Sasuke cause !

par Argouges

Chapitre 10

Sasuke cause !

 

Naruto poussa la porte du restaurant et s’immobilisa dans la nuit en attendant que son père, Sasuke et Sakura soient sortis à leur tour. Il inspira une bonne bouffée d’air frais, appréciant le contraste avec l’intérieur surchauffé de la salle à manger. Il ferma un instant les yeux, entendant vaguement Sasuke et Sakura saluer le hokage. Il rouvrit les yeux en sentant Sakura se rapprocher. Elle lui sourit, se haussa sur la pointe des pieds et déposa une bise sur sa joue. Sa main qui s’appuyait sur l’épaule de son coéquipier pour assurer son équilibre, glissa le long de son dos pour venir terminer en une caresse appuyée sur le fessier idéalement musclé. Elle partit alors avec Sasuke qui avait tenu à la raccompagner, abandonnant sans remord un beau blond hébété par son geste audacieux.  Sa discussion avec Emiko lui avait fait comprendre une chose : elle était trop passive dans sa relation avec son benêt de coéquipier. Depuis des années, elle attendait. Quoi exactement ? Elle n’en savait rien elle-même, le premier pas de Naruto, peut-être. Elle eut un sourire moqueur : si elle comptait sur lui, elle fêterait son quatre-vingt-dixième anniversaire avant qu’il ne se décide. En sortant des toilettes, elle s’était donc fait la promesse de passer à l’offensive. Elle ne s’attendait pas du tout à ce qu’il s’imagine qu’elle le draguait par erreur.  À ce moment-là, elle avait compris à quel point le chemin serait long et semé d’embûches. Elle soupira : avec un nigaud pareil, ce serait sûrement très compliqué mais elle était prête à y mettre toute son énergie.  Elle hocha la tête. Ouais, tiens-toi bien, Naruto !

                                       -          Sakura ?

                                       -          Oui ?

                                       -          T’es amoureuse de Naruto ?

                                       -          Pourquoi tu me demande ça, Sasuke ?

                                       -          Tu viens de lui mettre la main aux fesses. Alors, tu es amoureuse de lui ?

Elle eut une petite hésitation. Devait-elle lui dire ? Après quelques secondes, elle décida d’être honnête. Au moins tout serait clair entre les différents membres de l’équipe sept.

                                       -          Oui.

                                       -          Je vois.

Un silence se fit.  Sakura décida de commencer à tâter le terrain pour Emiko.

                                       -          Dis-moi, Sasuke, qu’est-ce qui c’est passé avec Emiko ? Pourquoi elle est partie comme ça ?

                                       -          Je n’en sais rien, Sakura. Ça fait des mois que ça dure.

                                       -          Et ça t’affecte.

                                       -          Hn.

                                       -          Tu veux en parler ?

Sasuke réfléchit un instant. Il n’en avait jamais parlé à personne, même pas à Itachi, son confident. Il ne savait pas pourquoi, le sujet Emiko était trop privé. Trop intime. Il allait refuser quand il vit cette étrange lueur dans ses yeux. De l’empathie. L’envie de lui venir en aide. Et quelque chose d’autre, indéfinissable. Et pourquoi pas, après tout ? Il n’y avait qu’une femme pour pouvoir en comprendre une autre, non ? Et merde, il allait devoir causer mais si Sakura pouvait l’aider à comprendre, ça en valait la peine. Il prit une profonde inspiration et se lança dans le plus long monologue de son existence :

