Chapitre 3

par jessnal

Accoudée au comptoir du fast-food, Aki observait l’étranger depuis un moment déjà. Elle l’avait remarqué dès son entrée… avec ses lunettes de soleil et son bandeau noir, il ne passait pas inaperçu. Elle piochait nonchalamment dans ses frittes sans le quitter des yeux.

- Salut… lui lança-t-elle d’une voix plate, la bouche pleine.

Neji sursauta lorsqu’il entendit la voix fluette s’adresser à lui.

- Tu parles français ?

Toujours sur l’effet de surprise il chercha longuement ses mots avant de lâcher un petit « oui » et de se détourner d’elle.

- Un « salut » ça t’écorcherait ? Repris Aki en lui faisant face, un sourire arrogant aux lèvres.

- Salut.

- On dirait que c’est la première fois de ta vie que tu manges au Macdo.

- Hn.

- On dirait même que c’est la première fois de ta vie que tu sors… Tu viens d’où ? De Mars ?

Elle ne croyait pas si bien dire.

- Bonjour.

La voix stridente et peu motivée de l’hôtesse de caisse l’interpela et le « sauva » de l’assaut de la jeune femme. La caissière, dont la casquette et le polo étaient marqués d’un énorme M jaune, était trop maquillée et paraissait négligée. Ses yeux cerclés de noirs et vide d’expression attendait que l’interpelé sorte de son mutisme pour lui annoncer ce qu’il souhaitait commander. Son petit bec de lièvre ne prenait même pas la peine d’esquisser le moindre sourire. Elle avait l’air profondément lobotomisé et stupide. Neji s’en voulut de penser autant de mal d’une personne en moins de deux secondes… surtout qu’il ignorait encore quoi commander. L’un et l’autre se regardèrent quelques secondes, jusqu’à-ce que la petite fée près de lui brise le silence.

- Vous êtes combien ?

- Quatre.

Elle haussa les épaules et se tourna vers la caissière pour prendre commande avec une aisance déconcertante. Il entendit vaguement parlé de « burger », de «frittes » et de « sodas » sans trop comprendre de quoi il s’agissait.

- Sur place ou à emporter ?

Aki se tourna vers Neji, un sourire moqueur aux lèvres.

- à emporter je suppose ?

- Hn.

Il ne comprit pas vraiment ce qu’il se passa les deux minutes qui suivirent. On lui remit des sacs dans les mains, la jeune femme à ses côtés sortit une carte colorée de sa poche et paya sans broncher le montant de la commande. Il se retrouvait donc dehors, face à cette étrange personne.

- Comment tu t’appelles ?

Il resta interdit devant les deux pupilles noisettes qui l’épiaient toujours, cherchant à deviner la couleur de ses propres yeux au-delà du noir de ses lunettes.

- Tu n’as pas de nom ?

- C’est compliqué.

- Je vois…

Elle prit une profonde inspiration avant de lui sourire à nouveau.

- Moi c’est Aki. Ils sont où tes copains ?

- Aucune idée.

- Ok. On va les trouver ensembles.

Elle pivota sur elle-même pour commencer à marcher vers la droite. Neji la regarda s’éloigner… Qui était-elle ? Et pourquoi lui avait-elle tendu la main ? Une jeune femme aussi petite et fragile qu’elle semblait être ne devrait pas avoir ce genre d’attitude. Elle pourrait bien tomber sur un malade capable de lui faire du mal. Justement, la petite venait de se faire accoster. Un homme d’une trentaine d’année lui proposait un café. Elle le toisa de haut en bas avec mépris et lui jeta un « pas intéressée » au visage avant de s’assurer que Neji marchait bien derrière elle.

Petite… fragile… mais du caractère ! Pensa alors le jeune Hyuga qui n’avait toujours pas bougé.

L’inconnu près d’Aki revint à la charge, renouvelant son offre.

- C’est bon ! Rétorqua la petite fée en poussant sa voix dans les aigües. Je suis accompagnée !

- Mais je ne suis pas jal…

L’étranger ne put finir sa phrase, car un jeune homme se posta derrière la jeune femme. Il croisa ses bras sur sa poitrine, faisant inconsciemment gonfler son torse finement musclés. Comme il dépassait l’étranger d’une bonne tête, celui-ci bredouilla quelques excuses avant de disparaître.

