Armée contre les ombres

par Kimikokoi



CHAPITRE 14 : Armée contre les ombres.



C'est avec un soupir de soulagement que je vis mon compagnon partir. C'était le moment ou jamais ! Sortant le téléphone portable de Sasuke, je me mis à chercher une prise qui serait cachée par un meuble ou un appareil, que ne touchait jamais le jeune homme. J'optai finalement pour un emplacement dans la cuisine, près de la machine à laver, j'étais certaine qu'il ne s'en approcherait pas.


En attentant le retour de Kabuto, je ne trouvai rien de mieux à faire que du ménage. Il était encore assez tôt pour ne pas déranger le voisinage. Balai, éponges, désinfectant, j'étais parée pour la tâche. Ainsi je ne laisserai pas l'angoisse m'envahir et me paralyser. Hors de question de flancher à peine mes résolutions prises.


Malheureusement, étant donné la superficie de l'appartement, mon entreprise fut vite menée à bien et il me restait encore plusieurs heures à tuer. Peut-être était-ce aussi un instant idéal pour commencer à mettre en application mon plan d'attaque ? Le but premier étant de partir d'ici sans aucun regret.


Me posant sur le canapé au cuir défraîchi, mes yeux parcoururent l'espace. Je voyais un ensemble sans aucune harmonie, pas une photo n'ornait les murs ou les étagères, le papier peint était terne, il n'y avait pas plus impersonnel, plus clinique comme endroit. Je n'étais pas attachée à ce lieu et je n'y avais aucun bon souvenir : le quitter sera facile.


Ce simple constat était important pour moi, il marquait une étape franchie, je faisais de mes choix une réalité, en accord avec mes sentiments. Ce qui avait été prononcé devant Sasuke n'était pas des paroles en l'air, je m'y tiendrai coûte que coûte. Bon ! Je pouvais bien m'atteler à la préparation du repas, cela me ferait aussi patienter. Oh et puis zut ! Je méritais bien le plaisir de me couler un bon bain chaud. Je fis donc comme j'en avais décidé, oubliant pour un temps tout ce qui pouvait venir troubler mon esprit, le bonheur assuré.



Alors que je faisais revenir les aubergines dans l'huile d'olive, le silence fut brisé par un étrange bruit. On aurait dit que quelque chose tremblait. Cherchant la source de ce son, je fus vite attirée par la machine à laver et par le petit appareil électronique dont l'écran s'était éclairé. Le portable ! Avec tout ça, je l'avais oublié. M'en saisissant, j'essayai de me souvenir du code pour déverrouiller le clavier, ce qui ne me demanda pas beaucoup d'efforts : Sasuke avait rentré la date de mon anniversaire, il faudra que je le change par sécurité. J'avais reçu un message :


« Sakura, c'est Sasuke. Tu n'as plus qu'à enregistrer ce numéro

en mettant une touche d'appel rapide.

On ne doit rien laisser au hasard...

et puis je serais plus rassuré ».


Je ne pus m'empêcher de sourire, j'avais stupidement craint qu'il n'ait changé d'avis en quelques heures. C'était plus fort que moi. Mais ces quelques mots balayèrent tout ça, et j'eus le sentiment de pouvoir sentir sa présence dans la pièce. Je fis comme il me le conseilla.


« Merci pour le téléphone, c'est fait, même s'il

va me falloir du temps pour apprendre à m'en servir ».


« Je te montrerai l'essentiel la prochaine fois. Tu es toute seule ? »


« Oui Kabuto est parti bosser, j'ai un peu de temps pour moi,

ce qui est rare ^^ »


Il ne réagit pas tout de suite et je commençais à croire que la conversation était finie ou qu'il avait été interrompu par je-ne-sais-quoi ou je-ne-sais-qui... Un poids comprima ma poitrine. Cela arrivait de plus en plus souvent quand je pensais à Sasuke. Qu'est-ce que cela voulait dire ? Une autre vibration me tira de ma circonspection.


« Écoute, j'ai croisé Naruto ce soir...Karin lui a parlé de toi ».


Que... qu'avait-il écrit ? Naruto ? Karin ? Je me souvins qu'ils partageaient un lien de parenté, mais pourquoi lui aurait-elle parlé de moi ? Le poids s'accentua entravant ma respiration, j'en lâchai presque l'appareil.


« Sakura ? »


Il fallait que je réponde quelque chose, mais quoi ? Sasuke avait-il dévoilé des informations à Karin, qui se serait empressée d'avertir son cousin ? Je me sentais trahie.


« Elle ne savait pas que lui et toi vous vous connaissiez,

elle voulait juste se plaindre, à cause de ce midi et elle lui a dit ton nom.

J'aurais dû m'en douter, je suis désolé.