                                       -          Je ne sais pas ce qu’elle a. On était amis avant. On s’entendait bien, gamins. Emiko avait toujours une bêtise à faire et moi… et bien elle arrivait toujours à m’entraîner avec elle. Les villageois nous avaient surnommés « le duo infernal ». Qu’est-ce qu’on a pu faire   comme bêtises ! Les années ont passées et Emiko et moi, on essayait de se voir le plus souvent possible. Les membres de mon fan-club s’en sont vite rendu compte et ont tenté de l’utiliser pour se rapprocher de moi. Ça devenait invivable, alors, il y a quatre ans environ, j’ai commencé à devenir vraiment odieux avec tout le monde. Je me suis dit qu’en devenant exécrable, ces satanées folles me ficheraient enfin la paix et irait pourrir la vie d’un autre mec. Il n’y avait qu’avec Emiko et mes proches que je me montrais sous mon vrai jour. Et puis l’année dernière, je suis rentré de mission salement amoché. C’est Emiko qui m’a soigné. Elle n’a pas ménagé ses efforts, passant tout son temps à mon chevet. Elle ne dormait plus, ne mangeait plus. À la fin, on aurait dit un zombi. Je me suis moqué d’elle en lui disant qu’elle agissait comme une femme amoureuse et que j’allais finir par croire qu’elle avait rejoint mon fan-club. Elle m’a regardé, comme frappée par la foudre et est sortie en courant. Depuis ce jour-là, elle m’évite. Je crois que je l’ai vexée en la comparant avec ces filles-là mais c’est la première fois qu’elle me fait la gueule aussi longtemps. D’habitude, j’arrive toujours à me faire pardonner en l’invitant chez Ichiraku. Mais là, niet. Même les excuses n’ont rien donné. Je ne sais pas ce qu’elle a.

                                       -          Elle te manque ?

Une pause. Un murmure :

                                       -          Oui.

                                       -          Tu l’aime ?

                                       -          Je ne sais pas. Je ne sais plus.

 

Naruto cheminait avec son père, perdu dans ses pensées. Les évènements du dîner tournaient en boucle dans son esprit, s’attardant sur la bise de Sakura et sa caresse sur son séant. Que lui arrivait-il ? Se pourrait-il que leur passage d’un monde à l’autre ait provoqué des effets secondaires ? Pourquoi elle et pas lui ou Saï ? Ce glissement, puisqu’il fallait bien lui donner un nom avait-il eu des effets pervers sur la libido ? Parce que là, il ne s’agissait pas d’une erreur, Sasuke se trouvant à plus de trois mètres de là. C’était donc bien son fondement qu’elle visait ! Mais pourquoi ? Il se tritura les méninges avec cette question au risque de les abîmer définitivement et, au terme de quelques minutes de torture mentale qui laissèrent ses neurones exsangues, comprit finalement le pourquoi de la chose. C’était tellement évident qu’il aurait dû comprendre tout de suite. Les autres avaient bien raison de le traiter de boulet, il mettait toujours vingt ans à comprendre les choses les plus simples : Elle avait juste voulu rendre Sasuke jaloux.

 

 

La zone d’examen était une forêt sombre et peu engageante. Une clôture parsemée de portails encerclait celle-ci. Dans la plaine qui la bordait, une trentaine de ninjas âgés de quatorze à seize ans patientaient, assemblés en petits groupes. Debout parmi eux, Naruto et Sakura fixaient l’enclos d’un air morose, assaillis par les souvenirs. C’était dans cette forêt qu’Orochimaru avait apposé sa marque maudite sur Sasuke. Naruto serra les poings. Sakura le remarqua et lui prit la main. Ce geste d’empathie le réconforta. Il répondit brièvement à cette étreinte et repensa soudain à ce que son père lui avait annoncé le matin même. Il devait en informer Sakura.

                                       -          On va nous adjoindre un coéquipier pour cette phase de l’examen. Il parait que c’est une genin du clan Uchiwa qui n’a pas d’équipe.

                                       -          Comment cela se fait-il ? s’étonna Sakura.

                                       -          Quand je suis devenue Genin, nous étions treize à avoir réussi l’examen. Comme ce nombre n’est pas divisible et que personne ne voulait de moi dans son équipe, je suis restée sans affectation.

Sakura se tourna vers la voix inconnue. Une jeune fille d’environ seize ans possédant toutes les caractéristiques des Uchiwa se tenait devant elle. Assez grande, élancée, elle possédait de longs cheveux noirs attachés par une barrette en une sorte de chignon lâche. Ses yeux noirs ressortaient étrangement sur son teint d’albâtre.

                                       -          Personne ne voulait de toi ? Pourquoi cela ? demanda Sakura.

