku se laissait aller à cette étreinte qui n’avait plus aucune mauvaise intention, si ce n’est celle de la réconforter.

- Il a beaucoup de chance… souffla Kim à l’oreille de son amie.

Il vit un sourire s’esquisser sur ses lèvres et cela le rassura.

- Mais ce salop ne perd rien pour attendre. Je suis vraiment jaloux, j’étais à deux doigts de conclure là !

Elle eut un petit rire entre deux pleurs qui le soulagea. Lorsqu’Aki lui avait proposé de séduire Miwaku, il n’avait pas hésité. La jeune femme était ravissante. Mais jamais il n’aurait pensé qu’au-delà de sa beauté, elle aurait pu être si adorable, si attachante. Plus que de s’adonner aux plaisirs charnels avec elle, il avait envie de jouer, de rire, de partager certaine choses. Lier les deux ne lui aurait pas déplu, mais si cela devait nuire à son sourire, il y renonçait.

~*~

Neji et Aki se toisaient d’un air mauvais dans la petite chambre de l’auberge de jeunesse. La pluie battait à tout rompre contre les vitres de l’unique fenêtre, brisant le silence pesant qui régnait entre eux. La petite fée se demandait bien pourquoi elle était revenue… et cette fois, elle ne pouvait pas s’excuser et mettre ses maudites pulsions responsables. Elle avait agi de son propre gré, elle avait simplement eu envie de revenir. Ses pupilles noisettes et malicieuses mettaient au défi les nacrées du jeune Hyuuga qui ne la supportait décidemment pas.

Voilà plus d’une heure qu’ils vociféraient, se jetant des injures plus humiliantes les unes que les autres ; Neji avec subtilité, Aki avec grossièreté.

Étrangement, cette méfiance réciproque et cette compétition à celui qui aimait le plus Miwaku les rassurait et leur faisait un bien fou. Sous les allures de guerre qu’avaient la plupart de leurs conversations se cachait une grande compréhension.

- Arrête de geindre ! Tu es venue pour nous aider alors agis !

- Va te faire voir.

Il ignorait ce qui le retenait de l’étrangler pour de bon.

- Tu sais ce qui te fait si mal, Aki ? C’est de savoir que ce dont Miwaku a le plus besoin en ce moment, ce n’est pas de te retrouver toi… mais de le retrouver lui.

Touché. Elle le fusilla du regard.

- Et toi ?

- Je m’y suis fait. Mais toi tu es faible.

Prise d’une rage incontrôlable, elle leva la main vers lui pour le gifler. Main arrêtée bien avant qu’elle ne l’atteigne.

- Lâche-moi, connard !

- Non. La défia-t-il en plantant ses yeux pâles mais déterminés dans ceux la petite fée.

- A quoi tu joues ? S’énerva-t-elle en tirant sur son poignet pour le libérer. Mais la pression des longs doigts blancs de Neji était trop forte et refusait d’affranchir sa captive. Lasse de se débattre, Aki, plus provocatrice que jamais avança d’un pas, réduisant considérablement la distance entre leurs deux corps et tout en arquant un sourcil, le menaça en collant son front contre celui du jeune Hyuuga. Il ne put retenir un rire méprisant devant la provocation.

- Tu es stupide !

- Et toi complètement arrogant !

Le souffle glacé du jeune homme vint se mêler au sien, faisant palpiter son cœur d’une étrange façon. Elle leva à nouveau le poing pour le frapper et cette fois, il ne l’arrêta pas. Elle dut elle-même contrôler son geste et s’arrêter à proximité de son visage pour ne pas le heurter. Il avait gagné. Elle avait été incapable de le blesser… et cela même si elle savait que son coup ne lui aurait pas fait grand-chose.

Il y avait quelque chose de particulièrement troublant en Aki. Et Neji ne savait définir d’où il venait exactement. Était-ce dû à la bizarrerie de son look et à ses piercings ? Était-ce ses grands yeux noisette pleins de vie ? Ou alors ses jolies lèvres framboise au sourire malicieux qui contrastaient tant avec sa belle peau blanche… il l’ignorait. D’ailleurs, il ne comprenait pas vraiment pourquoi plus que n’importe qui dans ce monde ou dans l’autre, elle l’insupportait. Ni pourquoi d’ailleurs elle représentait une telle source de mystère. Troublante Aki, insupportable Aki, fascinante Aki… Il avait envie de la mettre en pièces.

Depuis son apparition de ce restaurant malodorant et bondé il n’avait cessé de voir son petit visage mutin lui apparaître en rêve, faisant disparaître ceux qu’il chérissait jusqu’alors. La fée le faisait douter de tout et était capable de réveiller d’anciennes colères. Face à elle, il avait la sensation qu’il avait quelque chose à prouver.

Nez contre nez, la fée sentait le souffle méfiant et glacial du Hyuuga contre son visage. Neji était d’une beauté parfaite, angélique et ses yeux pâles l’ensorcelaient entièrement. Se retrouver si proche d’un idéal s’arrêtait au domaine du rêve, du délire… Elle se mordit la lèvre lorsqu’elle fut saisie par l’irrépressible envie de goûter à ses lèvres.