Aki fit un pas en arrière et buta contre le jeune Hyuga qui regardait toujours l’inconnu prendre la fuite. Surpris par ce contact, il posa ses mains sur ses épaules afin de la maintenir à distance.

- Efficace. Lui lança gaiement la petite en lui offrant un sourire espiègle.

Neji soupira intérieurement… il ignorait ce qu’il l’avait poussé à agir de la sorte. Il se souvenait très bien de la recommandation de ses compagnons l’incitant à ne pas se faire remarquer… recommandation qu’il avait fait lui-même plus tôt dans la journée à Naruto.

- Heu… Aki… je te remercie de ton aide mais…

- Te bile pas, j’ai compris. Va retrouver tes potes.

Elle fouilla dans la poche de sa veste afin d’en tirer son téléphone portable.

- Mais donne moi quand même ton numéro.

- Pardon ?

Elle battit plusieurs fois des cils, ébahit par ce qu’elle avait entendu. L’exclamation du jeune homme n’était pas du tout arrogante, mais faisait plutôt part de son ignorance, comme si elle lui avait demandé quelque chose d’improbable.

Elle leva les yeux au ciel et sortit cette fois un feutre noir de sa poche. Sans retenue ni gêne, elle saisit la main du jeune homme et y inscrit à sa plus grande surprise une série de chiffre.

- Appelle moi si tu te paumes encore dans un macdo. Mais la prochaine fois, c’est toi qui paie.

Elle pivota sur elle-même sans guetter sa réaction.

- à plus le mec de mars !

~*~

Lorsqu’Aki rentra, elle ne fut pas surprise de trouver l’appartement dans un état impeccable. Elle soupira en laissant tomber son sac et sa veste sur le canapé. Miwaku devait certainement être en train de déprimer dans un coin. Elle commençait à reconnaître les signes de son amie, et le premier était de se venger excessivement ou sur la bouffe (après quoi elle ne se nourrissait pas pendant plusieurs jours, écœurée de la quantité de nourriture qu’elle avait pu avaler en peu de temps) ou sur le ménage. Elle se dirigea nonchalamment vers la cuisine ouverte sur le séjour et entrouvrit la poubelle pour y découvrir de multiples emballages de confiseries. Ok, elle faisait une belle crise de nerfs. Elle se massa la nuque et fit quelques étirements, telle une sportive avant une épreuve difficile et se mit en quête de sa chère colocataire. Son premier réflexe fut d’aller vérifier son lit, mais elle ne l’y trouva pas. Elle se risqua dans la salle de bain, mais ce fut sans succès. Elle leva alors les yeux au ciel en pensant qu’elle avait oublié le plus évident des refuges. Elle retourna dans le séjour mansardé, et poussa un velux entrouvert pour y passer la tête.

Miwaku était assise, ses genoux repliés sur sa poitrine au sommet du toit.

- Tu vas te tuer un jour… gémit la petite fée, sans pour autant être affolée. Le toit était le lieu de méditation préféré de Miwaku, et elle en avait prit l’habitude.

- Salut Aki…

La jeune femme brune expira la fumée de sa cigarette sans lui accorder un regard. Doucement, Aki se hissa elle aussi sur les tuiles, veillant pas à pas à ne faire aucun geste brusque. Elle était agile, mais pas au point d’être à l’aise sur les ardoises glissantes. Prudemment, elle prit place auprès de son amie.

- Dure soirée j’imagine ?

- ouais… murmura Miwaku en jetant son mégot au loin. Elle ferma les yeux quelques secondes et tourna la tête vers son seul secours, un léger sourire au coin des lèvres.

- Je m’en veux tellement de te faire subir ça.

La petite fée haussa les épaules.

- Comment fais-tu ? Demanda la jeune femme en démêlant ses longs cheveux bruns.

- Pour ?

- Me supporter ?

Aki éclata d’un petit rire cristallin et étira son petit corps.

- J’ignore ton passé Miwa, je ne sais pas ce que tu as perdu avant de te retrouver ici… mais j’en évalue la valeur en comptant les larmes que tu verses chaque jour.

Miwaku semblait réellement embarrassée.