                                       -          À cause de mon frère Sasuke. Avec son sale caractère, il a réussi à se mettre à dos la moitié du village. Du coup, ils ont tous peur que je sois aussi pénible que lui.

                                       -          Tu n’as donc pas d’instructeur ? demanda Naruto.

                                       -          Mon frère Itachi supervise mon entrainement. Mais comme je n’ai pas encore développé mon sharingan, il y a plein de choses qu’il ne peut m’enseigner.

                                       -          Tu n’as pas le sharingan à ton âge ? s’exclama Naruto

Elle pinça les lèvres, vexée, et les détailla de la tête aux pieds en leur tournant autour d’un air dubitatif.

                                       -          Alors comme ça, c’est vous les fabuleux coéquipiers de mon frère. Les seuls qui ont été capables de le supporter plus de dix minutes !

 Elle fit la moue et reprit :

                                       -           Mouais, pas très impressionnant. Vous êtes plutôt vieux, pour être encore genin.

Comme il fallait s’y attendre, Naruto s’enflamma aussitôt :

                                       -          Quoi ? Surveille tes paroles ! Si on est encore genin, c’est qu’on n’a jamais eu l’opportunité de passer les examens !

                                       -          Dis plutôt que vous étiez si peu doués qu’aucun instructeur n’a voulu vous recommander !

                                       -          Je commence à comprendre pourquoi personne n’a voulu de toi, et ça n’a rien à voir avec ton frère !

                                       -          Naruto, calme-toi !lui ordonna Sakura qui lui envoya en prime une bonne tape sur la tête.

                                       -          Sakura, j’aimerai bien que tu perdes cette manie de me frapper à tout bout de champ. Ça fait mal !

                                       -          Si tu arrêtais de t’exciter pour un oui ou pour un non, je n’aurais pas besoin de le faire. Tu es vraiment trop impulsif !

                                       -          Et toi, trop violente !

L’examinateur prit la parole, interrompant ce qui menaçait de tourner à la dispute. C’était une jeune femme aux cheveux noirs ramenés en queue de cheval. Naruto reconnut en elle Anko, un ancien disciple d’Orochimaru, elle aussi marquée du sceau maudit. Elle se campa face aux candidats et entreprit d’expliquer les modalités de l’examen. Chaque équipe allait recevoir un parchemin. Il en existait deux sortes. Pour réussir l’examen, il fallait arriver à la tour située au centre de la forêt, nanti d’un exemplaire de chaque document et ce, dans un délai de trois jours. Suivait une liste interminable des dangers de la forêt.

Naruto, peu impressionné, détailla chaque candidat et s’exclama :

                                       -          Tu as vu, Sakura ? on est les plus vieux ! On peut quand même pas dérouiller ces gamins !

                                       -          On n’a pas le choix. On a qu’à s’attaquer aux plus coriaces.

                                       -          Oui, ou aux ninjas du village d’Oto. Je ne peux pas les voir ceux-là.

Anko commença l’appel et confia un parchemin à chaque équipe. Lorsque ce fut fait, elle s’exclama :

                                       -          Tout le monde en a un ? Un chunin va conduire chaque équipe devant une entrée différente. L’épreuve commencera à quatorze heures tapantes. Je retrouverai les candidats à la tour dans trois jours.

Elle s’éclipsa en un éclair. Naruto et Sakura se présentèrent à leur nouvelle coéquipière qui leur dit s’appeler Salina Uchiwa.

À quatorze heures, ils se mirent en route. Dès leur entrée dans la forêt, Naruto se mit en mode ermite pour repérer le chakra des équipes les plus proches. Ils se mirent en chasse immédiatement. Peu de temps après, ils arrivèrent en vue de leurs adversaires. Sakura s’arrêta, soudain en alerte : ou était passé le troisième membre de cette équipe ? Elle scruta les alentours et repéra le ninja camouflé dans un arbre. Celui-ci se préparait à lancer des shuriken sur Naruto. Elle poussa un cri :

                                       -          Naruto, attention !