En voyant la petite bouche framboise de la jeune femme se tordre, Neji recula d’un pas, se retrouvant alors au bord de l’un des lits superposés.

Aki ne put s’empêcher de sourire en le voyant mettre de la distance entre leurs deux corps.

- Tu as peur, Neji Hyuuga ? Ricana-t-elle d’une voix si légère qu’on eu dit le tintement d’une clochette.
Elle se colla à lui sans lâcher son regard de marbre. Elle dut se hisser sur la pointe des pieds pour à nouveau coller son front au sien. Elle sentit à nouveau le souffle du jeune homme se mêler au sien, exaltant ses sens.

- A quoi tu joues ?

Doucement, elle rapprocha ses lèvres des siennes, les frôlant seulement. Elle sentit le corps du jeune homme fondre au contact du sien et la satisfaction qu’elle en ressentit ne l’électrisa que davantage.

- Avoue que tu n’as jamais embrassé une nana de ce monde. Fais pas ton difficile. Souffla-t-elle à son oreille en posant ses mains sur son torse.

Il recula son visage de celui de la jeune femme pour plonger son regard dans le sien, cherchant le défi. Mais ce qu’il y trouva le paralysa un bref instant. Les yeux d’Aki ne le provoquaient plus. Ses lèvres ne se tordaient plus pour se moquer. Aki s’offrait, vulnérable. Alors il ne tint pas et l’attira à lui.

~*~

Aki contemplait le visage angélique du jeune Hyuuga endormi face à elle. Elle passa ses doigts sur le sceau maudit qu’il avait sur le front avec douceur, se perdant par la suite dans ses longs cheveux bruns. Jamais elle n’avait connu plus belle étreinte, plus doux moment. Les mains de Neji l’avaient comblée au-delà de ses espérances. Et c’est avec une tendresse infinie qu’après l’amour, il avait recouvert son petit corps de ses bras puissants et l’avait presque obligée à prendre repos contre lui. Elle se croyait égarée dans le plus merveilleux des rêves et souhaitait que rien ne brise ce moment. Et pourtant… seule sa culpabilité l’empêchait de savourer la magie de l’instant. Il lui semblait que des milliers de lames lui traversaient le cœur. Mentir au sujet de Miwaku avait été stupide. La garder près d’elle était une nécessité, mais la priver de bonheur était si cruel. Et dire qu’elle essayait de la jeter dans les bras de Kim alors que celui qu’elle aimait remuait ciel et terre pour la retrouver. Elle avait envie d’hurler à Neji où se trouvait son amie, de lui avouer combien elle avait été égoïste et manipulatrice. Mais l’aurait-il serrée si fort s’il avait su ? L’aurait-il seulement désirée ? Non, certainement pas.

Elle se détacha de son amant en essayant de ne pas troubler son sommeil. Mais ce fut vain car déjà, les yeux laiteux du jeune homme l’épiaient. Il referma son bras autour de sa taille.

- Alors tu es du genre à fuir ?

Prisonnière, elle se rallongea à ses côtés et colla son visage au sien.

- Qu’est-ce qu’on a fait ?

- Faut-il que je te fasse un dessin ?

Elle sourit brièvement avant de reprendre son sérieux.

- Il faut que je parte…

Il hocha simplement la tête et la libéra pour de bon. Elle se rhabilla avec lenteur, sous l’œil scrutateur du jeune homme, la faisant rougir.

- Neji ?

- Hum ?

- Est-ce que cela signifie… quelque chose pour toi ?

Le jeune homme se redressa devant l’embarras de son amante. Lorsque le masque de fer d’Aki tombait, elle était vraiment adorable… et le rose aux joues lui allait plutôt bien.

- Ne le prend pas mal, mais j’ai agi sur une simple pulsion. L’expérience que nous avons vécue était plaisante, réellement, mais il n’est pas question que nous formions une sorte de couple. Tôt ou tard je rentrerai chez moi. De plus…

Il se tut et détourna le regard, comme si la véritable raison de ce refus restait coincé au fond de sa gorge malgré ses efforts, tout comme cet amour insensé pour elle restait attaché à son cœur et refusait de le quitter.

- De plus tu l’aimes. Finit Aki d’une voix pâle.

- C’est pour cela qu’il n’y aura jamais d’amour possible entre toi et moi.

Les mots étaient durs, mais réels. Il lui tendit une main qu’elle prit fébrilement. Il l’attira une nouvelle fois à lui, enfouissant son visage dans ses courts cheveux châtains. Son attitude était contraire aux paroles qu’il venait de prononcer, mais Aki le comprit, car s’il lui avait posé la question, elle aurait répondu la même chose. Une force indéfinissable les avait poussés à s’unir pour un court moment, attraction incontrôlable les saisissant de toutes parts. Et ne répondant de rien l’un envers l’autre, ils s’étaient laissé aller à cette passion qui devrait prendre fin au moment même où elle passerait la porte. C’était en partie pour cela que Neji humait le doux parfum fruité de la jeune femme, profitant de cette ivresse jusqu’au dernier instant. La petite fée prit le visage de son amant à deux mains et s’autorisa une dernière fois de goûter à sa bouche avant de s’en séparer à regret et de quitter la pièce sans se retourner.