- Je ne te dis pas ça pour que tu m’en parles… C’est juste que… quel que soit le trésor qui t’a échappé, tu ne peux pas continuer à pleurer sans agir.

La brune ouvrit ses deux grands yeux noirs, surprise par les mots de son amie.

- Tu peux choisir ou de retrouver ton putain de trésor, ou d’apprendre à vivre sans. Mais tu ne dois en aucun cas rester dans son manque. Je te vois te détruire jour après jour et c’est ça qui est difficile à supporter.

Miwaku observa alors sa colocataire. Les rayons de la lune se reflétait sur sa peau pâle et elle paraissait alors tellement sage. Elle n’avait pas entendu de paroles plus justes depuis qu’elle avait quitté Konoha.

- Alors ce foutu trésor, tu peux le retrouver oui ou merde ?

Le cœur de Miwaku se figea quelques instants. Non. Bien sûr que non. Elle ne pouvait pas retourner à Konoha sans maîtriser la technique secrète du sage des six chemins. Et le manuscrit qui la contenait s’y trouvait, et ne pouvait s’ouvrir sans sa présence. À supposer que Sh… qu’il, l’ait mémorisé, Sasuke n’était plus en état de la reproduire aussi rapidement que par le passé. Privé de son Sharingan, il en était tout simplement incapable. Bien entendu Naruto pouvait faire l’usage de ses clones pour acquérir la technique en un rien de temps, mais il ne possédait aucun dôjutsu capable de manier l’espace temps. De son côté, elle avait tenté mille et unes recherche, lu et relu une centaine de fois chaque manga pour trouver un espoir, une réponse. Mais même si elle avait vraiment eut une solution, son corps ne supporterait pas le flux de son chakra. À peine commencerait-elle à l’utiliser qu’il rongerait chaque parcelle d’elle.

Elle fixa longuement la paume de sa main dans laquelle apparaissait un hématome violacé. Il datait de sa petite confrontation avec le pervers la nuit précédente et ne se résorbait pas. Elle avait vainement essayé de reformer le sceau que Sasuke lui avait dessiné lors de leur première rencontre, mais rien n’y faisait. Il était disloqué et requérait un niveau bien supérieur au sien dans l’art du scellement.
Non, le retour au pays du feu était improbable. Oui, ce trésor, ces amitiés, ces liens étaient perdus à jamais. Oui, jamais elle ne sentirait plus la douce brise de Konoha caresser son visage, plus jamais elle n’entendrait les rires de ses proches… plus jamais elle ne le reverrait.

- Je ne crois pas Aki…

- Ok, lança joyeusement la petite fée. On va le sortir de ta tête alors !

Miwaku lui rendit un pâle sourire…
- Et toi ? Tu as réussit à sortir ton trésor de ta tête ?

Aki se rembrunit aussitôt.

- Tu sais Miwa, j’aimerais vraiment te parler de mon passé, mais si je le faisais tu me ferais interner dans un asile de fous.

Cette fois, Miwaku éclata de rire… et elle fut bien vite rejointe par son amie.

- On est deux alors.

Aki se redressa. Elle avançait centimètres par centimètres sur le toit glissant et manqua de tomber à la renverse. Heureusement, Miwaku fut vive et la remit sur pied en moins d’une seconde.

- Art martiaux ? La taquina-t-elle en pensant qu’une telle agilité relevait du surnaturel.

- Ouais. Répondit la jolie brune en l’aidant à rejoindre le velux.
Lorsqu’elles furent toutes deux dans le séjour, Miwaku se tourna vers sa colocataire, déjà en train de fouiner dans ses Cds de métal pour calmer ses nerfs.

- Merci Aki.

- Hein ? Oh ! Ne t’inquiète pas, je le fais surtout pour ne plus avoir à monter sur ce foutu toit ! J’ai le vertige !

Elles éclatèrent à nouveau de rire et se laissèrent « bercer » par les riffs infernaux de Korn…

« Sometimes I cannot take this place…
Sometimes it’s my life I can’t taste…
Sometimes I cannot feel my face…
You’ll never see me fall from grace… »

~*~

Pendant ce temps, un jeune homme soulevait, suspicieux, le pain de son big mac pour analyser la contenance du sandwich. Il n’avait pas très faim, et l’apparence même de la nourriture qui lui avait été offerte ne lui faisait aucune envie. Il reposa l’hamburger dans sa boîte en carton et observa ses amis manger aussi. Shikamaru n’avait encore touché à rien, toujours plongé dans un plan de la ville. Sasuke boudait incontestablement une bouffe qu’il considérait infecte… seule Naruto semblait prendre plaisir et dévorait ses frittes avec appétit.