À ce cri d’alarme, Naruto exécuta un saut d’esquive sans avoir vraiment localisé son assaillant. Il dut éviter un second lancer de shuriken puis un coup de pied pendant que Sakura et Salina s’occupaient des deux autres ninjas. L’opposant de Naruto exécuta une technique doton. Occupée à esquiver une volée de shuriken, Sakura ne vit pas le danger.  Le sol s’effondra sous ses pieds, la précipitant dans le vide. Naruto poussa un cri et se rua vers elle, réussissant de justesse à saisir un de ses poignets. Profitant de l’occasion, son adversaire lui planta un kunaï dans l’épaule. Naruto poussa un cri de douleur et faillit en lâcher Sakura. Au prix d’un effort surhumain, Naruto raffermit sa prise sur le poignet de sa coéquipière. L’ennemi, profitant que le ninja aux cheveux d’or n’était pas en position de riposter, réitéra son attaque. Son kunaï fut bloqué par Salina. Naruto lui jeta un regard par-dessus l’épaule et lui distribua ses ordres :

                                       -          Salina, occupe-toi d’eux pendant que je tire Sakura de là.

                                       -          À trois contre un ? Mais…

                                       -          Écoute ! Tout ce que je te demande, c’est de les tenir à distance ! je viendrai t’aider dès que possible.

Il reporta son attention sur Sakura :

                                       -          Sakura, écoute-moi attentivement. Je suis blessé, je ne vais pas pouvoir te remonter d’une seule main. Il faut que tu lâche cette paroi et que tu me donnes ton autre main. Fais-moi confiance, je ne te lâcherai pas !

Sa voix se teinta d’urgence :

                                       -          Je ne tiendrai plus très longtemps, donne-moi ton autre main !

Comme Sakura n’obtempérait pas, tétanisée par la peur, il se mit à lui hurler dessus :

                                       -          Enfin merde ! T’attends quoi ? Donne-moi cette putain de main ! Allez, Chérie, un petit effort ! Donne-moi cette main !

L’injonction, et surtout le mot tendre de Naruto, parut galvaniser Sakura. Elle desserra sa prise sur l’aspérité à laquelle elle se cramponnait désespérément et tendit la main vers Naruto. Celle-ci se fit happer par une poigne puissante. Bandant tous ses muscles, serrant les dents sous la douleur et l’effort, le jeune homme la remonta en sécurité. Encore sous le choc, Sakura se jeta au cou de Naruto et l’embrassa à pleine bouche. D’abord surpris, Naruto ne tarda pas à lui rendre son baiser. Une voix irritée le tira de son petit nuage et le ramena à la dure réalité :

                                       -          Quand vous aurez fini de vous bécoter, vous viendrez peut-être me donner un coup de main !  

Pour prononcer ces quelques mots, Salina avait détourné son attention de ses adversaires. Mal lui en prit : un de ses adversaires lui porta un coup de pied en plein thorax, l’envoyant valser contre un rocher. Sakura se précipita sur elle pour la soigner pendant que Naruto affrontait leurs adversaires. Quelques minutes plus tard, tout était fini. Salina, retapée par Sakura, se précipita pour fouiller leurs opposants inconscients. Elle poussa une exclamation déçue : c’était le même parchemin que le leur. Tout était à refaire ! De dépit, elle jeta le document par terre et regarda Sakura soigner l’épaule de Naruto. Ébahie, elle vit la plaie se résorber en quelques secondes. Jamais encore, elle n’avait vu une médic nin aussi efficace. Elle repensa à la façon expéditive dont Naruto avait éliminé ses adversaires malgré sa blessure à l’épaule et commença à comprendre pourquoi Sasuke avait autant de respect pour ses nouveaux coéquipiers. Ils avaient dû lui en mettre plein la vue pour que Sasuke parle d’eux à sa famille, et en quels termes ! Elle ricana en repensant à la scène.