Quoi qu'il en soit, il sait qu'on se voit et les autres le sauront bientôt. »


Bien sûr qu'il ne m'avait pas vendue, la jeune femme n'avait pas apprécié voir son projet de repas en tête à tête avec le plus beau célibataire de la ville avorter. Le plus beau céliba- ? Qu'avais-je pensé moi... Je secouai la tête pour m'éclaircir les idées, tandis qu'un nouveau message apparut.


« Il est temps, non ? »


« Temps pour quoi ? »


« De les revoir. Je ne te force à rien mais je pense que

ça te ferait du bien de voir que je ne suis pas le seul

à vouloir t'aider ».


Au fond de moi, je savais que ces retrouvailles étaient un passage obligé, que je leur devais une explication. Pourront-ils me pardonner un jour de les avoir mis à l'écart ?


« Je ne sais pas si je suis prête, je les ai tellement déçus ! »


« Idiote ! Accorde-leur un peu de crédit,

de l'eau a coulé sous les ponts depuis. »


Était-ce le bon moment ? Y-avait-il un bon moment ? Je ne les avais pas revus depuis des années, notre amitié avait-elle encore un sens ? Sasuke avait raison, j'étais une belle idiote. L'unique moyen d'obtenir des réponses était de me confronter à leur regard.


« Oui sans doute...Mais alors juste Hinata et Naruto.

Pour Ino, c'est trop dur.

Je dois encore y réfléchir. »


« Je comprends... enfin non, pas vraiment mais,

je vais prendre ça comme une petite victoire.

Quand ? »


« Je te tiens au courant, je verrai en fonction

des occupations de Kabuto. »


« On fait comme ça. Mais ne tarde pas trop,

tu pourrais changer d'avis. »


« À toi de faire en sorte que ça n'arrive pas :) »


« Tu vas dire après que je te harcèle »


« Jamais. »


Jamais, ce lien était trop précieux. Il était la clé de ma survie, mais j'étais incapable de le lui dire aussi directement.


« Je te prends au mot.

J'attendrai ton message, mais pas trop longtemps. »


« J'essaierai de ne pas te faire languir. »


Je ne sais pas pourquoi mais j'en rougis. Finalement à l'écrit, je me permettais d'exprimer certains de mes sentiments et je pouvais même en plaisanter. Je crois que ce téléphone était une bonne idée, à plus d'un titre. Oh mince ! Les aubergines étaient cuites, ça ne faisait aucun doute... Heureusement qu'inconsciemment je continuais à les remuer, on a évité la catastrophe culinaire et de sévères remontrances. Il fallait que je me reconcentre.


« Je dois te laisser, il ne va pas tarder à rentrer. »


« hn ok. »


C'était quoi cette réaction, il boudait ?


« Bonne nuit Sasuke et merci pour tout. »


« Bonne nuit, fais attention à toi. »


« Promis. »


Voilà, retour à la réalité. Comme toujours ces moments représentaient mon havre de paix, mais leurs bienfaits s'estompaient petit à petit, c'était... comme une drogue. Ils m'étaient devenus indispensables et les multiplier étaient mon salut.


Le four sonna la fin de la cuisson quand la porte d'entrée s'ouvrit. À croire que Kabuto possédait un sixième sens. Je lui souhaitai la bienvenue et l'informai de notre passage à table. Celui-ci vint m'aider à porter le plat ce qui était plus qu'inhabituel et presque inquiétant. Que lui arrivait-il ? Cependant si son nouveau poste lui plaisait autant, les choses n'en seraient que plus aisées, autant pour lui que pour moi.


La table d'appoint ne pouvait accueillir que deux personnes, ce qui étaient suffisants puisque nous ne recevions jamais d'invités. Nous nous installèrent en silence mais une aura particulière entourait Kabuto. Il avait l'air surexcité et ses yeux brillaient d'une flamme que je n'avais depuis longtemps observée. J'en frissonnai d'appréhension et la tension qui m'habitait, devenait intolérable. Rassemblant les bribes de mon courage, j'entamai la conversation.


« Ça a été ta soirée ?

- Oh oui ! Zut, je voulais en savoir plus mais il n'avait pas l'air enclin à me fournir d'explications. Comment l'inciter à me parler...

- Tu m'as dit que tu avais une surprise pour moi...

- Patience, je n'ai pas oublié, susurra-t-il comme s'il partageait avec un moi un secret et il tourna ensuite la tête vers un gros sac déposé sur le canapé. Finissons d'abord le repas.

- Comme tu veux » dis-je avec un sourire crispé.


Je venais certainement de prononcer sa phrase favorite. Ce « comme tu veux » était ce qu'il attendait de moi, signe d'une résignation, d'une soumission totale à ses envies. Cela raviva encore si c'était possible sa bonne humeur.