Elle ne tarda pas à mettre ses écouteurs, cherchant un peu de réconfort dans le métal, vainement… puisqu’aucune mélodie ne pourrait la satisfaire autant que cet après-midi magique qui devait demeurer unique.

~*~

Shikamaru s’engouffra par la fenêtre de l’auberge et prit aussitôt place sur son lit, sans se soucier un seul instant du jeune Hyuuga torse nu et entremêlé dans ses draps.

- Tu ne me poses pas de questions ?

- Je m’en fous, c’est ta vie privée.

Cela avait le mérite d’être clair et appréciable.

L’ananas se dressa sur un coude et observa son compagnon d’armes avec un nouvel intérêt.

- Tu lui fais confiance ?

- J’en sais rien, répondit Neji sur un ton faussement désintéressé. Il ne mentait pas d’ailleurs. Au-delà de l’attraction surréaliste qu’il avait ressentie à l’égard d’Aki, du plaisir charnel et de cette fascination pour son étrange caractère, il ignorait si vraiment, il pouvait lui faire confiance. Jamais il n’avait ressenti ça pour quiconque. Être capable de donner sa vie pour quelqu’un mais ignorer si lui confier la nôtre serait raisonnable.

- J’ai parfois l’impression qu’elle aime Miwaku autant que nous et je me demande si elle ne se sert pas simplement de nous pour la retrouver et après nous jouer un sale tour. Mais elle semble différente des autres individus de ce monde alors peut-être que je devrais la juger différemment de ceux que l’on croise chaque jour.

Shikamaru eut un sourire triomphant.

- C’est-à-dire ?

- Si tu me disais plutôt à quoi tu penses ? Soupira le jeune Hyuuga en levant les yeux au ciel.

Il se redressa sur un coude et commença à jouer avec son briquet comme si ce qu’il allait dire n’avait absolument aucune importance.

- Tu as mis le doigt dessus, elle semble différente des autres.

- Et qu’est-ce que tu sous-entends ? S’impatienta Neji en élevant la voix.

Shikamaru lança nonchalamment son briquet en l’air pour le rattraper d’un mouvement vif.

- N’as-tu rien remarqué avec la population de ce monde ? Ils n’émanent rien. Nous ne ressentons rien en leur présence.

Neji sursauta. Pourquoi ne l’avait-il pas remarqué auparavant ? Il était vrai que les parisiens lui semblaient vides, dénués d’énergie, de chakra. Ils ressentaient leur présence comme on ressent la présence d’un arbre, d’une plante… mais pas comme un être pleinement vivant. Or, il pouvait ressentir celle de Miwaku sans difficulté. Et, aussi dingue que cela pouvait paraître, Aki « émanait » elle aussi.

- J’ai eu, poursuivit-il, comme tu le sais le loisir de lire le manuscrit du sage avant que… Miwa ne… disparaisse. En parler était toujours trop dur, il marqua une courte pause avant de reprendre.

- Il y avait une page dans laquelle le sage s’adressait à son unique fille au sujet des nombreux prétendants qu’elle avait, il parle d’un pouvoir d’attraction redoutable. Il mentionne le nom d’un clan spécialement entrainé pour veiller à sa protection et repousser ses éventuels amants.

Neji arqua un sourcil, le visage soucieux.

- Et tu penses que ses frères auraient envoyé l’un des membres de ce clan dans ce monde afin de l’empêcher d’avoir une descendance ?

- Ca se tient. Mais plutôt pour éviter que l’un de ses foutus prétendants ne trouve le moyen de traverser la barrière des deux mondes pour la ramener.

Le visage d’Aki apparut au jeune Hyuuga et ses doigts se crispèrent sur les draps froissés par leur étreinte.

- Tu suspectes Aki de porter en elle le sang de ce fameux clan et donc cette mission de toujours protéger la dernière fille ?

Shikamaru hocha simplement la tête et s’allongea sur son lit l’air pensif.

- Penser que la mission se soit perpétuée au fil des siècles est un peu dingue, je sais. Quoi qu’il en soit, Aki n’est pas entièrement de ce monde, elle l’ignore sans doute mais mieux vaut rester prudents.

Il se redressa subitement, ce qui surprit le jeune Hyuga. Une telle vivacité ne faisait pas partie de son fonctionnement. Que lui prenait-il tout à coup ?

- Ca fait longtemps qu’elle est partie ?

- Tu veux la suivre ?

Il n’obtint pas de réponse que déjà l’ananas avait fui par la fenêtre.

Neji resta de longues minutes à fixer le sol avant de grommeler quelque chose d’inaudible, de se rhabiller à la hâte et de poursuivre son compagnon.

~*~