Sasuke était rentré de mission, songeur. Il salua ses parents et ses frères et sœurs qui étaient déjà à table. Il s’installa à son tour. Son père posa ses baguettes pour lui demander comment s’était passé sa mission. Au lieu du sempiternel « hn » auquel tout le monde s’attendait, Sasuke s’anima :

                                       -          Les espions étaient des membres de l’Akatsuki. Ils sont vraiment bizarres dans cette organisation. Y’en a même un qui était immortel, tu imagine ? En plus de ça, impossible de les repérer, même avec le sharingan. C’est Naruto qui les a localisés grâce à son mode ermite. Il avait déjà eu affaire à eux alors il nous a briefé. Il a coupé la tête de celui qui était immortel grâce à son affinité vent et l’a scellé dans un rouleau. J’avais jamais rien vu de pareil ! La technique qu’il a utilisée, c’était tellement puissant ! Incroyable ! Et si tu avais vu comment il nous a dirigé : « Sasuke, utilise ton katon sur celui-ci, Sakura  ton doton sur celui-là… » C’est un vrai leader. Et sa coéquipière ! Cette fille sait se battre, elle a une force monstrueuse et elle te soigne une plaie en dix secondes ! Je l’ai invité au restaurant demain soir.

Cette dernière précision acheva ses parents. Son père, d’habitude si flegmatique, avait les yeux exorbités. Sa mère, elle, sous le coup de la surprise, avait senti ses jambes se dérober sous elle. Son fils cadet, inviter une fille ! Dieu existait vraiment ! Elle se promit d’aller au temple remercier Kami-sama pour ce miracle dès le lendemain. 

Sasuke s’interrompit soudain, avisant la mine ahurie de ses parents et demanda, intrigué :

                                       -          Bin quoi ?

Fugaku et Mikoto Uchiwa avaient bien ri en entendant cette exclamation si peu sasukeénne. Leur fils cadet rougit d’embarras en réalisant que, pendant quelques minutes, il s’était transformé en moulin à paroles. Il mit cela sur le dos de Naruto : la diarrhée verbale dont souffrait le blondinet devait être contagieuse. Oui, c’était sûrement ça.  Ça ne pouvait être que ça.

 

Salina secoua la tête pour chasser ces réminiscences. Naruto, complétement guéri, se levait et tendait la main à Sakura. Il se tourna vers la jeune Uchiwa et déclara :

                                       -          Bon, ce n’est pas le tout mais on a un rouleau à récupérer. On y va !

Quelques heures plus tard, Salina était au bord des larmes. Attention, au bord seulement. On est un Uchiwa ou on ne l’est pas. Aucun Uchiwa n’aurait le mauvais goût de faire une crise de nerf et de fondre en larmes à cause d’une malchance tenace. D’ailleurs aucune malchance n’aurait jamais l’idée saugrenue de s’attaquer à un Uchiwa, non. Huit équipes d’attaquées et toutes porteuses du même rouleau ! De quoi faire hurler de rage quelqu’un de moins flegmatique qu’elle. Et la bonne humeur continuelle du crétin blond commençait à lui taper sur les nerfs. Le crétin en question s’esclaffa et s’exclama :

                                       -          Si on continue comme ça, on aura décimé la moitié des effectifs avant de trouver le bon rouleau !

                                       -          Naruto, le gronda Sakura, ce n’est pas drôle !

                                       -          Sakura, statistiquement, on aurait dû tomber sur le bon rouleau au moins une fois par hasard. Ce qui veut dire que la répartition des rouleaux s’est faite de manière délibérée. Voyons…Nous sommes entrés par le portail numéro sept et nous avons attaqués les équipes les plus proches de nous. Ce qui veut dire que les équipes ont été positionnées en fonction des parchemins qui leur ont été attribués. Au sud, le parchemin de la terre, le nôtre et au nord celui du ciel. Donc, si nous allons au nord, nous devrions trouver ce que nous cherchons. Une fois passé la tour, il nous suffira de poser des pièges et hop ! à nous le rouleau du ciel.

                                       -          En espérant ne pas tomber sur Orochimaru comme la première fois.

                                       -          Pourquoi serait-il là, tout ce qu’il voulait c’était le sharingan de Sasuke et il n’a apparemment rien tenté pour les obtenir ici.

Naruto s’interrompit et échangea un regard atterré avec Sakura. Et s’il désirait s’emparer de celui de Salina ?