Sasuke reposa lui aussi son sandwich. En jetant un œil à Neji, il remarqua la présence des chiffres écrit dans la paume de sa main.

- Qu’est-ce que c’est ?

Aussitôt, le jeune homme la referma. Il avait été tant troublé par l’aide que la jeune fille lui avait proposé plus tôt qu’il en avait oublié ces maudits chiffres ! Il poussa un long soupire et hotta ses lunettes noires qu’il ne supportait vraiment pas, laissant ses yeux de nacres se réadapter aux couleurs naturelles du monde autour de lui.

- J’aimerais bien le savoir aussi. Répondit-il mystérieusement, ce qui attira toute l’attention du jeune Nara. Ce dernier leva les yeux de son plan, et constata lui aussi les nombres inscrits.

- Comment tu t’en es sortit au restaurant ?

Neji n’avait pas eut l’intention de cacher l’épisode d’Aki à ses compagnons… comme il n’avait pas non plus eut l’intention de le leur dire.

- Une personne m’a aidé. Elle m’a laissé ces chiffres.

- C’est un moyen pour eux de se contacter via leurs appareils qu’ils tiennent constamment à l’oreille. Ils peuvent communiquer à distance. Expliqua Shikamaru en se massant la nuque, sans pour autant lâcher du regard son ami et rival.

Neji maudit intérieurement le sens de l’observation des deux shinobis qu’il accompagnait. Cependant, ils ne lui posèrent aucune autre questions. Peu leur importait… mais c’était sans compter la curiosité de Naruto Uzumaki.

- Une fille ?

Neji n’eut pas le temps de réajuster ses lunettes noires que ses joues s’empourprèrent.

- Gagné ! S’écria alors Naruto en finissant d’une bouchée son sandwich. Elle veut visiblement que tu la recontactes en plus ! Quel charmeur tu fais !

Le jeune homme lui tourna le dos et croisa les bras sur sa poitrine. Il n’était pas d’humeur à supporter les taquineries de son ami… et s’il avait pu fuir, il l’aurait sûrement fait. De plus, ces basses plaisanteries ne faisaient que le mettre mal à l’aise vis-à-vis du jeune Nara qui s’était illico replongé dans ses plans.
Neji avait été le Senseï de Miwaku… et au-delà de son apprentissage, il avait éveillé pour elle des sentiments très forts, proche de la dépendance. Lorsqu’elle avait disparût, il avait sentit le monde s’écrouler sous ses pieds, et plus rien ne semblait avoir d’importance. Faire partie de la mission lui avait semblé d’une logique incontestable… Il s’était juré de la protéger et de la rendre heureuse.

« Charmeur » n’ était pas le mot approprié à sa situation. Malgré tous ses efforts, il n’avait pas réussit à charmer se belle élève, et il en souffrait encore. Et la jeune femme qu’il avait rencontré plus tôt ne l’avait certainement pas aidé pour ses beaux yeux… (comment aurait-elle put, avec les vilaines œillères qu’il s’infligeait ?) Aki ne s’était présenté à lui que par pure pitié, il ne pouvait en être autrement.

Il ne put s’empêcher de s’interroger sur ce petit bout de femme si particulier. Sans prévenir, ses jolies yeux noisettes lui apparurent, son sourire espiègle se dessina dans sa mémoire et lui redonna un peu d’énergie. Il ouvrit sa main et constata la petite série de chiffre, qu’il apprit par cœur. Il ignorait pourquoi, mais il avait le pressentiment qu’elle n’était pas venue à lui par hasard. En vue de son attitude envers l’homme qui l’avait accosté plus tard, elle ne s’ouvrait pas facilement au monde extérieur. Et pourtant, elle lui avait adressé la parole avec une aisance déconcertante. Qui était-elle vraiment ? Et que voulait-elle ?

~*~