Il engloutit sa part de lasagnes en quelques fourchetées, pour ensuite se lever de table et s'approcher de moi. Par réflexe, je lâchai mes couverts dont la chute créa un bruit retentissant, et mes mains vinrent se placer entre mes cuisses serrées. Kabuto ne se montrait pourtant pas agressif.

Ignorant mon comportement défensif, il se saisit de mon visage par le menton, faisant poindre mes lèvres dont il s'empara sans aucune sensualité. Cela ne dura qu'une seconde mais je retins avec peine un haut-le-coeur. Je me sentais souillée par cette bouche encore couverte de sauce et dont une odeur de tabac froid s'échappait.

S'il y avait bien un domaine dans lequel il pouvait se montrer créatif, c'était pour marquer sa propriété, encore plus efficace qu'une étiquette sur un vêtement ! Me salir encore et toujours, faire en sorte que cela se voit. Prenait-il le temps d'imaginer sa prochaine action ? Tenait-il un répertoire sur toutes les façons de m'asservir ? J'étais certaine qu'il y avait de quoi en faire un livre.


Un bruit mat me fit sursauter. Devant moi, Kabuto avait posé une mallette métallique et il m'était impossible d'en deviner le contenu.


« Qu'est-ce que tu attends, ouvre-la ! » s'impatienta le jeune homme guettant ma prochaine réaction avec enthousiasme.


Timidement, je posai une main sur la surface froide tandis que l'autre déverrouillait les loquets. Elle avait l'air très lourde et je n'avais vraiment aucune idée de ce qu'il pouvait bien avoir à m'offrir. Un nouvel instrument de torture ?

Mes yeux s’écarquillèrent de stupeur et d'effroi. C'en était un vrai ? Je veux dire, que voulait-il que je fasse avec ça ?


« Ça te plaît ? Tu m'avais demandé de te trouver un système d'auto-défense, alors comme promis je t'ai pris ce qui se faisait de mieux.

- C'est un... Tu m'as pris... un flingue ? demandai-je sidérée.

- Mais non pauvre cruche ! C'est un pistolet électrique. Il te permettra de neutraliser ton agresseur avant qu'il ne puisse te toucher. Je t'ai pris aussi une bombe de poivre pour les espaces confinés. Avec ça, tu peux pas dire que je ne m'occupe pas de toi.

- M-mer-ci, balbutiai-je partagée entre soulagement et étonnement.

- Tu pourras passer à la banque demain ? cria-t-il de la chambre, me sortant de mon apathie.

- Euh oui, répondis-je sans réfléchir, tu as besoin de quoi ?

- C'est pour déposer de l'argent.

- Pas de souci, j'irai avant d'aller travailler.

- Je te laisserai une enveloppe sur la table basse » expliqua-t-il simplement avant de chercher quelque chose dans un tiroir.


Revenant sans aucun changement vestimentaire, je trouvai son attitude étrange, mais ne m'attardai pas dessus, après tout Kabuto était un être curieux. Sans plus de cérémonie, il vint finir son verre de vin pour ensuite aller se coucher.

Qui allait se taper les corvées ? Même pas un merci pour le repas, rien, comme si je faisais partie des meubles.


Il m'en avait fallu du temps pour ressentir l'injustice d'un tel traitement, des années en étant considérée comme un objet et voilà que je m'étais mise à trouver ça normal. À l'instant dans mon cœur, quelques braises couvaient sous la cendre, que la colère et la frustration cherchaient à ranimer. Cela suffit pour que je saute le pas. Me dirigeant vers la cuisine, sans plus me préoccuper des assiettes sales, je débranchai le téléphone, résolue.


« Donne-moi juste une date et une heure.

Je viendrai. »


C'était fini, je ne pouvais plus organiser ma vie autour de celle d'un homme qui m'était devenu étranger, encore plus un pervers violent. Je sortis de son étui le pistolet et suivant les consignes, y insérai des cartouches. Il me fallait maintenant trouver une bonne cachette, un endroit rapidement accessible. Tournant sur moi-même, je distinguai, sur une étagère entre l'entrée et la cuisine, une vieille boîte à bijoux que ma mère m'avait offerte lors de mes quinze ans. La dépoussiérant légèrement, je constatai avec dépit que je n'avais pratiquement rien conservé de cette époque. Enlevant les quelques barrettes à cheveux et colliers de perles encore à l'intérieur, je les remplaçai par l'arme. Quant à la bombe lacrymogène, je la mis dans mon sac sans hésitation. Je m'obligeai ensuite à débarrasser les restes du dîner et après un brin de toilette, je suspendis ma main juste avant de rentrer dans la chambre.

Un ami, des armes, une détermination incroyable et une grande patience, je n'avais besoin de rien d'autre. J'allais y arriver. Rassérénée, je me couchai en pensant à Sasuke, à Naruto, à Hinata... à Ino.