                                       -          Ridicule ! Elle ne l’a pas développé. Salina est très adroite mais nettement moins douée que Sasuke et sans le Sharingan, elle n’a que peu d’intérêt pour Orochimaru.

                                       -          C’est vrai que Sasuke est bien plus puissant qu’elle. Pourquoi Orochimaru ne l’as-t-il pas marqué ?

                                       -          Je ne sais pas, Sakura. Gardons l’œil ouvert.

Sakura sourit. Quand Naruto se mettait à cogiter, ce qui lui arrivait de plus en plus souvent, elle était toujours un peu surprise. Qu’il était loin le gamin impétueux et imprudent, incapable de réfléchir avant de foncer dans le tas ! Cette tendance avait commencé à s’infléchir après son entrainement de trois ans auprès de l’Ermite pas Net, comme il se plaisait à surnommer Jiraya. La mort de son maître, couplée avec son entraînement au mont Myobuku et surtout l’apprentissage de la méditation avait définitivement parachevé la métamorphose. Sa confrontation avec Pain et sa conclusion « diplomatique » avait révélé à tous l’ampleur de ses pouvoirs et de sa toute nouvelle maturité. Ce jour-là, il était devenu un héros, et dans l’esprit de beaucoup, était née la conviction inébranlable qu’il serait le prochain hokage. Pour Sakura et les autres ninjas de sa promotion, c’était une évidence depuis bien des années. Ceux qui se moquaient des ambitions de ce gamin turbulent ne riaient plus : ils avaient désormais accepté cette perspective comme la seule envisageable. Oui, il serait hokage….à condition qu’il trouve comment rentrer.

Salina, qui s’était éloignée pour sécuriser le campement pour la nuit, revint à temps pour surprendre la fin de la conversation. Furieuse de se voir une énième fois comparée à l’un de ses frères, elle donna un méchant coup de pied sur le tibia de Naruto. Le jeune homme poussa un cri de douleur et se mit à sautiller comiquement sur un pied.

                                       -          Aïe ! Mais ça va pas la tête ? Qu’est-ce qui te prend ?

                                       -          Tu vas voir si je suis moins douée que Sasuke ! J’en ai marre d’être constamment comparée à eux ! Si vous croyez que je n’entends pas ce que tout le monde dit ! (elle prit une voix de fausset) Elle n’a toujours pas développé son Sharingan ? mais elle a seize ans ! Ses frères l’avaient déjà depuis longtemps ! Et mon père : (Elle imita la voix de son père) ma fille, qu’est ce que c’est que ces notes ?  tes frères ont toujours été les premiers de leur classe à ton âge ! Et mes frangins ne sont pas mieux ! Et c’est des : « tu es trop lente, trop prévisible ».ou encore des : « Tu es sûre que tu n’as pas été adoptée ? » Pour eux, une Uchiwa sans le sharingan ne sert strictement à rien, c’est juste un boulet à traîner. Mais un jour, ils verront tous ! Je leur montrerai ce que je vaux, je deviendrai le ninja le plus puissant de Konoha et j’éradiquerai tous ces imbéciles bien pensants ! S’il le faut j’irai m’entraîner avec le diable mais je leur ferai avaler tous leurs sarcasmes.  Oh ça ouais, ils paieront ! Tous !

Sakura et Naruto, se regardèrent, soucieux. Si Orochimaru ne s’était pas intéressé à Sasuke, c’est peut-être parce qu’il ne possédait pas cette rancœur, cet esprit de revanche qui le caractérisait dans l’autre univers. Le Sasuke de ce monde n’était certes pas facile à gérer mais il n’avait pas cette soif de puissance, cette haine que recherchait Face-de-Serpent. Mais Salina, elle, en était amplement pourvue et pouvait, tout comme cet autre Sasuke, basculer à tout moment dans les ténèbres. C’était dangereux, si elle finissait par développer son Sharingan et qu’Orochimaru s’en emparait, la puissance du senin psychopathe s’en trouverait décuplée. Il faudrait en parler à l’hokage ainsi qu’au patriarche des Uchiwa. Cela pouvait être vital pour le village.